Paul Féval, La Forêt de Rennes
“ Ce fut au milieu de cette souffrance morne et sans espoir que vint le chercher le bonheur, un bonheur si grand qu’on n’en peut point espérer de plus complet au ciel même, mais un bonheur bien court, hélas ! ”
Le bonheur désigne un état émotionnel de plénitude et d’équilibre durable, distinct du plaisir éphémère. Depuis l’Antiquité, des philosophes comme Aristote, Épicure ou les penseurs chrétiens ont exploré ses facettes, opposant le bonheur collectif à l’individuel ou le lien entre vertu et contentement.
Les auteurs français, tels que Victor Hugo ou George Sand, en ont illustré les nuances poétiques et existentielles. Aujourd’hui, ce concept interdisciplinaire, étudié en psychologie, sociologie et économie, révèle des enjeux sociaux et culturels profonds, comme en témoignent les initiatives modernes visant à évaluer ou promouvoir le bien-être.
Paul Féval, La Forêt de Rennes
“ Ce fut au milieu de cette souffrance morne et sans espoir que vint le chercher le bonheur, un bonheur si grand qu’on n’en peut point espérer de plus complet au ciel même, mais un bonheur bien court, hélas ! ”
Victor Hugo,
Les Feuilles d’automne
“ Où donc est le bonheur, disais-je ? — Infortuné ! Le bonheur, ô mon Dieu, vous me l’avez donné ! ”
Désiré Tricot, Poésies d'un fantasque, par Désiré Tricot… (1845)
“ Des mortels inquiets erreur triste et fatale ! Nous poursuivons en vain cette image idéale D'un bonheur qui toujours nous attire et nous fuit, Semblable aux feux follets qui luisent dans la nuit! Philosophe orgueilleux, réponds-moi, si tu l'oses ; Toi qui connais à fond les effets et leurs causes, Le bonheur quel est-il? « Le bonheur, diras-tu, » Est le contentement que donne la vertu ; » Le calme d'un esprit modéré, juste, libre, » Qui de ses passions sait régler l'équilibre. » — Fort bien. Mais, cependant, ce calme si vanté, Ce pur contentement, ton cœur l'a-t-il goûté? ”
Claude-Adrien Helvétius,
Le Bonheur (Helvétius)
“ Ce bonheur, ô mortels, que nous recherchons tous. N’est que l’enchaînement des instants les plus doux, Qui pourra me l’offrir ? Ô divine Sagesse, Sur les lieux qu’il habite éclairez ma jeunesse, Nos plaisirs orageux entraînent mille maux, Le bonheur seroit-il un stupide repos ? ”
Hippolyte Violeau, Mes loisirs : poésies (1840)
“ Le bonheur, as-tu dit, c'est le cri de la terre, C'est son besoin secret, son rêve solitaire, Le bien qu'elle poursuit et veut partout saisir ; Le bonheur, seul vrai roi qui, dans l'âme mobile, Conserve une puissance orgueilleuse et nubile, Et tient son sceptre du désir ! ”
George Sand,
Correspondance 1812-1876
“ Vivons à part, et ne la voyons que pour en rire ou pour y pardonner. Puissiez-vous être comme moi insensible à ses atteintes, et mettre votre vie réelle, votre bonheur entier, dans le coeur de ce petit nombre qui vous apprécie et qui me tolère, moi, reconnaissante quand j'obtiens seulement de l'indulgence. ”
Victor Hugo,
Correspondance de Victor Hugo
“ J’étais bien heureux jeudi dernier à pareille heure. Tu étais près, bien près de moi ; je sentais tous les mouvements de ton corps, je respirais presque ton haleine, je recueillais toutes tes paroles et toutes n’étaient que pour moi. Quand ma vie entière se passera-t-elle ainsi ? Les moments de bonheur qui s’écoulent à tes côtés sont des moments d’un bonheur bien pur et bien profondément senti, je t’assure. ”
Émile Montégut, Esquisses littéraires ; Mme Desbordes-Valmore…
“ Dans toutes ces choses qui s’appellent richesse, passion, plaisir, affection, il y a certainement une parcelle de cette insaisissable réalité qu’on nomme bonheur, comme il y a un rayon de l’âme divine dans chacun de nous. ”
Édouard Thierry,
Théâtre de Collin d'Harleville…
(1882)
“ Nous en avons besoin : nous sommes assiégés De maux, dont à la fin nous serions surchargés, Sans ce délire heureux qui se glisse en nos veines. Flatteuse illusion ! doux oubli de nos peines ! Oh ! qui pourrait compter les heureux que tu fais ! L'espoir et le sommeil sont de moindres bienfaits. Délicieuse erreur! tu nous donnes d'avance Le bonheur, que promet seulement l'espérance. Le doux sommeil ne fait que suspendre nos maux, Et tu mets à la place un plaisir : en deux mots, Quand je songe, je suis le plus heureux des hommes ; Et, dès que nous croyons être heureux, nous le sommes. ”
Françoise de Graffigny,
Lettres d’une Péruvienne
“ Le plaisir d’être ; ce plaisir oublié, ignoré même de tant d’aveugles humains ; cette pensée si douce, ce bonheur si pur, je suis, je vis, j’existe, pourroit seul rendre heureux, si l’on s’en souvenoit, si l’on en jouissoit, si l’on en connoissoit le prix. ”
“ Par le séjour de la gloire, je vois le bonheur et le contentement qu’éprouve le juste sur la terre, par les pleurs et les grincements de dents, le désespoir et les tourments qui ne cessent de tourmenter le pécheur toute sa vie. ”
Georgette Leblanc,
La Machine à courage
“ On ne demande pas à un être « Pourquoi voulez-vous le bonheur » ? Connaissance pour moi est synonyme de bonheur, d’un bonheur certain. Beaucoup d’amis m’ont submergée de questions et conseils. « Ne regardez jamais en vous-même, c’est fatal ! » ou « — Quoi faire de sa vie quand on a perdu toutes ses illusions ? » ”
Sidonie Wanham, Journal de Clotilde, pages sérieuses écrites par une jeune fille après ses années de pension… (1875)
“ Toutes vous aurez, mes enfants, l'ambition démesurée du bonheur parfait; ici encore, ici surtout, patientez jusqu'au terme; vous ne trouverez pas, sous le ciel, d'objet qui satisfasse pleinement voire coeur. Il n'y aura que des désirs trompés, si les aspirations suprêmes ne tendent pas plus haut que la terre. Patientez, le bonheur viendra après la vertu. ”
“ RODERIGO. Quel bonheur a l’homme aux grosses lèvres, — pour réussir ainsi !IAGO. Appelez le père, — réveillez-le, et mettez-vous aux trousses de l’autre ! Empoisonnez sa joie ! — Criez son nom dans les rues ! Mettez en feu les parents, — et, quoiqu’il habite sous un climat favorisé, — criblez-le de moustiques. Si son bonheur est encore du bonheur, — altérez-le du moins par tant de tourments — qu’il perde de son éclat ! ”
Jeanne Marais,
Le Mariage de l’adolescent
“ Croyez-moi : nous avons grandi ; notre base s’est élevée ; et nous sommes dans une atmosphère plus haute : si nous voulons vivre sans malaise, apprenons à respirer cet éther moins trouble... Et cherchons le secret de notre bonheur au fond d’une joie pure. ”
Antonin Mulé, Histoire de ma mort, par Antonin Mulé (1862)
“ Quelle plénitude de bonheur je sens en moi ! une joie idéale me ravit en extase! Que c'est bon la lumière; que c'est bon le jour !... C 'est une fête pour l'oeil et une caresse pour le visage, un enchantement pour l'esprit et une émotion pour le coeur! C'est une gaieté charmante qui revêt de transparence et de vie- les réalités mornes et emplit la création tout entière des accords voilés d'une symphonie suave ! ”
Lucien-Anatole Prévost-Paradol,
Conseils à un jeune homme : du choix d'un parti
(1851)
“ Sacrifierez-vous sans regret les luttes de la volonté contre le désir et vos victoires intérieures? Échangerez-vous volontiers contre les plaisirs d'une vie trop facile les joies orgueilleuses de la vertu? Gardez-vous de cette ivresse brutale, qui fait voir le bonheur suprême dans les plaisirs des sens et la destinée de l'homme dans l'établissement du bien-être. ”
Louis Marius Astouin,
Perles de rosée : poésies
(1855)
“ Car les illusions, ces Procnés du bonheur, Ont délaissé le toit et l'hiver de mon coeur. Mais quand je pense à vous , ami, lorsque ma muse Vous consacre des vers dont mon esprit s'amuse, Le bonheur que je goûte est un bonheur réel Et ma tristesse alors a la douceur du miel. Heureux l'homme qui sait se suffire à lui-même, Qui d'un livre instructif fait sa société ; Ses jours sont fortunés, son bonheur est extrême, Et tout dans son esprit respire la bonté. ”
Madame de Stolz, Valentine (1875)
“ Retiens ce passage. Si tu veux le bonheur, sans, mélange, ne lui cherche pas un nom. Prends en passant la part de satisfactions qui te sera donnée, et fixe le regard passionné de ton âme infiniment plus haut. ”
Charles Marchal, Le Livre de la famille, par M. Marchal… (1850)
“ O matérialistes! combien vous êtes dans l'erreur ! et comme vous mentez ! Vous dites que vous rêvez le bonheur pour tous. Malheureux utopistes! Et où est-il, le bonheur? qu'est-ce que le bonheur? où est l'homme vraiment heureux? ”
Jean Heuzey, Pages intimes : correspondance et journal… (1930)
“ Mais ces vœux sont peu de chose en comparaison de ceux bien plus élevés que je forme pour toi en vue de ce bonheur unique, vraiment le seul réel et intangible qui découle de la contemplation de la lumière et de la vérité, ce bonheur qui ouvre un monde nouveau à l'amour et qui est absolument seul à pouvoir assurer un peu de paix à des cœurs tourmentés comme les nôtres. ”
Ernest Renan,
Souvenirs d’enfance (E. Renan)
“ Le bonheur, c’est le dévouement à un rêve ou à un devoir ; ”
Yvonne Sarcey,
La Route du bonheur
(1909)
“ Essayez, ma cousine, du système, et vous verrez que vous deviendrez facilement une aimable philosophe, ou, plutôt, une charmante et vaillante femme. — La réflexion est la faculté philosophique par excellence, a dit Victor Cousin. Réfléchissons un peu à ce que ces trois mots, tant de fois lus et écrits : « Vœux de bonheur ! », renferment de sagesse, et répétons-nous souvent que l'être heureux est celui qui crée lui-même son bonheur. ”
Jean-Baptiste-Alexis Durand,
Quatre promenades historiques et pittoresques dans la forêt de Fontainebleau…
(1851)
“ Si tu veux mériter le bonheur que je te fais entrevoir, écarte ce nuage grossier qui offusque ta raison ; élève ton esprit au-dessus de toute idée grossière et matérielle, spiritualise tes affections; les choses positives flattent le cœur et les sens, mais elles ont peu de charmes pour une âme telle que je veux rendre la tienne. ”
Georges Murat, Un homme de l'autre monde, par Georges Murat (1864)
“ Laisse ton visage s'épanouir aux rayons bienfaisants du bonheur souvent rêvé. Pour connaître le bonheur, il faut savoir vivre pour les autres, il faut aimer. Renais à la vie de jeune fille, vie remplie de fraîcheur et d'espérances. Reprends la beauté première de ton âme, tes illusions chéries, tes croyances saintes, et tu me verras heureux à mon tour, vivre auprès de toi, partageant mon temps entre mon travail et les devoirs de mon affection. ”
Friedrich Nietzsche,
Le Gai Savoir
“ Hélas ! combien peu vous connaissez le bonheur des hommes, êtres commodes et bonasses ! — car le bonheur et le malheur sont des frères jumeaux qui grandissent ensemble, ou bien qui, comme chez vous, restent petits ! Mais revenons à ma première question. — Comment est-il possible de rester sur son propre chemin ! Sans cesse un cri quelconque nous appelle à côté ; rarement notre œil voit quelque chose où il ne serait pas nécessaire de quitter nos propres affaires pour accourir. ”
“ Mon bonheur, ma richesse, et mon culte, et ma loi, Mon univers, c’est toi, toujours toi, rien que toi ! ”
Henryk Sienkiewicz,
Quo vadis
(s. d. (avant 1936))
“ Là-bas, la vie et le bonheur ne font qu’un. ”
Frédéric Passy, Feuilles éparses : 1840-1904 (1904)
“ Oui, nous cherchons en vain le bonheur ici-bas, Le bonheur, vague objet que l'on ne comprend pas, Mot que chacun de nous entend à sa manière, But trop haut pour nos bras retenus à la terre, Songe effleuré sans cesse et sans cesse enlevé, Bien poursuivi par tous, et que nul n'a trouvé ! Oui, ce chemin douteux, ce chemin de la vie Que ne peut mesurer notre inquiète envie, Est semé de dégoûts et bordé de douleurs. ”
Johann Wolfgang von Goethe,
Théâtre de Goethe
“ Voulez-vous refuser aujourd’hui de goûter le bonheur de la vie, parce qu’un sombre intervalle était venu au travers de nos espérances ? Non, ma chère amie, croyez-moi, les meilleurs plaisirs de ce monde ne sont pas entièrement purs ; la plus vive joie est encore troublée par nos passions, par la destinée. ”
George Sand,
Correspondance 1812-1876
“ Et puis qu’est-ce que le bonheur quand un jour imprévu nous le brise ? Qui peut compter sur le soleil de demain ? Votre âme si élevée, votre esprit, qui a touché aux plus hautes solutions de la pensée, a sans doute puisé des forces suprêmes dans l’espoir confiant d’une vie meilleure. ”
Jacques Turbin, A l'oreille : poésies... (1899)
“ Le bonheur vers nous se penche, Le bonheur éblouissant, Délicieuse revanche De tous nos maux d'à présent. Il nous fait signe, il nous tente, Et tient nos coeurs palpitants. Encor quelques jours d'attente, Puis aimer longtemps, longtemps! ”
Sully Prudhomme,
Œuvres de Sully Prudhomme/Poésies 1866-1872
“ Je connus mon bonheur et qu’au monde où nous sommes Nul ne se peut vanter de se passer des hommes ; Et depuis ce jour-là je les ai tous aimés. ”
Victor Hugo,
L'Homme qui rit
(1869)
“ Ça doit se fourrer dans des trous, le bonheur. Faites-vous encore plus petits que vous n’êtes, si vous pouvez. Dieu mesure la grandeur du bonheur à la petitesse des heureux. ”
Lucien Roger Boyer, Ma petite Patrie ! Lyon et sa région… (1928-1929)
“ Dis-lui que sans l'amour du bien la vie est triste Car le bonheur naît de l'éternelle bonté ! O Solidarité, réponds à ma prière, Répands de plus en plus tes merveilleux bienfaits, Réunis sous ton nom les peuples de la terre Pour le bien des Humains et le bonheur parfait !... ”
Pierre Jean Corneille Debreyne, Thérapeutique appliquée, ou Traitements spéciaux de la plupart des maladies chroniques… (1850)
“ On n'y voit généralement que les reflets et les riantes images des affections douces et expansives, c'est à dire la joie et le témoignage d'une bonne conscience, le contentement, la paix, le bonheur, avec une immense espérance. ”
Johann Wolfgang von Goethe,
Théâtre de Goethe
“ Ô dieux ! d’où vient que tout dure sans cesse, que notre bonheur seul doit cesser ? La splendeur des astres, une douce promesse, la clarté de la lune, la tendre confiance, la profondeur des ombres, l’ardeur du véritable amour, sont éternelles et notre bonheur seul passager. ”
Jean-Auguste-Dominique Ingres,
Ingres d’après une correspondance inédite
“ Mon cher et cher ami, je t’embrasse du plus profond de mon cœur et te souhaite, aujourd’hui, pas plus particulièrement que les autres jours, le plus parfait bonheur dans ce monde. Vivre sagement, borner ses désirs et se croire heureux, c’est l’être véritablement. Vive la médiocrité ! C’est le plus heureux état de la vie, ce me semble. Une certaine aisance, avec laquelle on a, d’ailleurs, l’abondance juste des choses nécessaires et même très agréables de la vie, vous donne, d’abord une belle santé et vous laisse le temps de vous occuper, par le cœur, à des choses bonnes et honnêtes. ”
Eugène Sue,
La Salamandre
(1845)
“ Ainsi est-il du bonheur! être idéal en positif, vrai comme la lumière et le son, et insaisissable comme eux ! le bonheur, qui revêt tourà-tour les formes les plus opposées et n'en garde aucune. Car enfin, le bonheur ! est-ce une bouche de femme qui murmure à votre oreille un doux mot de tendresse ? une main tremblante qui ne fuit pas la vôtre? est-ce une longue, longue promenade sur un gazon émaillé, sous la voûte épaisse des vieux chênes qui couronnent une île fraîche et verte... une promenade.,, avec son 'bras lié au vôtre... ”
Laurence Sterne,
Œuvres complètes de Laurence Sterne
“ Je viens d’esquisser la peinture des maux de la vie humaine, et de la manière dont le bonheur échappe à nos embrassemens. À Dieu ne plaise cependant que je nie la réalité des plaisirs, moi qui n’ai pas nié celle des peines. Mon dessein est seulement de faire connoître la différence qu’il y a entre les plaisirs et le bonheur. ”
George Sand,
Un hiver à Majorque
“ D’où peut donc venir un résultat si étrange ? Toutes les sources du bonheur se sont empoisonnées sur vos lèvres, et ce qui fait l’homme grand, juste et bon, le bien-être et la liberté, vous a faits petits et misérables ? ”
Victorien Du Saussay, Perverse
“ C’est là seulement que se trouve concentré le bonheur humain. Toutes les autres joies matérielles, toutes les autres joies idéales, que sont-elles, si on les compare aux magnifiques abîmements dans lesquels s’engouffrent les êtres ? ”
Ernest Bersot,
Études sur la philosophie du XVIIIe siècle…
(1851)
“ Il est aussi des moments où nous venons d'accomplir quelque grand sacrifice; l'effort a cessé, un sentiment délicieux repose alors notre âme : la mâle conscience de notre force morale, et la douceur d'aimer. En paix avec nous-mêmes, avec toute la création, nous goûtons une joie à faire pâlir toutes les autres joies. Qui a connu ce moment, l'a voulu éternel. Harmonie ! beauté de l'univers vivant des corps et des esprits, c'est toi qui es la vérité, le bonheur suprême. ”
Charles Legrand, Sans amour ! (1877)
“ Et nous, ce bonheur nous fait vivre ; car, en vérité, je crois que ce qui donne le vrai, le pur bonheur sur cette terre, c'est respirer la joie des autres, se calmer de leur calme. Que les orages sont loins maintenant! ”
François de La Place, Leçons françaises de littérature et de morale… (1820)
“ Si vous avez goûté tous les biens des humains, Si vous les connoissez, le choix est dans vos mains : Bornez-vous aux plus vrais; et laissez les chimères Dont le repentir suit les lueurs passagères. Quel fut votre bonheur? A présent sans désirs, Vous avez, dites-vous, connu tous les plaisirs. Hé quoi ! n'en est-il point au-dessus de l'ivresse Où le monde a plongé notre aveugle jeunesse? Ce tourbillon brillant de folles passions , Cette scène d'erreurs, d'excès, d'illusions, Du bonheur des mortels bornent-ils donc la sphère ? La raison à nos vœux ouvre une autre carrière. ”
E. Caro, Revue des Deux Mondes
“ Le sentiment du plaisir ou de la peine est le plaisir ou la peine même, le sentiment du bonheur se confond avec le bonheur. Vous me dites que ma vie est mauvaise ; que m’importe, si je la trouve bonne? ”
“ Le bonheur se respire autour de vous, comme s’il était dans l’air qui vous environne, comme si votre voix, vos goûts, vos talents, votre parure elle-même, tout ce qui est vous enfin, répandait des sensations agréables. ”
La quête du bonheur se heurte à l'illusion matérialiste. Les penseurs des siècles passés ont opposé à l'accumulation de richesses deux voies distinctes : celle de l'engagement vertueux, trouvant la joie dans le don et la bienfaisance, et celle de la retraite intérieure, visant l'autosuffisance par la contemplation de la vérité.
Déchirer le voile de la « mâle impassibilité » : le stoïcisme, loin d’être une tyrannie froide et déshumanisante, révèle une quête radicale de liberté intérieure et une philosophie de l’émancipation universelle. Mais l'exigence de cet idéal est-elle à la mesure de l'homme ?
La solitude est au cœur d'un paradoxe tenace : est-elle un refuge salvateur où l'esprit s'épanouit, ou une prison insidieuse où l'âme se fane ? À l'ère numérique, cette ambivalence se redéfinit, nous confrontant à un choix crucial entre l'épanouissement personnel et un exil qui ronge l'humanité.
L'amour et l'autorité parentale sont-ils des forces opposées ou complémentaires ? Depuis le XVIIIe siècle, les penseurs se déchirent pour trouver l'équilibre. Affection aveugle contre tyrannie destructrice — la quête de l'autonomie de l'enfant est une danse périlleuse entre bienveillance et fermeté.
Le travail, pivot de l'existence, nous confronte à un paradoxe criant : il est à la fois ce qui nous élève vers l'amour et la création, et ce qui nous plonge dans la plus profonde aliénation. Comment l'humanité navigue-t-elle entre ces deux pôles, et à quel prix la dignité de l'œuvre est-elle sacrifiée à la contrainte ?
Loin d'être un simple exutoire, les pleurs sont une expression complexe : l'histoire de la pensée révèle l'ambivalence de ces effusions, entre pureté de la sensibilité et comédie sociale. Une plongée au cœur de ce paradoxe universel pour comprendre ce que signifie véritablement « pleurer ».
L'ère des grandes inventions, portée par l'imaginaire de Jules Verne, coïncide avec une profonde anxiété morale. L'article explore cette tension: le progrès matériel sans conscience mène à la misère sociale. Seule la charité, entendue comme un impératif éthique, peut orienter la puissance scientifique vers le bien commun.
Selon Rousseau, la passion est un feu qui se consume. Pour qu'elle devienne un amour conjugal durable, elle doit s'immoler sur l'autel de la vertu et de l'estime. Le sacrifice du plaisir immédiat n'est pas la mort de l'amour, mais la condition de sa perfection morale, essentielle à toute union solide.
Entre la mort lente et inexorable dictée par les lois de la physique et la promesse de la transcendance spirituelle, l'idée de l'apocalypse force l'humanité à confronter son existence. L'article analyse comment les penseurs classiques, de Descartes à Flammarion, ont tenté de résoudre ce conflit métaphysique.
