“ Oui, un Français de la famille de Mérimée et de Stendhal, un Parisien de l’école de Musset, tel réapparaît Ludovic Halévy dont l’œuvre inachevée encore, Dieu merci, est faite pour les délicats et dont le caractère, ce qui ne gâte rien, est des plus sûrs que je connaisse dans notre monde littéraire. Correct comme sa phrase, net comme son style, avec beaucoup d’esprit et une raillerie bienveillante dont le fond serait volontiers mélancolique, voilà l’homme. ”
Citations sur “François-Auguste Halévy”
Félix Clément, Les musiciens célèbres depuis le seizième siècle jusqu'à nos jours… (1873)
“ Quoi qu'il écrivît, il était impossible à un artiste versé dans tous les secrets de la science musicale, et doué de l'esprit le plus délié de faire jamais un ouvrage médiocre ; mais les tendances de son génie le portaient vers des compositions d'un ordre plus élevé que celles que réclame l'Opéra-Comique. Halévy n'était véritablement à son aise que dans la peinture des grands sentiments et des situations fortes. Après deux ans de silence, il compléta la liste de ses chefs-d'œuvre en donnant Charles VI, opéra en cinq actes, représenté à l'Académie royale de musique, le 15 mars 1843. ”
“ Aussi, la rumeur était grande dans le public. — Il a changé de manière, disait-on ; il a cessé d’imiter Rossini et les Italiens. Halévy est un homme d’avenir ; la mélodie a chanté en lui, et dès ce jour il a quitté les sentiers battus pour se recueillir dans son œuvre, et fonder une école nouvelle. L’attente — du public a été trompée lorsqu’après avoir cherché pendant cinq heures la musique de M. Halévy dans la Juive, il ne l’a pas trouvée. ”
Collectif, Cahiers du Cercle Proudhon
“ M. Halévy, écrivain, est un homme qui a pris part, avec passion, à nos luttes civiles. Sa personnalité nous oblige à parler sans détours et à répondre très clairement au signe nationaliste qu’il a imprimé dans les colonnes du Journal des débats. Au moment où nous sommes, dans une lutte civile extrêmement grave, c’est un devoir pour nous que de chercher à reconnaître très nettement la position des écrivains dont la parole peut retentir sur ta place publique et y déterminer des mouvements. ”
“ Qu’est-ce que c’est que ce professeur qui s’avise d’être jeune et pas ennuyeux ? Ce n’est pas un mort, celui-là ; c’est un vivant ! Très vivant, en effet, car ce professeur se nommait Auguste Geffroy. Il est aujourd’hui membre de l’Institut et directeur de l’École française à Rome. Le maître et l’écolier devaient se retrouver trente-trois ans plus tard, côte à côte, parmi les collaborateurs de la Revue des Deux Mondes. Halévy eut un autre professeur admirable en rhétorique, Eugène Despois, que nous avons nous-même appris à aimer, à estimer profondément. Despois était un homme de premier ordre ”
François Desplantes, Les musiciens célèbres (1889)
“ Il avait en outre, en 1829, donné au Théâtre-Italien un opéra en trois actes, Clari, où Mme Malibran avait un rôle. Mais son œuvre capitale, celle qui l'éleva définitivement à la célébrité, fut la Juive, représentée à l'Opéra le 23 février 1835 et demeurée l'un des chefs-d'œuvre de la scène française. La même année, sa partition de l'Eclair (16 décembre) , à l'Opéra-comique, eut aussi un grand succès. A la suite de la Juive, Halévy fut, en 1836, élu membre dC1 l'Académie des Beaux-Arts en remplacement de Reicha. ”
“ La partition de la Reine de Chypre se distingue par les qualités ordinaires de M. Halévy, qualités de praticien, mais de praticien si habile, si parfaitement ingénieux dans ses combinaisons, qu’on ne peut s’empêcher de suivre cette musique avec l’intérêt curieux qu’on accorde à certains chefs-d’œuvre de marqueterie. M. Halévy n’invente guère, comme on sait ; il cherche, il cherche toujours, mais avec tant de persévérance, de calcul, de stratégie, qu’on lui pardonne presque par momens de ne pas trouver. ”
Ludovic Halévy,
La famille Cardinal
(1907)
“ « Il n'y a que deux personnes entre moi et le trône. » Il va venir. Tu verras comme il est gentil et bon enfant. Faisons un bésigue en l'attendant. » Nous étions au milieu de notre quatrième partie de bésigue, quand tout à coup la porte s'ouvre. Un grand laquais tout en noir, en culotte courte et en bas de soie, annonce : « Son Altesse. » Oui, ma chère amie, c'est sur ce pied-là chez Pauline ! Et on a beau dire, ça fait battre le cœur d'une mé:'e ! » La voilà qui entre, Son Altesse. Un vrai gamin.., Pas vingt ans, tout blond, tout rose... » — Monseigneur, c'est maman, dit Pauline. ”
Charles Péguy,
Œuvres complètes de Charles Péguy
(1916)
“ On veut toujours que ce soit la faiblesse et la dégradation qui soit la règle, l'ordinaire, le commun, qui soit comme de droit, qui aille de soi. C'est précisément ce que je conteste dans tous les ordres, au moins pour cette race française. En France le courage et la droiture vont très bien de soi. Sans doute les apparences donneraient raison à Halévy, les apparents seraient pour lui. ”
P. Scudo, Revue musicale - 1er avril 1858
“ Telle est cette œuvre, longue, languissante, d’un style souvent diffus, où l’on rencontre quelques nobles inspirations et un cinquième acte d’un puissant intérêt. Si M. Halévy, qui est avant tout une imagination dramatique, était plus difficile dans le choix des poèmes qu’il veut illustrer de sa musique, s’il consultait mieux ses propres instincts, qui se plaisent dans la grandeur et réussissent toujours dans l’expression du sentiment religieux et de l’amour contristé, il obtiendrait des succès plus fréquens et moins contestés. On le sait, le temps ne fait rien à l’affaire. ”
Louis Désiré Véron, Mémoires d’un bourgeois de Paris…
“ Ce fut sous ma direction qu’Halévy fit exécuter la grande et belle partition de la Juive, suivie bientôt à l’Opéra de Guido et Ginevra, de la Reine de Chypre, de Charles VI, du Juif errant, et à l’Opéra-Comique de l’Eclair, des Mousquetaires, du Val d’Andorre, de la Fée aux Roses, de la Dame de pique et du Nabab, dont la partition est riche de mélodies neuves, spirituelles et osées. Halévy est un penseur, un curieux de toutes les choses de l’esprit, un chercheur ; il cherche en musique des formules nouvelles, il satisfait ses fantaisies et se divertit en composant. ”
“ Et n’est-ce point une honte que se donne l’Académie, en ajoutant à la liste de ses refusés, à Stendhal, à Balzac, à Gautier, à Baudelaire, à Flaubert, le nom de Leconte de Lisle ? On dirait que ce siècle épuisé et rachitique a horreur de ce qui est fort, et que le poids de tels génies est trop lourd pour ses faibles épaules. Mais M. Halévy devient immortel. Il est le favori de la médiocrité, cette reine du monde. ”
Louis Désiré Véron, Mémoires d’un bourgeois de Paris…
“ Halévy est un savant musicien, mais il a aussi ce qui ne s’acquiert pas, du style, des chants pleins de nouveauté, de grâce et de distinction, et surtout, au besoin, de la sensibilité, de la tendresse et de l’amour. Halévy n’inspire à tous ceux qui le connaissent qu’un sentiment, l’amitié ; s’il n’eût pas obéi à sa vocation de musicien, c’eût été un écrivain plein d’idées d’esprit, plein de respect pour la langue française, qu’il manie avec art et avec originalité. ”
“ Il y a donc vingt-cinq ans, dans le journal, alors dirigé par Édouard Houssaye et Xavier Aubryet, il publiait (numéros de Novembre 1857) cette nouvelle intitulée Une Maladresse qui est déjà de l’Halévy excellent, spirituel et narquois, l’histoire d’un Parisien décavé quittant la vie de high life pour s’aller enterrer en province. Il a un oncle, ce clubman, comme Henri Heine, le poète, en avait un et il était en droit de compter sur la générosité avunculaire. Mais l’oncle est marié et le Parisien devenu rural ne connaît point sa tante. ”
“ La mélodie elle-même, lorsque par hasard vous la rencontrez, est chez lui un résultat obtenu, plutôt que le jet libre et spontané d’une imagination qui s’exalte. En bonne conscience, et pour se conformer aux lois imprescriptibles de son organisation, M. Halévy aurait dû se contenter d’écrire un opéra tous les dix ans. Au lieu de cela, que voyons-nous ? À la Reine de Chypre succède immédiatement Charles VI ; les partitions de M. Halévy encombrent le répertoire, et quelles partitions ! ”
Ludovic Halévy,
Madame et Monsieur Cardinal. Le Rêve…
(1883)
“ Il tire de son côté, moi du mien; la moitié de l'eau bouillante lui tombe sur les jambes; il pousse un cri et lâche prise. a Alors, moi je passe et je cours à ma Virginie : « Tiens, mon ange, voilà ton bain de pieds. » « Et regardant le marquis bien dans les yeux : « Essaye un peu, vilain singe, d'arracher une « mère des bras de sa fille. Tu abandonnes tes « enfants, toi, mais moi je n'abandonne pas la « mienne ! » A ce moment, Madame Cardinal s'interrompit et s'élança au petit trot sur le théâtre, puis revint tout de suite en tenant Pauline par l'oreille. ”
Henri Blaze,
Revue des Deux Mondes
“ À ce compte, M. Halévy se sera mépris, il aura tourné vers l’art des sons une aptitude que réclamaient l’arithmétique et la loi des nombres. Il y a dans les intelligences une hiérarchie, nous le savons, et tous ne peuvent être doués également. Mais encore faut-il apporter en naissant une idée, un grain mélodieux qui se développe plus tard au souffle de la science ou du sentiment. L’un a l’élévation poétique et l’expression hardie et vraie à la fois des grandes choses, l’autre la mélancolie et la grace aimable ”
“ Si vous cherchez un musicien pour le genre dont nous parlons, vous trouvez tout d’abord M. Halévy. Nul mieux que l’auteur de la Juive ne sait accompagner une procession qui défile, un cortége qui passe ; il groupe les fanfares, assemble les carillons, donne au tambour qui bat aux champs une importance musicale, et note les coups de canon. Le mérite de M. Halévy, toute son originalité, c’est de s’être livré corps et ame à la mise en scène, à la magnificence dramatique, à la pompe, qu’il comprend, disons-le, mieux que personne au monde. ”
Ludovic Halévy,
Les petites Cardinal
(1880)
“ Elle était à croquer. Nous descendons. Nous remontons dans le landau. Nous allions partir quand Pauline se frappe le front : — Ah! mon Dieu, et mon dîner de ce soir que j'oubliais, et celui de demain, et celui d'après-demain. Elle envoie le valet de pied chercher Hermance et, quand Hermance arrive, elle lui dit : --- Vous allez écrire tout de suite au baron que ce n'est pas possible ce soir, que je vais chez maman à la campagne. Vous écrirez la même chose à monsieur Paul pour demain, et la même chose au marquis pour après-demain. ”
“ Nous le répétons, le mérite de cette œuvre réside tout entier dans les détails de style, dans les mille complications instrumentales dont l’auteur de la Juive et de l’Éclair a fait dès long-temps le caractère spécial et comme l’originalité de son talent. Mais, avec M. Halévy, qui s’attend à des idées ? qui lui demande aujourd’hui de l’imagination ? Un talent ne se développe que dans sa ligne. Il y en a qui du premier coup prennent l’espace, d’autres qui s’attachent au sillon. Comme travail la partition de la Reine de Chypre dépasse peut-être tout ce que M. Halévy avait écrit encore ”
“ C’est le menu fait et le détail que Ludovic Halévy recherche avec une sorte de scrupule passionné. Une goutte d’eau contient un monde et une perle fine vaut toutes les lourdes joailleries du monde. Les souvenirs de jeunesse de l’auteur de Criquette, de l’Abbé Constantin, de la Famille Cardinal et de Deux Mariages m’ont entraîné un peu trop loin ; mais, dans la vie de tout contemporain, n’est-ce pas l’aurore, l’heure de début qui préoccupe l’attention ? Les œuvres de l’auteur de l’Invasion sont dans toutes les mains., Je n’avais pas à les analyser. ”
Armand Silvestre,
Album Mariani. Second volume : portraits…
(1896)
“ S'il s'agit d'opérette, c'est dans la facilité à transporter les événements de jadis en petits faits contemporains que se retrouve la caractéristique du talent d'HALÉVY. Laissons de côté en effet tout ce que la Belle Hélène et Orphée aux Enfers peuvent avoir d'irrévérencieux, de dépoétisant, de rapetissant, pour ne voir que ce fait : LUDOVIC HALÉVY est un ironiste, un philosophe gai, il castigat ridendo., il pirouette ses conseils, tourne en couplets sa morale. ”
Félix Clément, Les musiciens célèbres depuis le seizième siècle jusqu'à nos jours… (1878)
“ Car j'ai fait ma philosophie A l'université d'Oxford ; le rondo : Tout dans la nature, l'air : Partons, la mer est belle, la suave romance : Quand de la nuit l'épais nuage, et le duo du troisième acte. L'Éclair n'a jamais quitté le répertoire. Après s'être tenu éloigné du théâtre pendant plus de deux ans, Halévy reparut à l'Académie royale de musique, avec un opéra en cinq actes intitulé Guido et Ginevra ou la Peste de Florence (9 mars 1838) . Comprenant tout ce que sa réputation exigeait de lui, il n'avait rien négligé pour donner un digne pendant à la Juive. ”
Anonyme, Revue des Deux Mondes
“ M. Halévy est certainement poète beaucoup plus que l’auteur de son libretto ; quand sa musique est chargée de la situation, elle l’exprime avec un lyrisme bien loin de la vulgarité où vous rejette le dernier point d’orgue de la prima donna. ”
Ludovic Halévy,
La famille Cardinal
(1907)
“ Madame Cardinal, je vous ordonne d'aller jusqu'au bout, sans vous interrompre. » Ah ! ma chère amie, quand on n'a pas vu monsieur Cardinal dans ces moments-là, on n'a rien vu, on ne sait pas ce que c'est que le sang-froid, l'empire sur soi-même. Je reprends : « Il a deux filles qui ont dansé à l'Opéra. L'aînée vit à l'étranger en concubinage avec un marquis italien. La cadette, sous le nom de Pauline de Giraldas, s'adonne à la galanterie sur une grande échelle. » » Oui, ma chère, j'ai eu la force de lire ces choses-là à haute voix devant monsieur Cardinal. Virginie en concubinage !... ”
Henri Blaze de Bury,
Revue des Deux Mondes
“ À ce point de vue, l’Eclair est peut-être aujourd’hui encore l’œuvre la plus complète que M. Halévy ait produite. Avouons qu’un opéra sans chœurs et sans action, où figurent seulement deux ténors et deux soprani, eût semblé, même en Italie, une gageure impossible. À force de nuances, M. Halévy parvient à piquer la curiosité, à se montrer intéressant là où d’autres ne réussiraient qu’à produire l’ennui. Il est vrai, pour tout dire, d’ajouter qu’il arrivera vingt fois au même musicien d’être ennuyeux en des endroits où l’intérêt paraîtrait ne demander qu’à naître. ”
Henri Blaze,
Revue des Deux Mondes
“ Ainsi que tous les hommes que la nature n’a pas franchement doués, et qui cherchent dans l’inspiration des autres un sujet d’application pour la science qu’ils ont acquise à force de travail, M. Halévy hésite entre les idées qui se disputent les sympathies de notre temps ; son œuvre n’est pas le développement d’un système dont il a conscience ; il va au hasard, où le vent du succès le pousse. Néanmoins, il faut le dire, l’auteur de la Juive et de Ginevra met une certaine réserve dans ses imitations ”
Charles de Mazade,
Chronique de la quinzaine, histoire politique et littéraire - 30 novembre 1857
“ Nous ferons cependant au travail de M. Halévy un reproche général : il nous semble que le savant compositeur a commis par excès de zèle une double erreur, — qu’il a d’abord trop présumé de l’intelligence de l’élève en lui parlant souvent une langue abstraite et synthétique, et qu’ensuite il a trop divisé sa matière pour ne pas produire quelquefois de la confusion dans de jeunes esprits. ”
Charles Péguy,
Victor-Marie, comte Hugo
(1934)
“ Ce qui prouve, Halévy, qu'il faut toujours être bien avec les jeunes gens. Et qu'il faut toujours les lire. Pour moi j'avoue que j'admire en plein ce toupet qu'il a eu ce jour-là. Je l'admire à bloc. Pensons-y, c'était le jour où il avait fait Booz endormi. Il avait couché avec Dieu. ”
“ Sur cette bouffonnerie, M. Halévy a composé une partition qui n’est certes pas un chef-d’œuvre, mais qui renferme des détails ingénieux et quelques morceaux qui méritent d’être signalés : au premier acte, par exemple, la stretta syllabique d’un trio entre Jaguarita. L’officier Maurice et Petermann, — et le chœur final : O nuit tutélaire, dont la phrase est d’un beau caractère et bien rhythmée. Il est fâcheux que ce chœur ne termine pas le premier acte, et que M. Halévy y ait ajouté un complément qui en affaiblit l’effet. ”
