“ Le plus souvent on le représente assis ou debout, entre le pauvre et le riche, toujours tourné du côté de ce dernier, pour ne point l’intimider dans l’exposé de sa cause. Il serait impossible de compter tous les bas-reliefs et autels ou vitraux qui reproduisent cette scène touchante de charité. Dans l’antique et vénérable collégiale de Rostrenen, notre bienheureux est représenté en costume de sénéchal du XVIIIe siècle. ”
Citations sur “Rostrenen”
Adélaïde-Gillette Dufrénoy,
La Femme Auteur, ou les Inconvéniens de la célébrité
“ Je demandai son nom à une personne du cercle qui me parut la connaître. Elle s’appelle Florestine de Rostange, me répondit-elle : c’est la plus intéressante et la plus infortunée des femmes. Fille d’un Espagnol et d’une Alsacienne, elle fut élevée à Madrid : elle entrait dans sa dix-huitième année, et son père venait de mourir quand le vicomte de Rostange arriva en Espagne ; il vit cette jeune personne, en devint amoureux, eut le bonheur de lui plaire, et l’épousa. ”
Edmond Rostand,
Un soir à Hernani
“ Aucun éclair n'a lui dans la ruelle noire;Nul n'a senti tomber cette graine de gloire;Et lui-même l'enfant n'est pas resté songeur.On se bouscule, on crie, on jure; un voyageurChante... Et le germe obscur descend au fond de l'âme.«C'est Hernani, tu vois», a murmuré MadameLa générale Hugo, d'une distraite voix.Et l'enfant regardait. «C'est Hernani, tu vois»,Dit cette mère. Et tout, pendant cette minute,Tout, Don Ruy, Don Carlos, le grand vers dont la flûteSoupire, le bandit, l'amour, le collier d'or,La bataille de mil-huit-cent-trente, le cor,Mademoiselle Mars, la salle qui trépide. ”
Edmond Rostand,
Un soir à Hernani
“ « Persuade-nous bien Que le travail est tout, que nous ne sommes rien... » Un chant montait, de ceux que plusieurs voix reprennent. « ... et dis-nous de chanter pour que tous nous comprennent ! » Ainsi parlait la voix de mon âme à genoux. Le soir d’Espagne était merveilleusement doux. Mais il fallait partir, car l’ombre enveloppante Venait ; je reprenais la vieille rue en pente Qui serre tellement le ciel entre ses toits Que l’on ne voit jamais qu’une étoile à la fois ; Je murmurais : « Faut-il qu’un pareil jour s’achève ? » Je sortais de Hugo comme l’on sort d’un rêve ”
Edmond Rostand,
L’Aiglon
(1900)
“ LE DUC a tourné la tête. Ses yeux rencontrent ceux de l'essayeuse, qui le regarde à la dérobee. C'est elle ! A Vienne, un soir déjà, brusque, sur mon chemin, Elle sortit d'un grand manteau, baisa ma main, Et s'enfuit en criant : « J'ai bien le droit, peut-être, De saluer le fils de l'Empereur mon maître !... » (Il la regarde encore, et dit lentement.) C'est une Bonaparte, – et nous nous ressemblons... Oui, mais elle n'a pas, elle, les cheveux blonds !... MARIE-LOUISE. Nous allons essayer par là. Venez, ma fille, – Ah ! Frantz, c'est à Paris seulement qu'on habille ! ”
Edmond Rostand,
La Princesse lointaine
“ Faire mourir Joffroy Rudel entre mes brasEt revenir avec son ami, n'est-ce pas?Ah! c'est bien le conseil que doit donner le monde.Non, pas cela! Rien de médiocre, Sorismonde!Pas de bonheur au prix d'un compromis commun!J'ai rêvé d'un amour sublime, j'en veux un :Si par l'étrangeté mystique il n'est sublime,Qu'il le soit par l'orgueil partagé d'un grand crime! SORISMONDEQu'allez-vous chercher là d'encore trop subtil? MÉLISSINDES'il se savait aimé, Bertrand, que ferait-il? SORISMONDEAh, je comprends... MÉLISSINDEVoilà ce qui surtout me tente. ”
J.-H. Rosny aîné,
La Vague rouge
“ Le magasinier, trouvant que François ressemblait à Rostenverre, se disait : « Y va m’emprunter trente-cinq francs ! » Il sifflotait d’un air agressif, lorsque le propagandiste entrait Aux Enfants de la Rochelle. Sa face se plissait en accordéon, son regard étincelait de malveillance, il murmurait tout bas : « La roue, ma vieille, des cailloux dans le ventre, les orteils rôtis et les pattes écartelées. » Puis, un soir que Rougemont avait répondu gentiment à une de ses brusques objections, il reçut le coup de grâce. Trois jours plus tard, il s’écriait : — C’est l’Homme ! ”
M. B......., Revue des Deux Mondes
“ On se lève aussi, Rosita ; on se lève pour toi, comme pour la reine de toutes les Espagnes, en disant : Qu’elle est belle ! Et il regardait la jeune fille en souriant, et il épiait une pensée de vanité sur ce front pur et candide. — Oh ! j’aime mieux le vieux cloître et ton amour, reprit-elle ; et comme elle se rapprochait de lui, son pied heurta contre une pierre verdâtre ; elle trébucha. — Qu’est-ce que ceci, mon amour ? demanda le Gitano. — Une tombe ! dit la jeune fille en l’arrêtant, comme il allait fouler cette terre sacrée ; elle se signa. ”
Jules Rostaing, Petit bonhomme vit encore (1852)
“ Le garde, plus clairvoyant que les autres, ajouta d'une voix élevée : « Je crois que nous ferions bien de nous assurer si ce bel arlequin ne serait pas le fils du capitaine Brise-fer. Regardez : cette marionnette, qui éternue, a bien la taille du petit coquin que le seigneur de la Gloutonnière nous a ordonné de lui amener mort ou vif. N'oubliez pas qu'il y a trois écus d'or à gagner et que vous serez durement châtiés, si vous n'exécutez pas les ordres de votre maître. » Les paysans s'élancèrent en tumulte vers la scène. Petit-bonhomme se jugea perdu. ”
Jean Rosmer, La rose d'or (1929)
“ A la cour, personne ne nous estime. On craint le maréchal, on redoute la marquise, mais on ne les chérit point. Aucun parent ne recherche pour leur fils la société de ces Florentins honnis, et je suis resté des semaines et des semaines tout seul, sans camarades. Lorsque je vais au palais, les pages me saluent, mais pas un ne s'approche. Le petit roi, à peine mon aîné, détourne la tête pour ne pas répondre à ma révérence. Tout cela me ronge, me mine, et je voudrais m'en aller. — Pauvre Henriquet! murmura Diane, tout à fait apitoyée. ”
Edmond Rostand,
Revue des Deux Mondes
“ Karl Rosner doit compter les marches qu’il descend Sur son derrière ! Mais il dit : « Tout va bien ! — Hourra ! — Par lrmensul, Quelle tactique ! — Victoire ! » Il rebondit en criant : « Le recul Est élastique ! » Et l’Empereur descend. Et l’ombre est sans appuis, Froide, glissante. Ce qui semble une tour quand on monte est un puits À la descente. Il s’enfonce, soufflant de peur. Sous le tissu Qui la camoufle, L’Aigle, qui jusqu’ici n’a rien vu, n’a rien su, Entend ce souffle. ”
Edmond Rostand,
La Princesse lointaine
“ On rame!... et l'on rencontre une barque turquoise!...On se bat, on la coule, on passe ; on rame! EnfinA tant de maux soufferts vient s'ajouter la faim ;Nos hommes ne sont plus que des spectres étranges ;Nos mâts sont des tronçons ; nos voiles sont des franges ;Plus d'espoir ; Rudel meurt ; soudain. Terre! Ah, songez!... MÉLISSINDE, frémissante.Ah, je songe que tu courus tous ces dangers! BERTRAND, surpris.Moi? MÉLISSINDE, vivement essayant de se reprendre.Toi. Pour lui, — pour lui — permets donc que j'en senteLa beauté, que j'en sois, pour lui, reconnaissante!... BERTRANDMadame!... ”
“ À quoi un troisième enthousiasme qui passe ajoute : « Parfaitement, c’est clair, net et pimpant ; la douleur et la joie s’expriment ici avec grâce et politesse et elles sont pleines d’esprit. » — « Moi, ce que j’admire le plus dans ce lyrisme-là, fait un autre, c’est qu’il fait des cabrioles extravagantes et qu’il retombe toujours sur ses douze pieds. Rostand est un habile homme. » ”
Émile Ripert,
Edmond Rostand, sa vie et son oeuvre
(1968)
“ L'ovation terminée, Rostand s'éclipsa, rentra à l'hôtel d'Orsay, et là, dans sa chambre, le bicorne sur la tête, encore vêtu de son habit vert, il s'amusa à maintenir en équilibre, la pointe en bas, sur l'index de la main droite, son épée d'académicien, ainsi que le surprit Paul Faure. Dérivatif utile à son esprit trop tendu par les émotions de la glorieuse journée; gentil mépris de la gloire en ce qu'elle a d'humain, dont on s'amuse à jouer pour ne pas se laisser griser. ”
Mathieu Lelièvre, Matthieu Lelièvre, prédicateur… (1932)
“ Rostan, si pieux, si personnel, avec ses 600 pages serrées, est le double trop long pour les gens de notre siècle ou de notre tempérament. Hunt même, qui est d'un bon tiers moins volumineux, et qui n'est jamais lourd, ainsi que les autres, que je regarde avec émotion, et dont j'ai parlé avec amour, n'ont pas tout à fait pour moi le charme des Pionniers, d'un style si coloré, si élégant, si rapide. C'est une œuvre de jeunesse, écrite par morceaux ; elle vous rafraîchit et vous entraîne. ”
Jules Verne,
Le Château des Carpathes
“ Eh bien ! il chercherait à gagner le mur d’enceinte, et par une des embrasures de la courtine, il essaierait de se glisser au-dehors... Coûte que coûte, il fallait qu’avant une heure, il se fût échappé du burg... Mais la Stilla... Renoncerait-il à parvenir jusqu’à elle ?... Partirait-il sans l’avoir arrachée à Rodolphe de Gortz ?... Non ! et ce dont il n’aurait pu venir à bout, il le ferait avec le concours des agents que Rotzko avait dû ramener de Karlsburg au village de Werst... On se précipiterait à l’assaut de la vieille enceinte... on fouillerait le burg de fond en comble !... ”
Edmond Rostand,
La Princesse lointaine
“ Elle lance la manche.Bertrand Je le jure Tumulte et cliquetis, puis silence.Mélissinde, descendant.Il est entré dans le Palais... Sorismonde referme le vitrail. Silence. On n’entend rien... Plus rien... Que voulait-il me dire ? Sorismonde, lui montrant la galerie. Oh, voyez ! Un esclave entre dans la galerie, couvert de sang, l’épée à la main, les vêtements en lambeaux. Il parle bas au chevalier.Le chevalier Bien. Il prend sa hache d’armes, et avec une courtoisie tranquille, à Mélissinde. Vous permettez ? Je ferme un instant cette porte. Il la ferme. On l’entend qui pousse les verrous. ”
“ Son visage, et même une partie de sa tête rasée, étaient sillonnés de rides profondes. La bouche, édentée et tordue, remuait sans cesse entre sa barbe et ses moustaches grises et taillées, comme s’il eût mâché quelque chose. Mais dans ses yeux rouges et sans cils luisait une flamme ; il s’y lisait une indifférence sénile pour la vie. Rosencranz lui demanda, par le canal d’un interprète, pourquoi il n’était pas parti avec les autres. — Où serais-je allé ? dit-il en regardant tranquillement de côté. — Là où sont allés les autres ! fit observer quelqu’un. ”
Gaston Rageot,
La Beauté ; essai d'esthétique historique
(1924)
“ Les grandes choses, les choses inutiles, les choses belles sont souvent les plus faciles. Voilà ce que nous a fait comprendre Rostand, voilà l'instinct qu'il a réveillé profondément dans la race, et voilà comment il a été l'interprète de toute la France d'hier, qui a fait ses preuves depuis et qui a médité ses leçons. ”
Jules Verne,
Le Château des Carpathes
“ Rotzko, posté au rebord de la contrescarpe, venait de tirer sur le baron de Gortz. Le baron ne fut pas atteint, mais la balle de Rotzko fracassa la boîte qu’il serrait entre ses bras. Il poussa un cri terrible. « Sa voix... sa voix !... répétait-il. Son âme... l’âme de la Stilla... Elle est brisée... brisée... brisée !... » Et alors, les cheveux hérissés, les mains crispées, on le vit courir le long de la terrasse, criant toujours : « Sa voix... sa voix !... Ils m’ont brisé sa voix !... Qu’ils soient maudits ! » ”
“ Debout, dans un coin de la chambre, le docteur et le général Hartmann, vieux soldat chamarré, de service auprès du prince, causent à voix basse. La porte du fond s’entre-baille avec mystère, laissant filtrer une lueur jaune et tremblante. L’archiduchesse se glisse par l’entre-bâillement, jette un regard derrière elle comme pour s’assurer que quelque chose est prêt, et referme vite sans bruit. Elle est toute pâle dans ses dentelles. ”
Jules Verne,
Le Secret de Wilhelm Storitz
“ Nous sommes en présence de faits qui semblent échapper à toute explication naturelle, et qui ne sont pas niables. Cependant, en restant dans le domaine du réel, voyons si quelqu’un, non pas un mauvais plaisant, mais un ennemi, aurait voulu, par vengeance, troubler cette soirée de fiançailles. En somme, c’était placer la question sur son véritable terrain. — Un ennemi ?... s’écria Marc. Un ennemi de votre famille ou de la mienne, monsieur Roderich ? En connaîtriez-vous ? — Oui, affirma le capitaine Haralan. Celui qui avant vous, Marc, avait demandé la main de ma sœur. — Wilhelm Storitz ? ”
“ J’ai là les ceinturons, je les ai tous les six !... (Et sa main indique, à droite, à gauche dans la pièce, à des places vides, les invisibles objets) L’EMPEREUR, épouvanté. Taisez-vous ! taisez-vous ! LE DUC. Taisez-vous ! taisez-vous !« Pour remettre à mon fils Lorsqu’il aura seize ans ! » — Père, il faut que tu dormes Tranquille, car j’ai tout, — même tes uniformes ! Oui, j’ai l’air de porter un uniforme blanc. Eh bien ! ce n’est pas vrai, c’est faux : je fais semblant ! ”
Jules Verne,
Le Secret de Wilhelm Storitz
“ Marc s’en aperçut, et je dus lui faire quelque réponse évasive. Était-ce donc la crainte de rencontrer Wilhelm Storitz sur notre route ?... Non, je songeais plutôt à ce qu’il avait dit au docteur Roderich : « Il surgirait de tels obstacles que le mariage serait rendu impossible... Les Storitz disposaient de moyens qui pouvaient défier toute puissance humaine ! » Que signifiaient ces paroles ?... Fallait-il les prendre au sérieux ?... Je me promis de m’en expliquer avec le docteur, lorsque nous serions seuls. ”
Léon Daudet,
Souvenirs des milieux littéraires…
“ Et si je glisse sur Rostand, mauvais écrivain, dont la pauvre ingéniosité, faussement héroïque, et le boursouflement lyrique sont d’ailleurs heureusement taris, si j’insiste à peine sur la métrique chronique, hideusement symétrique, de Henri de Régnier, le pendu constipé, vous comprenez bien que c’est par pure courtoisie. Il est à la portée de tout phasique de faire barboter des réminiscences romantiques dans le jargon contemporain. Il est malaisé d’enfermer une image juste dans une cadence agréable et claire. ”
Edmond Rostand,
La Princesse lointaine
“ Ah ! merci ! — C’est bien là la raison, c’est la seule ! Oui, la seule raison pourquoi j’ai dit ce non. — Et l’on peut faire entrer sire d’Allamanon. Sorismonde, souriant. Puisque vous refusez, à quoi bon ? Mélissinde Je refuse... Mais de sa lâcheté mon âme est trop confuse. Je dois donner encore cette chance au mourant d’entendre, en sa faveur, plaider sire Bertrand. Sorismonde Vous le devez !... Mélissinde Aux soins de mon rêve égoïste il pourra m’arracher, peut-être, s’il insiste. Sorismonde va à la galerie et fait un signe. Bertrand apparaît. Sorismonde sort Scène III Bertrand Oh ! ”
Catulle Mendès,
Jupe courte (2e édition)
(1885)
“ REVOLVER DE ROSETTE LE REVOLVER DE ROSETTE 1 Rosetfe Mirliton s'est levée de grand matin. Songez donc, il est dix heures à peine ! Rosette, c'est le nom fleuri que son miroir lui a conseillé; Mirliton, c'est le nom gamin qu'elle a rapporté, l'an dernier, de la fête à Saint-Cloud. Petite, serrée dans son dolman de drap gris, elle s'en va le long des maisons, rapide, trottant menu, comme une souris qui se dépêche. Une matinée d'été mouillé rit et pleure autour d'elle ; le soleil lame d'or et brode d'or la mousseline éparse de la brume. ”
Mme. Dufrénoy, La femme auteur; ou, les inconvéniens de la célébrité…
“ Je ne sentis plus qu'un désir, celui de consoler madame de Rostange; tous mes jours lui étaient consacrés. Je l'accompagnais à la promenade, aux concerts, aux spectacles: je ne la quittais, chaque soir, que le plus tard possible, et cette courte séparation me paraissait si longue, que je croyais toujours que le lendemain n'arriverait pas: toutefois je me gardai de découvrir mon amour à Florestine; les regrets 156 qu'elle donnait à la mémoire de son époux étaient encore trop vifs pour que je me flattasse de la voir répondre à mes sentimens. ”
Jules Verne,
Le Secret de Wilhelm Storitz
“ Celui d’un savant que ses découvertes ont rendu célèbre. — Et dont l’Allemagne est très fière à juste titre, mon cher Vidal. — N’est-il pas mort ? — Oui, il y a quelques années, mais son fils est vivant, et même, d’après mon interlocuteur, ce Wilhelm Storitz serait un homme inquiétant. « L’information est très sérieuse... » — Inquiétant ?... Qu’entendez-vous par cette épithète, cher ami ? — Je ne saurais dire... Mais, à en croire mon officier de l’ambassade, Wilhelm Storitz ne serait pas comme tout le monde. — Fichtre ! m’écriai-je plaisamment, voilà qui devient palpitant d’intérêt ! ”
