“ Le coup d’état domestique de l’homme, c’est l’ignoble brutalité qui met la main sur la femme, c’est la violence sauvage qui profane un objet sacré (si délicat, si vulnérable !) , c’est l’ingratitude impie qui peut outrager son autel. ”
Violence domestique
Définition et enjeux
Citations sur “violence domestique”
A Béal, Passe-temps d'un praticien d'Auvergne… (1900)
“ Toutes ces compromissions, ces ténébreuses récitences génésiques, émanations d'unions mal assorties, ne tardent pas à devenir le prétexte de malentendus, de froissements, de querelles et de zizanies sans fin. La maison devient un enfer et la femme, tortionnaire implacable, tisonne sur le gril domestique le mari désemparé, victime expiatoire vouée, sans retour, à de continuels supplices. ”
Adolphe Guillot,
Paris qui souffre. Les Prisons de Paris et les prisonniers
(1890)
“ Le crime domestique, c'est le mauvais exemple donné par le père, son ivrognerie, sa brutalité ; c'est l'union libre remplaçant le mariage ; c'est le divorce affaiblissant ce qui reste du lien conjugal; c'est l'encouragement donné par les parents aux vices qui rapportent, c'est l'exploitation de l'enfant, et la jeune fille exerçant son infâm métier sous les yeux de ses frères, au foyer même de la famille. ”
Charles Marie Joseph Turgeon, Le féminisme français II: L'émancipation politique et familiale de la femme
“ Et cependant, il y a quelque chose de plus triste encore que cette violence sanguinaire: c'est l'acceptation et l'exploitation de l'adultère par les coupables eux-mêmes. Des gens de la belle société tiennent pour une incorrection que l'époux outragé tire vengeance de l'époux infidèle. Les cris retentissants d'autrefois: «Tue-la! tue-le! tue-les!» sonnent mal à leurs oreilles indulgentes. Ils regardent la faute de la femme et l'inconduite du mari comme un prêté pour un rendu. Il semble que, dès qu'elle est réciproque, l'immoralité soit plus facilement excusable. ”
Max Botton, Code annoté du divorce... par MM. Max Botton… (1884)
“ S'il est prouvé que les violences et les sévices de l'époux défendeur ont été provoqués par les injures ou les mauvais traitements qu'il a eu à supporter de la part de son conjoint, il n'y a pas lieu à prononcer le divorce. Il en est notamment ainsi dans le cas où une femme s'est portée à des actes de violence contre son mari, provoquée qu'elle était constamment par les reproches d'infidélité et d'adultère de celui-ci, c'est-àdire par l'injure la plus outrageante qu'un mari puisse faire à sa femme. ”
Paul Belloni Du Chaillu,
Le pays du soleil de minuit : voyages d'été en Suède…
(1882)
“ Les membres d'une famille ont beau coup d'affection l'un pour l'autre, bien qu'ils soient réservés. Les querelles sont très rares ; même dans les fermes les plus communes, je n'ai jamais été témoin de scènes de violence entre mari et femme. ”
Octave Mirbeau,
Journal d'une femme de chambre
“ Avez-vous réfléchi, un instant, à ce que nous pouvons ressentir de haines mortelles et légitimes, de désirs de meurtre, oui, de meurtre, lorsque pour exprimer quelque chose de bas, d'ignoble, nous entendons nos maîtres s'écrier devant nous, avec un dégoût qui nous rejette si violemment hors l'humanité: «Il a une âme de domestique... C'est un sentiment de domestique...»? ”
Ernest Glasson, Du consentement des époux au mariage… (1866)
“ Dans quels cas la violence offre-t-elle ce degré de gravité? On ne saurait répondre à cette question d'une manière précise ; tout dépend du caractère, de l'âge, du sexe, de la condition de la personne violentée. ”
Sigismond Lacroix,
Histoire des prolétaires
(1874)
“ La colère, la brutalité, l'arbitraire, les affections irréfléchies, les haines sans raison, tout cela peut se traduire immédiatement en actes violents. L'enfant n'a pas seulement à - redouter la violence'du'maître, il a encore, à redouter son affection. Quant à la femme, il n'y a que sa laideur qui puisse la sauver. On en fera; -dans ce cas, une bête de somme! Si elle est jolie, dressée au plaisir dès son enfance, .d'esclave elle devient souvent véritable maîtresse. Il y a dans une famille plusieurs ménages. La:femme mariée n'inquiète point le mari. ”
Louis de Bonald,
Essai analytique sur les lois naturelles de l'ordre social…
(1847)
“ Quand les mœurs sont féroces, le plus grand crime est l'homicide; quand elles sont voluptueuses, le plus grand crime est le viol. Dans le premier état, l'homme fait la guerre à l'homme; dans le dernier, il la fait à la femme ; et le viol, surtout celui de l'enfant, est un véritable homicide, et l'extrême oppression de l'extrême faiblesse. ”
Platon,
Œuvres de Platon, traduites par Victor Cousin
“ Quiconque aura fait violence à la pudeur d'une femme libre ou d'un fils de famille, sera mis impunément à mort par celui ou celle qu'il a outragé, par son père, ses frères et ses enfans. Tout mari qui surprendra quelqu'un faisant violence à sa femme, est autorisé par la loi à lui donner la mort. L'homicide commis pour sauver la vie à son père, à sa mère, à ses enfans, à ses frères, à sa femme, dans le cas d'une attaque injuste, ne sera soumis non plus à aucune peine. ”
M Degaud, Douleurs exagérées pendant le travail… (1904)
“ Dans les uns, les actions et les paroles sont d’une égale incohérence ; dans les autres, les actes délirants motivés par les vives douleurs de l’accouchement, se rattachent logiquement à leur point de départ. Ainsi, certaines femmes, au milieu d’un véritable accès de fureur, cherchent à exercer, sur elles-mêmes ou sur l’enfant, des actes de violence pour abréger leurs souffrances. ”
Sénèque le Jeune,
Tragédies de L. A. Sénèque
“ La colère est sortie de mon sein, et la vengeance de l’épouse a fait place à toutes les affections de la mère. Quoi ! je répandrais le sang de mes fils, des enfants que j’ai mis au monde ? C’en est trop, ô mon âme égarée ; ce forfait inouï, ce meurtre abominable, je ne veux pas le commettre. Quel est le crime de ces malheureux enfants ? Leur crime, c’est d’avoir Jason pour père, et surtout Médée pour mère. Qu’ils meurent, car ils ne sont pas à moi ; qu’ils périssent, car ils sont à moi. Ils ne sont coupables d’aucun crime, d’aucune faute ; ils sont innocents : je l’avoue..... ”
Samuel Richardson,
Histoire de Miss Clarisse Harlove
“ Mais en vérité, mademoiselle, mon coeur rejette sincérement un homme qui, vous appartenant de si près par le sang, a pu se rendre coupable d’une violence préméditée, et qui a maintenant la bassesse de vouloir engager, dans une famille telle que la vôtre, une personne qu’il n’a pas eu honte de ravaler à la plus vile compagnie de son sexe. ”
René de Pont-Jest,
Le Serment d'Éva
“ Je serais sommée de nouveau de réintégrer le domicile conjugal. Or, je refuserais de nouveau de le faire. Je résisterais même à la violence ! N’est-il pas préférable d’en finir tout de suite ? Aucune puissance humaine ne pourra me faire reprendre un joug qui m’est devenu plus horrible que jamais ! ”
Olivier Fourcade, De la Condition civile des domestiques (1898)
“ Si ce crime est odieux de la part de toute personne, il revêt une gravité particulière quand il émane d'un domestique, investi de la confiance de son maître, et à qui ses rapports quotidiens et la situation qu'il occupe dans la maison, devaient imposer une plus grande retenue. ”
Charles-Joseph Mayer, Vie de Marie-Antoinette d’Autriche…
“ Pour favoriser les desseins ambitieux de son frère, de sa famille, une femme pourra impunément opérer la destruction de son ménage, et celle de tous ceux qui l’entourent ! Elle pourra, sans être citée au tribunal de l’opinion publique, trahir un mari, préparer la ruine de ses enfans ! ”
Charles Fitz-Gérald, L'Individualisme, droit individuel et droit autoritaire (1870)
“ Les actes de violence et l'abandon de la famille n'y sont pas plus fréquents que dans les unions sanctionnées par la société qui, d'ailleurs, n'a guère plus d'action réelle dans un cas que dans l'autre. ”
Augustin Henry, Précis de l'histoire de l'éloquence… (1848-1858)
“ BENJAMIN-CONSTANT. 105 sans que la raison pût les éclairer, la crainte du blâme les retenir, les cris de leurs proches les préserver de la tentation. S'il ajoutait que pour répondre à ses invitations perfides, renouvelées sans cesse, le domestique vole son maître, le mari dépouille sa femme, le père ses enfants, et que lui, tranquillement assis dans une caverne privilégiée, instigateur à la fois et receleur et complice, il tend la main pour recueillir les produits du vol, et les misérables centimes arrachés à la subsistance des familles. ”
J.-B.-J. Champagnac, Chronique du crime et de l'innocence…
“ Cette femme, dont la violence naturelle se trouvait encore excitée par l'abus des liqueurs fortes, faisait fréquemment éclater sa haine pour la femme de son fils. Elle se livra à des emportemens plus violens encore que de coutume, l'accabla d'injures et de menaces, et chercha, par toutes sortes de mauvais traitemens, à lui rendre sa maison insupportable. ”
Ernest de Chabrol-Chaméane, Dictionnaire de législation usuelle… (1835)
“ La violence morale et cachée n'agit que sur l'esprit; c'est une contrainte qui ordinairement résulte de la tyrannie des familles, des menaces faites à l'un des époux avant la célébration du mariage, et dont l'effet subsiste encore à cette époque. La seule crainte révérentielle envers le père, la mère, ou autre ascendant, sans qu'il y ait de violence exercée, ne peut jamais suffire pour faire annuler le mariage. Il en est de même des menaces vagues qu'un père ferait à sa fille de lui retirer à jamais son affection, où de la priver de sa succession. ”
Édouard Goepp, Paris en armes, sièges et batailles… (1894)
“ Les fantassins, de leur côté, tuent les jeunes enfants, les petits garçons, les adolescents, les vieillards à cheveux blancs, les pères avec leurs fils et les mères elles-mêmes. La femme est massacrée sous les yeux de son mari, l'époux tombe égorgé sous les yeux de l'épouse et la mort moissonne les enfants à la vue de leurs pères et de leurs mères. ”
William Lazenby, Mémoires de Miss Coote
“ Je suis obligée d’avouer que j’ai vu de mes yeux, dans certaines familles où les parents sont d’un tempérament violent et irritable à l’excès, le père et la mère corriger leurs enfants avec la première chose, fouet ou corde, qui leur tombait sous la main. Pour être efficace, les châtiments domestiques devraient toujours être infligés avec sang-froid ; toute marque de colère devrait être évitée comme susceptible d’émousser le respect dû à leurs parents par les délinquants. ”
J. Guettrot, Les annales de la paix, 1852-1867… (1867)
“ Ainsi, à l'avenir, le père et la mère de famille malades ne seront plus forcés, pour se faire traiter, de quitter le foyer domestique et de laisser à l'abandon leurs enfants en bas âge ou de jeunes filles exposées aux dangereuses suggestions de la misère. ”
Léon Faucher,
Revue des Deux Mondes
“ Le tableau suivant montre le rapport des hommes aux femmes dans les principaux délits. La moralité de la famille, dépend surtout de la femme. Dans une ville où la corruption du sexe le plus faible est aussi extraordinaire, le vice doit germer de bonne heure au foyer domestique, et flétrir l’enfance de son souffle avant l’age des passions. On s’étonne du nombre des enfans qui paraissent chaque année à Paris devant la police correctionnelle et devant la cour d’assises. Que sera-ce si l’on énumère les jeunes délinquans que fournit la métropole de l’Angleterre ! ”
Eugène Pelletan,
La famille : la mère (3e édition…
(1866)
“ Il prend bien garde de frapper sa femme : une impatience de la main entraîne la séparation. On peut tuer une âme, ou, ce qui est plus cruel, la supplicier de toute façon, mais respect à sa majesté le corps ! on ne saurait impunément lui faire injure. Si le mari a soin de ne jamais battre sa femme, du moins en public, de ne jamais l'appeler d'un nom autorisé seulement à la halle, la femme peut plaider contre lui si elle veut et tant qu'elle veut ; elle perdra sûrement son procès en instance et en appel. Pleure donc, malheureuse, ou tue-toi ; ou, si tu as le coeur au crime, tue ton mari. ”
Francisco Ferraz de Macedo, Crime et criminel : essai synthétique d'observations anatomiques… (1892)
“ Aussi coupable est le père qui, poussé par une cruauté préméditée et inqualifiable, roue de coups son jeune enfant innocent, comme la mère barbare qui, pour se voir libre d'une enfant qui l'ennuie, l'expose à toutes les intempéries et à une pneumonie mortelle; aussi coupable est l'époux qui, par force, par de mauvais exemples et des violences morales, corrompt le coeur irrésolu d'une épouse honnête et dévouée, comme la femme qui conduit sournoisement son mari à la mort en ne pas lui prodiguant ses soins pendant une maladie, ou en l'exposant à des commotions morales qui peuvent le tuer ”
“ Sur 100 attentats à la vie de l’un des époux par l’autre, on en compte environ 60 par le mari et 40 par la femme ; mais pour la femme les quatre cinquièmes de ces attentats sont prémédités, tandis qu’il n’y en a que les trois cinquièmes de prémédités par le mari. Sur 100 crimes d’empoisonnement, de meurtre et d’assassinat, commis par suite d’adultère, on en compte 96 contre les époux outragés, et 4 seulement contre les époux coupables ; encore cette proportion est-elle uniquement relative à la femme infidèle. ”
Charles Lucas, De la réforme des prisons, ou De la théorie de l'emprisonnement… (1836-1838)
“ L'influence de la vie sédentaire vient compléter chez la femme l'explication de sa criminalité, qui se concentre dans le foyer domestique. Tandis que les coups et blessures, les assassinats, les meurtres, sont proportionnellement plus fréquents chez l'homme que le parricide, l'empoisonnement, les blessures envers les ascendans, c'est le résultat contraire chez la femme. ”
Arthur de Boissieu,
Dernières Lettres d'un passant…
(1875)
“ Ce qui est rare et ce que nous venons de voir, c'est un mari cherchant les preuves de son infortune dans les espionnages de la police et les racontages des valets. Il achète sa conviction et prépare sa vengeance. Le voilà qui, agitant derrière une porte fermée le spectre d'un enfant mort, fait appel à la tendresse de la mère pour triompher des terreurs de l'épouse. ”
A. Job, L'homme à Toinon (1883)
“ Un homme a-t-il à coups de bottes écrasé une pauvre petite fille après l'avoir violée... ou simplement massacré son père, sa mère, ses frères, ses soeurs, ses enfants et même son concierge... il devient à l'instant l'objet d'attentions les plus délicates. ”
Édouard Bailly, Précis de morale. Premier cycle… (1904)
“ Mais c'est un assassinat que de laisser s'affaiblir ou s'étioler un enfant, faute des soins nécessaires, quand on gaspille au luxe, au plaisir, au jeu le plus clair des revenus de la famille ; assassinat, que de laisser finir dans la misère de vieux parents impotents ; assassinat, que de condamner une pauvre mère de famille, après une rude journée à l'atelier, à s'user sans aucune aide aux lourds travaux de la maison, pendant qu'on jouit lâchement d'un repos qu'on a gagné peut-être, mais qu'elle avait bien gagné, elle aussi ”
“ Une femme a-t-elle épousé un pleutre ? Il s’arrange pour ne pas payer la pension alimentaire à quoi les tribunaux l’ont condamné, elle se voit arracher son enfant même quand elle en a la garde si le père prétend ne pas pouvoir entretenir son fils ailleurs que chez sa maîtresse épousée qui, elle, élève l’enfant dans l’horreur de sa mère ; bref tu entres dans un réseau d’atrocités dont une femme ne sort plus. ”
Hortense Allart de Thérase,
La Femme et la démocratie de nos temps
“ Si là une d’elles, par le droit de la nature, en appelle de ses premières affections mal engagées et se lie dans un nouvel engagement, cette femme, séparée de ses premiers enfans, bannie de la société, reléguée dans sa maison, voit encore ce qu’on appelle sa faute rejaillir sur ses filles. Parce qu’elle avait souffert dans une première union, on l’a fait souffrir pour toujours ; on l’a punie dans ses enfans : supplice affreux qu’une morale impie a trop employé. Et ici arrêtons-nous, nous femme et mère, devant cette morale atroce qui poussa tant de malheureuses filles à tuer leurs enfans. ”
Gustave Dutruc, Mémorial du ministère public, ou Répertoire alphabétique et abrégé de jurisprudence… (1871)
“ A la différence de l'outrage public à la pudeur, la tentative de viol exige l'emploi de la violence aussi bien que la consommation même de ce crime. V. Hélie et Chauveau, Théor. Cod. pén., t. 4, n. 1422. Mais quel doit être le caractère de cette violence ? Notre législation n'exige pas, à la vérité, les conditions qu'avaient établies les anciens jurisconsultes, c'est-àdire une résistance constante et toujours égale de la part de la femme, une inégalité évidente entre ses forces et celles de l'agresseur, des cris poussés par elle, des traces empreintes sur sa personne. ”
Henri Chauvot, Le Barreau de Bordeaux de 1775 à 1815… (1856)
“ Ah! messieurs, l'homme qui croira le mari assassin ou meurtrier de son épouse , et les deux domestiques innocents , ne pensera jamais qu'en peu de minutes un atroce criminel ait perverti la nature humaine ; et il est encore plus aisé aux âmes haineuses d'imaginer qu'un époux massacre sa femme sur un tendre propos, que de concevoir comment les jeunes témoins de cette atrocité se prêteront à l'excuser. ”
Paul Delepierre, Histoire de la puissance paternelle… (1887)
“ Les enfants, ayant sous les yeux les égarements de leurs pères et de leurs mères, tiraillés en sens contraire avec une égale violence, chacun des époux leur prêchant une doctrine différente, chacun les menaçant, s'ils n'obéissaient pas, finissaient par mépriser et répudier une puissance qui ne se manifestait à eux que par des violences et des menaces. ”
