“ Quand on a bien étudié ce qui fait de nos jours le fond d’un Hellène cultivé, on voit qu’il y a chez lui très-peu de christianisme : il est chrétien de forme, comme un Persan est musulman ; mais au fond il est « helléniste ». ”
Helléniste
Définition et enjeux
Citations sur l'helléniste
Paul-Louis Courier,
Oeuvres complètes de P. L. Courier…
(1861)
“ Croyez-moi, Monsieur, les habiles en littérature sont ceux qui, comme les jésuites de Paseal, ne- lisent point, écrivent peu et intriguent beaucoup. Je ne suis point non plus helléniste, ou je ne me connais guère. Si j'entends bien ce mot, qui, je vous l'avoue, m'est nouveau, vous dites un helléniste, comme on dit un dentiste, un droguiste, un ébéniste; et, suivant cette analogie, un helléniste serait un homme qui étale du grec, qui en vit, et qui en vend au public, aux libraires, au gouvernement. ”
Louis Bertrand,
Les Élites orientales - Juifs et Chrétiens
“ Ce qu’il y a de certain, c’est que, dans ces pays mixtes de l’Empire ottoman, où ils ne seront jamais en majorité, les Hellènes peuvent espérer sinon une prépondérance politique, du moins une influence proportionnée à leur richesse, à leur activité et à leur culture. Les plus avisés et les plus prudens semblent limiter leur rêve pan-helléniste à ce résultat déjà très beau. C’est en ce sens qu’ils travaillent. L’actuel royaume de Grèce étant le meilleur foyer de l’hellénisme, il importe d’accroître le plus possible la puissance de ce foyer et son intensité de rayonnement. ”
“ À la grande différence de l’Occident, l’Orient garda durant tout le moyen âge et jusqu’aux temps modernes de vrais « hellénistes », au fond plus païens que chrétiens, vivant du culte de la vieille patrie grecque et des vieux auteurs [110] . Ces hellénistes sont, au xve siècle, les agents de la renaissance de l’Occident, auquel ils apportent les textes grecs, base de toute civilisation. Le même esprit a présidé [111] et présidera aux destinées de la Grèce nouvelle. ”
Heinrich Graetz,
Histoire des Juifs
“ Les Hellénistes profitèrent de son absence pour intriguer plus que jamais contre lui, essayer de le précipiter du pouvoir et de s’emparer du pontificat. Un grand prêtre sorti de leurs rangs serait maître et des trésors du temple et de l’esprit du peuple ; il pourrait favoriser l’introduction des nouveautés qui leur étaient chères et leur donner l’appui de son autorité spirituelle. Les Hellénistes étaient dégénérés à ce point qu’il n’y avait plus rien de sacré pour eux. ”
Emile Baumann, Saint Paul (1925)
“ Le nom même d’hellénistes qu’ils leur infligeaient accusait une suspicion, comme si un long contact avec les païens et l’usage de leur langue les entachaient d’impureté.Hommes d’affaires, les hellénistes appliquaient sur leur judaïsme un vernis grec, afin de mieux lui préparer un royaume universel ; la culture de l’intelligence leur était un moyen de conquête, comme la ruse et l’argent. Eux seuls se targuaient de gagner des prosélytes. C’étaient des nationalistes calculateurs ; et ils devaient abominer une doctrine qui, visant au règne de l’Esprit, excluait leurs grossiers moyens. ”
Les petites Distractions de nos grands hommes ou le Côté plaisant de la politique… (1821)
“ Après les complimens d'usage, on leur demanda si leur société comptait dans son sein beaucoup d'hellénistes. « Beaucoup! s'écria le savant qui portait la parole : je vous prie , S..., de croire qu'elle n'en renferme plus aucun. Il s'en trouvait bien encore quelques-uns à la restauration, mais nous avons balayé tout cela, et c'est tout au plus si dans le département même , il se rencontre encore trois ou quatre partisans de l'homme de Sainte-Hélène. » L'auguste auditeur rit beaucoup de la méprise , et l'ora- ”
Eugène de Budé, Vie de Guillaume Budé : fondateur du Collège de France… (1884)
“ Il ne pouvait admettre qu'un homme auquel arrivait inopinément une grande fortune dtt adieu aux belles-lettres et aux hommes savants, comme si la philosophie cessait d'être utile à ceux qui sont riches. « Je pense, écrivait-il, que ceux qui ne possèdent que peu de bien, qui vivent d'une manière honnête et selon leurs dignités, sont plus près du bonheur. » Une fois revenu à la santé, notre helléniste reprit ses travaux intellectuels avec une nouvelle ardeur. ”
Eugène de Budé, Notice biographique sur Guillaume Budé… (1857)
“ La persévérance est un des principaux traits du caractère de Budé. Lorsqu'il rencontrait quelque point obscur chez un auteur latin, jamais il n'allait en avant sans l'avoir éclairci. Cette habitude de ne point abandonner la partie pour un mot ou un passage difficile, le rendit en peu de temps bon latiniste. L'étude du grec vint bientôt enflammer son zèle. A cette époque, Georges Hermonyme de Sparte se rendit à Paris ; c'était un homme dont le savoir n'était pas très-étendu; mais comme il était le premier helléniste qui eût paru en France, on le recherchait beaucoup. ”
Charles Binet-Sanglé, Les Lois psychophysiologiques du développement des religions… (1907)
“ On accusait les hellénistes, que Guillaume Budé dut détendre, de propager les idées de Martin Luther, et beaucoup de religieux pensaient comme Théodoretus, évêque de Cyrrhus, qu'il fallait retrancher « l'amour et l'estude des vanités grecques, de peur que par une trop grande, curiosité et recherche des anciens autheurs grecs, nous ne nous arrestions du tout ou plustost que nous ne vieillissions jusques à la mort parmi les erreurs des gentils et dedans l'Hellénisme ou vanité des Grecs 3. » ”
Franc̜ois Xavier de Feller, Biographie universelle des hommes qui se sont fait un nom par leur génie… (1867)
“ C'est un défaut assez commun des hellénistes et hébraïsants de raisonner sur les livres saints d'une manière trop grammaticale, de combattre les interprétations reçues, pardes subtilités alphabétiques, étymologiques, etc., qui dérogent autant à la dignité du sens qu'aux autorités les plus respectables. ”
“ Les Hellènes groupés en phalanges de travailleurs, âpres à s’enrichir et à se rendre par la richesse, indépendants des hommes et des circonstances — les Philhellènes unis pour la propagation de la langue et de la philosophie grecques, la sauvegarde des églises et des écoles, l’extension intellectuelle et morale de l’hellénisme — voilà comment je comprends le monde grec, idéalement organisé en vue d’une extension rapide et d’une transformation féconde. ”
Pierre de Coubertin,
Pour ceux qui vont en Grèce
“ Rome, Venise, Byzance pour désigner les annales de ces peuples ou des États dont ces villes furent les capitales. Mais quand il s’agit des Hellènes, une expression inusitée s’impose. On dit alors : l’Hellénisme. Et, en effet, l’histoire des Hellènes, c’est avant tout l’histoire de l’Hellénisme, c’est-à-dire d’une forme de civilisation ou mieux d’une conception de la vie différentes de celles des autres races et dont ils ont posé l’empreinte partout où ils ont passé, sauf en Égypte et en Palestine. ”
Alfred Croiset,
Histoire de la littérature grecque
“ Lorsque l’hellénisme, au premier siècle de l’Empire, reprit complètement, dans la paix, le sentiment de sa valeur et de sa puissance, cette ambition devint plus vive encore. Or, entre toutes les formes littéraires, aucune ne lui convenait mieux que l’éloquence. C’était celle qui se prêtait au plus grand nombre d’usages, qui mettait le plus en lumière ses représentants, qui pouvait le plus aisément rassembler en elle-même les mérites divers de tous les genres, puisqu’elle touchait à la fois à l’histoire, à la jurisprudence, à la philosophie morale, à la dialectique, à la poésie même. ”
Alfred Croiset,
Histoire de la littérature grecque
“ Il semble donc que l’hellénisme, définitivement épuisé dans sa veine primitive, se renouvelle alors sous forme chrétienne. On voit renaître les genres anciens, mais christianisés, l’éloquence surtout, tantôt militante, tantôt familière et didactique, la philosophie, l’histoire, la littérature épistolaire. À ces genres, le christianisme fournit la plupart des idées et des sentiments ; quant à l’hellénisme, s’il leur donne, lui aussi, des idées, il leur apporte surtout son art et ses méthodes. ”
Alfred Croiset,
Histoire de la littérature grecque
“ L’éducation hellénique ne pouvait être féconde qu’à la condition de croire à la puissance de la raison, à la valeur de la beauté sensible, à la légitimité des hautes ambitions, à l’importance des meilleurs intérêts terrestres. Privée de tous ces sentiments qui faisaient sa vie, elle n’était plus rien, qu’un bavardage puéril. Or le christianisme, au ive siècle, en Orient surtout, était profondément imprégné de sentiments ascétiques, comme d’ailleurs l’était aussi la philosophie contemporaine ; mais, de plus qu’elle, il répudiait tout le passé de l’hellénisme. ”
Alfred Croiset,
Histoire de la littérature grecque
“ Plus de recherche, plus d’essor libre d’imagination, plus de philosophie ni d’éloquence. L’hellénisme a cessé d’exister, et le byzantinisme lui succède. Mais cet hellénisme, qui disparaît, demeure en réalité comme un des éléments les plus durables et les plus importants du patrimoine moral de l’humanité. Enveloppé d’oubli, ou mal compris et mal apprécié pendant plusieurs siècles, il reparaîtra au temps de la Renaissance avec un éclat admirable ; et il suffira qu’il reparaisse pour que le monde soit transformé. Par lui, le moyen-âge prendra fin tout à coup ”
Pierre de Coubertin,
Pour ceux qui vont en Grèce
“ Le caractère essentiel de l’Hellénisme s’affirme avec une clarté parfaite. L’Hellénisme est, avant tout, le culte de l’humanité dans sa vie présente et son état d’équilibre. Et qu’on ne s’y trompe point, voilà une grande nouveauté dans la mentalité de tous les peuples et de tous les temps. ”
“ Il n’y a aujourd’hui, qu’une seule façon d’être philhellène, c’est de croire à la Grèce moderne, à sa vitalité, à son génie, à son avenir — et de voir dans l’hellénisme le principe régénérateur des régions balkaniques et ottomanes. Je ne reconnais pas pour mes frères en philhellénisme ceux qui s’arrêtent à mi-chemin, rendent de vagues hommages à la mémoire de Périclès et marquent à ses descendants une bienveillance platonique et légèrement dédaigneuse. Honorer le passé grec, la belle affaire ! Tout le monde l’honore qui n’est pas un imbécile. ”
Pierre de Coubertin,
Histoire universelle — Tome II
“ Le tempérament énergique des vieux Romains s’y complut, en réaction contre les idées épicuriennes qu’ils confondaient avec l’hellénisme ; mais leur stoïcisme aussi était hellène. En vérité dans ce monde méditerranéen d’où la Grèce allait s’éclipser pour plusieurs siècles, tout était hellène, car le génie grec avait touché à tout et inventé ou façonné toutes choses. Dans tous les domaines, le sidéral et l’agricole, le gouvernemental et le pédagogique, le médical et l’artistique, le littéraire et le juridique c’étaient des Hellènes qui avaient perfectionné, innové, dirigé... ”
Anatole Leroy-Beaulieu,
Revue des Deux Mondes
“ Les Hellènes, dédaigneux des Slaves qu’ils entourent, se sont longtemps flattés de les dominer, de les helléniser. C’est là, croyons-nous, un espoir chimérique, démenti par l’histoire de dix siècles. En dépit de la supériorité de leurs armes dans cette pacifique guerre de nationalité, en dépit de leur culture et de leur richesse, de leurs nombreuses écoles et de leurs syllogos, tous les efforts des Grecs n’aboutissent des deux côtés du Rhodope, en Macédoine comme en Thrace, qu’à maintenir les positions de l’hellénisme sans en conquérir de nouvelles. ”
Eugène Nageotte, Histoire de la littérature grecque depuis ses origines jusqu'au VIe siècle de notre ère… (1889)
“ Si on l'envoie en Grèce, comme en exil, cet exil le comble de joie: si on le rappelle à la cour, il ne part qu'en gémissant; sa première démarche est pour refuser les honneurs et redemander son cher exil. L'hellénisme est le nom que lui-même donne à sa cause; ce nom dit tout. L'hellénisme est, en effet, la vraie religion de Julien. Lorsqu'il se révolte contre Constance, ce n'est pas au monde entier, c'est au centre de la civilisation, à cette patrie commune des esprits éclairés, c'est au sénat et au peuple d'Athènes qu'il adresse sa justification. ”
V. Colocotronis, La Macédoine et l'hellénisme : étude historique et ethnologique (1919)
“ Nous avons déjà eu l'occasion de signaler comment l'Empire byzantin, qui apparut dans l'Orient hellénique comme une continuation de l'Empire romain, se transforma de bonne heure en un Empire grec 2. Ce fut là un grand succès pour les Hellènes du moyen âge, qui témoigne, à lui seul, de la vitalité de l'élément grec. Et si l'on prend aussi en considération que cet État a vécu pendant onze siècles, à travers tant de cataclysmes, on doit conclure que l'hellénisme constitue dans tout l'Orient un facteur dont il n'est aujourd'hui permis à personne de méconnaître l'importance primordiale. ”
Alfred Gilliéron, Grèce & Turquie : notes de voyage… (1877)
“ Alors l' hellénisme n' était point représenté par un empire , ni par une cité , ni par un homme ; les cités luttaient souvent les unes contre les autres avec une haine féroce ; mais c' étaient des guerres comme celles qui éclatent entre frères , et la paix se faisait sous l' invocation de cette grande solidarité qui réunissait si souvent les Hellènes en face des barbares . ”
Dora d’Istria,
La Nationalité hellénique d’après les chants populaires
“ De même que l’Hellène des anciens temps éprouvait un irrésistible besoin de personnifier les forces de l’univers, de même le fils de la Grèce moderne, tel qu’il nous apparaît dans les chants à une époque où les vives lumières de l’Occident n’avaient pas brillé sur la péninsule, ne peut comprendre la nature qu’en supposant sous chaque phénomène une force vivante. ”
Alfred Gilliéron, Grèce & Turquie : notes de voyage… (1877)
“ Dépouillé de tout prestige extérieur , l' hellénisme n' en agit qu' avec plus de puissance morale sur la Macédoine , sur l' Egypte , sur la Syrie , sur l' Asie-Mineure , sur Rome et le monde romain , et enfin sur le christianisme lui-même , qui apprit à parler dans la bouche des Pères de l' Eglise la langue de Platon . ”
Edmond Jurien de La Gravière,
Les campagnes d'Alexandre...
(1883-1884)
“ Quant aux députés grecs, ils ne pouvaient avoir d'autre mandat que de resserrer le pacte qui unissait déjà, sous le sceptre d'Alexandre, toutes les fractions si longtemps désunies de l'hellénisme. C'était l'hellénisme qui avait vaincu; c'était l'hellénisme que l'Europe et l'Asie couronnaient dans le fils de Philippe. L'hellénisme cependant n'était pas plus la Grèce que la Révolution française ne fut l'empire agrandi des Gaules; l'hellénisme était un mode de civilisation nouveau envahissant peu à peu l'univers. ”
Anatole France,
La Révolte des anges
(1914)
“ Parce qu’il n’y eut là ni sacerdoce, ni dogme, ni révélation, et que les Grecs ne connurent jamais le dieu jaloux. C’est son propre génie, c’est sa propre beauté dont l’Hellène fit ses dieux et quand il levait ses regards au ciel, il y retrouvait son image. Il conçut toute chose à sa mesure et donna à ses temples des proportions parfaites : tout y était grâce, harmonie, mesure et sagesse ; tout y était digne des immortels qui les habitaient et qui, sous des noms heureux, sous des formes accomplies représentaient le génie de l’homme. ”
“ Maudits soient non seulement les chrétiens, mais tous ces rêveurs barbares de l’Asie et de l’Égypte qui, plus écoutés encore que nos déjà funestes philosophes, sont venus, depuis quatre siècles, empoisonner l’Hellénie et tout l’Empire de cette perfide chimère : la croyance à l’âme immortelle ! Désormais le monde pourra-t-il connaître, je ne dis même pas le bonheur, mais la paix ?... Nous, les hommes d’Hellénie, étions les seuls de l’Univers à ne point avoir peur de nos dieux ! ”
Dora d’Istria,
La Nationalité hellénique d’après les chants populaires
“ Il faut, après avoir constaté les modifications superficielles qui n’atteignent la race ni en son essence ni dans la majorité de ses enfans, considérer les Hellènes dans leur ensemble et essayer de caractériser leurs tendances d’après leurs chants populaires. De toutes les professions, l’agriculture est chez eux la plus délaissée. Le poète sourit au guerrier, au matelot, au marchand, au prêtre, au moine, au savant, au berger, jamais à l’homme de la charrue. ”
Collectif, Encyclopédie anarchiste
“ L’introduction de l’hellénisme à Rome fut, par contre, riche de conséquences heureuses pour la pensée humaine. Parce qu’elle fit affluer en Italie les esprits façonnés par la civilisation hellénique, la conquête de la Grèce porta un coup sensible aux antiques traditions romaines. De plus en plus, la philosophie remplaça la religion dans les milieux instruits. ”
Alfred Croiset,
Histoire de la littérature grecque
“ Ce qui était confus et obscur chez leurs prédécesseurs s’organise entre leurs mains. Ils établissent, sur la base de la tradition, un mysticisme rationnel, qui est à la fois dévotion et pensée, foi et réflexion. Que ce fût là au fond une altération fâcheuse du véritable hellénisme, on peut le soutenir, et la suite même du néoplatonisme le démontrera. Mais, en tout cas, cet hellénisme transformé est en soi une œuvre puissante d’adaptation, qui équivaut presque à une création. Et, sous cet aspect, le iiie siècle se montre fécond. ”
