“ Ce qui fait la beauté sans pareille de cette vallée du Nil, c’est la simplicité presque géométrique de sa structure. Des surfaces planes pour capter les reflets, des angles aigus pour les briser, quelques lignes parallèles pour reculer à l’infini la perspective, — avec ces élémens si pauvres, elle crée des harmonies et des mélodies de couleurs d’une somptuosité et d’une ampleur incomparables. La Mer et le Désert sont les deux grands miroirs du ciel. La vallée du Nil a les deux miroirs : son fleuve et son désert, où se recueillent, s’exaltent et s’alanguissent toutes les nuances du jour. ”
Vallée du Nil
Définition et enjeux
Citations sur “Vallée du Nil”
Alfred Jacobs, Voyage en Asie et en Afrique, d'après les récits des derniers voyageurs (1855)
“ De tous temps la ceinture de granit qui ferme à Philé la vallée du Nil, a établi une puissante ligne de démarcation entre les populations, les idiomes et même les produits naturels de cette contrée. Passé la première cataracte, le Nil se resserre et devient tortueux ; il prend un caractère particulier à la Nubie. Des montagnes noires percent les plaines de sable au milieu desquelles apparaissent de loin en loin de chétifs villages dans des bouquets de palmiers; ce n'est plus le Nil aux rives fécondes, c'est encore un fleuve majestueux, mais coulant avec tristesse dans la solitude. ”
Samuel Manning, La terre des Pharaons : Égypte et Sinaï (1890)
“ L'oeil erre sur une étendue sans fin de désert, dont la vallée du Nil rompt seule la monotonie. A l'extrême horizon, des dunes de marne et de sable ondulent comme les vagues de l'Océan. A la lisière du sol cultivé, quelques bédouins ont planté leurs tentes noires. ”
Édouard Cat,
Découvertes et explorations du XVIIe au XIXe siècle…
“ La vallée du Nil forme un contraste frappant avec tout le reste de l'Afrique ; aussi les anciens la plaçaient-ils plus volontiers en Asie. Cépendant, cette région est vraiment africaine par une grande partie denses caractères distinctifs, et originairement elle se composait principalement : à son extrémité nord de granit et de sable comme le Désert auquel elle sert de limités. C'est le fleuve qui a créé la vallée, qui lui a donné sa fertilité et sa richesse : l'Egypte, disaient déjà les Anciens, est un don du Nil. ”
Paul Collard, Impressions et souvenirs d'un colonial (1925)
“ Les bustes s'inclinent et se redressent, à la lueur du crépuscule, tandis que les montures du désert profitent de la halte pieuse pour s'accroupir. Comme au temps où il était dieu, le Nil coule sans bruit au pied des dattiers. Les Egyptiennes ne reviennent plus du fleuve soutenant, d'un geste gracieux, l'aryballos de terre cuite pleine d'eau qu'elles portaient sur la tête. Mais les fella-hines qui leur ont succédé et qui montent de la berge avec la provision du soir ont hérité de leur geste qui s'éternise ainsi dans la vallée du Nil. ”
Yacoub Artin Pacha, Contes populaires inédits de la vallée du Nil
“ Je n’ai pas tardé à m’apercevoir que les invasions successives de l’Égypte, depuis des milliers d’années, par des peuples de civilisations et de provenances si différentes donnaient une explication très rationnelle de cette fécondité et de cette diversité dans l’imagination des enfants de la vallée du Nil. ”
Émile Delmas,
Égypte et Palestine...
(1896)
“ Je n'apprendrai rien à personne, en effet, en disant que le Nil c'est toute l'Egypte, toute sa vie, toute sa raison d'être. Sans le Nil, il n'y aurait pas d'Egypte, et le géographe enregistrerait simplement sur les cartes, entre la chaîne Lybique et la chaîne Arabique, un désert de plus, identique à tous les déserts de l'Afrique. C'est le Nil qui sert d'exutoire aux sables que les vents d'Est et d'Occident soufflent sans cesse par-dessus la crête des deux chaînes; c'est lui qui les emporte à la mer; c'est lui qui fournit la terre et l'eau à la fertile vallée d'Egypte. ”
Maxime Legrand,
La Vallée du Nil, époque contemporaine…
(1892)
“ Sa grandeur reçut le premier coup mortel quand le fils de Philippe fonda Alexandrie et par là donna à la BasseÉgypte un cœur nouveau, où débouchèrent toutes les veines qui portaient la vie au pays. Puis, quand les armées de l'Islam eurent soumis la vallée du Nil, quand leurs chefs, fuyant Alexandrie et Memphis, construisirent sur la rive orientale du Nil, auprès du château romain de Babylone, Fostat, d'où sortit plus tard le Caire, et en firent leur résidence, la ville nouvelle succéda aux droits et aux possessions de la vieille cité des pyramides. ”
Édouard Goepp, Les grands Hommes de la France… (1874)
“ La vallée du Nil est la seule partie qui ait de la va- leur. Si le Nil était détourné dans la mer Rouge ou la Libye, avant la cataracte de Syène, l'Égypte ne serait plus qu'un désert inhabitable, car ce fleuve lui tient lieu de pluie et de neige. ”
Maxime Legrand,
La Vallée du Nil, époque contemporaine…
(1892)
“ Derrière l'île, à l'ouest, une des chaînes de collines qui forment la montagne libyque se dresse, couronnée d'un fort arabe en ruines, comme pour fermer le paysage. Les murailles noircies se détachent en contraste pittoresque sur le sable jaune du désert; on se demande ce que serait cette vallée si richement parée de vert, sans le fleuve qui pénètre par ici en Egypte, après avoir franchi la première cataracte, l'un des ouvrages défensifs les plus solides qu'ait jamais élevés la nature. ”
Adolphe Armand, Lettres de l'Expédition de Chine et de Cochinchine… (1864)
“ Une lisière verdoyante apparaît à l'horizon à l'ouest, ce sont les arbres, les bosquets, les jardins, les riches cultures du Nil : on est au Kaire; on passe brusquement de la nature morte à la nature luxuriante de verdure et de fraîcheur. (C'était le 21 mars 1862.) La vallée du Nil, dans l'expression la plus générale, est une rigole verdoyante à travers les sables des déserts. Cette vallée, d'une largeur moyenne de cinq à six lieues au-dessus du Delta, et sur une longueur de deux cents lieues, c'est l'Egypte. ”
Théophile Lavallée, Géographie physique, historique et militaire… (1858)
“ Depuis Assouan jusqu'au Caire, la vallée du Nil n'a pas plus de 12 kilom. et quelquefois 1,200 m. seulement de largeur ; des deux chaînes de montagnes qui la bordent, l'une s'étend jusqu'à la mer Rouge, l'autre se perd dans les déserts de la Libye ; la première présente l'aspect d'une falaise coupée à pic, la seconde est accessible par un talus plus ou moins incliné. De Syène à Antinopolis, les rochers de la rive droite sont creusés de grottes naturelles très-nombreuses, et à l'est s'étendent des déserts de sable jusqu'à la mer Rouge ”
Émile Delmas,
Égypte et Palestine...
(1896)
“ Nos imaginations de vieux écoliers battent la campagne, nous abordons toutes les hypothèses. Ce soir, la lune se lève sur cette paix du Nil; dans un brouillard impondérable qui flotte sur la vallée, elle nous envoie ses rayons ; ceux-ci, en le traversant, ne perdent pas un atome de clarté, et se bornent à lui donner une légère pâleur argentée. Nous nous sentons noyés dans une obscurité lumineuse. Le Nil scintille en cadence avec les astres qui, malgré la clarté lunaire, brillent dans le firmament. ”
Maxime Legrand,
La Vallée du Nil, époque contemporaine…
(1892)
“ On ne voit plus les femmes fellahs venir en longues files puiser de l'eau au bord du lleuve; car des roches toutes nues, dans les fentes desquelles brillent comme des coulées de neige des filets de sable clair, s'élèvent à pic au-dessus du courant, à droite et à gauche, ou ne sont séparées de l'eau que par des bandes de terrain désertes ou par de petits champs cultivés. Plus on avance vers le sud, plus il semble qu'une puissance mystérieuse empêche le Nil bienfaisant d'ouvrir sa main prodigue. ”
Maxime Legrand,
La Vallée du Nil, époque contemporaine…
(1892)
“ Aussi toute la lisière occidentale du désert arabique, qui presque partout tombe à pic dans la vallée du Nil, du Caire jusqu'au Gebel Silsilèh, où le grès perce, et jusqu'à Assouan, la ville frontière de l'Égypte du côté du sud, où la roche primitive côtoie directement le fleuve, apparaît-elle comme un immense plateau calcaire, identique, dans la plupart des endroits, à l'extrême versant oriental du Sahara. ”
Baron Gaspard Gourgaud, Mémoires pour servir à l'Histoire de France sous Napoléon…
“ La surface de la vallée du Nil, telle qu'elle vient d'être décrite, équivaut à un sixième de l'ancienne France; ce qui ne supposerait, dans un état de prospérité, que quatre à cinq millions 204 de population. Cependant les historiens arabes assurent que, lors de la conquête par Amroug, l'Égypte avait vingt millions d'habitants et plus de vingt mille villes. Ils y comprenaient, il est vrai, indépendamment de la vallée du Nil, les Oasis [1] et les déserts appartenant à l'Égypte. ”
A. Rayer, Voyage agricole dans la vallée du Nil (1902)
“ Cette vallée du Nil, naturellement fertile, le devint davantage, et ce pays naguère sauvage et barbare, fut le plus civilisé de l'Afrique. Malheureusement l'histoire nous apprend que ce peuple égyptien a toujours été incapable de s'administrer et de vivre en liberté. On croirait volontiers que, sans énergie et sans ressort, il n'a nul souci de sa liberté et de son indépendance; il ne peut ou il ne veut faire aucun effort pour les conquérir et les conserver, et, si d'utiles réformes sont nécessaires à la prospérité de son pays, il les attend de l'étranger, qui les fait peu à peu. ”
Maxime Legrand,
La Vallée du Nil, époque contemporaine…
(1892)
“ Les berges du Nil deviennent de plus en plus désertes et de plus en plus jaunes ; les hommes et les enfants qui manœuvrent les machines à arroser sont toujours plus noirs et de moins en moins vêtus, les bourgs et les bois de palmiers deviennent toujours plus rares et plus petits. Tout ce que l'œil embrasse perd l'aspect égyptien pour prendre l'aspect nubien. Quand le soleil de midi brûle, on voit des crocodiles s'allonger sur les bancs de sable et quand l'astre du jour descend derrière l'horizon, le rouge chaud du soir n'allume plus les colom- biers élevés de la Haute-Égypte. ”
Maurice Dunan, Histoire ancienne des peuples de l'Orient… (1886)
“ Des grands lacs de l'Afrique équatoriale, le Nil, dont le cours est de 4.500 kilomètres, arrive en Ethiopie, c'est-à-dire dans le pays des hommes au visage brûlé (des mots grecs aithû et ops) . La vallée du Nil est très étroite en Ethiopie, car elle est resserrée entre des montagnes que l'on appelle la chaîne Arabique à l'est et la chaîne Libyque à l'Ouest. La vallée n'a guère qu'une lieue et demie de large. Le Nil, après cinq cataractes, entre à Syène, aujourd'hui Assouan, en Egypte. Le nom d'Egypte signifie : la demeure de Phtah (Ha-Ka-Phtah, dont les Grecs firent AEgyptos.) ”
Maxime Legrand,
La Vallée du Nil, époque contemporaine…
(1892)
“ Qu'on laisse le bateau et qu'on s'enfonce dans l'intérieur des terres, on trouve, un peu plus loin vers le nord, un bourg, des collines de décombres, un petit lac; sur le bord de l'eau, des cigognes et une bande de hérons argentés, qui laissent approcher jusqu'à la distance de quelques pas, avant de détourner leur cou gracieux et de s'élever sur leurs ailes, pour s'en aller planer dans la direction du Nil, comme un nuage blanc. Ce sont les ruines de Sais, la brillante résidence des Pharaons, la ville savante où florissait une école non moins célèbre parmi les Grecs que parmi les Égyptiens. ”
Adolphe Armand, Traité de climatologie générale du globe… (1873)
“ Du côté de l'isthme de Suez, il y a la vallée du Nil, berceau et refuge autrefois d'une antique civilisation, alors que pour prospérer il fallait surtout pour un peuple être géographiquement à l'abri des grands courants d'invasion. En effet, tant que les autochtones de la vallée du Nil n'eurent qu'à refouler les agressions des Éthiopiens, ainsi que le démontrent les gravures hyérogliphiques de Karnac, de Thèbes, de Memphis, le civilisé l'emporta sur le sauvage, mais lorsque Cambyse eut montré le chemin à Alexandre et aux Romains, il en advint de l'antique Égypte comme de l'ancienne Grèce. ”
Charles Le Beau,
Histoire du Bas-Empire. Tome 03
(1836)
“ Toute la partie de l'Égypte, située au midi du lieu où le Nil se divise en plusieurs bras pour former le Delta, est une vallée longue et étroite, traversée dans toute sa longueur par le fleuve. Cette vallée, mal défendue à droite et à gauche contre les envahissements du désert, par des montagnes arides et sablonneuses, n'est composée que des terres cultivables que le Nil inonde tous les ans de ses eaux. ”
Maxime Legrand,
La Vallée du Nil, époque contemporaine…
(1892)
“ Dans les endroits qu'on traverse, on doit souvent se mettre en défense contre les chiens gris à poil long, qui se distinguent des roquets fellahs par le courage et la beauté et, même dans la Basse-Égypte, sont estimés particulièrement comme gardiens de la maison ou du troupeau. Entre Erment et Esnèh, on rencontre les premiers défilés du Nil. Ici, le fleuve baigne de son courant impétueux la montagne libyque, et passe devant une falaise qui fait saillie sur la rive occidentale : elle porte la tombe du cheikh Mousa. Les anciens Égyptiens appelaient cet endroit Anti, la paire de rochers ”
Henri Lecomte,
Le Coton en Égypte : culture, préparation…
(1905)
“ D’Assouan à Fechn, le sol de la vallée du Nil est constitué, au voisinage du fleuve, par les alluvions du Nil et, au pied des falaises, par des alluvions mélangées aux détritus des roches constituant ces falaises elles-mêmes. Au nord de Fechn, il n’en est plus de même. En effet, pen- dant la période de la mer Miocène, la vallée du Nil n'existait pas encore, comme nous la connaissons aujourd’hui, car elle était occupée par un fleuve gigantesque, le Nil ly bique primitif, qui allait se jeter à la mer probablement à l’ouest du Delta actuel. ”
Maxime Legrand,
La Vallée du Nil, époque contemporaine…
(1892)
“ Enfin, paraît Assouan, la ville des cataractes. Quand on jette les yeux autour de soi, c'est à croire qu'un enchantement vous a transporté dans un monde entièrement nouveau. L'on s'abandonne sans résistance aux sentiments les plus divers de surprise, d'admiration et d,' plaisir. Le Nil semble être à la fin de son cours; la dahabiyeh qui vous a amené là paraît être dans un lac de belle forme. Les rochers qui s'empilent les uns sur les autres ont un reflet brun rouge, comme toutes les pierres de cette région. ”
A. Rayer, Voyage agricole dans la vallée du Nil (1902)
“ Aussi de nombreux moulins à vent, et de puissants moteurs à vapeur, travaillent sans cesse à l'assainissement du sol en déversant les eaux par une série de canaux jusqu'à la mer. Les canaux maritimes qui sont de véritables travaux d'art constituent les grands évacuateurs. Le Nil est le fleuve bienfaisant, qui par une série de ramifications et de machines élévatoires, distribue la fertilité sur tout le sol. On ne saurait trop le répéter l'Égypte c'est le Nil et dès que l'action bienfaisante de ses eaux disparaît, le désert commence, et la végétation cesse. ”
A. Rayer, Voyage agricole dans la vallée du Nil (1902)
“ C'est précisément cette différence de niveau qui permet de répandre les eaux du Nil sur une vaste étendue dans la vallée large et plate où les accidents de terrain ne se traduisent que par de petits monticules où sont bâtis les villages. A l'époque de cette crue, c'est-à-dire quand le niveau du Nil atteint 7 à 8 mètres au-dessus de l'étiage, les machines élévatoires sont inutiles dans le Delta, et les bassins de la Haute-Égypte se remplissent naturellement par la différence de niveau. ”
Édouard Cat,
Découvertes et explorations du XVIIe au XIXe siècle…
“ Ce qui fait la fortune de la vallée inférieure du Nil, ce sont les inondations périodiques du fleuve ; après les grandes pluies estivales, toutes les rivières de la région des lacs commencent à grossir ; en courant sur la pente des monts, elles entraînent avec elles une masse de terre végétale ; celles d'Abyssinie font de même, et le fleuve, qui réunit toutes ces eaux emporte ces richesses dans sa vallée. ”
Maxime Legrand,
La Vallée du Nil, époque contemporaine…
(1892)
“ Le monde ne renferme pas de terres plus fertiles que ces rives du Nil; il en renferme peu qui mettent à plus rude épreuve l'industrie du cultivateur. Des appareils de diverses sortes sont employés pour l'arrosage des buissons de cotonniers, des champs de blé, de lin et d'indigo. Mais que sont ces bourgs bâtis juste sur la rive et les habitations qu'ils contiennent? Un torchis de limon du Nil, un toit en branches et en pousses de palmiers sur lesquelles on étend de la terre, voilà la cabane d'un fellah pauvre; les paysans riches habitent des maisons de briques séchées au soleil ”
Maxime Legrand,
La Vallée du Nil, époque contemporaine…
(1892)
“ Le large Nil apparaît et scintille au loin, une forêt de mâts se dressent à perte de vue : c'est le port de Boulaq. Côte à côte avec un vapeur richement équipé, aborde un lourd chaland nubien aux voiles latines en lambeaux, identique pour la forme aux bateaux qui, du temps des Pharaons, apportaient les tributs du Soudan à l'Égypte. Non loin du port s'élève un superbe musée, dans lequel sont classés scientifiquement les monuments de l'antiquité ”
