“ BLANCHE C’est-à-dire que tu as fait de la fabrique de M. Teissier ce qu’elle est. Sans toi, elle lui coûtait de l’argent ; avec toi, Dieu sait ce qu’elle lui en a rapporté. Tiens, papa, si M. Teissier était un autre homme, un homme juste, après le mérite que tu as eu et la peine que tu t’es donnée, voici ce qu’il te dirait : Cette fabrique m’a appartenu d’abord, elle a été à tous deux ensuite, elle est à vous maintenant. VIGNERON Bon petit cœur, tu mets du sentiment partout. Il faut en avoir du sentiment et ne pas trop compter sur celui des autres. ”
Citations sur “tessère”
Albert Laberge,
Visages de la vie et de la mort
“ Avant de monter dans son logement, au-dessus de son magasin, monsieur Tessier relut encore la lettre reçue le matin. Il n’en dit pas un mot à sa femme. C’était là son idylle. Ce fut son secret, sa joie et sa vie pendant une semaine. Plusieurs fois par jour, monsieur Tessier relisait la lettre reçue un matin. Il la savait presque par cœur, mais il la relisait quand même. Et chaque soir, il regardait passer le calme promeneur qui portait le même nom que lui, celui à qui s’adressaient les propos d’amour qu’il gardait précieusement dans la poche intérieure de son habit. ”
Élisa Michaud, Canadiennes d’hier
“ Pensez-vous, madame Tessier, qu’une demoiselle qui n’a jamais rien fait de ses dix doigts, est la personne qu’il faut mettre à la tête d’un gros train de cultivateur ? Malgré la meilleure volonté du monde, elle ne pourra pas s’accoutumer à la besogne ; c’est trop fort pour elle. Je ne la vois pas entrer à l’étable à 7 heures du matin, en hiver ou au printemps de bonne heure, en bottes sauvages, un fanal à la main, pour traire les vaches, sevrer les veaux et les accoutumer à boire en leur donnant ses beaux doigts à sucer. ”
“ Vous avez traité avec Lefort, après cette scène déplorable où il nous a insultés l’un et l’autre ? TEISSIER Vous pensez encore à cela, vous ! Si on ne voyait plus les gens, mon ami, pour quelques injures qu’on a échangées avec eux, il n’y aurait pas de relations possibles. BOURDON Après tout, c’est votre affaire. Je ne sais pas de quoi je me mêle. Je vous ai promis les terrains, vous les aurez. Le reste ne me regarde pas. (Marie entre ; il va à elle, à mi-voix.) Je vous laisse avec Teissier, mademoiselle ; tâchez de le convaincre, une femme réussit parfois où nous avons échoué. ”
“ TEISSIER Bien. Très bien. Vigneron s’écoute un peu maintenant que le voilà dans l’aisance. Il a raison. Un homme vaut davantage quand il possède quelque chose. Occupez-vous de vos invités, madame, j’attendrai le dîner dans un coin. Il la quitte. MADAME VIGNERON, allant à Mme de Saint-Genis. Eh bien ? Le voilà, M. Teissier ! Comment le trouvez-vous ? MADAME DE SAINT-GENIS Il a des yeux de renard et la bouche d’un singe. Auguste annonce : « M. Bourdon. » MADAME VIGNERON J’avais oublié de vous dire que notre notaire dînait avec nous. ”
Charles Magnin, De la mise en scène chez les Anciens
“ Les tessères qu’on nomme théâtrales, pour les distinguer de celles qui avaient une autre destination, sont des jetons ordinairement d’os, d’ivoire ou de métal, et qui servaient de billets d’entrée pour les théâtres, les cirques et les autres lieux d’assemblée. Les numéros du gradin et du siége, le cuneus ou le compartiment de la cavea, étaient marqués sur les tessères, absolument comme les indications analogues le sont aujourd’hui sur les billets de parterre en Italie. ”
Anonyme, Le courrier extraordinaire des fouteurs ecclésiastiques (1790)
“ Ce n’est pas par cette vieille édentée que je suis cocufié à la campagne, mais c’est par Thérèse sa femme de chambre, que tu as pu voir à Paris ; au surplus, si tu ne te la remets, je vais te la peindre : œil furtif et agaçant l’appétit, en un mot, un œil à la fouterie ; et comme on le dit assez vulgairement, un œil demandant l’aumône au pont-levis d’une culotte ; taille svelte et élégante, des tétons d’une tournure admirable, et plus que suffisants pour remplir la main d’un honnête homme ; une croupe divine ; enfin Thérèse est un composé de perfections. ”
Henry Bataille,
Théâtre complet
“ JULIEN. J’ai connu Madame Tessier chez Madame Picquart, il y a environ deux ans et demi. Son mari m’ayant appelé chez lui pour une affaire, je me suis trouvé tout de suite en présence de la femme ; elle a déployé à mon égard toute une stratégie de séduction... ÉVELINE, (l’interrompant.) Mais, comment se fait-il que tu oses parler de tout cela devant Madame Ulric ? Tu n’as donc pas une pudeur qui te retienne ? Un autre homme serait couvert de honte... Et vous-même, Madame Ulric, comment se fait-il que vous écoutiez cet aveu comme si vous en aviez déjà été la confidente... depuis longtemps ? ”
William Morris,
Nouvelles de nulle part
“ Ce ne serait que juste, que vous ayez votre tour. — Je serai très heureux d’y répondre, dit le tisserand. — Si je vous pose quelques questions, monsieur, dis-je, elles ne seront pas bien difficiles ; mais puisque j’entends que vous êtes tisserand, j’aimerais vous demander quelque chose sur cette profession, à laquelle je m’intéresse... ou m’intéressais. — Oh, dit-il, j’ai peur de ne pas vous être d’un grand secours à ce sujet. Je ne fais que le genre de tissage le plus mécanique, et ne suis guère qu’un pauvre professionnel, bien inférieur à Dick. ”
“ Elle s’était rapprochée ; elle posa ses petites mains sur les épaules de Philippe, et lui dardant son regard dans les prunelles : — Mystère ! Mystère ! — chuchota-t-elle. Il avait tressailli. D’un geste irrésistible, il s’empara de Thérèse, et l’attira contre sa poitrine. Elle résistait à peine ; la chevelure était là, si douce et si sauvage ; il y plongea farouchement les lèvres, et il sentait palpiter le corps délicieux de la jeune femme. — Thérèse ! — balbutia-t-il. D’un mouvement vif, fort et souple, elle se dégagea : — Vous n’avez pas le droit de m’appeler ainsi ! — se récria-t-elle. ”
Léon de Tinseau,
Plus fort que la haine
“ Thérèse, en sa qualité de débutante, fut chargée d'une des moins atteintes, grande femme robuste dont elle n'aurait pu dire si elle avait dix-huit ans ou cinquante: sur ce qui avait été un visage, des coussins de charpie arrosés de phénol remplaçaient le nez et les joues. D'une bonne humeur presque effrayante en pareil lieu, cette condamnée à mort ne tarissait pas de bons mots sur elle-même. Ses plaies lavées, ses coussins de charpie renouvelés, elle dit à Thérèse:—Merci, ma petite dame. Vous êtes nouvelle, encore un peu lente. Mais l'habitude viendra. ”
Madame de Stolz, Les mésaventures de mademoiselle Thérèse… (1898)
“ Mlle Thérèse était maintenant convaincue que ce maudit sapajou lui devenait un rival, et que désormais son cher lutin viendrait dans l'impasse non seulement pour elle, mais pour lui. Le pire de tout était que rien ne pouvait la détacher de l'enfant dont la turbulence et l'étourderie lui étaient insupportables; il fallait se résigner à l'aimer quand même. Mlle Thérèse, qui une heure plus tôt était venue si volontiers voir Camille, s'en alla toute triste. C'était donc vrai; le lutin aimait le singe! Rien de plus pénible ne pouvait arriver. ”
Firmin Roz,
Revue des Deux Mondes
“ C’est lui qui reçoit Tess. Frappé de sa beauté, il la fait agréer comme demoiselle de compagnie par sa mère, avec le dessein bien arrêté d’exploiter la situation. L’inexpérience et la candeur de Tess ne sauraient déjouer la savante tactique du séducteur ni échapper au piège perfidement tendu. Sans amour et sans joie, comme sans calcul, la jeune fille y tombe, à peine consciente de la gravité de sa faute, et elle rapporte au foyer paternel, avec plus de dégoût que de honte, l’opprobre d’une maternité où l’opinion du monde voit une souillure. ”
auteur:Isabelle de Charrière, Sainte Anne
“ Confions-nous en lui, et n’étant appellés ni par la nature ni par le sort à une carriere à la fois si belle et si pénible, labourons nos champs ; que nos femmes filent ; que le tisserand change en vêtemens notre lin, notre chanvre, ainsi que la toison de nos brebis. ”
P.-J. Stahl,
Les bonnes fortunes parisiennes
(1862)
“ J'épuisai tout, sans succès, pour ramener une lueur de raison dans ce regard.que j'avais vu si beau et si limpide. Thérèse n'était plus une femme, c'était une chose, vivant encore, mais de la vie animale seulement. Quand j'arrivais, elle venait à moi et cherchait dans toutes mes poches les gâteaux, les fruits, les bonbons que j'y cachais à son intention. J'obtenais ainsi un sourire. Quel sourire, grand Dieu! — La dernière fois que je la visitai, on me conduisit vers celle qui avait été sa surveillante. Cette bonne créature pleura en me voyant. ”
Madame de Stolz, Les mésaventures de mademoiselle Thérèse… (1898)
“ La maison louée par Mme Lescœur était spacieuse; on pouvait s'ébattre à son aise dans la cour et dans le jardin; c'était tout ce qu'il fallait et assurément les points cardinaux inquiétaient fort peu Camille. Donc, elle s'ingéniait à trouver de nouveaux sujets de remuer; Mlle Thérèse ne vivait plus Pas un moment de repos : pas même le temps de s'appesantir sur elle-même et de se trouver la plus infortunée des créatures. Elle jetait ses plaintes aux échos de Tournan mais pas assez haut pour qu'ils revinssent à M. Lescœur. ”
“ On appelait tessera (du grec téssares) une planchette carrée sur laquelle on écrivait le mot d’ordre, et qui, du tribun ou du commandant d’un corps, passait successivement à tous les centurions, jusqu’à ce qu’elle revint à celui qui l’avait donnée. ”
Madame C. Barbier, L'héritage de Thérèse (1891)
“ Il te faut des gants; mais pour aller à la messe à l'église du village, il ne te faut pas de gants, Thérèse; et tu n'es pas une demoiselle, mon enfant, surtout depuis que ton père est ouvrier carrier. Il faut que nous restions chacun dans notre position; il est tout-à-fait déraisonnable de singer ceux qui sont au-dessus de nous. ”
Ludovic Trarieux,
Éloge de M. H. Tessier, prononcé à la conférence des avocats de Bordeaux…
(1864)
“ Lorsqu'il descend des sommets nuageux où d'ordinaire il habite, il n'est donc pas étonnant qu'il apporte au milieu de nous toute la fraîcheur vivace des natures neuves et primitives. — Si le doigt de Dieu a mis alors au fond de son âme un grain d'enthousiasme, de tendresse et de gaieté, il peut soudain s'improviser, comme Tessiër, un joyeux poète ! — Et qui sait, grand Dieu ! tous les secrets du coeur humain? — Il affecte un ton d'autant plus frivole et plus léger, que l'objet habituel de ses méditations est peut-être plus grave. ”
Madame de Stolz, Les mésaventures de mademoiselle Thérèse… (1898)
“ Mlle Thérèse eut d'abord la pensée de chasser ignominieusement les deux chambrières, sans même leur accorder de passer la nuit dans la maison; mais la stupéfaction l'emportant sur la fureur, elle referma la porte en silence, longea comme une ombre funèbre le corridor qui menait au salon, s'achemina lentement vers la sombre encoignure, et s'armant d'un quatrième oreiller, de plus petite dimension que les trois autres, elle s'étendit, littéralement désespérée, dans son grand fauteuil, sans pouvoir toutefois se délivrer de l'importune image du singe. ”
Henry Bataille,
Théâtre complet
“ Quand je suis passé, Madame Tessier m’a interpellé... FRÉDÉRIQUE, (à Julien.) Courez vite, malheureux !... DASTUGUE. Votre femme a eu la curiosité de savoir qui avait apporté cette lettre... Elle a dû s’avancer jusqu’à l’auto, en accompagnant Mercereau... FRÉDÉRIQUE, (à Julien.) Peut-être est-il préférable que je descende, moi, et que vous restiez ici... Il faut redouter un esclandre. DASTUGUE. Oui, Madame a certainement raison... Ne vous affolez pas... Ce n’est peut-être qu’une manœuvre... un coup de tête... (À cet instant Éveline paraît. On se tait subitement.) ”
“ Je comprends à merveille, mademoiselle, quelque intérêt qu’ait ce mariage, que vous ne soyez pas bien pressée de le conclure. Malheureusement Teissier n’a plus vingt ans comme vous ; c’est même là votre plus grand grief contre lui ; à son âge, on ne remet pas volontiers au lendemain. MARIE Je voudrais savoir, monsieur Bourdon, et je vous prie de me dire sincèrement si M. Teissier est un honnête homme. BOURDON Un honnête homme ! ”
Élisa Michaud, Canadiennes d’hier
“ Le printemps dernier, vous le savez, Mme Tessier, j’étais parti pour aimer votre « chère fille » à la folie. J’aurais été fier comme un roi d’être son mari, mais je me demandais si je pourrais la rendre heureuse. J’avais peur qu’elle ne puisse pas se faire à notre genre de vie si différent du sien. Il m’était venu à l’idée de mettre à ma place l’aîné des enfants de mon frère Majorique qui va sur ses seize ans. Mon père est encore capable de voir à son affaire et il a un engagé de première classe. Moi, j’aurais pu les aider pendant les quatre mois de vacances. ”
Eugénie Foa,
Le Vieux Paris, contes historiques…
“ Et cependant, il faut le dire, malgré tous les défauts physiques de soeur sainte Thérèse, — ainsi s'appelait la jeune novice, — si elle déplaisait souverainement au premier abord, peu à peu la pauvre fille parvenait à s'insinuer dans votre coeur et finissait par le gagner. Ses traits, sans être réguliers, étaient doux et agréables ; sa bouche gracieuse et bonne ; et ses yeux, ni bleus ni noirs, possédaient la plus grande de toutes les beautés, celle qui ne dépend ni de la forme des paupières, ni de la couleur de la prunelle, mais qui gît seulement dans le regard. ”
Joséphine Colomb, Contes qui finissent bien, par Mme J. Colomb… (1911)
“ « Tu as tant de bêtes que ça, ici? lui demanda Thérèse avec admiration. — Oui! et bien d'autres. Il y a les moutons, mais ils sont au pâturage, le berger les ramènera ce soir. Et puis il y a les dindons noirs et les dindons blancs. Veux-tu les voir? » Thérèse se leva tout de suite, secoua sa robe pleine de sable, et Pierre, abandonnant pelle et tombereau, la guida parmi les merveilles de la ferme. ”
“ Teissier est riche, très riche, plus riche, le sournois, qu’il n’en convient luimême. Allez donc, mademoiselle, je vous attends. MARIE M. Teissier vous a fait part sans doute de ses intentions ? BOURDON Oui, mais je voudrais connaître aussi le s vôtres. Il est toujours intéressant pour nous de voir se débattre les parties. MARIE N’augmentez pas mon embarras. Si ce mariage doit se faire, j’aimerais mieux en courir la chance plutôt que de poser des conditions. BOURDON, souriant toujours. Vraiment ! (Marie le regarde fixement.) ”
Oscar Wilde,
Une maison de Grenades
(1911)
“ Le jeune Roi s' approcha d' un des tisserands , s' arrêta près de lui et le regarda . Et le tisserand lui lança un coup d' œil irrité , et dit : – Qu' as -tu à me regarder ? Es -tu un espion que notre maître a envoyé chez nous . – Quel est ton maître ? demanda le jeune Roi . – Notre maître ! s' écria le tisserand avec amertume . C' est un homme comme moi . A vrai dire , il n' y a pas de différence entre nous , sinon qu' il porte de beaux habits , pendant que je suis vêtu de haillons , et que pendant que je suis affaibli par la faim , il souffre assez cruellement d' une indigestion . ”
Simon des Saints Joseph et Thérèse, Les Merveilles anciennes et nouvelles du coeur de sainte Thérèse de Jésus… (1882)
“ On dit de l'Epouse des Cantiques qu'elle est comme un lis au milieu des épines; ainsi l'amie de l'Epoux se montre au milieu de ses compagnes, et voilà que le cœur de Thérèse est placé au milieu des épines. On dit de l'épouse qu'elle monte par le désert au milieu des arômes de la myrrhe, de l'encens et de toute espèce de poudres parfumées, et voilà que le cœur de Thérèse sort d'un amas de poussière et d'une masse d'objets qui ressemblent aux grains de l'encens et de la myrrhe. ”
“ Ils marchèrent d’abord sur la pelouse, puis Thérèse obliqua vers une sente qui passait sous les hêtres. L’odeur fine de la jeune femme dominait l’odeur des végétaux ; il écoutait le frisson de la jupe quand il se tournait, il apercevait la blancheur du visage, dont la forme s’évaporait, et une masse sombre qui était la chevelure... Le sang monta à la tête de Philippe ; il saisit la petite main et l’étreignit : — Oh ! — fit-elle d’un ton de reproche... ”
Laurence Sterne,
Vie et opinions de Tristram Shandy
“ Les phisiologistes anciens et modernes nous ont bien et dûment expliqué d’où vient que les tisserands, les jardiniers, les gladiateurs, et ceux dont une jambe s’est desséchée à la suite de quelque mal au pied, — d’où vient, dis-je, que tous ces gens-là ont toujours quelque nymphe dont le tendre cœur brûle en secret pour eux. ”
