“ Mais la relégation de Cyprien n’avait nullement profité à l’autorité et nullement dompté la foi de son église. Pendant qu’il était à Curube, nous voyons que de simples fidèles, des diacres, des anciens, des évêques même de villes plus humbles que Carthage, étaient jetés aux mines pour leur résistance obstinée. De son exil Cyprien leur écrit courageusement pour les féliciter de leur constance et les fortifier par ses éloges. Jamais l’exaltation n’est allée plus loin dans la lutte de l’âme contre la force brutale, et jamais elle n’a soulevé de plus grandes vagues d’éloquence. ”
Cyprien de Carthage
Définition et enjeux
Citations sur “Cyprien de Carthage”
John Henry Newman, Callista, scènes de l'Afrique chrétienne au IIIe siècle… (1859)
“ A Carthage, au contraire, l'absence du proconsul embarrassa et retarda les effets de la persécution : saint Cyprien, évêque de cette ville, profita de ces conjonctures pour mettre sa vie en sûreté. Cela n'avait pas empêché que la populace ne se joignît au gouvernement impérial pour rechercher ses traces, et qu'elle ne fit retentir dans le Cirque, ces cris furieux : Ad leonem ! Cyprien au lion ! Une panique générale saisit les chrétiens, et, pour un moment, le plus grand nombre semblait plutôt disposé à renier sa croyance qu'à mourir pour elle. ”
Dictionnaire de théologie catholique
“ Cyprien, toujours sur la brèche, profita de ces années de répit pour instruire son peuple et perfectionner dans les âmes la vie chrétienne, pour rétablir et fortifier la discipline ecclésiastique. Le rôle et le prestige de l’évêque allaient grandissant ; il intervenait jusque dans les affaires d’Églises étrangères, en Gaule, en Espagne ; même à Rome, on aperçoit sa main. Toutefois la question du baptême des hérétiques, en mettant l’évêque de Carthage aux prises avec le pape saint Etienne, et en faisant éclater chez saint Cyprien une opiniâtreté regrettable, assombrira la fin de sa vie. ”
“ Le grand saint Cyprien, évêque de Carthage (pour n’apporter que ce seul exemple de l’antiquité) , ayant vu la persécution qui s’allumoit contre lui, et que les païens avoient demandé qu’on l’exposât dans l’amphithéâtre aux lions, se crut obligé de se retirer, pour ne pas exciter par sa présence la fureur des infidèles contre son peuple : ce qui donna sujet à quelques prêtres de son Église, qui ne l’aimoient pas, de se servir de son absence pour usurper son autorité, et s’attribuer la puissance que Dieu lui avoit donnée sur les fidèles de Carthage. ”
Louis Bertrand,
Sanguis martyrum
“ Bientôt on sut que Carthage était en révolution et que Cyprien avait été une des premières victimes. Cécilius, tremblant pour la vie de son ami, reçut de lui une lettre, qui adoucit un peu son angoisse et où l’évêque lui apprenait son exil à Curube. Mais déjà un procès-verbal de son interrogatoire par le proconsul courait toutes les églises, pour l’édification des fidèles. On admirait son attitude, digne d’un vrai citoyen romain. Sommé de sacrifier, cet homme d’ordre avait répondu au gouverneur : « Fais ton devoir ! Je ferai le mien. » ”
Marie-Nicolas Bouillet, Dictionnaire universel d’histoire et de géographie Bouillet Chassang (1878)
“ CYPRIEN (S.) , Thascius Cæcilius Cyprianus, l'un des principaux Pères de l'Église latine, né à Carthage vers l'an 200, de parents païens, professa d'abord la rhétorique, se convertit ensuite au Christianisme, et fut élu évêque de Carthage en 248. Il fut persécuté sous l'empereur Dèce, et forcé de quitter Carthage; mais il y rentra bientôt et étouffa les hérésies qui s'étaient répandues en son absence. Il eut une querelle assez vive avec le pape Étienne au sujet du baptême donné par les hérétiques, soutenant que ce baptême n'est pas valable. ”
“ LA PERSÉCUTION. — CYPRIEN ET LES SCHISMATIQUES. — CYPRIEN ET ROME. Ce qui paraît varier le moins dans le monde, c’est une religion. On parle, en ce moment même, de nommer un évêque de Carthage ; cet évêque, quand il prendra le gouvernement de son église, pourra croire qu’il est ce qu’a été Cyprien. Comme lui, il sera entouré de ses prexbyteri, de ses diacres, de ses sous-diacres, d’un clergé sur lequel il exercera une autorité suprême ; il portera à peu près les mêmes habits, il aura aussi un siège d’honneur ; il fera comme lui les offices du culte en langue latine ”
André Gouilloud, Saint Pothin et ses compagnons martyrs… (1868)
“ En s'adressant aux confesseurs, Cyprien écrivait sous cette grande inspiration; son âme s'épanchait en effusions brûlantes, elle exhalait ses plus chères espérances. A lire ses admirables lettres, on devine un aspirant à la lutte, un athlète brûlant de descendre dans la lice pour y triompher par la mort. Nous citons d'autant plus volontiers l'évêque de Carthage, que ses paroles, applicables aux martyrs de Lugdunum, nous révèlent les sentiments de respectueuse admiration dont ces derniers étaient l'objet. ”
Cyprien de Carthage,
Les Pères de l’Église
“ Il a donc brillé le jour promis, le jour marqué par les décrets divins ; le jour qu’il ne serait pas au pouvoir du tyran de reculer, si son caprice le voulait ; jour de joie pour le saint évêque, jour qui resplendit sur tout l’univers sans ombre et sans nuage. Cyprien quitta la maison du chef des gardes : la multitude des fidèles qui se pressaient à ses côtés environnait comme d’un rempart le pontife de Jésus-Christ ; on eût dit une armée qui marchait à l’assaut pour abattre la mort. Pour arriver au lieu désigné, il fallut traverser le stade. ”
Louis Bertrand,
Sanguis martyrum
“ Écoute ! dit tout à coup Cyprien. Ce n’est pas l’évêque qui te parle, c’est l’ami... Natalis, tu sais combien je t’aime. C’est moi qui t’ai conduit au Verbe de Dieu, après avoir été amené moi-même à Lui par ton oncle, le vieillard Cécilius, saint prêtre de Carthage. Je lui ai promis, lorsqu’il est mort, de prendre soin de ton âme, autant que de celle de ses enfants. Cela me donne sans doute le droit de t’interroger sur cette âme. ”
Cyprien de Carthage,
Les Pères de l’Église
“ Pendant que la vague de la colère publique s’enflait, et que le paganisme, enhardi par la fureur de ses maîtres, aspirait à verser le sang chrétien, Cyprien saisissait toutes les occasions de fortifier les serviteurs de Dieu, de ranimer leur zèle par de salutaires encouragements, et les excitait à fouler aux pieds les tribulations du temps par l’aspect des splendeurs éternelles qui allaient se dévoiler. Telle était sa passion pour la parole sacrée, que son vœu le plus ardent était de mourir de la main du bourreau en parlant de Dieu et dans l’exercice de ses fonctions. ”
“ Cyprien répond que s’il ne s’agit que de vivre, et non de gagner, on pourvoira à ses besoins. Il offre de s’en charger lui-même à Carthage, celui qui lui écrit étant sans doute l’évêque d’une petite et pauvre cité, mais il se refuse absolument à tolérer qu’un homme qui fait ce métier demeure dans l’église. ”
Alexandre-Pierre-François de Lambel, Au pays du soleil (1900)
“ Un an plus tard, à la mort de l'évêque de Carthage, métropolitain de l'Église d'Afrique, il fut désigné par les fidèles pour succéder au prélat qu'ils venaient de perdre. Cyprien, dans son humilité, essaya de se soustraire à la charge si justement honorée qu'on voulait lui imposer. Il sortit de l'église, et s'enferma dans sa maison ; mais grand nombre de fidèles vinrent l'y assiéger, gardant fidèlement toutes les issues, pendant que les autres attendaient avec inquiétude le retour de celui qu'ils désiraient si ardemment voir à leur tète. Vaincu par tant d'instances, il ne résista plus. ”
Dictionnaire apologétique de la foi catholique
“ Cyprien était le premier personnage de l’Afrique romaine ; il devait à une culture supérieure et à la dignité reconnue de son caractère un ascendant exceptionnel sur l'épiscopat d’outre-mer : n’allait-il en user que poiu- détendre les liens qui rattachaient cet épiscopat à l’obédience romaine ? Le rôle glorieux joué dans la question des lapsi par les conciles de Carthage, sous la présidence de Cyprien, était pour aggraver ces craintes. Rome avait accepté de Carthage un mot d’ordre lors delà crise novafienne ; l’accepterait-elle toujours ? ”
Pierre Bion, L'anneau impérial (1864)
“ Je n'ai pas besoin de vous dire d'aller courageusement à la mort, je sais combien est grandie désir que vous avez de verser votre sang pour la cause sacrée de l'Eglise ; mais j'éprouve le besoin, mes chers amis, de recommander l'Eglise de Carthage et son évêque à vos bonnes prières... Je crains bien de ne plus vous voir en ce monde. Les cris qui retentissent à nos oreilles : « Cyprien aux lions ! Cyprien aux lions ! » me disent assez que ce serait imprudent de ma part d'aller demain à l'amphithéâtre pour vous bénir une dernière fois. ”
Philarète Chasles,
Revue des Deux Mondes
(1876)
“ Le peuple impute aux déserteurs du vieux culte, aux haïsseurs de l'espèce humaine, aux chrétiens, tous les maux de l'empire; la canaille de Carthage demande qu'on lui livre l'évêque Cyprien : Cyprien aux lions ! L'Amphithéâtre et le Cirque retentissent de ces cris. L'évêque ne veut pas mourir. Il croit avoir encore beaucoup à faire en ce monde ; il ne court pas, comme un fanatique, vers un stérile martyre ; mais il se retire dans un domaine qui lui appartient, et de là il gouverne son Empire. ”
Auguste Rochat, Réponse à l’écrit anonyme intitulé…
“ Il y avait chez Cyprien tant de simplicité, de zèle et d’intelligence, que deux ans environ après sa conversion, il fut élu d’abord Prêtre, et ensuite Évêque de Carthage. Ce n’étaient point de fausses vertus qui avaient ainsi attiré vers Cyprien la faveur populaire. L’amour de Christ l’emportait en lui sur toutes les considérations qui ne se rapportaient qu’aux choses de la terre. Sa femme s’opposait en vain à sa libéralité chrétienne. Le pauvre, la veuve et l’orphelin, trouvaient toujours en lui un bienfaiteur et un appui. ”
Louis Veuillot,
Les Français en Algérie, souvenirs d'un voyage fait en 1841…
(1845)
“ Souvent aussi des voix s'élevaient du sein de la foule : c'étaient des chrétiens, c'étaient des païens même qui, à la vue des martyrs, confessaient Jésus-Christ et demandaient à mourir. Ces choses ne se passaient pas seulement à Carthage, mais dans toutes les villes de la Numidie et de la Mauritanie où il y avait des fidèles, et il y en avait partout. Cyprien ne cessait d'exhorter son peuple aux combats généreux de la foi, indomptable et désarmée, contre la fureur sanguinaire des impies : il fut le père d'un immense nombre de pénitents et de martyrs. On l'arrêta enfin lui-même. ”
Raoul Narsy, Journal des débats
“ Enfin, des indices multipliés sont venus ajouter aux tristesses de l’évêque de Carthage, l’angoisse d’une persécution prochaine. C’est dans ce cadre d’épopée que se développent les événements rapportés par M. Bertrand et qui embrassent les deux dernières années de la vie de saint Cyprien ; à la vérité, c’est toute la vie religieuse, politique et sociale d’une province romaine et d’une communauté chrétienne, au cours d’une période agitée et tragique de leur histoire, qui se déroule dans la complexité de ses problèmes, la multiplicité de ses aspects, la variété contrastante de ses protagonistes. ”
Cyprien de Carthage,
Les Pères de l’Église
“ Quand Cyprien aurait été confiné dans cette prison, eût-elle mérité le nom d’exil ? À défaut des hommes les oiseaux du ciel seraient venus servir le nouvel Élie, ou les anges apporter la nourriture à cet autre Daniel. Loin, bien loin de nous la pensée que le serviteur de Dieu, fût-il le plus obscur, peut manquer de quelque chose alors qu’il est banni pour avoir confessé le Seigneur ! Combien plus celui qui avait consacré toute sa vie à la miséricorde dût-il être à l’abri du besoin ! ”
Cyprien de Carthage,
Les Pères de l’Église
“ Il est vrai que, dans des hommes consacrés au Seigneur, le dévouement et la soumission inviolable à Dieu sont comme un long martyre ; mais Cyprien seul en obtint la réalité et la plénitude, afin que, dans une cité remplie de ses souvenirs, et où il avait offert le premier de si nobles exemples, il jetât aussi sur l’épiscopat une gloire nouvelle. ”
François-René de Chateaubriand,
Itinéraire de Paris à Jérusalem
“ Ainsi ce que nous savons des monuments de Carthage dans les siècles que nous venons de parcourir se réduit à très peu de chose : nous voyons seulement par les écrits de Tertullien, de saint Cyprien, de Lactance, de saint Augustin, par les canons des conciles de Carthage et par les Actes des Martyrs, qu’il y avait à Carthage des amphithéâtres, des théâtres, des bains, des portiques. La ville ne fut jamais bien fortifiée, car Gordien le Vieux ne put s’y détendre ; et, longtemps après, Genseric et Bélisaire y entrèrent sans difficulté. ”
Louis Bertrand,
Sanguis martyrum
“ Permets-moi de te le dire, cher Cyprien : Carthage est assurément une très grande et très savante métropole, mais, comme Alexandrie et Antioche, immodérément livrée à la fureur des sectes. Dans cette atmosphère orageuse, on perd la juste appréciation des choses. ”
Edward Gibbon,
Histoire de la décadence et de la chute de l’Empire romain
(1819)
“ Le genre de son supplice était le plus doux et le moins douloureux que l’on pût infliger à un homme convaincu d’un crime capital ; et l’on n’employa point la torture pour forcer l’évêque de Carthage à renoncer à ses principes ou à découvrir ses complices. Son martyre.Dès que la sentence eut été proclamée, les chrétiens, qui s’étaient assemblés en foule devant les portes du palais, s’écrièrent tous : Nous mourrons avec lui. Les effusions généreuses de leur zèle et de leur affection, furent sans utilité pour saint Cyprien, et sans inconvénient pour eux-mêmes. ”
Louis Bertrand,
Sanguis martyrum
“ Comme ils rentraient en ville, les prélats joignirent précisément Cyprien qui descendait à l’église située dans le bas quartier. Ils lui témoignèrent la plus respectueuse déférence. Bien qu’il ne fût pas officiellement primat d’Afrique, l’autorité morale de l’évêque de Carthage, sa science de l’Écriture, son talent de parole en faisaient un véritable chef. Sitôt les premières politesses échangées, ses collègues ne lui cachèrent pas que plusieurs évêques du Sud, particulièrement ceux de la région de l’Aurès, s’étaient abstenus de venir et que, secrètement, ils favorisaient Paulus. ”
Louis Bertrand,
Sanguis martyrum
“ Jacques l’interrompit impétueusement : « Seigneur, je te le répète : ils veulent mourir ! – Non ! dit Cécilius, tu ne peux pas savoir ce qui se passe dans l’âme de chacun d’eux ! – Et toi, tu ne sais pas ce que c’est qu’un martyr ! – Je viens de l’apprendre ! répondit Cécilius, dont la voix se brisa subitement. J’ai suivi jusqu’au champ du supplice mon ami le plus cher : Cyprien est mort à Carthage, en confessant le Christ. » Il y eut un cri de stupeur : « Cyprien est mort !... – Il est vivant ! » lança Jacques, avec un étrange accent de jubilation... ”
Cyprien de Carthage,
Œuvres complètes de Saint Cyprien…
“ Il n’y a donc qu’un seul Seigneur, qu’un seul Dieu maître de l’univers, de qui l’excellente nature n’admet point d’égal, parce que dans elle seule réside la toute-puissance. Le spectacle des choses humaines nous présente quelque image de cette souveraine puissance qui n’appartient qu’à Dieu. Où vit-on jamais deux royautés à la fois, ou commencer sans ombrage, ou finir sans effusion de sang ? ”
Cyprien de Carthage,
Les Pères de l’Église
“ Le monde compte l’exil parmi les châtiments : laissons-le décider avec quelle justice il bannit Cyprien. La patrie est trop chère aux enfants du siècle ; leur nom leur est commun avec leurs pères. Nous, nos pères nous deviennent un objet d’aversion quand ils nous conseillent le crime. Vivre hors des murs de leur ville leur est un supplice ; l’univers tout entier n’est qu’une vaste maison aux yeux du Chrétien. ”
François-René de Chateaubriand,
Itinéraire de Paris à Jérusalem
(1869)
“ Elle devint la métropole de l'Afrique * et fut célèbre par sa politesse et par ses écoles. Elle vit naître tour à tour de grands et d'heureux génies. Tertullien lui adressa son Apologétique contre les Gentils. Mais, toujours cruelle dans sa religion, Carthage persécuta les chrétiens innocents, comme elle avait jadis brûlé des enfants en l'honneur de Saturne. Elle livra au martyre l'illustre Cyprien, qui faisait refleurir l'éloquence latine. Arnobe et Lactance se distinguèrent à Carthage : le dernier y mérita le surnom de Cicéron chrétien. ”
Souvenirs de l'ancienne Eglise d'Afrique… (1862)
“ C'est encore la gloire de Cyprien, que la constance du clergé formé par lui, et qui donna de nouveaux martyrs à l'Église l'année suivante. Lucius, Montanus, Flavien, Julien, Victoric et Rhénus, membres du clergé, avec les catéchumènes Primolus e Donatien, étaient emprisonnes à Carthage ; et ils surent, par les soldats, qu'on se proposait de les brûler vifs. Ce projet appartenait au procurateur impérial qui venait de remplacer le proconsul Galère mort durant sa gestion. ”
