“ Pendant que l’on court en France après les solutions, suivant le mot à la mode, et que chacun veut imposer la sienne, le congrès des États-Unis, ou, pour être plus juste, le peuple américain a enfin trouvé celle qu’il poursuivait. Ce n’est pas la première fois qu’une nation se montre plus sage que ses représentans, et que la science politique est moins bien inspirée que le bon sens populaire. ”
Congrès des États-Unis
Définition et enjeux
Le Congrès des États-Unis, institution bicamérale centrale de la démocratie américaine, a été examiné par plusieurs auteurs qui ont mis en évidence ses mécanismes et son rôle historique. Le Duc de Noailles soulignait sa structure décentralisée, tandis que François Guizot comparait ses méthodes à celles d'autres républiques.
Le texte s'achève sur une constatation concrète : le 119e Congrès, en fonction depuis 2025, incarne la continuité d'une institution façonnée par la Constitution et les transformations politiques.
Citations sur “Congrès des États-Unis”
Duc de Noailles, Revue des Deux Mondes
“ Il semble nécessaire d’établir pour l’information de votre gouvernement que, d’après la constitution américaine, le congrès n’a aucune responsabilité ni puissance exécutives quelconques. C’est le président qui dispose de la totalité des pouvoirs exécutifs ; c’est à lui qu’appartient la direction de tous les agens administratifs, comme le commandement suprême de toutes les forces des États-Unis. Investi d’une autorité aussi étendue, il a le devoir d’étouffer l’insurrection, de prévenir et de repousser l’invasion. ”
Anonyme, Revue des Deux Mondes
“ Si le gouvernement traite en l’absence du congrès, la majorité whig, aussitôt réunie, incriminera son traité. Si la majorité whig, devenue maîtresse des affaires, conclut elle-même la paix, les démocrates, tombés en minorité dans les chambres, s’agiteront davantage encore pour prendre leur revanche dans le pays, et le pays, à vrai dire, semble tout disposé à la leur donner. Il y a maintenant aux États-Unis une passion de conquête qui change toutes les habitudes politiques et morales de la jeune société américaine. ”
Travaux pratiques de droit public comparé (1935)
“ Rappelons-nous que dans le domaine de la politique étrangère il n'est pas possible de gouverner à l'aide de formules abstraites ; tout repose au contraire sur l'action individuelle des hommes. Vous vous souvenez que le congrès des Etats-Unis a le pouvoir constitutionnel de décider de la guerre et de la paix, en fait, de décider si les actes du gouvernement doivent être considérés comme actes de guerre ou de paix. ”
François Guizot,
M. Guizot à MM. les membres du Gouvernement de la Défense nationale…
“ La France n'a pas encore un Washington, et elle est moins bien préparée que les Etats-Unis pour la République ; mais les procédés du congrès américain et de son général dans leurs relations n'ont rien que de naturel et d'applicable à d'autres pays dans une situation analogue. Quelques-unes mêmes des difficultés que rencontrait Washington n'existeraient pas ou seraient moindres chez nous ; en vertu de nos habitudes de centralisation, notre assemblée nationale aurait plus de pouvoir, pour les mesures concertées entre elle et son général, que n'en avait le congrès américain ”
Le suffrage universel, son origine et ses conséquences… (1880)
“ On ne saurait, d'ailleurs, assimiler la France aux Etats-Unis. Dans la république américaine, chacun des trente-sept Etats qui la composent a son Parlement propre, et se gouverne lui-même pour ce qui touche à ses lois et à son administration intérieure. Il n'y a de réservées au Congrès fédéral que les questions générales qui intéressent la communauté toute entière, et qui ont pour objet les relations extérieures, l'armée, la marine, les douanes, les traités d'alliance et de commerce. ”
Charles de Mazade,
Chronique de la quinzaine, histoire politique et littéraire - 29 février 1856
“ Jetez les yeux sur ces immenses territoires depuis la Californie et New-York jusqu’au cap Horn, sur ces empires dépeuplés et dévastés comme le Mexique, sur ces îles convoitées et disputées comme Cuba, sur ces archipels que la civilisation n’éclaire encore que d’un jour douteux : la vie apparaît sous bien des aspects. Les États-Unis, ces dominateurs jaloux du Nouveau-Monde, remplissent la scène. Aujourd’hui cependant ils ne comptent aucun exploit inattendu. C’est tout au plus si le congrès de Washington a réussi à se donner un président après le plus laborieux enfantement. ”
F.-X. Garneau, Histoire du Canada depuis sa découverte jusqu'à nos jours…
“ En présence de cette volonté évidente et inflexible de fouler aux pieds les droits qu'aucune nation indépendante ne peut abandonner, le congrès sentira la nécessité d'armer les Etats-Unis pour les mettre dans cette situation que la crise commande, et pour répondre à l'esprit et aux espérances de la nation. ”
A. Bardoux, Revue des Deux Mondes
“ Le président du congrès fut aussi chargé de lui assurer que de même que son attachement constant et égal avait ressemblé à celui d’un citoyen patriote, de même aussi les États-Unis ne cesseraient jamais de partager tout ce qui pourrait intéresser sa gloire et son bonheur, que leurs vœux les plus vifs et les plus tendres l’accompagneraient toujours. ”
M. Cornelis de Witt, Thomas Jefferson, sa Vie et sa Correspondance…
“ Affranchis des entraves que l’impuissance du congrès avait longtemps mises à leur essor, débarrassés du pacte fédéral qui les divisait en treize petites républiques, les États-Unis, devenus une nation, entraient, pleins de force, de jeunesse et de santé, dans une ère nouvelle. La constitution votée par la convention de Philadelphie était en vigueur ; Washington et ses amis, portés au pouvoir par la révolution qu’ils avaient provoquée, donnaient un gouvernement à l’Union. ”
Louis-Antoine Dessaulles,
Six lectures sur l’annexion du Canada aux États-Unis
“ Avec l’annexion, nos hommes publics sont appelés sur un des premiers théâtres du monde, le Congrès des États-Unis ! ! Ils peuvent être députés, sénateurs, ministres d’un peuple de vingt-cinq millions d’hommes. Rien ne les empêche d’être portés à la première place de l’état, si leurs services ou leur génie leur donnent le droit d’y aspirer. La carrière diplomatique leur est ouverte ; ils peuvent être ambassadeurs, consuls, etc., etc., la carrière militaire leur est également ouverte. Nous jouirons en un mot de tous les droits des citoyens Américains. ”
Armand Albert-Petit, La France de la guerre. Tome 2 (1918-1919)
“ Si le fait matériel est exact, il est déjà en lui-même hautement significatif. Car le mot « Congrès », en Amérique, n'a pas le sens constitutionnel qu'il a dans notre pays. Chez nous, ce terme désigne la réunion des deux Chambres en Assemblée nationale, dans un local commun ; mais aux États-Unis il indique simplement les deux Assemblées, en dehors de toute idée de séance commune : ce mot « Congrès » a donc là-bas le sens de notre mot « Parlement ». Le cas d'une réunion plénière des deux Chambres n'est même pas prévu dans la Constitution des États-Unis. ”
J.-B. Pastoureau-Labesse, Étude sur la constitution qui convient à la France… (1870)
“ Ces dispositions ont été prises, d'une part, pour soustraire le gouvernement central à l'influence démoralisante qui résulte du séjour dans une très grande ville; d'autre part, pour assurer la parfaite indépendance du Congrès. Ce dernier, résidant dans une ville de second ordre, peut élaborer ses lois et exercer ses pouvoirs, sans être exposé à la pression extérieure d'une nombreuse population. L'histoire des États-Unis présente, comme la nôtre, le spectacle d'agitations populaires dans les grandes villes commerciales et industrielles. ”
Henri Cordier, Mélanges américains (1913)
“ Le Congrès est trop éclairé pour ne pas sentir combien ces procédés doivent nous affecter, et il est trop sage et trop prévoyant pour n'être pas pénétré de la nécessite de maintenir les choses dans l'état de réciprocité où elles ont été depuis que la France est l'alliée des Etats-Unis ”
Dominique Dufour Pradt, Pièces relatives a Saint-Domingue et a l'Amérique… (1818)
“ Je ne suis point l'avocat de l'idée éblouissante d'un grand congrès américain sur l'isthme, mais il peut exister un accord sur des sujets d'un intérêt général. Le poids et l'importance de chaque Etat s'augmenteront merveilleusement par le voisinage d'états indépendants, même sans alliances. Les Etats-Unis sont à présent un seul pouvoir isolé , et les Monarques le long de l'Atlantique ne redoutent point que d'autres nations fassent cause commune avec nous , quand nos droits sont violés. ”
Louis Blanc,
Histoire de dix ans/Tome 4
“ Sans doute il était du devoir et de l’honneur d’un peuple de remplir ses engagements ; mais le soin de sa dignité lui commandait impérieusement de ne pas payer ce qu’il ne devait pas, surtout lorsque, pour l’y contraindre, on lui montrait la pointe d’une épée. Et il n’était pas vrai que le congrès eût désavoué les insolentes paroles du président des États-Unis : le congrès s’était borné à ajourner l’expression de ses sentiments, dans l’espoir que le roi des Français l’emporterait sur la Chambre française. On osait citer le traité de 1831 comme ayant engagé la nation d’une manière irrévocable ? ”
Eugène Forcade, Revue des Deux Mondes
“ Cette sollicitude à réserver et à provoquer l’autorité du congrès est digne de remarque ; voilà un trait par lequel il serait à souhaiter que l’assimilation indiquée par l’empereur fût vérifiée. Ce qui frappe aux États-Unis, c’est la multiplicité et l’intérêt des informations officielles que l’exécutif fournit, spontanément au congrès, ou que le congrès obtient par le vote de simples résolutions. Notre corps législatif, pour bien connaître l’état des choses au Mexique, a tout à demander. S’il avait des attributions égales à celles du congrès américain, il aurait à voter bien des résolutions. ”
Daniel Boone, Histoire de Kentucke , nouvelle colonie à l'ouest de la Virginie… (1785)
“ Que les Etats-Unis assemblés en Congrès pourront, dans l'occasion, & sans enfreindre les principes de Confédération, prendre telles mesures qu'ils jugeront convenables pour la conservation de la paix & du bon ordre parmi les habitans dans aucuns des nouveaux Etats, jusqu'à ce qu'ils prennent un Gouvernement provisoire, comme il est dit ci-dessus. ”
Édouard-René Lefebvre de Laboulaye,
Histoire politique des États-Unis
“ Aussi, dans la constitution réformée du Sud, a-t-on mis que les ministres du président auraient des sièges au Sénat et à la Chambre des représentants, de façon à pouvoir donner des explications sur l’état des affaires. Actuellement, au congrès des États-Unis, les ministres ne connaissent pas les chambres, les chambres ne connaissent pas les ministres. Il n’y a que le président qui relie les deux pouvoirs. ”
Édouard-René Lefebvre de Laboulaye,
Histoire politique des États-Unis
“ En outre, il faut dans tout État un pouvoir suprême qui puisse maintenir l’ordre et surveiller les intérêts communs ; sans ce pouvoir l’Union ne serait pas de longue durée. Il faut que les États obtempèrent avec confiance aux propositions financières du congrès, car il y a des engagements pris, et ce que l’Amérique peut faire de mieux, c’est de suivre les conseils et d’accepter la direction que le congrès lui donne. Quiconque ne veut pas accepter cette direction menace l’Union : c’est un ennemi qui veut ruiner l’indépendance de l’Amérique, et qui doit être traité en conséquence ”
Édouard-René Lefebvre de Laboulaye,
Histoire politique des États-Unis
“ C’est de cette façon que les États-Unis en sont arrivés à se faire considérer comme une grande puissance, tandis que pendant la révolution, avec ses congrès qui se renouvelaient sans cesse, l’Amérique ne pouvait traiter avec personne, et restait faible et méprisée. ”
Édouard-René Lefebvre de Laboulaye,
Histoire politique des États-Unis
“ Ce n’étaient pas seulement les États qui entendaient faire déclarer que tout ce qui n’avait pas été délégué de pouvoirs au Congrès serait réservé aux États ; c’est le peuple qui entendait que le Congrès n’aurait de pouvoirs que ceux que lui conférait la constitution. En Amérique, on n’a jamais eu de goût pour l’abdication populaire ; on n’a jamais compris que des députés pussent déclarer que leur volonté est la volonté du peuple. On n’entend donner aux délégués de la nation que des pouvoirs limités ; la constitution est leur loi, ils n’en peuvent sortir. ”
Anonyme, Revue des Deux Mondes
“ Malheur au gouvernement qui, dans un entraînement irréfléchi, essaierait de les franchir ! Dans quinze jours, les sentimens véritables de la France seront connus au-delà de l’Atlantique, et à une froideur d’un moment succédera la confiance accoutumée. Nous désirons sincèrement que les États-Unis mettent dans les délicates négociations aujourd’hui pendantes un esprit de conciliation sans lequel la paix du monde deviendrait impossible. Les derniers débats du congrès semblent de nature à faire redouter des dispositions contraires. ”
Pierre-Louis Roederer,
Discours de M. Roederer, maire d'Essay…
(1832)
“ Ils veulent à toute force un président et point de roi, et c'est là ce qu'ils appellent la république. Ils veulent un président pour gouverner la France, et croient imiter l'Amérique où le président ne gouverne ni n'administre ; ils veulent un président pour la France entière, et le président des Etats-Unis n'est le président que d'un congrès représentatif de petits états confédérés qui sont des souverains indépendans hors les cas de la confédération. ”
Édouard-René Lefebvre de Laboulaye,
Histoire politique des États-Unis
“ Ferait-on une confédération, ou une union ? En d’autres termes, des treize colonies ferait-on un peuple, ou y aurait-il treize États ayant chacun une souveraineté et des intérêts distincts ? John Adams et Franklin soutinrent avec raison qu’il fallait faire de l’Amérique une seule nation, et que ces distinctions d’État étaient des distinctions artificielles qui devaient disparaître avec la révolution. Non qu’ils voulussent détruire les États, ni affaiblir leurs libertés intérieures ; mais, au-dessus de ces souverainetés locales, ils plaçaient la souveraineté du congrès. ”
Louis-Antoine Dessaulles,
Six lectures sur l’annexion du Canada aux États-Unis
“ Voilà donc un homme qui, à la grâce de sa lancette, est tombé législateur ; qui est censé, par le fait de sa position, pouvoir comprendre un système politique : un homme qui a bien le soin de nous apprendre qu’il a passé plusieurs années en exil aux États-Unis, ce qui l’a mis à même d’étudier leurs institutions ; voilà donc cet homme qui parle des actes des ministres Américains dans leurs rapports avec le congrès ! ! ! ! de la confiance du congrès dans les ministres Américains ! ! ! ! de la responsabilité des ministres Américains envers le congrès ! ”
J.-Jacques Ampère, Revue des Deux Mondes
“ L’on voulait exprimer par là une certaine agitation dans l’assemblée et les tribunes ; mais les chambres françaises, qui ont vu bien des désordres et bien des tumultes, n’ont rien vu qui ressemble à certaines scènes dont le Capitole de Washington a été témoin. Ce n’est point, grâce au ciel, le ton habituel des séances du congrès, et pour ma part je n’ai rien remarqué de pareil. Il faut songer que les États-Unis renferment des portions encore peu civilisées. Un homme qui arrive des extrémités de l’ouest est un peu, en ce pays, comme un Français qui viendrait à Paris des montagnes de la Corse. ”
Édouard-René Lefebvre de Laboulaye,
Histoire politique des États-Unis
“ Hier a été décidée la plus grande question qui ait jamais été débattue en Amérique, et peut-être parmi les hommes n’en décidera-t-on jamais une plus grande. Le Congrès a passé une résolution acceptée par toutes les colonies sans exception, et qui porte que : « Les Colonies-Unies sont de fait et de droit des États indépendants, et qu’à ce titre il leur appartient de faire la guerre, de conclure la paix et d’agir comme tout autre empire. » ”
Édouard-René Lefebvre de Laboulaye,
Histoire politique des États-Unis
“ En Amérique, jamais cette souveraineté ne disparaît ; non-seulement le peuple n’abdique jamais, mais il ne délègue au congrès que certains pouvoirs de législation strictement définis et que le congrès exerce au nom de la nation. Il y a donc deux corps vivants : d’une part le congrès, de l’autre la nation, le mandataire et le mandant. Voilà ce qui donne un grand intérêt à l’étude de la constitution américaine. Elle nous apprend quels sont les pouvoirs qu’un peuple ne peut exercer lui-même, et quels sont ceux qu’il doit retenir dans ses mains. ”
J.-P. des Noyers, Le Pouvoir exécutif aux États-Unis…
“ La politique intérieure n’y tient pas moins de place. L’exposé de la situation financière des Etats-Unis y remplit à lui seul 17 pages. Le message présidentiel ne comporte point de réponse et ne donne pas lieu (comme par exemple en France sous Napoléon III) à la rédaction d’une « Adresse » destinée à mettre en relief les « desiderata » du Parlement. Il ne fournit non plus matière à aucune discussion générale. Il ne faut y voir qu’une sorte de mémorandum où sont consignées les vues du chef de l’Etat. Le Congrès est invité à s’en inspirer, il s’en inspire souvent, surtout lorsque la majorité ”
Édouard-René Lefebvre de Laboulaye,
Histoire politique des États-Unis
“ Il fallait neuf États pour prendre une décision, sept voix sur vingt-quatre empêchaient donc qu’on pût arrêter une résolution. C’était une impuissance complète : il était naturel que l’Amérique ne s’occupât pas du congrès, et que les députés eux-mêmes ne se prissent pas au sérieux. En outre il y avait une faiblesse incurable dans ce pouvoir multiple. Comment, en effet, peut-on gouverner un pays avec une assemblée ? Pour gouverner, il faut une volonté constante, visible ; il faut que la nation sache ce que veut le chef de l’État, et qu’on soit sûr qu’il voudra demain ce qu’il veut aujourd’hui. ”
