“ Laissant à sa gauche les magnifiques portiques du temple de Sérapis, il s'engagea dans une voie bordée de riches demeures qui semblaient assoupies parmi les parfums. Là les pins, les érables, les térébinthes élevaient leur tête au-dessus des corniches rouges et des acrotères d'or. On voyait, par les portes entr'ouvertes, des statues d'airain dans des vestibules de marbre et des jets d'eau au milieu du feuillage. Aucun bruit ne troublait la paix de ces belles retraites. On entendait seulement le son lointain d'une flûte. ”
Temple de Sérapis
Définition et enjeux
Citations sur “Temple de Sérapis”
Gaston Maspero,
Les monuments funéraires de l'Égypte ancienne
(1899)
“ Le passage où Strabon parle du temple de Sérapis s'offrit immédiatement à la pensée de Mariette et il ne douta pas qu'il fût sur la voie de cet antique monument, un des plus célèbres et des plus révérés de l'Egypte, à cause des Apis ou boeufs sacrés qui y avaient leur sépulture. « Le temple de Sérapis, dit l'auteur grec, est construit dans un endroit tellement sablonneux que les vents y amoncellent des amas de sable, sous lesquels nous vîmes les sphinx enterrés, les uns à moitié, les autres jusqu'à la tête. » ”
Arthur Rhoné,
L'Égypte à petites journées : le Caire d'autrefois
(1910)
“ C'est, dit-on, dans cette région aujourd'hui aride et déserte que se serait élevé après l'avènement des Ptolémées ce Sérapéum d'Alexandrie ou temple de Sérapis, devenu si célèbre par la magnificence de son architecture et par ses trésors en livres, objets de science et œuvres d'art qu'on y conserva jusqu aux fatals édits de Théodose : édits qui, en promulguant l'ordre de fermer tous les temples du paganisme, amenèrent l'abandon ou la destruction des œuvres du génie antique. ”
Gaston Maspero,
Les monuments funéraires de l'Égypte ancienne
(1899)
“ L'illustre égyptologue Mariette Pacha pensait déjà, en 1856, quelques années après sa célèbre découverte du Sérapéum 4, que la pyramide à degrés de Sakkarah avait été bâtie pour des Apis, et qu'ainsi, un Sérapéum n'étant que le temple du taureau mort, cette pyramide était le Sérapéum de l'Ancien-Empire, c'est-à-dire le temple de Sérapis, trois ou quatre mille ans avant notre ère. ”
F. Mercey, Revue des Deux Mondes
“ La religion dans les autres temples de l’Égypte était restée, à l’époque des Ptolémées, purement grecque ou purement égyptienne. Les deux races avaient au contraire adopté simultanément le nouveau type d’Osiris-Apis, devenu Sérapis, ce qui fait que le même temple de Sérapis renferme des monumens dans le style grec et dans le style égyptien. ”
Charles Le Beau,
Histoire du Bas-Empire. Tome 04
(1836)
“ L'évêque, accompagné du gouverneur et du comte, étant entré dans le temple, commanda d'abattre la statue. Cet ordre fit pâlir d'effroi les chrétiens mêmes. C'était une opinion répandue parmi le peuple, que si quelqu'un osait porter la main sur Sérapis, la terre s'ouvrirait aussitôt, et que toute la machine du monde s'écroulerait dans l'abîme. Théophile, qui méprisait ces rêveries, donna ordre à un soldat armé d'une hache de frapper Sérapis. ”
Maxime Legrand,
La Vallée du Nil, époque contemporaine…
(1892)
“ Puis, lorsque Théodose eut lancé son édit contre les images des divinités païennes, le temple de Sérapis fut, lui aussi, jeté bas, et avec lui la statue du dieu. Rien ne subsiste de ce splendide édifice, que des piliers étendus sur le sol et la colonne de Pompée. Un cimetière arabe couvre l'emplacement de ses tombes innombrables. La colonne de Pompée, ce dernier témoin d'une grandeur passée, se détache aujourd'hui encore sur le ciel, svelte et blanche, et n'a que peu souffert. C'est le seul monument de l'art grec qui puisse se comparer, pour la taille, aux ouvrages du temps des Pharaons ”
Friedrich Melchior Grimm,
Oeuvres de Fontenelle : études sur sa vie et son esprit
(1852)
“ C'est ainsi que cet impie traite les moines et les reliques : il fallait que la licence fût encore bien grande du temps qu'on écrivait de pareilles choses sur la religion des empereurs. Rufin ne manque pas de nous marquer qu'on trouva le temple de Sérapis tout plein de chemins couverts et de machines disposées pour les fourberies des prêtres. Il nous apprend, entre autres choses, qu'il y avait à l'orient du temple une petite fenêtre par où en- trait à certain jour un rayon du soleil qui allait donner sur la bouche de Sérapis. ”
Pierre Louis Ginguené, Histoire littéraire d'Italie (1…
“ La destruction générale des temples du paganisme n'entraîna pas seulement la perte à jamais déplorable d'édifices, où le génie des arts avait prodigué ses merveilles: les collections de livres se trouvaient ordinairement placées, aussi bien que les statues, dans l'intérieur ou le voisinage des temples, et périssaient avec eux. Le sort de la bibliothèque d'Alexandrie est connu. Un patriarche fanatique, Théophile, appela sur le temple de Sérapis les rigueurs du crédule Théodose ”
Adolphe-Basile Routhier, Le Centurion
“ Le quartier égyptien d’Alexandrie est l’ancien village de Rakôtis, où l’on retrouve encore les restes déchus du peuple des Pharaons. Un vieux temple de Sérapis, en ruines, y domine les autres édifices. La partie moderne est la ville des palais, au centre de laquelle s’élève le Bruchéïon dont la belle colonnade est d’architecture grecque. Quelques milliers de palais, avec autant de bains et des centaines de théâtres, des temples aux dieux de la Grèce et de Rome, des monuments, des statues, des obélisques, des hippodromes, font d’Alexandrie une grande cité, entourée de murailles et de tours. ”
Abel-François Villemain,
Essais sur le génie de Pindare
“ Introduit par les rois grecs, mais incorporé aux antiques croyances de l’Egypte, le culte de Sérapis domina dans Alexandrie. Son temple devint la dernière citadelle du paganisme, et, selon l’expression d’un Romain du quatrième siècle [6] , le Capitole religieux de l’Orient. Mais, à part ces conséquences lointaines de la politique adoptée par les Ptolémées dans la fondation de leur éphémère empire, il faut reconnaître dans la science et l’esprit d’Alexandrie une autre influence religieuse que celle du polythéisme égyptien ou grec. ”
Eugène Chautard, Au pays des pyramides (1914)
“ Le savant abbé Gorini conclut ainsi : « Ce passage d'Orose, où tant de censeurs de l'Eglise prétendent lire que la bibliothèque du Sérapéum avait été anéantie par les chrétiens, certifie au contraire qu'elle subsistait au ve siècle. » (Gorini. Défense de l'Eglise. T. I, p. 83-85.) Il est absolument certain du reste, comme nous le prouverons bientôt, que les annexes très considérables du temple de Sérapis ne furent point détruites avec l'idole, mais seulement le sanctuaire du dieu. ”
Étienne-Charles Brasseur de Bourbourg, Le Sérapéon, épisode de l'histoire du IVe siècle… (1839)
“ C'était Hellade, autrefois pontife de Jupiter, l'un des ministres et des confidens d'Olympe, et qui se vantait d'avoir tué de sa propre main neuf chrétiens dans la dernière sédition. — Hellade, dit le philosophe , en s'avançant vers lui, nous sommes arrivés au dernier jour de notre dieu ! Demain peut-être la hache profanera la divinité qui reçut si long-temps nos hommages. Tout est désespéré ; la grandeur de Sérapis, dont nous étions si glorieux, va tomber en poussière ; ce temple sera renversé comme un lieu infâme, et bientôt un jour viendra où à peine on saura où fut Sérapis ! ”
Lucien Augé de Lassus,
Voyage" aux sept merveilles du monde…
(1906)
“ Le temple recouvrait une nécropole. Plus tard, lorsque Sérapis et les immortels, si longtemps chers à la vieille Egypte, n'étaient plus rien, pas même un souvenir, pas même un écho incertain, les hommes cependant ne pouvaient désapprendre le chemin de ce petit coin de terre. Serait-ce que les morts ont de plus longues mémoires? Ils venaient, comme d'eux-mêmes, où leurs pères lointains étaient venus. Les fils avaient proclamé Allah et s'étaient endormis aux promesses d'une foi nouvelle ; et c'était dans une poussière toute faite des anciens dieux, qu'ils voulaient cependant dormir. ”
Félix Nève, L'Eglise d'Orient et son histoire d'après les monuments syriaques… (1860)
“ Quand l'édit de Théodose, publié à Milan en 591, eut interdit l'accès des temples, défendu l'adoration des statues des dieux et prohibé toute espèce de sacrifices, un coup mortel fut porté aux superstitions égyptiennes; mais l'événement décisif fut surtout la destruction du temple et de l'idole de Sérapis à Alexandrie, sous l'épiscopat de Théophile. Non seulement le prestige de cette grande divinité fut détruit par la chute de sa statue; mais encore les chrétiens se prévalurent de l'analogie de certains symboles des cultes antiques avec des symboles du culte nouveau (1) . ”
Étienne-Charles Brasseur de Bourbourg, Le Sérapéon, épisode de l'histoire du IVe siècle… (1839)
“ Les chrétiens furent massacrés dans les rues de la métropole, et les Hellènes se retranchèrent avec Olympe au temple de Sérapis. Depuis lors, ils font souvent de nouvelles incursions sur la ville, enlèvent les chrétiens ou les massacrent, après avoir pillé leurs demeures. Plusieurs fois nous avons voulu remédier à ces désordres ; mais les séditieux se croient assez forts au Sérapéon ; ni la raison , ni les menaces , n'ont pu les déterminer à rester tranquilles. Cependant nous serons forcés d'en instruire l'empereur ”
Frederik Ludvig Norden, Voyage d'Égypte et de Nubie. Tome 2 (1795-1798)
“ Strabon. (2) y un peu plus ancien que lui, et qui a vu le colosse de Memnon, parle d'un monument nommé Memnonium, et ne fait nulle mention d'un temple de Sérapis. Nous en dirons autant de Pausanias qui est un peu postérieur à Pline. Cet écrivain, qui a parcouru les tristes ruines de cette ville autrefois si magnifique et si opulente, ne paroit point avoir eu connoissance d'aucun ancien temple de Sérapis à Thebes ou. près de cette ville; car, parlant des temples consacrés à ce dieu en Egypte, il dit que le plus célébré est celui d'Alexandrie, et le plus ancien celui de Memphis. ”
Jean le Rond d’Alembert,
L’Encyclopédie, 1re éd.
“ Quelques philosophes s’étoient mélés dans cette émeute en faveur de leurs compatriotes ; mais Théophile appuyé du préfet d’Alexandrie & du commandant des troupes, ayant eu l’avantage, un grand nombre de savans du paganisme cruellement persécutés, furent obligés de prendre la fuite, & de se disperser dans plusieurs villes de l’empire. On nomme entre autres le philosophe Olympus & les grammairiens Ammonius & Helladius. Ce magnifique temple de Sérapis fut détruit de fond en comble, & quelque tems après on bâtit à sa place une église à laquelle on donna le nom de l’empereur Arcadius. ”
Jean le Rond d’Alembert,
L’Encyclopédie, 1re éd.
“ Oracle de Sérapis, (Théol. payenne.) ce dieu des Egyptiens avoit deux oracles célebres, l’un à Canope, qui étoit le plus fameux de toute l’Egypte, & l’autre à Babylone. Selon Strabon, il n’y avoit rien de plus gai dans toute la religion payenne que les pelerinages qui se faisoient en l’honneur de Sérapis. « Vers le tems de certaines fêtes, dit-il, on ne sauroit croire la multitude de gens qui descendent sur un canal d’Alexandrie à Canope où est ce temple ; jour & nuit ce ne sont que bateaux pleins d’hommes & de femmes, qui chantent & qui dansent avec toute la liberté imaginable ». ”
Jean le Rond d’Alembert,
L’Encyclopédie, 1re éd.
“ SERAPÉON, s. m. (antiq. d’Egypte.) temple fameux d’Alexandrie, ainsi nommé parce qu’on y avoit déposé la statue du dieu Sérapis. Rufin qui étoit à Alexandrie lorsqu’il subsistoit encore, nous en a fait la description. C’est un lieu élevé, dit-il, non par la nature, mais de main d’homme. Il est, pour ainsi dire, suspendu en l’air. Ce vaste bâtiment est quarré, & soutenu sur des voûtes depuis le rez-de-chaussée jusqu’à ce qu’on soit arrivé au plainpié du temple, auquel on monte par plus de cent degrés. ”
“ Les Grecs, au contraire, essentiellement intelligents, sans préjugés, sans superstitions, ne purent habiter si longtemps le temple même de Sérapis, sans contracter quelque secrète affinité avec ce vieux peuple ; leur littérature était celle d’une nation épuisée qui remplace la verve par l’érudition ; l’étude enthousiaste et persévérante du passé les disposait, en dépit de l’esprit mobile et léger de la Grèce, à respecter les traditions, à chercher la stabilité. Par une pensée profondément politique, les Lagides avaient voulu que le chef du Musée fût toujours un prêtre. ”
Esprit Fléchier,
Oeuvres complètes de Fléchier,…
(1856)
“ Théophile réserva seulement une idole, qu'il fit élever dans la place publique, afin que la postérité se moquât un jour des gentils, en voyant les restes de leur culte ridicule; ce qui leur parut plus injurieux que tout le reste. Ce patriarche fit bâtir une église en l'honneur de saint Jean-Baptiste, â la place du temple de Sérapis Tous les évêques d'Egypte suivirent cet exemple ”
Étienne-Charles Brasseur de Bourbourg, Le Sérapéon, épisode de l'histoire du IVe siècle… (1839)
“ La procession parcourt toute la ville ; devant chacun des temples de Canope , on s'arrête en chantant des hymnes , et l'air retentit de sons joyeux. Les femmes s'abandonnent sans pudeur à l'ivresse de la joie, insultant les chrétiens , s'il en est qui s'offrent à elles, et chan- 452 LE SÉRAPÉON. tent des airs libertins, en exécutant mille danses lascives. Enfin la procession rentre dans le temple de Sérapis ; des guirlandes de fleurs sont suspendues à la voûte ; des milliers de lampes d'or brûlent en son honneur, embaumant d'essences précieuses le sanctuaire de l'idole. La musique résonne ”
Jean le Rond d’Alembert,
L’Encyclopédie, 1re éd.
“ Le culte de Sérapis passa de la Grece chez les Romains, qui lui éleverent un temple dans le cirque de Flaminius, & établirent des fêtes en son honneur en différens tems de l’année. Une multitude presque innombrable fréquentoit le temple de ce dieu ; de jeunes gens entr’autres y couroient en foule, pour obtenir de lui, comme une faveur signalée, qu’il leur fît trouver des personnes faciles qui eussent la complaisance de se livrer à leur passion. Un nombre presqu’infini de malades & d’infirmes alloient lui demander leur guérison, ou plutôt se persuader qu’ils l’avoient reçue. ”
Conférences faites au Musée Guimet… (1909)
“ On sait que ce sanctuaire se composait de propylées, ornés de deux tours pyramidales, avec une avenue flanquée d'obélisques, qui en formaient l'entrée. En arrière s'étendait une vaste cour à colonnades, dont l'axe était une grande allée, ornée de sphinx et de lions. Pour obtenir les matériaux nécessaires à la construction de là double chapelle d'Isis et de Sérapis, on avait démonté pierre par pierre, un ancien temple égyptien et on l'avait apporté des rives du Nil jusque sur celles du Tibre. ”
Theophrastus Redivivus, La Fausseté des miracles des deux Testamens…
“ Si l'on s'en veut rapporter aux Egyptiens, rien n'avoit plus de réalité que les songes inspirés par le Dieu Sérapis à ceux qui venoient dans son Temple (51) à Alexandrie. L'Empereur Marc-Antonia assure d'après l'expérience, que dans les songes de la nuit, il lui a été révélé plusieurs remedes d'un grand usage (52) , & que la chose lui est arrivée nommément à Gayette & à Chrysès. Voilà d'utiles prodiges. Ceux qui suivent font plus fastueux. ”
Filippo De Filippi, Lettres sur la création terrestre… (1859)
“ Il n'est pas supposable que dans un ouvrage d'art si remarquable on ait employé dès l'origine des matériaux défectueux; d'ail- leurs, à un même niveau, dans le terrain environnant, on rencontre d'autres traces évidentes du séjour de la mer. Tout cela nous fournit donc une preuve certaine que tout le terrain sur lequel est construit le temple de Sérapis, de nouveau à sec de nos jours r fut submergé pendant de longues années. ”
Étienne-Charles Brasseur de Bourbourg, Le Sérapéon, épisode de l'histoire du IVe siècle… (1839)
“ Sérapis nous protège et nous fasse arriver sains et saufs à son temple ! Flavia était renfermée dans une litière : les esclaves d'Olympe l'emportent sur leurs épaules; d'un pas mal assuré ils s'avancent, suivis du prêtre de Sérapis et du reste de l'équipage, vers les terrasses du Sérapéon. A mesure qu'ils s'éloignent du port le même spectacle s'étale de plus en plus à leurs yeux : partout des cadavres et des mourans, partout des chrétiens qui, faisant abnégation d'eux-mêmes, volaient au secours de leurs frères. Les païens seuls sont renfermés au fond de leurs, maisons : combien d'entre eux ”
François-René de Chateaubriand,
Oeuvres de M. le vicomte de Chateaubriand…
(1838)
“ Hellade se vantoit d'avoir tué neuf chrétiens de sa main 5. Olympius s'évada après avoir entendu une voix qui chantoit alléluia au milieu de la nuit dans le silence du temple 6. L'édifice fut pillé et démoli. « Nous vîmes, dit Orose, « malgré son zèle apostolique, les armoires « vides des livres ; dévastations qui portent « mémoire des hommes et du temps7. » La statue de Sérapis, frappée d'abord à la joue par la hache d'un soldat, ensuite jetée à bas et rompue vive, fut brûlée pièce à pièce, dans les rues et dans l'amphithéâtre. ”
