“ Les diverses formes que prenait la pensée dans le royaume d’argot, même la chanson, même la raillerie, même la menace, avaient toutes ce caractère impuissant et accablé. Tous les chants, dont quelques mélodies ont été recueillies, étaient humbles et lamentables à pleurer. Le pègre s’appelle le pauvre pègre, et il est toujours le lièvre qui se cache, la souris qui se sauve, l’oiseau qui s’enfuit. ”
Pègre
Définition et enjeux
Citations sur “pègre”
Lorédan Larchey,
Dictionnaire historique d’argot…
“ PÉGRIOT : Voleur maladroit ou malheureux. — « Quiconque ne se fait pas un nom dans la caste criminelle qu’il s’est choisie est un pégriot de la basse pègre. » (A. Monnier.) PÉGRIOT : « Apprenti voleur se faisant la main aux étalages. » (Canler.) V. Boucarnier, Pègre. PÉGRIOT (brûler le) : Effacer la trace d’un vol. (Halbert.) PEIGNE : Clef. (Vidocq.) — Le mot doit être imagé et ancien, car les clefs du moyen âge affectent souvent la forme d’un peigne. PEIGNÉE : Lutte dans laquelle on s’empoigne aux cheveux, et, par extension, combat. ”
Lorédan Larchey,
Dictionnaire historique d’argot…
“ PÈGRE : Caste de voleurs. Elle se divise en haute et basse pègre. — « La haute pègre est l’association des voleurs les plus anciens et les plus exercés ; ils ne commettent que de gros vols et méprisent les voleurs ordinaires qui sont appelés dérisoirement pégriots, chiffonniers, pègres à marteau ou blavinistes, par un pègre de la haute. » (Vidocq.) — « Des Paganini de ruisseau, des domestiques qui ne cherchent pas de place, des soldats en bordée, des grinches de la petite pègre. » (Privat d’Anglemont.) PÈGRE : Voleur. ”
Fortuné Du Boisgobey,
Les mystères du nouveau Paris. Tome 2
(1876)
“ Les gens de la pègre ressemblent tous plus ou moins à des animaux malfaisants, et parmi eux on trouverait sans peine des ressemblances avec toutes les variétés de félins, de rapaces et de quadrumanes. ”
Eugène-François Vidocq,
Les Voleurs
“ J’ai dit plus haut que maintenant la plupart des Pègres de la Haute sortaient des dernières classes de la société, cela n’empêche pas qu’ils ne se piquent d’être doués d’une certaine grandeur d’ame et de beaucoup d’amour-propre ”
Charles Péguy,
Œuvres complètes de Charles Péguy
“ Comme le cheval de labour, la bonne bête doit non seulement se porter et se mouvoir elle-même, Sur ses quatre jambes, sur ses quatre pieds, Mais ensemble traîner cette charrue qui, ainsi animée, derrière elle laboure la terre, Ainsi l’âme, cette bête de labour, et d’un labour terrestre, D’un labour charnel, Non seulement l’âme doit se mouvoir et se porter sur les quatre vertus, Se tirer et se traîner elle-même. Mais il faut qu’elle meuve et qu’elle porte, Encore il faut qu’elle tire et qu’elle traîne Ce corps enfoncé dans la terre qui laboure derrière elle la glèbe de la terre. ”
Charles Péguy,
Les tapisseries : Ève
(1933)
“ Une autre, une autre clef, faite d'une autre sorte, Nous réintégrera dans le premier berceau. Un vieux avec sa barbe, assis sous un arceau, Regarde, et pense encore aux bords de la Mer Morte. Une autre, une autre clef, ouvrant une autre porte, Nous laissera passer. Un maître de péniche, Un vieux à barbe blanche assis dans une niche Regarde, et pense encore au lit de la Mer Morte. Ce n'est pas leurs onguents et leurs pots de tisanes Qui nous ravaleront une carcasse usée. Ce n'est pas leurs ferments et leurs amours profanes Qui réanimeront l'âme désabusée. ”
Louis Pergaud,
La Guerre des boutons
“ Les Velrans ont dit: Messeigneurs, la pâture n’est pas à nous, nous le jurons devant le Bon Dieu et la sainte Vierge qu’est notre sainte patronne à tertous; elle est aux Longevernes, c’est à eusses d’encrotter la bête. ”
Jules Péroche, Poésies (1895)
“ Une vierge aux grands yeux où le ciel semble luire, A la voix séraphique, au chaste et doux sourire Comme fait d'un reflet divin, Oh ! méchants qui passez, détournez-vous ; c'est elle ; De votre souffle impur ne souillez pas son aile ; D'ombre ne voilez pas le rayon de ses yeux; Regardez-la de loin, courbés dans votre fange, Regardez-la de loin comme on regarde un ange Qui plane dans l'azur des cieux. Moi seul, moi seul, je dois la contempler sans cesse ; Moi seul, dans son regard je dois puiser l'ivresse ; Sa voix, son front, son coeur, c'est à moi, c'est à moi. ”
“ Vous rangez le carcan, vous rangez le bourreau. Vous rangez la victime : après qu’elle a servi. Vous rangez cette tourbe : après qu’elle a suivi. Et vous rangez la messe et vous rangez l’absoute. Vous rangez le départ et vous rangez la route. Vous rangez le Sauveur : après qu’il a servi. Femme qui connaissez et les palais des rois, Et le chaume et la grange et le maître d’école, Et qui savez par cœur votre règle de trois, Et la reconnaissez jusqu’en ma parabole ; Vous avez pu compter, éternelle comptable, À quel prix j’ai sauvé ce peuple abandonné. ”
Charles Péguy,
Œuvres complètes de Charles Péguy
“ Qui mourut comme un sot au cours de cette année, Presque dans la semaine et devers la journée Où votre fils naquit dans la paille et le son. Ô Vierge il n’était pas le pire du troupeau. Il n’avait qu’un défaut dans sa jeune cuirasse. Mais la mort qui nous piste et nous suit à la trace A passé par ce trou qu’il s’est fait dans la peau. Il était né vers nous dans notre Gâtinais. Il commençait la route où nous redescendons. Il gagnait tous les jours tout ce que nous perdons. ”
Louis Pergaud,
La Guerre des boutons
“ Les moineaux et les pinsons pépiaient et sifflaient sur les tas de fagots et dans les pruniers des vergers ; comme les oiseaux, eux aussi, ils chantaient ; le soleil les égayait, les rendait confiants, oublieux et sereins. Les soucis de la veille et la raclée du général étaient déjà loin et on fit une épique partie de saute-mouton jusqu’à l’heure de l’entrée en classe. Il y eut, au coup de sifflet du père Simon, une véritable suspension de joie, des plis soucieux sur les fronts, des marques d’amertume aux lèvres et du regret dans les yeux. Ah ! la vie !... — Sais-tu tes leçons, Lebrac ? ”
“ Il était en manches de chemise, comme d’ailleurs presque tout le monde, et je le verrai toujours : sa figure basanée, ses traits énergiques, ses cheveux de corbeau, ses yeux noirs lui composaient une physionomie qui avait vraiment du cachet, et il avait l’air tellement convaincu ! Chacun écoutait : — Messieurs, commença-t-il, en étendant les bras... Messieurs, mes amis... Une larme lui vint au bord des paupières. — Mes chers amis, continua-t-il, écoutez-moi bien, écoutez-moi... Oui, je vais vous dire, laissez-moi vous dire... je... c’est-à-dire... n’est-ce pas... parfaitement ! ”
Henri de Régnier,
La cité des eaux
“ Un Pégase cabré, le pied pris dans sa longe, Lève un sabot de bronze et gonfle un crin flottant. L’heure est longue pour ceux qui, figés en statues, Vol brisé, saut captif, dont les voix se sont tues, Demeurent au jardin vaste et monumental ”
Bonaventure Des Périers, Les Contes; ou, Les nouvelles récréations et joyeux devis
“ La carpe, qui étoit toute vive, démenoit la queue fois à fois, et faisoit lever l’amict de M. le curé, de quoi il ne s’apercevoit point; mais si faisoient bien les femmes, qui s’entre-regardoient et se cachoient les yeux, à doigts entr’ouverts. Elles rioient, elles faisoient mille contenances nouvelles. Et cependant le curé étoit là à les attendre, mais n’y avoit celle qui osât venir la première; car elles pensoient de cette carpe que ce fût la très-douce chose que Dieu fit croître. Le curé et son assistant avoient beau crier: «A l’offrande, femmes! qui aura dévotion?» elles ne venoient point. ”
Louis Pergaud,
Drames des champs et des bois…
(1934)
“ Toutes les bêtes dardaient sur la croix de feu leurs yeux ardents, aucune n'avait l'air d'entendre les hurlements infernaux des meutes approchantes suivant la piste de l'une d'elles. Le solitaire se tourna de côté, sa croix sombre toujours brandie vers le ciel, tandis que son doigt désignait le grand chêne et le cerf miraculeux, et la biche près de lui se tint, elle aussi, immobile, fixant son mâle illuminé. Un silence religieux pesa sur la clairière. ”
Louis Pergaud,
La Guerre des boutons
“ Il y aurait donc un traître?—Un traître! ruminait La Crique.—Puis se frappant le front sans souci de son œil, illuminé malgré son bandeau d’une pensée subite:—Oui! là! nom de Dieu! rugit-il, oui, il y a un traître et je le connais, le salaud, je sais qui c’est! ah! je vois tout, je devine tout maintenant, le dégoûtant, le Judas, le pourri!—Qui? interrogea Camus.—Qui? reprirent les deux autres.—Bacaillé! pardi!—Le bancal: tu crois?—J’en suis sûr. Ecoutez-moi:Jeudi, il n’était pas avec vous, il est allé avec son père à la foire à Baume, hein, vous vous souvenez! ”
Louis Pergaud,
Drames des champs et des bois…
(1934)
“ Ses yeux, flamboyants de passion sauvage, virent le chêne de feu devant lequel le grand cerf miraculeux, debout, immobile, érigeait lui aussi la croix de feu. Il vit les yeux des bêtes qui flamboyaient et formaient d'un bout à l'autre de la clairière une double haie lumineuse et vivante d'étoiles de foi, et cette biche immobile et cet homme maigre et grand qu'il avait insulté le matin. ”
Anonyme, La Queste du Saint Graal
“ Chevalier qui nous as conjurés, sache que nous sommes des créatures de Dieu et que nous sommes venus du Paradis terrestre exprès pour te parler. Nous savons bien qui tu es, Perceval, et que tu poursuis la Quête du Graal. Prends le chemin de droite, et si tu es tel qu’il faut être, tu y trouveras ce que tu désires. ”
“ Tuméfiée, méconnaissable, la masse informe d’un corps violacé, noirâtre, aux chairs blettes, tombant en décomposition creva la surface sombre et bouillonnante du liquide et l’on vit un homme aux cheveux et à la barbe rongés sur la face duquel nul d’abord n’aurait pu mettre un nom. ”
F. Musany, Propos d'un écuyer (1895)
“ Il monte avec la main, les éperons et gaule Le cheval de Pégase qui vole en capriole : Il monte si haut qu'il touche de sa tète les cieux, Et par ces merveilles ravit en extase les dieux; Les chevaux corruptibles qui, là-bas, sur terre sont En courbettes, demi-airs, terre à terre vont, Avec humilité, soumission et bassesse, L'adorer comme Dieu et auteur de leur adresse. ”
Louis Pergaud,
La Guerre des boutons
“ Alors bon ! les voilà partis de bonne heure, le curé en tête avec ses surplis et son calice, les servants avec le goupillon et l’ostensoir, le marguillier avec ses livres de Kyrie ; derrière eux venaient les gosses, puis les hommes et pour finir les gamines et les femmes. ”
Charles Péguy,
Œuvres complètes de Charles Péguy
“ Remets ton épée à sa place : tous ceux en effet qui auront pris l’épée, périront par l’épée. Ou est-ce que tu crois que je ne puis demander à mon père, et il m’enverra aussitôt plus de douze légions d’anges ? Comment donc seront emplies les Écritures, qu’il faut que ça arrive ainsi ? À cette heure dit Jésus aux foules : Comme vers un larron vous êtes sortis avec des épées et des bâtons pour m’appréhender : tous les jours j’étais assis auprès de vous enseignant dans le temple, et vous ne m’avez pas saisi. Or tout ceci est arrivé, afin que fussent accomplies les Écritures des prophètes. ”
Liane de Pougy,
Les Sensations de Mlle de La Bringue
“ Je me jetai bientôt dans le ruisseau qui coulait là. Et entre les herbes, je distinguais toujours mon Pan, avec sa peau de chèvre sur les épaules, qui me flûtait ses pipeaux à mon château. J’avais beau clapoter dans l’eau, il ne me voyait. À la fin je chantai. Il se leva et tourna la tête. ”
Maurice Kufferath,
Parsifal, de Richard Wagner : légende…
(1890)
“ Le roi Pécheur que tu as vu est le fils du roi qui servait le Graal. La vertu du Graal est si grande qu'elle soutient et reconforte celui qui le sert. ” Profondément ému de tout ce qu'il apprend, Perceval comprend enfin et s'agenouille devant le prêtre; il fait humblement pénitence. ”
Louis Pergaud,
La Guerre des boutons
“ Ça ne fait rien ! décida Lebrac. Mettez-y en travers du meufion [6] , s’il y a gras dedans il pourra le rebouffer, y aura rien de perdu. Et des poings énergiques nouèrent en arrière, à la nuque, le bâillon sur les mandibules de l’Aztec des Gués qui fut bientôt réduit à l’immobilité et au silence. – Tu m’as fait fouailler l’autre jour, tu seras « aujord’hui » fessé à coups de verge, toi aussi. – Oeil pour œil, dent pour dent ! proféra le moraliste La Crique. – Allez, Grangibus, prends la verge et cingle. ”
Louis Pergaud,
Le roman de Miraut : chien de chasse
“ « — Sacré nom de Dieu ! reprenait Pépé, j’aurais jamais eu ce courage-là, moi ! C’est les lièvres de Longeverne qui doivent rien rigoler ! « — Ah ! mon vieux, m’en reparle pas, ça me fait trop mal au cœur. » ”
“ Tu viens de voir et d’entendre, fit constater le Pape au Carcan, quelle sale langue c’est que ta femme ; elle ferait se battre deux bornes ; nous étions là, bien tranquilles et tout prêts à nous accorder, réglant la chose en hommes, en gens sérieux, quand il a fallu que cette « chameau »-là vienne chercher à mettre la bisbille entre nous. ”
Louis Pergaud,
La Guerre des boutons
“ Cet été nous étions aux champs avec la Titine de chez Jean-Claude et puis le berger du «Poron», tu sais celui de Laiviron, qui miguait [64] tout le 240 temps. Et puis y avait encore les deux Ronfous de sur la Côte, qui sont «à maître» [65] maintenant.Alors on a songé: Si on s’amusait à dire la messe!Le berger du Poron [66] a voulu faire le curé; il a ôté sa chemise et il l’a passée sur ses habits pour avoir comme qui dirait un surplis; on a fait un autel avec des cailloux et des bancs aussi: les deux Ronfous étaient les servants, mais ils n’ont pas voulu mettre leur chemise sur leur tricot. ”
Albertine-Adrienne Necker de Saussure, Eloge historique de M. de Périgord… (1800)
“ MONSIEUR de PÉRIGORD partit le lendemain; et le peuple, qui avait été instruit-, par le meunier, de la générosité. de son bienfaiteur, s'empressa de se trouver sur son passage pour le combler de voeux et de bénédictions. MONSIEUR de PÉRIGORD avait souvent excité ma curiosité, en me parlant de sa petite secte. Toutes les fois qu'il arrivait quelques désordres dans la province, il disait : si tous les hommes ressemblaient à ceux qui la composent, il serait bien doux et bien facile de les gouverner. ”
Charles Péguy,
Œuvres complètes de Charles Péguy
“ Pour qu’elle vît venir sur un cheval de guerre, Conduisant tout un peuple au nom du Notre Père, Seule devant sa garde et sa gendarmerie ; Engagée en journée ainsi qu’une ouvrière, Sous la vieille oriflamme et la jeune bannière Jetant toute une armée aux pieds de la prière ; Arborant l’étendard semé de broderie Où le nom de Jésus vient en argenterie, Et les armes du même en même orfèvrerie ; Filant pour ses drapeaux comme une filandière, Les faisant essanger par quelque buandière, Les mettant à couler dans l’énorme chaudière ”
Louis Pergaud,
La revanche du corbeau : nouvelles histoires de bêtes
(1911)
“ Les uns , haussés , sur le col , droits et fiers , hérissaient leur toupet de plumes crâniennes en panache menaçant , les autres , écrasés sur leurs pattes , le cou tendu en avant , le bec légèrement penché , les yeux fixes , crispaient leurs griffes sur les branches bien plus par colère que par nécessité , carde légers balancements de queue suffisaient à maintenir leur équilibre . Tous les becs convergeaient vers le donjon de l' ennemi . L' énergie s' accumulait , les haines , s' avivaient dans l' attente comme des plaies nues sous un vent salé . ”
Alfred de Musset,
On ne badine pas avec l’amour
“ Perdican Jusqu’à ce que tes cheveux soient gris, et alors les miens seront blancs. Camille Savez-vous ce que c’est que les cloîtres, Perdican ? Vous êtes-vous jamais assis un jour entier sur le banc d’un monastère de femmes ? ”
baron Pergami, Mémoires de monsieur le baron Pergami
“ Je la vis chanceler ; on s’empressa autour d’elle ; chacun lui prodigua ses soins ; on la transporta au château. La foule se dispersa, et je restai seul en présence de l’être magique dont la parole venait d’exercer une si inconcevable puissance. Convaincu que la vérité seule pouvait produire autant d’effet, je m’élançai vers la bohémienne, et la conjurai de m’éclairer aussi sur mes destins. Soit qu’elle fût importunée de la scène qui venait de se passer, soit peut-être que, décidée ce jour-là à n’accorder ses oracles qu’à de grands personnages, elle crut devoir dédaigner ma prière. ”
Eugène Mouton,
Nouvelles, avec le canot de l'amiral dessiné et gravé…
(1882)
“ L' homme accrocha la griffe de la perche à la fleur du sommet de la croix , et en quelques minutes , grâce à son crochet de poitrine et aux étriers de couvreur qu' il avait aux genoux , il grimpa le long de la perche comme le long d' une corde à nœuds , mais avec cet avantage que la perche , raide et maintenue par la largeur de la griffe , ne se balançait pas . ”
