“ Ce devait être son rêve, le plan qu'elle roulait, pendant ses longs silences, les yeux luisants, les mains fiévreuses: avoir la clef, ouvrir, tout prendre, tout détruire, dans un autodafé qui serait agréable à Dieu. Les quelques pages d'un manuscrit, oubliées par lui sur un coin de table, le temps d'aller se laver les mains et passer sa redingote, avaient disparu, ne laissant, au fond de la cheminée, qu'une pincée de cendre. ”
Autodafé
Définition et enjeux
Citations sur “autodafé”
Auguste Vacquerie,
Depuis
(1894)
“ Et, sombre achèvement de l'affreux bagne humain, Perfection de l'ombre où l'enfer se consomme, L'insulte à tout progrès, et la haine de l'homme Pour tous ceux qui le font un peu moins malheureux, La foule défendant ses misères contre eux, Les chercheurs qu'on bafoue et les trouveurs qu'on nie, Tous ces grands bienfaiteurs sur qui la calomnie Vomit, et les meilleurs de tous ayant le choix Entre l'autodafé, la ciguë ou la croix ”
Alfred de Musset,
Poésies
(1925)
“ Il est assez de mains, chercheuses de vermine, Qui savent éplucher un écrit malheureux, Comme un pâtre espagnol épluche un chien lépreux. Mais croire que l'on tient les pommes d'Hespérides Et presser tendrement un navet sur son coeur ! Voilà, mon cher ami, ce qui porte un auteur A des autodafés, — à des infanticides. Les rimeurs, vous voyez, sont comme les amants. Tant qu'on n'a rien écrit, il en est d'une idée Comme d'une beauté qu'on n'a pas possédée : On l'adore, on la suit ”
“ Il avait à peine fini de parler que son laquais entra pour lui dire que le carrosse de sir W... H... venait de s’arrêter devant la porte ; il y court et revient aussitôt. — Hélas ! dit-il à haute voix, voilà tout mon plaisir gâté d’un seul coup ; sir W... envoie son carrosse pour me ramener : il désire me parler. Il paraît que ce sir W... était un gentilhomme qui vivait à trois lieues de là, à qui il avait parlé à dessein afin qu’il lui prêtât sa voiture pour une affaire particulière et l’avait appointée pour venir le chercher au temps qu’elle arriva, vers trois heures. ”
Léon Valbert, Histoires d'autos (1931)
“ Pour qu'en ce point de notre sphère Mon auto-taxi stoppe enfin, Je veux serrer... Mais comment faire? Ce vieux clou n'avait plus de frein ! ! ! Et c'est ainsi — faits authentiques! — Battant un record sans pareil, Que j'ai crevé trois pneumatiques Et démoli mon appareil ! Ce qui prouve, messieurs et dames, La vérité de ce refrain : « Dans un taxi, pour plaire aux femmes, Il faut pouvoir... serrer son frein ! » Le chauffeur de taxi s'efforce de donner des explications pittoresques et variées à l'Américain qui lui a demande de lui faire visiter Paris. ”
“ Malgré le calme de cet hôtel, tous mes nerfs vibrent et trépident... Je suis comme la machine qu'on a mise au point mort, sans l'éteindre, et qui gronde... [p. 13] Le garage.Charles Brossette? Il vaut la peine d'une digression...Mais avant que de parler de lui, je dois dire un mot du milieu où naquit et se développa cette nouvelle forme zoologique: le mécanicien.L'automobilisme est un commerce en marge des autres, un commerce qui ressemble encore un peu à celui des tripots et des restaurants de nuit. À son début, il ne s'adressait exclusivement qu'au monde du plaisir et du luxe. ”
Léon Valbert, Histoires d'autos (1931)
“ Devant la sortie des artistes, un vieux monsieur a arrêté un auto-taxi. Une jeune figurante vient le rejoindre et s'installe dans la voiture. Avant de la rejoindre, le céladon dit au chauffeur. — Conduisez-nous au pont de Saint-Cloud, par le Bois, et tout doucement. L'homme du volant lève les bras au ciel : — Au pont de Saint-Cloud!... Et je n'ai plus qu'un demi-litre d'essence... Dites donc, bourgeois, pour ce que vous voulez faire et en baissant les stores, ça vous ferait-il rien que je prendrais tout bonnement la file, au prochain parc de stationnement? ”
Edgar Allan Poe,
Histoires grotesques et sérieuses
“ Quand l’Automate hésite relativement à un coup, on voit quelquefois l’exhibiteur se placer très-près de sa droite, et poser sa main de temps à autre, d’une façon négligente, sur la caisse. Il a aussi une certaine trépidation des pieds, propre à insinuer dans les esprits qui sont plus rusés que sagaces l’idée d’une connivence entre la machine et lui. Ces particularités sont sans doute de purs tics de M. Maelzel, ou, s’il en a conscience, il s’en sert dans le but de suggérer aux spectateurs cette fausse idée qu’il n’y a dans l’Automate qu’un pur mécanisme. ”
Léon Valbert, Histoires d'autos (1931)
“ Tant qu'à la fin un chauffeur distingué, qui prenait son café à une table voisine, se lève et, s'adressant au papa du moutard : — Excusez-moi, monsieur, demande-t-il poliment en soulevant sa casquette, ne serait-ce pas en auto que vous avez fabriqué ce gosse-là? — Mais, pardon... qu'est-ce qui vous fait croire?... — Il suffit de le regarder et de l'entendre : un nez en couvercle de capot, des yeux ronds comme des phares, des oreilles en forme de pare-boue et une voix à dégotter tous les klaksons. ”
Michel Corday,
Plaisirs d'auto
“ Et peut-être décide-t-il à l'arrêt le chauffeur qu'un bruit insolite inquiétait déjà depuis quelque temps. Enfin, n'oublions pas qu'autour de nous tout est mystère. Qui sait si la machine ne vit pas complètement, une fois que nous l'avons mise en marche, si nous ne lui donnons pas la pensée en même temps que le mouvement, si les autos ne flairent pas ceux qui les aiment, si elles ne devinent pas, là, derrière cette grille, des gens qui les fêteront, qui les admireront, qui seront heureux de les entourer, et si elles ne décident pas: «Allons, un bon mouvement, arrêtons-nous!» ”
Alphonse Daudet,
Les Rois en exil
(1879)
“ J. Tom Lévis au contraire rêvait de tenter de nouveaux coups, et le milieu grandiose où sa femme se trouvait installée lui donnait peu à peu l’idée d’une autre agence dans une forme plus luxueuse, plus mondaine, le trafic ganté jusqu’aux coudes, traitant les affaires parmi les fleurs et la musique d’une fête, autour du lac, le long de la piste, et remplaçant le cab vieux jeu, le cab numéroté maintenant à la compagnie des petites voitures, par une solide calèche à livrée avec la devise de la comtesse. ”
Charles Antoine. Van Huffel, Manuel des maîtres de poste et des entrepreneurs de voitures publiques… (1839)
“ Il suffit à un entrepreneur, pour se délier de ses engagemens envers un maître de poste, son relayeur, de changer le nombre de ses départs ou la forme de ses voitures, et de proposer ensuite à ce relayeur un prix de conduite insuffisant. ”
Charles Desprez, L'Hiver à Alger. [Signé : Charles Desprez… (1861)
“ Que d'autres voyageurs se présentent à temps pour la même destination, ils montent près de vous; sinon, fussiez-vous seul, vous partez tout de suite. Il est vrai que l'automédon, par une lenteur adroitement calculée, n'est jamais bien prêt à se mettre en route que quand sa voiture est complète. ”
Manon Roland,
Lettres de Madame Roland de 1780 à 1793
“ Je puis difficilement déterminer une préférence pour les voitures, parce que je ne connais pas les chaises de la Messagerie, qui vont en deux jours, et que j’ignore si elles sont plus douces que la poste qui, d’un autre côté, va bien plus vite ; j’en ai parlé à ces demoiselles, qui aimeraient mieux la poste, en supposant le choix d’une chaise douce ; elle me plairait aussi, parce qu’elle laisse plus de temps ; ainsi tu la prendras, à moins que tu ne juges différemment des voitures de la Messagerie dont tu peux t’informer ”
Émile Baillaud, Sur les routes du Soudan (1902)
“ Ce qui vous énerve le plus sur cette roule, c’est le malheureux sort de vos bagages. Heurtés en tous sens par les cahots des voitures Lefèvre, ils finissent par se désarticuler. Alors, ils se remplissent d’un sable fin qui ne veut plus disparaître des objets qu’il a touchés. Si vous n’avez pas eu le soin de mettre dans une ou deux caisses tout ce dont vous avez besoin, vous êtes toute la journée à charger et à décharger ces maudites voitures, et vous contribuez à l’éreintement de vos malles. Vous vous couvrez d’une saleté qui ne peut s’enlever, et ce n’est pas la moindre cause de vos fatigues. ”
Jean-François Simon, L’écrin disparu
“ Puis soudain s’arrêtant, et d’un ton ironique : Monsieur et cher Client, si jamais vous abandonnez l’automobilisme ne vous mettez pas détective, vous n’y trouveriez aucune chance de succès. J’en ai plus appris en deux jours que je suis ici, que vous dans six mois !... ”
Léon Valbert, Histoires d'autos (1931)
“ Alors, les autres automobilistes qui circulent sur la route et qui vous auraient laissé froidement vous débrouiller, s'ils vous avaient vu vous battre tout seul avec les écrous, en bras de chemise, dans le cambouis, ils ne manqueront pas de descendre de leur voiture, quand c'est qu'ils verront une dame seule en panne sur le bord de la route. C'est la galanterie française. De manière que, quand vous revenez, au bout d'un quart d'heure, après avoir fait votre petit tour ou bu votre petit verre, vous trouverez toujours votre bagnole réparée et par l'effet d'un monsieur complaisant. ”
Léon Valbert, Histoires d'autos (1931)
“ Si tu savais, maman, écrit la nouvelle mariée à sa mère, comme Abraham est affectueux et comme il est d'autre part habile chauffeur. A tout moment, sur la route, il me prodigue d'une main les témoignages les plus caressants et les plus agréables de sa tendresse, en continuant à tenir le guidon de l'autre main, et c'est merveille de voir avec quelle maestria il s'acquitte de cette double tâche, sans que l'auto fasse une embardée, sans qu'elle dévie un seul instant de la bonne route. ”
M. Sand, Six mille lieues à toute vapeur
“ Si les pique-poches sont partout, et dans les omnibus comme ailleurs, la population, — les pique-poches y compris, — paie consciencieusement le prix de la course au cocher de l’omnibus. Il serait assez facile de le tromper, car il est l’unique surveillant et l’unique caissier de son véhicule. Une petite ouverture correspondant de l’intérieur de la voiture à la poche de son paletot reçoit le prix convenu, et il n’arrive jamais, dit-on, qu’il ait à quereller ou à sévir. Ces omnibus sont toujours au grand complet sans que rien vous en avertisse. ”
Michel Corday,
Plaisirs d'auto
“ CURIEUSE SUITE D'UN ACCIDENT D'AUTO Après avoir coulé des jours oisifs et choyés, Marcel Debrive, à vingt-deux ans, se trouva subitement sans un sou dans sa poche, sans un métier dans les mains, mais, par contre, avec une sœur et une maman sur les bras. Son père, soudain ruiné dans la banque, n'avait pas survécu au désastre. Alors, bravement, Marcel se fit mécanicien d'auto. Ils sont plus nombreux qu'on ne pense, ceux qui possédèrent d'abord une voiture, puis qui, sans ressource et sans autre talent, demandèrent leur salut à l'art de conduire. ”
“ Lorsque l’autobus stoppa à l’arrêt principal, la foule se précipita vers le véhicule, le prenant d’assaut. Tout ce monde se trouva fort désappointé en voyant les sièges déjà occupés. Il faudrait se tenir debout pendant quarante longues minutes au moins et se faire bousculer en plus. ”
Octave Mirbeau,
La Vache tachetée
“ Toutes les dix minutes, l’omnibus passait, complet. Et les conducteurs, sur la plate-forme, les cochers sur leurs sièges, et jusqu’aux contrôleurs, derrière leurs guichets, se tordaient de rire à voir cette foule chaque fois déçue, se ruer autour de l’omnibus, comme un raz-de-marée, et se retirer ensuite — ah si piteusement !... Il fallait entendre avec quelle joie moqueuse ces puissants fonctionnaires criaient : Complet ! comme pour mieux nous faire sentir le ridicule de notre situation. ”
“ Le pied sur l’accélérateur, les mains à plat sur le volant, Jacques éprouve de la volupté à sentir les mécanismes obéir sous lui avec intelligence ; l’art a si bien agencé le jeu des organes, le chauffeur y insinue avec tant de précision et de confiance ses ordres multiples et entrecroisés, que l’automobile tout entière assume pour un temps cette vie venue d’en haut. Une longue habitude, une compréhension quasi mutuelle ont fait de l’auto une compagne, une amie du jeune homme. L’oncle Paul regardait luire la Saulaie, en contrebas, comme un bouquet de fleurs blanches entre le chèvrefeuille. ”
Maurice Renard,
Monsieur d’Outremort et autres histoires singulières
“ Tout s’éclaira dans les cerveaux, avec brusquerie. L’automobile chargeait la multitude ! Il y eut un mouvement convulsif de la grand’rue, le tassement prompt de l’assemblée, de-ci de-là, pour former la haie. En un clin d’œil, un chemin creux s’ouvrit à travers la matière humaine comprimée. Quoi qu’elle en eût, elle faisait passage au train seigneurial, comme au temps jadis où les carrosses retentissants cahotaient sur le pavé du Roi. Gare ! Gare ! Place ! Rangez-vous ! L’automobile s’engouffra dans l’espace vide. ”
Léon Valbert, Histoires d'autos (1931)
“ A force de siffler et de courir après la petite auto qui s'obstinait à continuer sa routé, le gendarme a fini par la rattraper et, tout essoufflé, manifeste sa mauvaise humeur. — Alors, quoi? Vous n'entendez pas? — Ma foi non, monsieur le gendarme. Mon moteur fait un potin du diable. — Ce n'est pas une raison. Vous auriez dû comprendre qu'il fallait vous arrêter, puisque vous veniez de vous mettre dans le cas d'avoir une contravention. — Une contravention?... Pourquoi donc? — Pour excès de vitesse... — Comment? Regardez mon compteur : il ne marque même pas dix kilomètres... ”
Léon Valbert, Histoires d'autos (1931)
“ J'ai connu des clients qui se sont absentés comme ça pendant vingt minutes et qui, au bout des vingt minutes, n'ont plus retrouvé ni la dame ni la voiture : c'est encore un effet de la galanterie française. « — C'est charmant! « — Oh! il ne faut pas croire qu'avec une dame au volant vous serez toujours exempt de risques, ni de corvées, ni de manœuvres. D'abord c'est vous qui êtes chargé d'eng... les assujettis : c'est un travail d'homme. C'est vous qui traitez les charretiers de « crème d'andouille » et de « fleur de pochetée » ”
Tristan Bernard,
Les veillées du chauffeur
(1909)
“ Mais quand il se sera familiarisé avec cet instrument, il n’aura pas de plus grand plaisir que de prendre des taxi-autos, avec la satisfaction d’un vieux Parisien à qui on ne la fait pas, parce qu’il la connaît, et la pratique...{163}EMPLETTES —————Je connais parmi les fanatiques de l’automobile, des gens qui ont de la fortune, et qui pourraient donc avoir une auto à eux, au lieu d’être pique-assiette, ou plutôt «use-coussins» dans une voiture d’ami.Ce n’est pas toujours par avarice, c’est par timidité. ”
Léon Valbert, Histoires d'autos (1931)
“ LES GABELOUS Après avoir rapidement franchi la porte de Pantin, pour rentrer à Paris, une auto de luxe se trouve arrêtée au passage à niveau du chemin de fer de ceinture, quelques tours de roue plus loin. Soudain le chauffeur s'aperçoit qu'un des gabelous de l'octroi s'amène au pas de course. — Nous sommes faits, patron, murmure-t-il à voix basse en se retournant vers l'intéressé. Dites-lui que vous avez oublié de faire votre déclaration : il est peut-être encore temps. Le propriétaire de la superbe limousine ne se le fait pas dire deux fois. ”
Léon Valbert, Histoires d'autos (1931)
“ Mais l'autre, sachant à qui il avait à faire et avec le sourire le plus aimable : — Oh! ne craignez rien, mademoiselle : j'ai un capot... d'importation britannique! De l'amusant Bobèche, dans Le Compartiment des Dames seules : Au bras de monsieur, madame est éclaboussée par un bolide qui file comme le vent. Furieuse, madame voue le maladroit chauffeur et sa machine aux Dieux infernaux. — Quel sale instrument que l'automobile, glapit-elle d'une voix pointue : ce n'est agréable que si l'on est dedans! ”
Léon Valbert, Histoires d'autos (1931)
“ Le monsieur sourit et riposte. — Confidence pour confidence : en réalité, je ne sais rien du tout, parce que je ne suis, moi-même, ni le directeur de l'Echo du Turf, ni même le propriétaire de l'auto que je conduis... et que j'ai simplement barbotée tout à l'heure, pendant qu'elle stationnait sur la place de l'Etoile! Dans le nord de l'Angleterre, par un brouillard du diable, un automobiliste anglais est quelque peu perdu. Il ne sait plus du tout où il se trouve. ”
Michel Corday,
Plaisirs d'auto
“ Il faut que le hasard seul semble vous mettre en présence. Or, les Miliane passent leurs dimanches à vingt lieues de Paris, dans leur propriété du Grand-Fossard, une maison blanche à tourelles, isolée au bord de la route. Alors, dimanche, 161 tu sautes dans la voiture, sans même un mécanicien, que tu serais obligé de mettre dans le secret, et, devant la maison à tourelles, tu simules la panne. On accourt, on t'aide, car on est chauffeur, on met le téléphone à ta disposition, car on est l'obligeance même, et la présentation est faite!—C'est une idée! s'écria Petitport. ”
