“ Puisque ces aveugles oublient qu’ils sont frères, soyez leurs sœurs, venez-leur en aide, faites de la charpie. Tout le vieux linge de nos maisons, qui ici ne sert à rien, peut là-bas sauver la vie à des blessés. Toutes les femmes de ce pays s’employant à cette œuvre fraternelle, ce sera beau ; ce sera un grand exemple et un grand bienfait. Les hommes font le mal, vous femmes, faites le remède ; et puisque sur cette terre il y a de mauvais anges, soyez les bons. Si vous le voulez, et vous le voudrez, en peu de temps on peut avoir une quantité considérable de charpie. ”
Charpie
Définition et enjeux
La charpie, tissu de lin transformé en bande absorbante pour soigner les blessures, a traversé les siècles comme outil médical et symbole de générosité. Victor Hugo l’évoque comme une œuvre fraternelle, tandis que François Rozier détaille sa fabrication artisanale.
Du côté médical, Jean-Casimir-Félix Guyon souligne ses propriétés absorbantes, et Lucien Chancerel mentionne son emploi en médecine traditionnelle. Des sources anciennes, comme le Dictionnaire de Trévoux, en retracent l’origine linguistique, illustrant ainsi une histoire interdisciplinaire mêlant médecine, technique et solidarité.
Citations sur “charpie”
François Rozier,
Cours d’agriculture
“ De ces substances différemment unies, taillées, figurées, arrangées, forgées, on fait des bourdonnets, des tentes, des mèches, des plumaceaux, des étoupades, des compresses, des bandes, des bandages, des serremens, des liens, des attelles, &c. ; Section Première.De la Charpie. La charpie est un amas de filamens dont la toile est tissue ; tout le monde sait que pour faire la charpie, il faut effiler simplement un morceau de toile d’une grandeur proportionnée à la grandeur dont on veut la charpie ”
F. Génin, Lexique comparé de la langue de Molière et des écrivains du XVIIe siècle
“ Nicot, et Trévoux après lui, donnent le verbe charpir; charpir de la laine, carpere lanam; et par composition, décharpir, charpir entièrement, comme définir, de finir.Il nous reste encore le substantif charpie.Décharpir les combattants, est regrettable comme terme expressif; séparer est loin d’atteindre à la même énergie. ”
Dick de Lonlay,
Français & Allemands : histoire anecdotique de la guerre de 1870-1871…
(1887-1891)
“ Les élégantes bourgeoises et patriciennes, sous le costume de sœurs de charité, en cercle autour des corbeilles de fleurs d'automne des jardins publics, fabriquent de la charpie et ne répondent qu'aux œillades des malades ou des mourants. ”
Jésuites et imprimeurs de Trévoux, Dictionnaire de Trévoux/6e édition…
“ CHARPIR. Vieux mot, signifioit autrefois, faire de la charpie, effiler la vieille toile. Telam filatim dissolvere. D’où on a fait son composé décharpir, qui se dit quelquefois en parlant des gens qui se battent, qu’on a de la peine à séparer. ”
Marie-Nicolas Bouillet, Dictionnaire universel des sciences… (1896)
“ La charpie râpée est moins absorbante et plus irritante que la charpie longue. On emploie aussi bien le coton que la toile pour faire de la charpie ; il faut seulement que le linge soit blanc de lessive, et qu'il ne soit ni empesé, ni coloré en bleu par l'indigo. On remplace la charpie aujourd'hui par de la gaze ordinaire ou rendue antiseptique par l'incorporation de bichlorure de mercure, d'acide phénique, d'iodoforme, de salol, etc. ”
Jean-Casimir-Félix Guyon,
Éléments de chirurgie clinique…
(1873)
“ La charpie, qui est peut-être le plus ancien topique, dont l'usage s'est graduellement transmis d'âge en âge, et qui dut sa faveur à son pouvoir absorbant, est soupçonnée, en raison même de cette qualité, qui pourrait en effet la rendre nuisible si elle était contaminée par son séjour dans un milieu vicié. ”
Paul Diday, La Pratique des maladies vénériennes… (1886)
“ Quand la chancrelle du limbe est très superficielle, peu excavée, y faire tenir de la charpie est parfois malaisé. On y parvient en laissant au gâteau de charpie un prolongement en forme de queue (comme une poêle à frire) , et l'on enfonce entre le gland et le prépuce cette queue ; ainsi fixée, elle fixe elle-même sur l'ulcère le disque de charpie dont elle est le prolongement. ”
Charles-Raoul de Montesson, Vocabulaire du Haut-Maine (Nouvelle édition augmentée… (1859)
“ Le Glossaire de Du Cange le cite pour carder (au mot Cardura.) Carpant était synonyme de hachis. Charpir, v. a. Même signification. La charpie est le substantif de notre verbe. Charrière, charroière, s. f. Allée d'exploitation dans les bois ou à travers les champs. (Du CANGE. Carreria.) Les sentiers doivent avoir cinq pieds de large, les carrières dix pieds. ”
Lucien Chancerel, Flore forestière du globe (1920)
“ Le bois, d’une densité de o,goo, à fibres torses, attaquable par les insectes et les termites, n’est employé que pour les manches d’outils. L’écorce pilée fournit une sorte de charpie utilisée pour les plaies. Les feuilles infusées sont antihémorragiques, expectorantes, cicatrisantes ; macérées dans l’eau, elles donnent une teinture jaune orange. ”
“ Et par le vide entier grincent des vols de pies. Avec leurs fins rameaux en serres de harpies, De noirs taillis méchants s’acharnent à griffer, Un tas de feuilles d’or pourrissent en charpies ; On s’imagine entendre au loin casser du fer. ”
François Rozier,
Cours d’agriculture
“ Parvenu à ce point, (ce qu’on n’obtient qu’après une & même deux semaines, ou quelquefois plus tard) on pense la plaie avec de la charpie chargée d’un digestif très-simple, fait avec la térébenthine, le jaune d’œuf & l’huile d’hypéricum, jusqu’à ce que les chairs se soient bien détergées, & la suppuration bien diminuée ; les chairs ne tardent pas à pousser de tout côté des bourgeons charnus, qui, en se réunissant, opèrent une cicatrice parfaite. ”
N. Grévin, Le petit cultivateur, ou Nicolas… (1850)
“ Je lui réponds qu'il y manque cependant quelque chose que je ne connais pas; que j'ai fait tout ce que je pouvais pour qu'elle allât bien, pour que le travail fût beau en même temps, et, que je ne sais comment m'y prendre ; que je ne peux rien faire de bien, malgré tout le mal que j'y ai ; que la charrue ne veut pas rester dans le sillon qu'elle trace. J'ai ôté les flottes qui étaient en dedans; je les ai mises en dehors; comme j'allais plus profond dans la terre, pour éviter du mal à mes chevaux, j'ai relevé mon coutre au fur et à mesure que ma charrue y pénétrait. ”
Jean le Rond d’Alembert,
L’Encyclopédie, 1re éd.
“ Celles à bras servent à labourer les petits jardins : ce n’est autre chose que trois morceaux de bois assemblés en quarré ; le fer tranchant qui a deux piés & demi de long sur quatre à cinq pouces de large, se pose de biais, & ferme le quarré : il est posé de biais, afin qu’il morde la terre plus facilement. La charrue s’appelle à bras, parce qu’on ne la fait agir qu’à force de bras. Voyez Plan. d’Agriculture, fig. 1. la charrue à labourer les champs ; a, a, les roues ; b, la fleche ; c, le coutre ; d, le soc ; e, l’oreille ; f, f, le manche ou la queue. ”
Marie Pape-Carpantier,
Enseignement par les yeux. Zoologie des salles d'asile et des écoles élémentaires…
(1904-1911)
“ A mesure que la charrue avance, la terre soulevée par la pointe du soc est prise par son côté appelé déversoir qui la retourne sur le sillon. Ces deux grands manches de bois s'appellent les mancherons ; on les tient pour guider la charrue, la faire tourner ou la maintenir en ligne droite. — Est-ce que c'est difficile de labourer ? — Il faut, dit le père, sinon de la force, au moins de l'habileté pour bien conduire la charrue et l'attelage. — Tu vois bien, Georges, les deux grands boeufs que voilà ? ce sont nos plus forts... — Oh! quelles grosses têtes ! Quelles belles cornes ! ”
Alexandre Ysabeau, Le père Éloi ou Les causeries d'un vieux laboureur sur l'agriculture et l'histoire naturelle… (1864)
“ Il n'y a pas de réponse à cette question, dit le père Éloi. Aucune charrue n'est meilleure que toutes les autres d'une manière absolue. Une bonne charrue est celle qui fait un bon labour ; comme les terres cultivables ne sont pas toutes de même nature, il s'ensuit qu'une charrue peut être bonne pour labourer les terres d'un canton et mauvaise pour celles d'un autre. ”
François Rozier,
Cours d’agriculture
“ Pour tracer & ouvrir ces sangsues d’une manière convenable, on se sert d’une charrue armée d’une oreille de chaque côté, afin que la terre soit également renversée de part & d’autre, & l’on repasse deux fois dans le même sillon, si on veut lui donner plus de profondeur. Dans l’un & dans l’autre cas, je conseille de placer derrière la charrue un homme avec une pelle, qui égalisera le sol, fortifiera les endroits foibles, & établira plus facilement qu’avec la charrue, un bon niveau de pente. ”
Collectif, Encyclopédie méthodique/Art aratoire et du jardinage
“ La charrue est beaucoup plus expéditive ; mais communément elle ne remue pas la terre à une aussi grande profondeur, & souvent elle la renverse tout d'une pièce sans briser les mottes ; car le coutre coupe le gazon, le soc qui suit l’ouvre, & le versoir ou l’oreille le renverse tout d'une pièce sur le côté. L'agriculteur anglois s'est attaché à perfectionner ce labour, & pour cela il a imaginé une charrue qui porte en avant quatre coutres au lieu d'un. Ces coutres sont placés de façon qu'ils coupent la terre, qui doit être ouverte par le soc, en bande de deux pouces de largeur ”
William Holt, Les plus grandes entreprises du monde (19??)
“ Il est vrai que, parmi ces outils, il en est un des plus importants et des plus bienfaisants au point de vue agricole, inventé depuis des siècles, et que nous retrouvons encore à notre époque dans toutes les fermes de tous les pays pour ainsi dire : c'est la charrue. Il n'y a guère que dans les contrées absolument sauvages que, sous sa forme primitive même, la charrue ne se rencontre pas. ”
François Rozier,
Cours d’agriculture
“ Mes charrues sont fortes ; bien montées, tirées par de bons bœufs, & malgré cela, j’ai vainement tenté, même en mettant trois paires de bœufs, de parvenir à cette profondeur, je ne dis pas dans des terreins tenaces, comme l’argille, &c. mais dans de bons fonds ordinaires. L’on peut dire que leur plume sillonne mieux que leur charrue. Si on prend pour un pied de profondeur depuis le sommet de la terre remuée & montée sur le bord du sillon, jusqu’à sa base réelle, il n’est pas étonnant que l’on compte un pied ”
François Rozier,
Cours d’agriculture
“ La charrue simple est le plus ancien instrument de labourage que nous connoissions : c’est de cette espèce de charrue dont parle Virgile dans son premier livre des Géorgiques, où il donne le détail des instrumens propres à l’Agriculture. Pline le naturalise ne parle aussi que d’une seule espèce de charrue, qui n’avoit point d’avant-train, mais dont l’âge étoit portée sur le joug des bœufs, comme on le pratique encore aujourd’hui dans l’attelage de l’araire dont on se sert en Provence, en Languedoc & en Dauphiné. ”
Pierre Joigneaux,
Les champs et les prés (3e édition…
(1865)
“ C'est assez parler des charrues, reprit M. Mathieu, parlons maintenant du labourage qu'elles font. Il ne vaut ni celui de la bêche, ni celui de la houe, je vous l'ai déjà dit; mais le terrain y passe vite et le cultivateur en retourne large dans sa journée. N'allez pas croire, mes amis, que bonne charrue fasse toujours et nécessairement bon labourage. Cela dépend du laboureur qui la dirige et aussi des bêtes qui la traînent. Un laboureur qui, à l'approche des semailles, retournera de larges tranches de terre et creusera des raies profondes en sol argileux, fera de mauvaise besogne. ”
Various, L'Illustration, No. 0066, 1 Juin 1844
“ Ce que nous avons remarqué en grande quantité à l'exposition, ce sont des charrues: chaque contrée veut avoir la sienne, chaque cultivateur qui réfléchit et raisonne fait son invention; mais, nous devons le dire, bien peu nous ont paru avoir atteint le but, qui est d'ouvrir un sillon bien égal et bien droit, et du diminuer le travail de l'homme et des animaux employés à manœuvrer la charrue. ”
J.-B. Chapelle, Traité d'agriculture, à l'usage du midi de la France… (1893)
“ Charrue araire. L' age est la charpente de la charrue. Il est constitué par une pièce à peu près horizontale, en bois ou en fer, sur laquelle sont fixées la plupart des autres pièces de l'instrument. Sa longueur augmente la stabilité de l'outil. Les mancherons ou bras servent à guider la charrue. En appuyant sur les mancherons, on diminue l'entrure de la charrue, c'est-à-dire la profondeur. En appuyant de gauche à droite, on tend à réduire la largeur du labour. Plus les mancherons sont longs et plus le laboureur exerce facilement son action. ”
N. Grévin, Le petit cultivateur, ou Nicolas… (1850)
“ Il y avait eu des sillons de charrue faits en travers pour arrêter l'eau qui aurait coulé le long des sillons l'hiver, et qui aurait dégradé la terre, ce que j'ai remarqué , parce que la pente de la pièce était assez forte. Mon guide commence à labourer, fait quelques tours ; il me dit : Je vais enterrer un peu ma charrue; il y a du fumier ; il faut le bien couvrir sans cependant le mettre trop profond. Il attire deux petites flottes autour de la haie qu'on pouvait faire agir à volonté ”
Hyacinthe Daudin, Le Nouveau Théâtre d'agriculture… (1864)
“ Quand la charrue a enrayé, comme pour un labour ordinaire, et qu'elle a fait deux ou trois raies, une des femmes suit la charrue dès qu'elle commence à ouvrir le sillon en retour, et marchant derrière le laboureur, elle place au fond du sillon, des tubercules qu'elle pose, de pas en pas, devant elle. Ils se trouvent espacés environ de 40 à 50 centimètres ; comme elle ne marche pas aussi vite que la charrue, l'attelage serait obligé d'attendre au bout de chaque raie, jusqu'à ce que la plantation soit faite dans toute la longueur ”
Carl Vogt,
Leçons sur les animaux utiles et nuisibles…
(1897)
“ Dans les jardins et les champs la bêche et la charrue en amènent quelques-uns à la surface, et il faut bien dire que l'abandon de la jachère dans l'agriculture moderne et le travail répété de la terre offrent l'avantage immédiat de détruire beaucoup de larves. Voyez l'attention avec laquelle les oiseaux de la race des corbeaux, les corneilles, les choucas et les étourneaux suivent la charrue, picotant à droite et à gauche et mangeant avec délices les gras vers blancs qui remuent entre les mottes de terre. ”
N. Grévin, Le petit cultivateur, ou Nicolas… (1850)
“ Nous commençons à labourer avec quatre chevaux sur une charrue. Je ne remarque rien d'extraordinaire, seulement mon guide met toutes les flottes en dehors, afin de ne pas prendre de trop grands sillons pour retourner entièrement la terre. Il enfonce la charrue un peu plus profond dans la terre. La pièce de terre comme toutes les autres que nous avions arrangées, avait été très-bien hersée, celles qui étaient trop dures ou avancées de labour, nous les avions labourées avec un binot, afin qu'elles fussent nettes d'herbe et en parfait état de culture. ”
Alexandre Dumas,
Histoire de mes bêtes
“ Une fois convaincues, grâce à la couleur verte de leurs lambris, qu’elles pondaient dans l’herbe, les poules de Charpillon pondirent avec une plus grande confiance, et, par conséquent, plus abondamment ; ce qui, chez les autres poules, est une douleur qu’elles manifestent par un cri que, dans notre ignorance, nous prenons pour un chant, devint pour elles un amusement auquel elles se livraient régulièrement soir et matin. ”
Plutarque,
Vies des hommes illustres
“ Le fondateur met un soc d’airain à une charrue, y attelle un bœuf et une vache, et trace lui-même, sur la ligne qu’on a tirée, un sillon profond ; ceux qui le suivent ont la charge de rejeter en dedans de l’enceinte les mottes de terre que la charrue fait lever, et de n’en laisser aucune en dehors. ”
Christophe-Joseph-Alexandre Mathieu de Dombasle,
Des instruments perfectionnés d'agriculture…
(1860)
“ N'ayant guère employé, pendant plus de vingt ans, d'autres charrues que des charrues simples, dans un sol fort argileux et dans un canton où l'on est dans l'usage d'atteler communément six ou huit chevaux à la charrue à avant-train, je puis annoncer avec confiance ces avantages, sans crainte d'être contredit par aucun cultivateur possédant une bonne charrue simple et sachant bien la manier. ”
François Rozier,
Cours d’agriculture
“ Quand les bêtes d’attelage sont bien exercées au tirage de la charrue, un laboureur en conduit aisément quatre attelées deux à deux : les deux premières, averties par un coup de fouet, avancent & tournent sans peine quand elles sont arrivées au bout de la raie. Si elles ne sont pas bien exercées, on ne peut point se dispenser de mettre deux hommes pour conduire une charrue, dont l’un doit tenir les manches pour la gouverner, & l’autre marcher à côté des deux premières, pour les exciter & les faire tourner à propos. ”
Léon Cladel,
Les Va-Nu-Pieds
(1881)
“ Et partout, au vallon et sur la colline, les animaux de trait excités à bien faire s'efforçaient au travail en bandant leur musculature, et la charrue progressait très lentement et très péniblement à travers un sol rouge et gras, embarrassé de mauvaises herbes parasites dont à tout instant on entendait craquer les fibres. ”
François Rozier,
Cours d’agriculture
“ Dans ces sortes de terreins, il faut bien avoir attention de donner à la charrue une entrure proportionnée à la quantité de bonne terre qui s’y trouve : quelquefois il suffit que la charrue pique de cinq ou six pouces au plus. Quelle que soit l’espèce de charrue dont un laboureur se sert, au bout de chaque raie, avant de prendre l’enrayure pour en tracer une autre, il doit 1o. détacher la terre qui s’est attachée au versoir & au sep ”
