“ Je déposai l’ouvrage et je reçus du secrétaire perpétuel une lettre, m’annonçant qu’il était inscrit pour concourir au prix Monthyon. Le temps marche vite, quand on est très-occupé, et j’arrivai bientôt, dix mois après, à l’époque d’une nouvelle distribution de ces récompenses : je lus tous les titres des nombreux ouvrages, justement honorés des prix Monthyon ; mais je n’en trouvai pas un seul, le plus insignifiant même, pour le Râmâyana. La politesse d’une mention honorable, qui ne coûte rien et n’engage à rien, ne lui était pas faite seulement. ”
Prix Monthyon
Définition et enjeux
Citations sur “Prix Monthyon”
A Peschot, Recherches historiques sur Cloyes-sur-le-Loir… (1911)
“ Sans se rebuter jamais, on la vit frapper à la porte de tous les privilégiés de la fortune ; aussi recueillit-elle la somme relativement considérable de 20,000 francs. —En récompense de sa généreuse initiative et de sa noblesse de coeur, elle se vit décerner un prix Monthyon. ”
Anonyme, Revue des Deux Mondes
“ Dans ce système, l’annonce est une sorte de prix d’honneur, votre même de prix Monthyon, décerné aux plus habiles et aux plus vertueux. Sans prétendre enlever sur ce point sa propre admiration à qui que ce soit, comment ne voit-on pas que chaque jour la rédaction elle-même fléchit sous l’influence de l’industrie, et que la pensée tend à se retirer de plus en plus devant les envahissemens successifs de la réclame ? Celle-ci domine chaque jour davantage la direction littéraire des feuilles les plus accréditées ; elle est la compagne obligée, la suivante fidèle de l’annonce ”
Adolphe Philalèthe, Familia, ou Melle Françoise et Melle Germaine… (1868)
“ Tenez, voici l'arrêt définitif et sans appel qui vous notifie cette décision ; prêtez l'oreille, et humiliez-vous sous la main du Tout-Puissant. (Il tire de sa poche, et lit à haute voix le pli qui vient de lui être remis par le facteur, et dans lequel on l'informe que l'Académie française a décerné à la demoiselle Germaine Prieur un des prix Monthyon, avec une petite pension viagère; puisïl reprend avec douceur) . ”
Théophile Gautier,
Mademoiselle de Maupin
(1834)
“ Au lieu de faire un prix Monthyon pour la récompense de la vertu, j’aimerais mieux donner, comme Sardanapale, ce grand philosophe que l’on a si mal compris, une forte prime à celui qui inventerait un nouveau plaisir ; ”
Charles Saint-Amant, Le Drame des Tuileries après la révolution du 24 février 1848… (1848)
“ La vue est délicieuse, mais les pièces ne sont pas grandes. L'ameublement, frais et élégant, a été bien conservé. Le seul dégât considérable a été pour l'original du tableau représentant Louis-Philippe saignant le courrier Varner. A coups de bavonnette on a fait justice du fait qui, dix ans auparavant, attirait la mention honorable et clandestine du prix Monthyon. Incertitude des jugemens humains ! L'enfilade des appartemens du roi et de la reine, à partir du pavillon de Flore, droite de l'escalier du rez-de-chaussée sur le jardin, jusqu'à la terrasse, fut bientôt occupée. ”
Charles de Mazade,
Revue des Deux Mondes
“ Qu’on le remarque bien : de tous les poètes contemporains, par son génie et par sa langue, Jasmin est peut-être le seul qui réalise la pensée des prix institués par l’honnête M. de Monthyon ; il la réalise en rendant toutes les délicatesses de la vie intellectuelle accessibles pour le peuple, en l’intéressant aux plus exquises et aux plus saines peintures de la passion humaine, en faisant de sa poésie même le reflet d’une vie toute semée de bonnes actions. L’Académie l’a justement senti. ”
Louis Ulbach,
Les Roués sans le savoir, par Louis Ulbach
(1857)
“ Ne plus étouffer de leur protection ce pauvre homme qu'ils ont tous exploité à leur tour sans s'en douter, leur semblerait impossible; ils l'invitent tour à tour à leur table et prennent le plus naïf plaisir à entendre le reconnaissant André raconter, avec des larmes dans les yeux, l'acte magnifique, digne du prix Monthyon, par le .quél ses jeunes amis l'ont enlevé au dur esclavage de l'institution. ”
Arsène Alexandre,
Paul Ginisty, Arsène Alexandre…
(191?)
“ Le proverbe est bien vrai qui dit que nul n' est prophète en son pays . A l' île Maurice , on ignore Paul et Virginie ; à Monthyon , le fondateur des prix de vertu est assez inconnu . Ce n' est pas là qu' il faut chercher de vieilles anecdotes sur son compte . En parlant de M. de Montyon , on risque fort de faire ouvrir de grands yeux aux habitants du village . ”
Anaïs Démoulin, Montyon (1884)
“ La première fondation de Montyon remonte à 1780. Il avait alors établi un prix annuel, à l'Académie des sciences, pour des expériences utiles aux arts. En 1782, autre fondation de deux prix annuels : l'un, en faveur de l'ouvrage de littérature dont il pourrait résulter le plus grand bien ; l'autre, pour récompenser un mémoire ou une expérience ayant pour objet de découvrir le moyen de rendre les opérations mécaniques moins malsaines pour les artistes et les ouvriers. ”
Anaïs Démoulin, Montyon (1884)
“ Dans ce rapport, Montyon se montre déjà libre-échangiste : il déclare que la liberté du trafic peut seule rendre les peuples riches, et il condamne le régime prohibitif introduit par Colbert. En 1801, Montyon reçut en prix une médaille d'or de l'Académie de Stockholm, qui avait mis cette question au concours : Quel jugement doit être porté sur le XVIIIe siècle? Un autre travail, présenté à la Société royale de Gœttingue, ne fut pas admis à concourir à cause de son étendue. C'est un véritable traité d'économie politique, en même temps que l'œuvre d'un philosophe plein d'humanité. ”
Auguste de Villiers de L’Isle-Adam,
Derniers Contes
“ Une heure après, l’Agence du Chandelier d’Or était dûment établie et l’on se séparait pleins d’espérance. Aujourd’hui, c’est l’engouement de Paris ! L’Office fonctionne à toute heure ; les actions font prime — et de hautes influences féminines désignent déjà pour le prix Montyon son séraphique fondateur. ”
Arthur de Guilloteau Grandeffe, Les grandes figures de l'histoire (1882)
“ De nos jours encore, avoir mérité le prix Montyon est un certificat si complet d'honnêteté, qu'il est passé en proverbe. C'est le plus bel éloge qu'on puisse faire de la fondation de son auteur. Montyon, né à Paris en 1733, fut un magistrat distingué. Il occupa également d'autres fonctions publiques, fut conseiller du roi, intendant de province, membre du Conseil d'État et appartint au comte d'Artois, en qualité de chancelier. La Révolution le fit émigrer. Il alla en Angleterre et n'en revint qu'en 1815, pour s'établir à Paris, où il mourut cinq ans après, à l'âge de quatre-vingt-sept ans. ”
Eugène Sue,
Les Mystères de Paris
“ Ce serait là une belle utopie à réaliser, utopie à laquelle le noble Monthyon a donné seulement un commencement d’exécution ; il était impossible à un homme d’accomplir ce qu’une société seule peut faire ! Aussi l’œuvre de Monthyon est-elle, comme nous le disions, incomplète ”
Bathild Bouniol, Les rues de Paris
“ Par un heureux concours de circonstances, dont les pauvres surtout devaient se féliciter, M. de Montyon avait conservé la plus grande partie de sa fortune. À peine de retour, il s’occupa de fondations nouvelles destinées à remplacer les anciennes en les amplifiant aussi bien que d’actes de charité qui attestent l’ingénieuse bonté de leur auteur et « si l’on peut s’exprimer ainsi, ses progrès dans l’art de bien faire... Sa générosité avait cela d’admirable qu’elle n’était point, ainsi que chez beaucoup d’autres, l’effet subit de l’entraînement, mais le fruit d’une réflexion lente et sage. » ”
Jules Janin,
La Semaine des trois jeudis, par M. Jules Janin
(1862)
“ M. de Monthyon accepta le fauteuil que lui décernait l'Académie française, moins pour lui-même que pour prouver au monde qu'il n'est pas de récompense humaine à laquelle ne puisse prétendre une loyale et sincère vertu. Une fois membre de cet illustre corps, dont il avait encouragé les efforts avec tant de sagesse et de générosité, M. de Monthyon se livra en toute liberté à sa philanthropie. Il s'occupa, comme eût fait saint Vincent de Paul, des malheurs, des misères, des souffrances. ”
Marie-Nicolas Bouillet, Dictionnaire universel d’histoire et de géographie Bouillet Chassang (1878)
“ Jouissant d'une grande fortune, il voulut la rendre utile à l'humanité : il avait fondé dès 1782 un prix de vertu, ainsi que divers autres prix destinés aux ouvrages les plus utiles, qui devaient être distribués par l'Académie française et l'Académie des sciences ; ces fondations ayant été abolies par la Convention, il les renouvela en 1816 et les augmenta encore par son testament ; en outre il distribua de son vivant des sommes considérables en bienfaits qu'il tenait cachés. Montyon a laissé des écrits estimés, notamment un Éloge de L'Hôpital, 1777 ”
Honoré Antoine Frégier, Des classes dangereuses de la population dans les grandes villes et des moyens de les rendre meilleures… (1840)
“ Ces hommes d'élite ne sont malheureusement pas nombreux, et la morale publique s'en ressent. Un philanthrope sincère et vertueux, le vénérable Montyon, a fondé un prix décerné chaque année, par l'Académie française, à l'ouvrage jugé par elle le plus utile aux mœurs. Pourquoi dans une nation telle que la France, un semblable exemple ne trouvet-il pas des imitateurs ? Pourquoi des hommes comblés des dons de la fortune ne s'efforcent-ils pas d'ennoblir la possession de leurs richesses, par des encouragemens offerts au mérite littéraire, dans l'intérêt des bons principes et des bonnes mœurs? ”
Émile Montégut, Revue des Deux Mondes
“ Quant à l’idéal, elle ne l’a pas cherché ailleurs que dans les vertus morales dont elle s’était faite la propagandiste dévouée, sachant bien qu’il suffit de l’illusion d’optique imaginative que crée le recul du temps pour donner grandeur et beauté aux mêmes sentimens que nous ne récompensons pas toujours dans le présent même du prix Montyon, car, s’il n’y a pas de héros pour le valet de chambre, il n’y a pas davantage de grands sentimens pour les contemporains. ”
Recueil des discours de l’Académie française
“ Des reproches très-légèrement adressés à la fondation de M. de Montyon ont dû à plusieurs reprises être examinés et détruits. Grâce à Dieu, cette tâche, tant de fois remplie avec éloquence, est enfin devenue superflue. Le temps s’est expliqué pour nous et le nom de prix de vertu ne fait plus d’illusion à personne. Personne ne nous prête plus la ridicule pensée de faire naître la vertu dans les âmes ; ce qui reviendrait, au fond, à la tentative d’exciter le désintéressement par la perspective du salaire et d’entretenir l’humilité par l’espoir de la louange. ”
Louis Dumur,
Nach Paris! Roman
“ Une section monta s'assurer de la localité, qui portait le nom de Monthyon. On entendit quelques cris d'habitants et les rares lumières s'y éteignirent. Harassés par cette longue et chaude journée, la plupart des hommes s'abattirent et s'endormirent aussitôt. Le concert de leurs ronflements se maria au grondement sourd des colonnes qui circulaient encore derrière nous. La lune pleine et lourde faisait lentement l'ascension du zénith, laquant le terrain d'une clarté blafarde et projetant vers Paris l'ombre décroissante des choses. ”
Michel de Montaigne,
Essais/édition Musart, 1847
“ Et ce qui a été toujours connu par expérience ancienne, et que nous avons autrefois aussi pu voir entre nous, que les gens de qualité avaient plus de jalousie de telles récompenses, que de celles où il y avait du gain et du profit, cela n’est pas sans raison et grande apparence. Si au prix, qui doit être simplement d’honneur, on y mêle d’autres commodités et de la richesse, ce mélange, au lieu d’augmenter l’estimation, la ravale et en retranche. ”
Émile Montégut, De quelques erreurs du goût contemporain en matière d’art
“ Il existe à la vérité des œuvres inappréciables, qu’on ne saurait coter ; mais combien elles sont rares ! Celles-là, on les paie d’un prix quelconque, faute de savoir exactement de quel prix on doit les payer, car leur valeur dépasserait l’estimation des experts et des connaisseurs les plus habiles. Un Raphaël, un Léonard de Vinci, un Corrège n’ont aucun prix : vous pouvez les payer indifféremment 100,000 francs ou 1 million, la plus forte de ces deux sommes ne représentera pas beaucoup mieux leur valeur réelle que la plus faible ”
Petits récits de l'école du dimanche de La Guillotière-Lyon… (1881)
“ Par suite des fondations de M. de Monthyon et de quelques autres philanthropes éclairés, il est dérogé ici une fois par an à cette loi profonde de la nature qui a voulu que la récompense du devoir accompli fût obscure et insaisissable. La vertu a justement pour trait de sa haute noblesse de ne correspondre à aucun salaire. Mille expériences prouveraient à l'homme qu'en faisant le bien, il obéit à une duperie, que l'homme n'en persévérerait pas moins dans cette voie ingrate, improductive, folie selon le bon sens vulgaire, sagesse scion l'esprit supérieur. ”
Alexandre-Germain-Constant Bellanger, Histoire de Neuilly près Paris… (1855)
“ Le comte d'Artois n'amenait au pavillon qu'une partie de sa maison ; mais dans les derniers temps, il se faisait toujours accompagner par le baron de Monthyon, qui même obtint de demeurer deux années environ dans cette retraite paisible. Le baron de Monthyon, si justement célèbre par les legs nombreux et importants qu'il a laissés aux lettres, aux sciences et à la vertu, par un don de plus de trois millions aux hospices de Paris, était chancelier du comte d'Artois. ”
Gustave Flaubert,
Correspondance de Gustave Flaubert
“ Je viens donc d’apprendre : 1o qu’il est fort désagréable d’être pris dans une affaire politique ; 2o que l’hypocrisie sociale est une chose grave. Mais elle a été si stupide, cette fois, qu’elle a eu honte d’elle-même, a lâché prise et est rentrée dans son trou. Quant au livre en soi, qui est moral, archi-moral, et à qui l’on donnerait le prix Montyon s’il avait des allures moins franches (honneur que j’ambitionne peu) , il a obtenu tout le succès qu’un roman peut avoir dans une Revue. ”
Émile Montégut, L’Académie française et le prix décennal
“ Et puis, faut-il tout dire ? je crains que l’Académie ne puisse jamais décerner dignement le prix promis aux lettres, si elle doit continuer à faire de cette question un peu vague de morale la condition de ses faveurs, car jamais elle ne trouvera un écrivain méritant ce nom, un écrivain de génie, qui n’ait pas attaqué quelqu’un ou quelque chose, un abus, un mensonge légal, une tyrannie politique, une hypocrisie sociale quelconque. Tout véritable écrivain est nécessairement agressif ”
Anaïs Démoulin, Les gens de bien (2e édition) (1890)
“ Montyon ne tarda pas à justifier la faveur royale. Ses austères vertus, l'élévation de son caractère et la droiture de sa conscience lui attiraient l'estime et la sympathie générales: elles lui valurent le surnom de Grenadier de la robe. Passionné pour le travail, ardent à la recherche de la vérité, d'une équité intelligente, d'une bonté réfléchie, d'une bienfaisance raisonnée, il fuyait les plaisirs avec autant d'ardeur que les autres jeunes gens en mettent à les rechercher et étudiait sans relâche afin de s'élever toujours à la hauteur de la tâche qu'il acceptait. ”
Gustave Chadeuil,
Le panthéon des hommes utiles
(1862)
“ L'Académie a été quelquefois trompée par des gens qui ont spéculé sur la vertu. Il est arrivé, par exemple, qu'une femme ayant obtenu le prix Montyon a été atteinte et convaincue de vol domestique, ce qui ne prouvait pas une vocation bien déterminée pour le bien. Il est vrai qu'elle racheta sa faute par son désespoir et qu'elle se pendit dans sa prison. Les exemples de ce genre ne sauraient prévaloir contre les libéralités officielles de M. de Montyon, pas plus que les abus journa- liers dont la bienfaisance privée est victime ne doivent prévaloir contre elle. ”
Émile Montégut, De quelques erreurs du goût contemporain en matière d’art
“ Qui croirait, par exemple, qu’une œuvre finit par être admirée non pour sa valeur intrinsèque, mais en proportion du prix qu’elle a coûté ? Si une toile a été payée 100,000 francs, le possesseur arrive très vite à l’admirer en proportion de la somme qu’il a dépensée, et tout le monde finit par penser comme lui. Très involontairement le public se laisse aller à donner aux œuvres une valeur égale au prix dont elles ont été payées. On a peine en effet à se figurer qu’une toile qui a coûté 100,000 francs puisse avoir une valeur inférieure à une toile qui en a coûté seulement 50,000. ”
Armand Honoré Le Brun, L'église St. Julien-le-Pauvre… (1889)
“ M. de Montyon, tout en restant fidèle aux opinions de sa jeunesse, admettait que les Institutions humaines ne sont pas immuables. Il blâmait les révolutions violentes, les soubresauts, les habitudes frivoles. Pour lui, comme pour Mme de Staël, l'humanité grandit en spirale, mais elle grandit. M. de Montyon, rentré en France et fondateur d'institutions charitables, eut des envieux et des détracteurs. Saint Vincent de Paul avait eu les siens. Il ne s'en préoccupait guère, et songeait plutôt à grossir sa fortune; nous voulons dire la fortune des pauvres. ”
