“ Nous savions, nous, que Rubini était aujourd’hui le plus grand tragédien de notre temps, comme il en est le plus divin chanteur ; à la représentation de Faliero, le public a confirmé notre jugement de la plus éclatante façon. L’expression de Rubini est toujours naturelle et profonde. Il ne fait aucun geste, lui ; ses yeux ne roulent pas dans leur orbite, ses mains ne se tordent point en de folles convulsions, et pourtant il fait ce que nul autre que lui ne sait faire : il émeut et ravit, et les applaudissemens éclatent en vous bien avant que vos mains ne les lui transmettent. ”
Citations sur “Rubin”
Arthur Conan Doyle,
Micah Clarke - Tome III
“ N'est-ce pas chose étrange à penser, Ruben, qu'il y ait de chaque côté de nous des milliers d'hommes, des chrétiens, tout prêts à verser le sang les uns des autres, et qu'il se trouve ici entre eux un chérubin aux yeux bleus, qui expose en zézayant une philosophie bien faite pour nous renvoyer tous à notre foyer, le coeur calmé, et les membres intacts? ”
non signé, Revue des Deux Mondes
“ Garcia, Davide, la Malibran, la Sontag, Nourrit, cette ame généreuse, cette noble voix qu’il nous semblait entendre encore vibrer hier dans la Muette ! Aujourd’hui c’est au tour de Rubini de les rejoindre, et le public n’a plus désormais à s’occuper de lui, de cette gloire qui court le monde, et qui, de peur que le temps ne la gagne de vitesse, aujourd’hui qu’elle nous a quittés, s’élance d’un trait du Johannisberg à l’Escurial ; les morts vont vite. Qui parle de Rubini ? Il ne s’agit plus à cette heure que de M. de Candia. Tant pis pour qui laisse sa place vide, on la lui prend. ”
“ Vraiment il est permis d’écrire de pareille musique, mais non de la donner à de tels chanteurs. Le grand artiste et le moins applaudi ce soir-là, c’était Rubini ; jamais sa belle voix limpide ne s’était déployée avec autant d’ampleur et de magnificence ; jamais il n’avait eu de plus nobles inspirations. La puissance matérielle de son organe semble grandir avec le temps ; il saisit dans les Puritains, tout subitement et comme de volée, des notes que jusque-là il n’avait prises qu’à force de ménagemens antérieurs. ”
P. Scudo, Revue des Deux Mondes
“ On ne voulait pas alors que le visage du chanteur exprimât autre chose que le sentiment dont il était pénétré, et l’on exigeait que les mystères de la vocalisation et du mécanisme restassent toujours cachés aux yeux du public : grande règle pour tous les arts, et qu’on a trop oubliée de notre temps. Aux qualités physiques qu’on peut considérer comme les instrumens de l’intelligence et de l’âme d’un chanteur, Rubini joignait une sensibilité profonde et une grande aptitude à s’assimiler le style des différens maîtres. ”
“ Rubini, lui, ne fait rien de tout cela, il chante comme il peut, à la fortune du moment, au hasard de l’inspiration ; à la reprise de la phrase, lorsqu’il vient de se frapper à mort, si sa voix dimine, ce n’est point calcul de sa part, c’est qu’il sent ainsi ; vous ne voyez plus devant vos yeux le comédien, mais l’homme, l’amant de Lucia, que les sanglots suffoquent et qui donne à son désespoir, à sa mélancolie, aux suprêmes élans de sa tristesse une expression sublime. ”
P. Scudo, Revue des Deux Mondes
“ Comme tous les grands artistes qui ont vivement excité l’enthousiasme du public, Rubini a été le sujet d’un grand nombre d’historiettes et d’anecdotes apocryphes, d’où il est fort difficile d’extraire cette vérité aimable qui seule est digne d’intéresser les esprits cultivés. Nous essaierons cependant de choisir quelques faits précis de la vie de ce virtuose célèbre, qui laissera une trace ineffaçable dans l’histoire de l’art de chanter au XIXe siècle. ”
P. Scudo, Revue des Deux Mondes
“ Cette brusque opposition d’ombre et de lumière, où la clarté opaque et douce des notes de tête faisait ressortir la sonorité vigoureuse des cordes naturelles, était l’un des effets les plus fréquemment employés par Rubini. L’oreille étonnée suivait le chanteur dans son ascension triomphale jusqu’aux derniers confins de la voix de ténor, sans apercevoir aucune solution de continuité dans cette longue spirale de notes diversement éclairées, et qui jaillissaient sur un tissu mélodique toujours persistant. ”
Albert Wolff, La gloriole : mémoires d'un parisien (1888)
“ C'est un spectacle étrange ; Rubinstein se plonge à ce point dans l'œuvre qu'il interprète qu'il semble jouer pour sa propre satisfaction et non pour les autres ; sa physionomie s'anime à mesure qu'il va ; bientôt la sueur coule de son front, et de ses narines tombe une goutte sur le plastron de sa chemise, comme une rosée bienfaisante humecte une fleur qui la boit ; il n'a pas le temps d'essuyer son front, il ne pense pas à se moucher ”
Pier-Angelo Fiorentino, Les grands guignols. Série 1 (1870-1872)
“ Mais j'ai vu le plus grand des ténors modernes, Rubini, qui n'avait commencé, dit-on, qu'avec une voix bien faible et bien légère, arriver par le travail et par l'étude au plus haut degré de puissance et d'énergie auquel aucun artiste se soit jamais élevé. ”
Ernest Legouvé,
Soixante ans de souvenirs
“ Le monde, qui les acclame, ne se doute pas à quels soins les condamne la conservation de leur organe. Leur gloire est faite de privations. Rubini était forcé de se coucher à trois heures de l’après-midi, les jours où il jouait. A. Nourrit, par la nature même de sa voix toute cristalline, avait plus d’accidents à redouter. ”
Alphonse Royer,
Histoire universelle du théâtre…
(1869-1878)
“ Devenu libre, Rubini enthousiasma Paris et Londres de 1831 à 1843. Autour de Rubini vint se grouper une troupe qui n'a rien à envier aux troupes précédentes Giulia Grisi, M*8 Viardot, Tamburini, Lablache. Rubini nous quitte en 1843 pour un dernier voyage en Allemagne et 3n Russie, et il se retire dans la plénitude de son talent et de sa renommée. Mario succède à Rubini, tâche difficile. D'abord accueilli avec réserve, il conquiert peu à peu la faveur du public. ”
S. Henry Berthoud, Les Filleules de Rubens, Tome I
“ Si je traite avec quelque dédain les grands de ce monde, je respecte la royauté du génie et je m'agenouille devant elle! Mais revoir Anvers! jugez si cela m'est possible, puisque j'ai refusé de m'y rendre, lorsque vous, Pierre-Paul Rubens, vous m'y appeliez.Pendant qu'il parlait ainsi, Rubens regardait avec une profonde attention le médecin de Leyde. C'était un homme jeune encore et au front chauve; la barbe blonde qui couvrait sa poitrine formait un contraste bizarre avec son teint noir et brûlé par les fatigues et par le soleil du Nouveau-Monde. ”
Conrad Malte-Brun,
Géographie mathématique, physique et politique de toutes les parties du monde…
(1803-1805)
“ Dans toutes ces compositions le brillant coloris la masse du clair-obscur, le mouvement universel , les grands contrastes , et le vaste ensemble éblouit tellement les yéux, qu'on n'a pas d'abord le loisir d'examiner les détails. Chaque figure, chaque contour y est bien, parce que toutes les parties s'accordent; mais si vous en isolez une seule, elle paraîtra outrée et gigantesque. Rubens est sorti des contours convenus , pour les élargir et agrandir ; il a prononcé plus fortement tous les muscles et les veines ; il a créé une nature plus vigoureuse que la nature elle-même ”
Alphonse Gratry,
Fragments sur l'art et la philosophie…
(1859)
“ Un homme qui se lève tout entier , pâle , plein d' espérance et de piété . Une tête de vieille femme pleine d' inquiétude et de sainte terreur . Dans l' ombre une jeune fille délicate et jolie se retourne , en montant , vers un beau jeune homme au-dessous d' elle , et l' attire du regard et de la main . A droite un diable qui prend une grosse femme de chaque main . Voilà Rubens tout entier , son incroyable vigueur de mouvement , et l' action de chacun de ses personnages si fortement exprimée . C' est bien le peintre de l' action . ”
“ Rubens met franchement la demi-teinte grise du bord de l’ombre entre son ton local de chair et son frottis transparent. Ce ton chez lui règne tout du long. Paul Véronèse met à plat la demi-teinte de clair et celle de l’ombre. (J’ai remarqué par ma propre expérience que ce procédé donne déjà une illusion étonnante.) Il se contente de lier l’un à l’autre par un ton plus gris mis par places et à sec par-dessus. De même, il met, en frôlant, le ton vigoureux et transparent qui borde l’ombre du côté du ton gris. ”
S. Henry Berthoud, Les Filleules de Rubens, Tome I
“ Oui, mon cher Rubens, répondit Simon; oui, je suis heureux; je crois à mon bonheur! Vous m'avez dessillé les yeux, et vos sages conseils ont chassé de mon âme les funestes pensées qui l'obsédaient. Je m'abandonne sans défiance à l'avenir, et je me sens aimé plus que je n'aime, peut-être! Quelle que soit l'étendue de ma tendresse pour Thrée, il ne peut m'être donné d'atteindre la sublimité de l'amour et du dévouement de cette créature angélique.Et cependant, Rubens, je suis triste et inquiet! Au milieu de mon bonheur, je sens la main de la fatalité s'étendre mystérieusement sur moi ”
“ Cette puissance du je ne sais quoi est étonnante dans Rubens ; ce que son tempérament, — vis poetica, — ajoute à une composition, sans qu’il semble qu’il la change, est prodigieux. Ce n’est autre chose que le tour dans le style ; la façon est tout, le fond est peu en comparaison. ”
Jean-Baptiste Dubos,
Réflexions critiques sur la poésie et la peinture
“ Rubens qui sçavoit si bien en imposer à l’œil par la magie de son clair-obscur, fait paroître le corps du larron sortant du coin du tableau dans cet effort, et ce corps est encore la chair la plus vraïe qu’ait peint ce grand coloriste. ”
Bathild Bouniol, Les rues de Paris
“ Comme tout chez eux semble d’accord, l’expression ainsi que le geste encore que l’un et l’autre se sentent de l’art décoratif ! Il faut l’avouer, malgré notre admiration pour ce maître, Rubens est le peintre des corps bien plus que des âmes, et si la lumière ruisselle à flots sur ses toiles étincelantes et met admirablement en relief les personnages, rarement elle les transfis : ure en faisant ravonner l’àme à travers la splendide enveloppe. ”
Hippolyte Fierens-Gevaert,
Van Dyck
“ Comme ces trois chantres inimitables des sentiments individuels, le grand disciple de Rubens fut, avant tout, un profond, un irrésistible charmeur. Il ne chercha pas à nous surprendre, à nous bouleverser ; il voulut tout simplement nous séduire. Aussi prêta-t-il à toutes ses figures un langage plein d’élégance, de beauté délicate et noble. ”
Petrus Paulus Rubens, Correspondance. Vol. 1, Vie publique et intellectuelle (1927)
“ Au reste, n'en déplaise à M. Colin, instruction de Rubens est sensiblement plus poussée que celle d'un « homme du monde », surtout du XVIIe siècle, et son génie sensiblement moins « extérieur » et sensiblement plus « humain » que celui de la moyenne des « humanistes », fussentils du Nord. Je regarde ce peintre, quant à moi, sinon comme un grand philosophe, du moins comme un esprit philosophique de la Plus essentielle et profonde qualité. J'ai entendu, jadis, un très éminent historien des religions soutenir que Rubens était un théologien impeccable, et cela ne m'a point surpris. ”
Eugénie Foa,
Les enfants illustres : contes historiques…
(1866)
“ L'histoire de Pierre-Paul Rubens nous prouve, mes jeunes lecteurs, que, dans quelque haut rang que la fortune nous place, les talents ne peuvent que le rehausser encore et lui donner un titre de plus, le plus beau et le seul durable. Si Rubens n'eût été qu'un grand seigneur, certes, son nom, oublié, ne serait jamais parvenu jusqu'à nous. ”
Madame de Stolz, Mes loisirs : nouvelles morales (1855)
“ Passagèrement dégoûté du succès qui l'avait enivré, Rubens s'en alla dans la solitude, y pleurer sa pauvre mère. Il vécut long-temps caché dans l'abbaye de Saint-Michel, se nourrissant de sa douleur, et offrant comme un sacrifice au souvenir de sa mère l'étonnante inaction de ses pinceaux. Cependant le génie surmonta la nature. De tous côtés on tendait les bras au grand peintre : les peuples , les princes, tous le réclamaient. Il se rendit à Anvers, où s'était écoulée son enfance. ”
Samuel-Henry Berthoud, Chroniques et traditions surnaturelles de la Flandre… (1831-1834)
“ Et pourtant, ajouta l'artiste avec un noble orgueil, pourtant, mon père, je suis Pierre-Paul Rubens. » A ce nom , le visage pâle du prieur s'anima d'une chaleur inconnue. Ses yeux étincelèrent, et il attacha sur Rubens des regards où se révélait plus que de la curiosité : mais cette exaltation ne dura qu'un moment. Le moine baissa les yeux , croisa sur sa poitrine les bras qu'il avait élevés vers le ciel dans un moment d'enthousiasme, et il répéta : « L'artiste n'est plus de ce monde. » ”
J.-P. Collot, Notice sur sept esquisses de Rubens représentant la vie d'Achille
“ Dans le haut, est un écusson, deux guirlandes et deux Génies attentifs à l'action. Dans le bas, un renard qui tient par le cou un aigle endormi, qu'il a surpris, et qu'il jugule; c'est le symbole de l'astuce qui triomphe de la valeur. Au côté droit est la statue d'Apollon, caractérisée par le carquois, l'arc et le serpent Python. A gauche, Vénus, caractérisée par l'Amour qui l'accompagne. Rubens a fait choix de ces deux divinités parce qu'elles avaient été l'une et l'autre complices du meurtre de Pâris. ”
Victor Deprez, Petit cours d’histoire de Belgique
“ Génie universel, Rubens cultivait aussi l’histoire, la littérature et les langues. Il remplit même avec distinction plusieurs missions diplomatiques. La gloire de Rubens lui valut les hommages de tous les souverains, et l’archiduc Albert voulut tenir son premier-né sur les fonts baptismaux. Sa vie ne fut qu’un long triomphe. Il mourut à Anvers en 1640. ”
Gustave Planche,
Revue des Deux Mondes
“ Van Dyck représente le côté salutaire, le côté fécond de l’action exercée par Rubens; Jordaens en représente le côté périlleux. Je ne conçois pas d’autre manière d’exprimer le sens historique de Rubens. J’arrive maintenant au rang qu’il faut lui assigner. Après les cinq grands maîtres de l’Italie, après Léonard de Vinci, Michel-Ange, Raphaël, Titien et Corrége, le nom de Rubens est le premier qui se présente à la pensée de tous les hommes éclairés. ”
S. Henry Berthoud, Les Filleules de Rubens, Tome I
“ Quoique la nuit commençât à tomber, une foule nombreuse encombrait encore le seuil de la maison. A la vue du grand seigneur qui arrivait, quelques-unes de ces bonnes gens se rangèrent pour le laisser passer, mais une vieille femme qui faisait la police parmi les visiteurs, et qui assignait à chacun sa place, s'opposa à ce que Rubens fût privilégié.—Mon maître l'a dit, chacun est égal devant la maladie, dit-elle.—Je suis Pierre-Paul Rubens, objecta le peintre célèbre, et je viens tout exprès d'Anvers pour consulter votre maître. Veuillez le prévenir. ”
Petrus Paulus Rubens, Correspondance. Vol. 1, Vie publique et intellectuelle (1927)
“ Voici donc Pierre-Paul Rubens, tel qu'il vécut de 1577 à 1640 : souvent mesquin, avare, âpre au gain, vaniteux, humble avec les grands et dur envers les petits, — oui, tout cela, — mais ayant en lui des trésors de passion, tenace, confiant dans son étoile, fastueux à ses heures (avec l'argent d'autrui) , naïf aussi, comme tous ceux qui ne craignent rien, ni même leur bonne fortune. ”
Samuel-Henry Berthoud, La Cassette des sept amis. Contes… (1869)
“ « Mon fils, voici le fruit de mes économies privées, je le les prête; car, songes-y bien, tu ne vas pas en Italie pour acquérir de l'or, mais du talent : la fortune et la renommée t'attendront ici à ton retour. » — Mon Dieu ! s'écria Rubens, comment, avec de telles preuves de tendresse et de si nobles témoignages d'intérêt, comment cesserais-je de garder une vie pure et sans reproche ! comment ne deviendrais-je pas un grand peintre! ”
Antonie Joseph Wiertz, Oeuvres littéraires (Édition réservée à la France… (1870)
“ Nul avant lui n'avait songé à donner à cet ensemble un caractère propre au sujet. Homère presque toujours exprime ses grandes pensées par des comparaisons; Rubens, lui, nous fait sentir la comparaison dans l'ordonnance et dans l'ensemble. Jamais peintre n'a possédé à un aussi haut degré tous ces moyens d'expression. Quant aux règles ordinaires de la composition, aucun peintre n'a mis autant d'art que Rubens dans la grâce et le pittoresque des contrastes; ses lignes toujours s'enchaînent et s'harmonisent; rien n'est inutile, rien n'est languissant, rien n'est confus ”
Émile Michel,
Revue des Deux Mondes
“ Les heures de la matinée que Rubens s’était réservées constituaient probablement pour lui la plus longue et la meilleure part de son travail. Mais, pour ne pas aller jusqu’à la fatigue et pour maintenir son ardeur sans risquer d’épuiser sa verve, il coupait sans doute cette séance matinale par une visite à l’atelier de ses élèves. Très habile à juger les hommes, il arrivait bien vite à discerner les aptitudes de chacun d’eux et à reconnaître ce qu’il pouvait attendre de leur concours. ”
