“ Chaque douar a un caïd qui dépend de celui de la tribu, et ce dernier du caïd de la province. La mosquée du douar, tente semblable aux autres tentes, est gardée par un muphti, prêtre, notaire et maître d’école à la fois. On trouve dans les douars des hommes que l’on regarde comme lettrés. Ces érudits, qui ne savent ni lire ni écrire, parlent un idiome qui ne ressemble ni à l’arabe du Coran, dont ils n’entendent pas un mot, quoiqu’ils en répètent quelques versets, ni au dialecte maure parlé dans les villes. ”
Citations sur “Dawar”
Charles George Gordon,
Lettres de Gordon à sa soeur, écrites du Soudan…
“ Une quantité d'esclaves pris dans la dernière razzia faite près d'ici par les Gallabats, refuse de s'en aller en liberté. Ils sont mieux nourris chez leurs nouveaux maîtres, disent-ils, qu'il ne l'étaient chez les anciens. Ah ! c'est un drôle de pays. Une tribu de nos alliées a accompagné les troupes qui allaient soumettre des dissidents entre Dara et Toachia. Aujourd'hui j'apprends qu'une autre tribu a attaqué les kraals de la tribu alliée, pendant l'absence des guerriers, a emmené 3500 vaches et tué un homme. Le Darfour est une véritable arène de combat. ”
Aristide Mathieu Guilbert, Lettres sur l'Algérie, par X. Marmier (1847)
“ Dans la confiance que leur inspiraient toutes ces légendes, qui se propageaient de douar en douar, de tribu en tribu, ils couraient aux armes et s'élançaient contre nous avec une aveugle impétuosité. Bientôt tout le Dahra et les districts qui l'avoisinent furent inondés d'une foule d'Arabes, de Kabyles à cheval, à pied, qui, dans l'ivresse de leurs projets, voyaient déjà les Français massacrés ou chassés à jamais du sol d'Afrique, et l'étendard de la foi musulmane flottant sur les débris de la croix. ”
Edmond Lambert, A travers l'Algérie, histoire, moeurs et légendes des Arabes (1884)
“ Les tribus sont divisées en un plus ou moins grand nombre de fractions, selon leur importance. De même que la tribu est un élément politique et administratif dans le gouvernement, de même le Douar est l'élément de famille dans la tribu. Tout chef de famille, propriétaire de terres, qui réunit autour de sa tente celles de ses enfants, de ses proches parents, alliés, de ses fermiers, forme ainsi un douar (rond de tentes) dont il est le chef naturel, dont il est le représentant ou cheik dans la tribu, et qui porte son nom. L'autorité de ce cheik est indépendante de toute délégation extérieure ”
Charles George Gordon,
Lettres de Gordon à sa soeur, écrites du Soudan…
“ Ces 210 esclaves ou appartenaient à la tribu, ou bien étaient des Fors, c'est-à-dire des natifs du Darfour. S'ils sont Fors, il s'ensuit qu'ils sont musulmans et doivent être mis en liberté; si ce sont des esclaves qui appartenaient aux tribus vaincues, nous ne sommes pas obligés de les rendre. C'est triste de voir les pauvres petits êtres affamés vous regarder d'un œil suppliant. Que puis-je faire pour eux? Je n'ai pu que m'adresser aux Arabes qui m'accompagnent et leur dire que s'ils prennent des musulmans pour esclaves ils le font directement contre le commandement du Coran ”
Jules Renard,
Les étapes d'un petit algérien dans la province d'Oran…
(1888)
“ D'après les évaluations du bureau arabe de Mostaganem, l'exportation des figues du Dahra atteint annuellement le chiffre de 1 000 000 de francs. La population du Dahra est forte et vigoureuse. Les hommes sont de haute taille ; ils ont de beaux traits et un grand air de force et de dignité. Les uns habitent sous la tente, les autres dans des maisons. Avec de tels hommes, cette agglomération de collines, de ravins, de grottes et de forêts formait un pays difficile à conquérir. Nous ne pûmes le courber qu'à la suite de châtiments terribles infligés à des tribus plusieurs fois parjures. ”
Charles Louandre, Revue des Deux Mondes
“ Si la vieille civilisation de l’Asie était couverte de ténèbres moins profondes, qui sait ? on retrouverait peut-être encore, dans la constitution actuelle des tribus, quelques traces de leur ancienne organisation, et c’est par cela même que cette constitution offre un intérêt particulier, parce qu’on sent là quelque chose de primitif et d’antique. Aujourd’hui, le premier élément de l’agrégation sociale des Arabes, c’est le douar, réunion de tentes rangées en cercle ; plusieurs douars juxtaposés forment une ferka ; plusieurs ferkas composent une tribu ”
Henry Didier, Le Gouvernement militaire et la colonisation en Algérie… (1865)
“ Il est probable que la colonisation, avec son énergie accoutumée, quoique avec un peu plus de lenteur, n'en continuerait pas moins sa marche ascendante et progressive, et que le travail de décomposition et de désagrégation de la tribu, si intimement lié à l'oeuvre de la pacification générale définitive, ne s'en acheminerait pas moins résolument à son terme. (1) Le douar est une fraction élémentaire de la tribu et se compose d'un certain nombre de tentes réunies sous un chef appelé cheick. Les 1,200 tribus du Tell comprennent environ 10,000 douars. ”
Georges Bruel,
La France équatoriale africaine…
(1935)
“ Certains d’entre eux habitent encore le district de Dara. Les Dadjo sont musulmans, mais ils n’ont pas abandonné pour cela une partie de leurs croyances et de leurs pratiques animistes. Ils règnent en maîtres au Dar Sila (grav. 104) où l’on trouve beaucoup d’Arabes : Beni Halba, Salamat, Hémat, Taachi, etc. Le Dar Sila, comme le Massalit, a payé souvent tribut à la fois au Ouadaï et au Darfour. Comme nous l’avons vu plus haut, il existe des Dadjo dans le sud du Ouadaï jusqu’à Korbo et dans l’Abou Telfane. ”
Daïra, histoire orientale en quatre parties (1760)
“ Daïra est en ton pouvoir aujourd'hui, mais apprens que son esclavage ici n'est que l'effet d'une trahison détestable. Tu l'as reçue des mains d'un Marchand de Scio ; tu la confonds en ton Serrail parmi les femmes qu'un fatal destin à fait naître dans les Pays conquis & subjugués par les Sultans, & qui trouvent dès le berceau les loix de leur esclavage écrites sur leur front : connois Daïra, vois en elle une fille Turque, de qui l'état est libre, & qui peut t'attirer de redoutables ennemis. ”
Daïra, histoire orientale en quatre parties (1760)
“ Cher Eunuque ! reprit ce généreux homme, les yeux en larmes fixés sur moi, s'il me reste un espoir pour ses jours, je le mets en tes mains ; tu fus à ses Peres ; tu as exposé déjà ta vie pour elle ; la voilà sous ta garde ; je la recommande à ta pitié & à tes soins : quant à moi, me dit-il, je quitte ces lieux, & vais errer de contrée en contrée ; j'ai sauvé l'infortunée Daïra des mains du Muphti ; j'ai désobéi aux ordres du Sultan, mon Maître, j'ai tout à craindre déformais : un Esclave est parti de Scio peu de jours après moi, & m'a appris que déjà mes biens sont confisqués ”
H Lavion, L'Algérie musulmane dans le passé… (1914)
“ C'est ainsi que nous laissâmes subsister la. division des tribus en douars à la tête de chacun desquels fut placé un adjoint indigène (cheikh) , assisté, comme par le passé, d'une djemaa, assemblée de notables appelés à lui donner des conseils. Ces notables continuèrent à répartir entre les membres de la tribu les terres collectives, les tours d'eau pour les irrigations, à seconder l'action du cheikh dans les fractions du douar dénommées mechtas, et à lui faciliter l'application des ordres transmis par l'administration locale. ”
Henri de Sarrauton, La Question algérienne. (15 juin 1891… (1891)
“ Mais je conçois très bien que revenant dans le milieu tyrannique du douar, dans ce milieu où la liberté d'allures, d'action et de croyances n'existe pas et ne peut pas exister, ils sont obligés d'agir comme les gens qui les entourent et avec lesquels ils vivent d'une vie presque commune. Commencez donc par assurer à l'arabe un foyer indépendant, un chez-soi où il soit son maître ; dissolvez le douar et de ses débris constituez le village arabe. ”
Anonyme, Le Livre des mille nuits et une nuit
“ Alors Daoul’makân demanda : « Et qui est le chef de la caravane ? » L’homme dit : « C’est le grand-chambellan, l’époux de la jeune esclave qui est tellement versée dans les sciences et la sagesse. » Alors Daoul’makân se mit à pleurer abondamment, car le souvenir lui revenait de sa sœur Nôzhatou, de sa famille et de son pays ; et il dit au bon chauffeur : « Ah ! mon frère, partons avec la caravane ! » Et le chauffeur dit : « Et je vais avec toi ; car je ne saurais te laisser seul aller à Baghdad après t’avoir accompagné de Jérusalem à Damas ! » ”
Nelly Blum, La croisade de Ximénès en Afrique (1898)
“ Au jour voulu, ils cherchent par leurs allées et venues à tromper la curiosité des leurs, puis ils arrivent à donner au gouverneur les indications nécessaires pour triompher des Mores, ils précisent le douar à razzier, la tribu à qui il appartient, de combien de chevaux de guerre on pourra s'emparer, quelle est à peu près la distance qui sépare la place du campement. ”
Jules Renard,
Les étapes d'un petit algérien dans la province d'Oran…
(1888)
“ En effet, le lendemain, nous nous mimes en route pour Mazouna, et, aujourd'hui que nous sommes de retour à Arzew, je peux tout à mon aise résumer mes impressions sur ce coin intéressant de notre chère Algérie. D'abord, je dois dire que le Dahra est composé de plaines étagées les unes au-dessus des autres, et de hautes collines formées de terre et non de rochers. En outre, je crois pouvoir affirmer que c'est un pays riche et généralement bien cultivé. Toute la côte, jusqu'à la limite du département d'Alger, est très pittoresque. Plusieurs criques en rendent l'accès facile aux balancelles. ”
Alfred Jacobs, Voyage en Asie et en Afrique, d'après les récits des derniers voyageurs (1855)
“ Braves, mais indisciplinés, les Darfouriens dépensent toute leur énergie guerrière dans les guerres de succession qui ensanglantent leur pays lorsque le pouvoir est vacant. Les fils du sultan se disputent alors le trône , ils se poursuivent par le fer et le poison, s'attaquent en batailles rangées, et le sang coule dans toutes les provinces. Comme tous les chefs des États de l'Afrique , le souverain du Darfour possède l'autorité la plus absolue; il n'y a pas d'autre loi que son caprice et de vagues traditions. ”
Louis Du Couret, L'Arabie heureuse : souvenirs de voyages en Afrique et en Asie… (1860)
“ Sur les limites des États révoltés, l'homme que, sur les ordres du mahadi, nous avait donné le naïb, nous quitta. A Damar, les contrariétés commencèrent. D'où venions-nous? qui étions-nous? comment avions-nous traversé le pays du mahadi? Le dôla nous fit venir. L'interrogatoire fut long. A la suite de l'interrogatoire, il nous fut permis de continuer notre route. Le dôla savait bien que nous serions arrêtés plus loin. Ce qu'il y a de remarquable à Damar, c'est une académie seïdiyé, où beaucoup de jeunes Arabes apprennent le Coran, les mathématiques et l'astronomie. ”
Félix Hautfort, Au Pays des palmes. Biskra...… (1897)
“ Il fut baptisé Dar-Diaf, — Maison des hôtes. Le génie arabe inventa le mot et la chose. Ce peuple voué à d'incessantes pérégrinations, imagina ces gîtes que trouve le nomade ou l'étranger dans toutes les villes, dans tous les ksour, caravansérails aux murs nus, bons pour le repos d'une nuit. ”
Gaston Des Godins de Souhesmes, Tunis, histoire, moeurs, gouvernement… (1875)
“ Le douar est une réunion de tentes formant une espèce de hameau ou de village ambulant. Par extension, on donne le nom de douar à tout centre de population indigène ne constituant pas une localité proprement dite. valoir. Si les Arabes n'avaient un goût excesif pour l'ostentation, rien ne contrarierait leur singulière manie de thésauriser, mais partout et toujours il est dispendieux de paraître, et ce qui chez nous serait une cause de ruine a pour eux des conséquences salutaires en mettant un frein à leur passion d'accumuler. ”
Daïra, histoire orientale en quatre parties (1760)
“ Oh ! juste Ciel ! s'écria Daïra, quelle multiplicité d'événemens inattendus ! j'y succombe ; en effet elle en perdit la parole ; elle demeura sans mouvement ; puis se considérant dans l'affreux état où elle étoit, elle s'interrogeoit elle-même : quoi ! disoit-elle, le Prince des Arabes, l'Émir Saheb, pourra-t-il reconnoître sa Fille dans l'abîme où je suis ? ”
Daïra, histoire orientale en quatre parties (1760)
“ Saint Homme ! La fille de mon Maître va périr, si tu ne la sauves dans ton sein. Dérobes-là pour un temps ; eh ! veuille le Ciel la préserver par tes soins. Il courut à toi, Daïra, qui m'entends ; il te ravit, & disparut dans le moment même que les Brigands s'avançoient. Alors le fort d'un Maître si cher à mon coeur m'appella tout entier ; je volai près de lui, je m'armai comme lui-même. La multitude ne fit qu'accroître mon courage : j'avouerai pourtant, que le discours de l'un d'eux me frappa d'effroi : Saheb, dit-il, tu as outragé le Muphti Sezula, redoute sa vengeance ”
Napoléon de Ring, Conférence faite par M. le baron de Ring aux étudiants étrangers fréquentant l'Université de Dijon… (1903)
“ La propriété individuelle n'existe chez eux qu'à litre d'exception. Les terres appartiennent, en général, à la tribu ou à ses diverses fractions dites douars. Tribus et douars, lors de notre arrivée, avaient à leur tête une double aristocratie, formées, l'une de nobles d'épée, Djouad, l'autre de familles vouées ou censées vouées à la vie spirituelle, les Marabouts. ”
William Darville, Les nuits de Delhi : révolte des cipayes (1882)
“ Le gouverneur résident a conçu des soupçons sur votre compte, et j'ai reçu l'ordre de vous surveiller. — C'est bien, répondit celui-ci, tu lui diras que, toujours recherchant les ruines, j'en ai trouvé une vivante dans celui qu'il nomme pompeusement l'empereur de Delhi : voilà pour ta réponse. As-tu vu les frères du grand œuvre de la restauration? — Ils sont dans la ville, répondit-il, ils attendent vos ordres. — Hélas! répondit l'étranger, depuis deux ans je marche de déceptions en déceptions; l'Inde est un bazar où se vendent les esclaves. ”
Louis-Jean-Max Reuss, A travers l'Algérie (1884)
“ L'olivier réussit également très bien, et de nombreux troupeaux de chèvres, de moutons et de boeufs paissent sur les versants des collines. La population du Dahra n'est pas homogène ; on y trouve des Kabyles, des Arabes, des Marocains et des, Koulour'lis. Mais, en général, la race est belle ; grands, bien faits, la figure blanche, mais hâlée par le soleil ou le vent de la mer, les habitants du Dahra ont la dignité et la fierté des Arabes des grandes tentes et l'esprit inventif et industrieux des Kabyles. ”
Anonyme, Le Livre des mille nuits et une nuit
“ À ce spectacle, Daoul’makân s’écria : « Ya Allah ! ô ... terreur ! » et tomba évanoui. Alors le vizir et les émirs s’empressèrent autour de lui et lui firent de l’air avec leurs robes ; et Daoul’makân finit par revenir à lui et s’écria : « Ô mon frère Scharkân, ô le plus grand d’entre les héros, quel démon t’a mis dans cet irrémédiable état ? » Et il se mit à fondre en larmes et à sangloter, et le vizir Dandân aussi et les émirs Rustem et Bahramân et surtout le grand-chambellan. ”
Daïra, histoire orientale en quatre parties (1760)
“ L'ivresse de joye où étoit toute cette Ville, dura plusieurs jours. Il ne manquoit à cette Fête que la présence de cinq cens Sultanes, qui étant dans le Serrail, n'avoient de tout ce qui se passoit que des idées fort imparfaites. Quelques-unes eurent la permission de venir visiter Daïra, la nuit sur la Terrasse du Palais, & j'appris par Razzivil tout ce qui s'étoit passé. Elles se présenterent dix ensemble, l'une desquelles lui dit : Princesse, nous vous portons l'hommage de toutes les Femmes de ce Serrail, qui brûlent d'envie de vous faire connoître nos jeux & nos divertissemens. ”
Charles de Rémusat,
Revue des Deux Mondes
“ Faut-il comprendre sous une même dénomination et considérer comme un seul peuple les peuplades répandues dans les provinces adjointes, les tribus errantes qui ne reconnaissent pas toujours la domination du sultan ? La nature même des races qui habitent le Dârfour rend un dénombrement fort difficile, et cette variété d’individus n’est que le résultat de la diversité des pays. ”
Eugène Daumas,
Les chevaux du Sahara (2e édition…
(1874)
“ Nous chassons la gazelle, l'autruche, le lynx, le lièvre, le lapin, le dol, le renard, le chacal, le bekeur-el-ouhach (l'antilope) . Personne ne nous fait payer d'impôts; aucun sultan ne nous commande. « Chez vous, on donne l'hospitalité pour de l'argent. Chez nous, quand tu as dit : « Je suis un invité de Dieu, Ti on te répond : « Rassasie ton ventre. » et l'on se précipite pour te servir. » Si la civilisation recevait des éloges tout à l'heure, voilà le désert qui est bien autrement exalté. ”
Auguste Ducat, La guerre en Afrique (1846)
“ Non loin de cette demeure princière, sur le versant des montagnes ou disséminées dans la plaine, de nombreuses tentes arabes sont dressées, d'immenses troupeaux paissent dans les intervalles des douars, et une population de plus de quarante mille âmes dépend corps et âme -de ce chef puissant. ”
