“ Flatteur, insinuant et retors, sachant donner à sa physionomie les expressions de l’admiration la plus fervente ou de l’émotion la plus profonde devant n’importe quelle singerie du premier pitre venu, il avait pénétré derrière le rideau des music-halls et autres tréteaux. ”
Pitre
Définition et enjeux
Citations sur “pitre”
Victor Fournel,
Les rues du vieux Paris : galerie populaire et pittoresque
(1879)
“ Oh ! par exemple, sur ce point qui fut toujours cher à la verve déréglée des pitres, il s'en donne à cœur joie et sans rien épargner. Les délicats feront bien de ne pas lire la grande scène entre le caporal et Pierrot, dans Pierrot sentinelle perdue, ou la ronde Chil-chit, à moins de se boucher hermétiquement le nez. Et pourtant Molière et Regnard ne sont pas toujours beaucoup plus discrets que Bobèche sur la matière, et si vous étiez tenté de vous indigner contre le pitre du boulevard du Temple, ô Athéniens, souvenez-vous d'Aristophane et de ses plaisanteries favorites ! ”
René Boylesve,
Sainte-Marie-des-Fleurs: Roman
“ J'ai vu, depuis que je regarde, tant de gens se grimer de sérieux et d'importance, qui ne sont en dessous que des polichinelles, que la figure du pitre m'est apparue par contre, l'image définitive du philosophe de nos jours. ”
Paul Pourot, La bonté aveugle (1937)
“ Mais il la fit revenir de cette fâcheuse impression en affirmant s'être fait applaudir de véritables connaisseurs. Sans valoir un Béranger ou un Pierre Dupont, il se savait de taille à soutenir la com- paraison avec les modernes chansonniers. Aux yeux de qui un musicien-poète pourrait-il paraître un pitre? ”
Marc Monnier,
Les Contes de nourrice de la Sicile
“ I Ce qui donne un intérêt particulier aux recueils de M. Pitre, c’est qu’il n’y a rien mis de son propre fonds ; ce ne sont pas des traditions populaires arrangées en nouvelles par un artiste ingénieux pour amuser les oisifs. ”
Fortuné Du Boisgobey,
Le Pouce crochu
“ Mademoiselle Monistrol assistait, ébahie, à ces préparatifs et ne devinait pas du tout dans quel but le pitre avait donné à son fils ces ordres bizarres. Elle l’interrogea d’un coup d’œil et il répondit en se frottant les mains : — Nous avons de la chance. — Comment cela ? balbutia Camille. — Vigoureux nous conduira chez Zig-Zag. — Quoi ! ce vilain bouledogue ? — Il est mâtiné de braque et il n’a pas son pareil pour suivre une piste. On l’emmènerait à dix lieues qu’il retrouverait le chemin de sa niche. ”
Alexis-Georges Favre, Résultat et histoire de ma première satire (1874)
“ Oui dans un vers j'ai dévoilé l'espoir que j'ai de voir un jour disparaitre à tout jamais ceux qui nous mettent un bandeau sur les yeux, un baillon dans la bouche ; qui nous lient les mains et fouillent dans nos poches. A propos de ces vers, un de mes amis me demandait un jour ce que j'entendais par le mot PITRE que j'associe à ceux d'usurier et de jésuite. Un pitre, lui répondis-je, c'est pour moi un individu qui, couvert d'un oripeau quelconque, s'élève un peu au-dessus dps autres et vit aux dépens de ceux qui l'é- ”
P.-Henri Lauwereyns de Diépenhède, Essai sur la narration, le discours et la lettre… (1850)
“ Presque toutes les odes, tous les sonnets, tous les rondeaux, toutes les ballades ont les rimes croisées. Le plus grand nombre des fables, des madrigaux, des chansons, ont les rimes mêlées, Disposition des vers. Dans la tragédie, la comédie, le poëme épique et en général dans les épîtres, les satires, les idylles et les églogues, le nombre de vers, après lequel doit finir le sens, n'est pas déterminé. Il n'en est point de même dans l'ode, les chansons. ”
Amable Tastu,
Lectures pour les jeunes filles…
(1840)
“ Un vers coûte à polir, et le travail nous pèse ; Mais en prose du moins on est sot à son aise. Partout le même ton : chaque muse en ses chants, Aux dépens du vrai goût, fait la guerre aux méchans : Le plus lourd chansonnier de l'Opéra-Comique Prête à son Apollon un air philosophique, Et des vers sont charmans, pour peu qu'i's soient moraux Mais, de la poésie usurpant les pinceaux, Et du nom des vertus sanctifiant sa prose, Par la pompe des mots l'éloquence en impose: Que d'orateurs guindés, qui se disent profonds , Se tourmentent sans fin pour enfanter des sons ! ”
Georges Lafenestre,
Revue des Deux Mondes
“ Quand l’artiste y joint, dans ses bons momens, la précision des formes et la netteté des expressions, c’est un spectacle exquis. Dans le panneau de la Poterie, rien de charmant, de moderne aussi, comme les têtes fines et intelligentes des deux demoiselles qui s’avancent, dans l’allée sablée, l’une portant un vase, l’autre montrant à sa compagne un plat qu’elle vient de peindre. ”
Pauvre Pierrot (1884)
“ Quel poète ne l'aimerait quand, inguérissablement épris d'une de ces Parisiennes, trop serrées en leurs atours neufs et raides comme des poupées, que vous croquez si bien dans leur grâce irritante, il manie pour attendrir son coeur, tour à tour le violon, le trombone et la lyre, et toutes sortes d'autres instruments ? La belle ne se retourne point et n'entend rien à cette musique. Sans cesser de la désirer, mais comprenant obscurément qu'elle pourrait bien être en bois, Pierrot s'empare d'un plumeau pour épousseter la chère idole. ”
Emmanuel Bocher,
L'oeuvre de Gavarni : lithographies originales et essais d'eau-forte et de procédés nouveaux…
(1873)
“ A G., dans un bal, un pierrot assis et dormant profondément, son masque relevé sur le front, des lunettes sur le nez; près de lui, à D., une jeune femme en canotier, de face l'air souriant, le corps penché à G., porte une main à son chapeau et reçoit de l'autre un billet que lui glisse un personnage dont on ne voit que la main. - A G. 51-48. — En B. au-dessous de la légende au M. Imp. Lemercier, à Paris. = H. 190, L. 159. IX. — Une pierrette qui se respecte, vois-tu, n'a jamais qu'un pierrot. — A la fois. — Groupe d'un jeune homme en pierrot et d'une pierrette au milieu d'un bal. ”
Tommaso Piroli, Antiquités d'Herculanum, Tome I. Peintures
“ On ne peut assez admirer cette peinture; la sûreté du dessin, la pureté du coloris, une grâce charmante dans l'agencement, tout fait reconnaître la finesse de l'art et la perfection de l'exécution. Le mouvement de cette jolie figure annonce la Danse; ses charmes sont encore relevés par les bracelets et le collier de perle; un ruban blanc lie ses cheveux blonds; son vêtement fin et léger de couleur jaune, avec une bordure bleue, est abandonné au vent, et nous dérobe à peine une partie de son corps. ”
Théophile Gautier,
Romans et Contes de Théophile Gautier
“ Il faudrait que chaque goutte d’encre se transformât dans notre plume en goutte de lumière, et que chaque mot s’évaporât sur le papier en jetant une flamme et un parfum comme un grain d’encens. Comment peindre ces deux âmes fondues en une seule et pareilles à deux larmes de rosée qui, glissant sur un pétale de lis, se rencontrent, se mêlent, s’absorbent l’une l’autre et ne font plus qu’une perle unique ? ”
“ Je ne puis concevoir pourquoi tu portes un voile d’or : ton front nu a plus d’éclat que l’or. Ton oreille est chargée d’or et de pierreries ; et cependant, nue, ton oreille est préférable à la rose nouvelle. Tu empruntes au pastel un coloris éblouissant, et cependant ton teint est, par lui-même, plus brillant que le pastel. Un collier, en forme de croissant, étincelle sur ton cou de neige, et, sans cette parure, ton cou est ravissant. Tu couvres d’un voile jaloux ta gorge d’albâtre, et ta gorge repousse le voile qui la couvre. ”
Hector Lefuel, Catalogue du Musée Marmottan (1934)
“ Peinture faite en trompe-l'œil et en imitation de gravure; elle montre l'actrice de l'Opéra-Comique, le visage puissant, les cheveux descendant en bouclettes frisées sur le front et les joues; le col entr'ouvert. ”
Pitre Merlaud, Est-ce la guerre ? : (1869) (1873)
“ La guerre est encore de notre temps le lion de Némée et le Minotaure qui se gorgent du sang de victimes. La distance de lieux et de temps en dérobe la vue et le souvenir. L'impôt ne se laisse pas oublier. Chaque jour il demande au faible et au pauvre le tribut de ses sueurs, le prix de son pain; chaque année il arrache aux nations la moitié des dons de leur épargne. ”
Ernest Chesneau,
La peinture française au XIXe siècle…
(1883)
“ La poésie exprime l'idée ou mieux le sentiment, la musique la sensation, la peinture l'image. Et nulle d'entre elles ne saurait empiéter sur les attributions de l'autre, sous peine de mentir à son principe fondamental. La peinture a pour moyens les formes et les couleurs, la musique a les sons, la poésie a le verbe. Le verbe est aussi impuissant à traduire la forme colorée ou les sons, que la musique à rendre le verbe ou la forme colorée, et les formes et les couleurs à représenter les sons ou le verbe. ”
Jules Potié, À mes souscripteurs du chant lillois… (1865)
“ Pitié, donnez à mon âme affamée Quelqu'INSECTE, pour vivre encor un peu ; Mon corps gelé, se tord perdant son feu ; Pitié, pitié ! en serai-je blâmée ? Je vais chantant, m'éclaboussant de boue, Tremblant des bras, c'est la mort qui me tient. ”
André Michel, Notes sur l'art moderne : [peinture… (1896)
“ Un jour qu'il revenait avec des amis d'une promenade à la campagne, quelqu'un montrant à l'horizon occidental un effet du couchant — rouge et or — s'écria : « On dirait un Whistler! — Oui, reprit-il paisiblement, la nature commence à observer! » Se faire peindre par lui, c'est s'absorber en lui, c'est devenir un des éléments, souvent le plus infime, de l'harmonie qu'il rêve d'exprimer, — et la chose en vaut quelquefois la peine. Voyez Lady E. Vous chercheriez en vain à démêler la forme exacte de son visage, le dessin de ses traits. Elle n'est qu'une tache dans une harmonie brun et or. ”
Eugène Guillaume, Le salon de 1879
“ Au fond n’est-ce pas là en grande partie l’attrait de cet art complexe : avoir sous la main des cires diversement colorées comme un peintre a sa palette, les pétrir, obtenir en les mélangeant les tons que l’on souhaite, sentir naître à la fois sous ses doigts la forme et la couleur ! ”
George Sand,
Revue des Deux Mondes
“ LE PEINTRE. Et, en disant cela, mon bon ami, vous contemplez avec amour la corne de votre chapeau, que vous persistez à prendre pour la lyre d’Orphée. LE MAESTRO. Les puissances infernales me sont contraires. Je vous invoque, ô esprits du ciel ! venez rendre la vie à cette harmonie captive ; faites qu’elle se ranime sous mes doigts, et qu’au souffle créateur de mon intelligence, elle se répande en sons divins ! (Il touche la lyre ; elle répand des sons de plus en plus discordants et insupportables, qu’il n’entend pas.) ”
Pétrarque,
Les Rimes de François Pétrarque
“ Les cheveux crespelés, reluisant d’or pur, et l’éclair du rire angélique qui faisaient d’habitude un paradis sur la terre, sont un peu de poussière qui ne sent plus rien. Et moi pourtant je vis ; je m’en afflige et je m’en indigne, resté que je suis sans la lumière que j’aimais tant, au milieu d’une grande tempête et sur un navire désemparé. Or, qu’ici finisse mon chant amoureux ; la veine de mon génie habituel est tarie, et ma cithare s’est changée en pleurs. SONNET XXV.Il reconnaît trop tard combien plurent ses rimes. ”
Eugène de Porry, Alfred de Vigny. Étude morale et littéraire… (1864)
“ Heureusement la muse dont la voix grandissait toujours plus enchanteresse et plus vibrante, tint compagnie au poète au sein des montagnes, et les rocs agrestes des Pyrénées virent naître ses principales productions en vers, remarquables par la forme élégante, la sage sobriété du trait et le charme inimitable d'une diction parfaitement originale. ”
Henri-Frédéric Amiel,
Grains de mil
“ Si ton pinceau lassé cherche en vain des couleurs, Poète, tu n’es pas artiste ! Tu rends divinement ; ta magistrale main Possède les secrets de la forme et du nombre, Sait peupler le néant, fait la lumière et l’ombre, Et de l’art de charmer tu connais le chemin ; — Mais si, clavier sonore incessamment en fête, Ta voix n’a plus besoin du cœur pour retentir, Si ton pinceau sait peindre avant que de sentir, Artiste, tu n’es pas poète ! ”
Jean Lorrain,
Modernités
(1885)
“ Tout en tulle, légère et féroce, un grand peigne Mordant ses crins d'or fauve et d'un air délicat Du revers de sa main portant sur un grand plat La tête de Pierrot, dont le front troué saigne, Elle apparaît dans l'ombre au pied de l'Opéra Très blanche ; et se tournant, dans sa jupe étoilée De paillons, vers la tête horrible et mutilée, Ébauche sur sa lèvre un rire scélérat. r La tête blême et veule avec ses larges plaies A la tempe et ses yeux révulsés, dont deux taies Sont les mornes regards, a pour nimbe un louis d'br. ”
“ Vous jouez un seul air, encor faux, sans mesure, Et vous en joûrez sept avec mon instrument. Nous y gagnons tous deux, car, d’honneur, je le jure, De travailler vous m’empêchez souvent ; Des tons aigres et faux, c’est pour moi la torture. ”
Jacques Normand, Le Monde où nous sommes, par Jacques Normand (1884)
“ LA PIERRETTE ET LE PIERROT, ensemble avec indignation. – Oh !!! LA JEUNE FEMME, apercevant un nouveau jeune homme, qui n'est ni Max ni Gontran, s'empresse de remettre la lettre dans sa poche, et s'avançant vers lui. – Alphonse !... Enfin !... Le jeune homme lui prend le bras et ils disparaissent tous deux dans les méandres de l'allée. LE PIERROT, à la pierrette. – Eh ! bien, qu'en dis–tu ? LA PIERRETTE. – Elle a de la patte !... Une nounou portant un bébé sur les bras est venue s'asseoir sur le banc. LE PIERROT. – Regarde donc le bel enfant ! LA PIERRETTE. – Et la belle nourrice !... ”
Frédéric Bastiat,
Harmonies économiques
“ En la voyant, puisse l’un d’entre vous s’écrier comme le grand artiste : Anch’ io son pittore ! et, saisissant le pinceau, jeter sur cette toile informe la couleur et la chair, l’ombre et la lumière, le sentiment et la vie. ”
Pitre Merlaud, Les maires et M. de Goulard : instruction populaire (1873)
“ La légalité peut la maintenir contre le droit, mais ébranlée, discréditée, en dissolution. Elle est un nuage suspendu sur le pays; il porte la menace d'une révolution, alarme les esprits, trouble les affaires. L'élection va être l'aiguille qui dissout l'orage et rend à l'horizon la sénérité. Telle est la vertu des institutions libérales. Elles mettent en présence les partis et les neutralisent. Elles leur ouvrent un champ de guerre civile qui ne coûte ni sang, ni larmes, ni désastres. Elles livrent des batailles pacifiques qui imposent une trêve aux vaincus et aux vainqueurs. ”
Paul Verlaine,
Œuvres complètes de Paul Verlaine…
“ C’est Pierrot, Pierrot, Pierrot. Bien qu’un rien plus haut qu’un mètre, Le mignon drôle sait mettre Dans ses yeux l’éclair d’acier Qui sied au subtil génie De sa malice infinie De poète-grimacier. ”
Camille Bellaigue, Revue des Deux Mondes
“ Le pittoresque, qui pouvait la perdre, est ce qui la sauve ; la fantaisie s’en empare et l’élève. Un éclair de sensibilité vraie la traverse et l’ennoblit. Quelque chose comme un trait d’éloquence en fait monter le style. ”
Pitre Merlaud, Est-ce la guerre ? : (1869) (1873)
“ C'est avec la loyauté de ce caractère et la moralité de ces éléments que la Prusse ourdit une nouvelle guerre. La Force, la guerre même ne sont pas le mal absolu. La Force est avec l'ordre le grand attribut de la nature; l'une et l'autre forment la base des sociétés ”
“ FRAGMENTSATTRIBUÉSÀ T. PÉTRONE I.À SA MAÎTRESSE. Tes yeux étincellent de tout l’éclat des astres ; l’incarnat des roses anime ton teint ; l’or est moins brillant que tes cheveux [1] ; tes lèvres, plus suaves que le miel, ont les vives couleurs de la pourpre, et l’azur des veines qui sillonnent ton sein en relève la blancheur ; enfin, tous les attraits composent ton apanage : ta taille est celle des déesses, et tes formes célestes l’emportent sur celles de Vénus. Lorsque ta blanche main et tes doigts délicats tressent la soie, ils semblent jouer avec son précieux tissu. ”
Chen Jitong,
Le Théâtre des Chinois
“ Ces coups de plume sont le témoignage d’une observation vécue. Les peintres qui excellent dans leur art font des choses étonnantes avec deux ou trois coups de pinceau. Les autres, ceux qui ne voient pas leur impression, quoique la nature s’y prête de bien bonne grâce, chargeront leur toile de toutes les couleurs de leur palette, et produiront une croûte. ”
Voltaire,
Œuvres complètes de Voltaire
“ Chaque chant est comme un palais enchanté, dont le vestibule est toujours dans un goût différent, tantôt majestueux, tantôt simple, même grotesque. C’est de la morale, ou de la gaieté, ou de la galanterie, et toujours du naturel et de la vérité. Voyez seulement cet exorde du quarante-quatrième chant de ce poëme, qui en contient quarante-six, et qui cependant n’est pas trop long ; de ce poëme, qui est tout en stances rimées, et qui cependant n’a rien de gêné ; de ce poëme, qui démontre la nécessité de la rime dans toutes les langues modernes ”
