“ Morny, avec de jolies manières, de la bravoure et de l’esprit, peut masquer sa médiocrité de fond et faire un agréable personnage. Quand ces qualités tout extérieures manquent, comme il arrive chez des hommes sans éducation, nulle délicatesse profonde ne se trouvant en eux qui puisse y suppléer, les voilà de simples mufles. ”
Maurice de Morny
Définition et enjeux
Citations sur “Maurice de Morny”
Maurice Joly,
Maurice Joly, son passé, son programme…
“ J’ai fait quelque chose de plus dangereux encore, s’il est possible, que d’attaquer la presse impériale à mes débuts dans la polémique, j’ai attaqué, entendez bien ceci, j’ai attaqué le savoir-faire. C’est-à-dire que seul, sans appui, je m’en suis pris à une école régnante, à l’école des hommes d’État, qui commence par Morny et finit par Ollivier. Ici je me suis mis à dos tous les habiles, tous les intrigants, tous les faiseurs, tous les poseurs, tous les imposteurs, les charlatans, les jongleurs de la politique. Tous ces gens-là se sont voilés la face quand l’Art de parvenir a paru. ”
Marcel Boulenger,
Le duc de Morny, prince français
(1925)
“ Vouloir tout traiter sur le ton dont on parlerait du temps qu'il fait, ou d'une visite ennuyeuse qu'on ne peut se dispenser de rendre par convenance, c'est s'exposer à tomber quelquefois dans une espèce d'insolence un peu facile et point toujours d'un goût parfait. Mais Morny se sauvait par son esprit précis, et sa compétence : il « savait ». En fait d'agriculture, d'industrie, d'affaires, de politique, on ne le prenait jamais au dépourvu, il « avait la pratique, » comme on dit. ”
Eugène Forcade, Chronique de la quinzaine, histoire politique et littéraire - 14 mars 1865
“ Peut-être, si l’on voulait détailler ces facultés n’en trouverait-on aucune qui fût précisément supérieure, si ce n’est cette ouverture d’esprit, cette expansion vive et facile, cette souriante bonne fortune de l’homme du monde. La vie de société et les qualités de cette vie firent les premiers succès et la première réputation de M. de Morny. L’homme qui excite aujourd’hui de si nombreux regrets ne datait point d’un événement politique, de 1848 ou de 1851. ”
Frédéric Loliée,
Le duc de Morny et la société du Second Empire…
(1909)
“ Rompu à l'esprit de société par l'usage continuel du monde, Morny s'attirait toutes les sympathies. On admirait avec quelle finesse naturelle il excellait à trouver le mot qui convenait à chaque chose et à chacun. ”
Frédéric Loliée,
Le duc de Morny et la société du Second Empire…
(1909)
“ Ils pouvaient parler longtemps, décrier l'homme et rabaisser le vaudevilliste : Morny avait l'oreille absente de leurs discours. Il songeait au moyen le plus sûr et le moins éloigné de se rencontrer avec l'absent, qui le gênait, l'irritait, placé sur son chemin comme une épine inarracbable, et de s'expliquer ensemble, une fois pour toutes. ”
Émile-Félix Fleury, Souvenirs du général Cte Fleury… (1897-1898)
“ Tel que, Morny était un homme hors ligne, et sa mort fut une grande perte et un grand dommage pour l'Empire et le pays. Il exerçait un grand ascendant sur la Chambre et sur les ministres. Sans les suivre toujours, l'Empereur écoutait volontiers ses conseils clairvoyants et fermes; s'il eût vécu au moment du désastre, Morny eût été d'un grand secours. ”
Frédéric Loliée,
Le duc de Morny et la société du Second Empire…
(1909)
“ «Jamais homme politique n'a moins dormi. Quelle que fùt l'heure à laquelle il rentrât, M. de Morny se mettait au travail. Comme tous les hommes qui travaillent beaucoup, il se levait matin ; l'été, il mettait une veste de velours bleu de ciel ; l'hiver, il endossait une robe de chambre de cachemire et passait un pantalon à pieds ; dès qu'il était levé, il essayait sa respiration, allait se regarder à son miroir et, sans autre consultation que son caprice, s'administrait telle ou telle drogue. » (Villemessant, Mém. d'un Journaliste) . ”
Frédéric Loliée,
Le duc de Morny et la société du Second Empire…
(1909)
“ Il exerçait en toute société une sorte de fascination personnelle à laquelle il était très difficile de résister, quand il le voulait bien. Une noble douairière se plaignait à son fils de ce qu'il blessait son oreille à lui vanter à tout propos la bonne grâce du comte de Morny. ”
Frédéric Loliée,
Le duc de Morny et la société du Second Empire…
(1909)
“ Dès avant l'année 1851, Morny avait pu frôler toute la société en montre de la politique, du théâtre, de la littérature, et aussi le monde de la finance, sans l'aide duquel il est fort malaisé de jouir d'aucun de ces biens. ”
Marcel Boulenger,
Le duc de Morny, prince français
(1925)
“ Les personnes gaillardes que réjouit un « beau petit vent sec », ou que n'affecte point l'humidité, ne peuvent même imaginer l'affreuse torture que le froid inflige aux êtres moins bien défendus. De race affinée, de tempérament arthritique, délicat et surmené, Morny était exceptionnellement frileux. ”
Frédéric Loliée,
Le duc de Morny et la société du Second Empire…
(1909)
“ Douze à quinze années plus tard, quand le relèvement de l'Empire l'aura haussé d'emblée aux sommets du pouvoir, Morny se souviendra de son ancien compagnon de plaisir, alors que, par désœuvrement, l'un et l'autre cherchaient dans la vie facile l'apaisement de leurs aspirations insatisfaites. ”
Frédéric Loliée,
Le duc de Morny et la société du Second Empire…
(1909)
“ On était sur le seuil de déterminations graves; peu de personnes seulement en avaient le secret — des acteurs dans la pièce plutôt que des confidents. Le vendredi suivant, plusieurs convives de marque se trouvaient réunis dans une maison où Morny dînait : Prosper Mérimée, Victor Cousin, Viollet-Leduc, le général de Flahaut et encore Maxime du Camp. Au cours de la soirée, se rappelant l'invitation faite à ce dernier par le Prince, Morny se tourna vers lui et lui posa la question : « Irez-vous lundi à l'Élysée? » ”
Frédéric Loliée,
Le duc de Morny et la société du Second Empire…
(1909)
“ La première condition pour être indépendant, c'est d'être riche. Il le voulut être et se rendit capable de le devenir. C'est loin de Paris, en Auvergne où la comtesse Le Hon, son associée, disions-nous, son Egérie et son amie, possédait des biens considérables, qu'il alla tracer le cercle de ses premières opérations. Il y rencontra des solidarités précieuses. A l'époque où Morny menait la vie de garnison, à Clermont-Ferrand, il avait noué, dans cette ville, des amitiés solides. ”
Frédéric Loliée,
Le duc de Morny et la société du Second Empire…
(1909)
“ Cette mondaine aimable, une amie de la comtesse Le Hon, lui avait fait signe de venir un instant dans sa loge. Plusieurs députés orléanistes lui tenaient compagnie déjà ; moins occupés du théâtre que de la politique, parce qu'elle était la question brûlante du jour, ils trouvèrent l'occasion de lancer à Morny, d'un air mi-sérieux, mi-plaisant : « Eh bien ! nous vous mettrons à Vincennes d'ici peu de jours ». La menace glissa sur son visage comme un sourire ; il baisa la main de Mme de Liadières et revint à son fauteuil. ”
Frédéric Loliée,
Le duc de Morny et la société du Second Empire…
(1909)
“ On ne le verrait plus, calme et souriant, opposer la loi positive des faits à des entraînements d'opinion d'autant plus à craindre qu'ils se compliquaient, chez le même homme, d'indécisions et de résistances passives incapables d'agir autant que de se déterminer à propos. L'enchaînement fortuit des événements avait voulu que la durée de la prospérité de l'Empire se limitât à la durée de la vie de celui qui en avait été l'un des créateurs. On l'a pu dire avec raison : la dernière habileté de Morny fut de finir à temps. ”
Frédéric Loliée,
Le duc de Morny et la société du Second Empire…
(1909)
“ Il s'était tourné du côté où brilleraient les honneurs, les dignités, la fortune. Cette fortune qu'il cherchait, naguère, dans les hasards de la spéculation, allait lui arriver toute faite par la vertu d'un coup d'État. Le champ était ouvert à l'homme de tête et de courage, dénué de croyances et de principes que fut Morny. D'autres, avant lui, ont été munis d'instructions précises : Maupas, Saint-Arnaud, Magnan; et le meneur de la troupe, qui loge à l'Élysée, a pris jour avec eux. ”
Frédéric Loliée,
Le duc de Morny et la société du Second Empire…
(1909)
“ Morny fut de ces mortels privilégiés, dès le berceau, dont on a dit que le succès est un frère né en même temps qu'eux. Il n'avait, du reste, aucune des vanités de la puissance ou de la réussite, parce qu'il lui semblait tout naturelu'il eût cela. Habitué à vivre au milieu d'un monde léger et poli, il avait' cet attrait de l'être extérieur, ce charme de surface que les mots ne définissent pas, qui naît et s'évanouit avec de certains hommes, et par lequel sont gagnés, à première vue, ceux qui les approchent. ”
Frédéric Loliée,
Le duc de Morny et la société du Second Empire…
(1909)
“ Il est vrai que toute médaille ayant son revers et tout effet de louange son contre-effet de critique, un polémiste célèbre, qui ne fut pas de ses amis, jugea la maxime détestable et prétendit qu'elle n'était rien moins qu'un outrage à la volonté nationale et au suffrage universel! Morny avait l'esprit de circonstance et s'en servait prestement. De son fauteuil il apaisa plus d'une effervescence par la grâce d'un mot bien venu, qui ramenait le sourire dans la docile assemblée. ”
Frédéric Loliée,
Le duc de Morny et la société du Second Empire…
(1909)
“ Une semaine se passa. Un bien-être décevant s'était prononcé. Malgré qu'il fùt le seul peut-être à connaître son état, Morny avait caressé l'illusion d'une renaissance durable. Il était gai, souriant. Avant la séance du 25, la dernière de sa présidence eifective au Corps Législatif, on l'avait vu répondant à chacun, remerciant ses députés de l'intérêt qu'ils prenaient à son rétablissementet leur confiant, entre autres détails, d'un air heureux, qu'il avait reçu, le matin même, orné d'une dédicace tout amicale de l'Empereur, le premier volume de la Vie de Jules César, par Napoléon. ”
Pierre Larousse,
Grand dictionnaire universel du XIXe siècle
“ « Monsieur de Morny, vous avez la fièvre ; voulez-vous me permettre de vous offrir une orange ? — Grand merci ! à qui dois-je cette gracieuseté ? — Au capitaine Changarnier. » Cette fraternité militaire, cette orange offerte dans le désert à un malade brûlé de fièvre et d’épuisement, l’heureux conspirateur de décembre s’en souvint-il le jour où il fit jeter le général dans une cellule de Mazas ? À l’âge de vingt-sept ans, après deux campagnes, M. de Morny donna sa démission et revint en France (1838) . Il redevint l’homme du monde et le viveur que l’on a connu. ”
Marcel Boulenger,
Le duc de Morny, prince français
(1925)
“ Ne grossissons rien, et gardons-nous de trop simplifier l'histoire, qui forme un réseau délicat comme celui d'une toile d'araignée, en même temps qu'une masse compacte et informe comme la vase des marais. Cependant, l'intelligence et le tact politique du duc de Morny nous paraissent tels que nous voilà contraints d'établir une relation entre le naufrage de l'Empire, trop facile à prévoir en 1866, et le trépas, survenu l'année précédente, du meilleur entre ses soutiens. ”
Marcel Boulenger,
Le duc de Morny, prince français
(1925)
“ Dans le même instant, et tandis qu'un honorable député dissertait au Corps législatif, sur la multiplication des voies ferrées ou le régime des douanes, le président rêvait à sa casaque rose. Grâce à cette tendresse envers les courses et les chevaux de sang, Morny, bon prince, contribuait à faire la fortune de Paris. Et non pas seulement de Paris! Un cerveau organisé comme celui d'Auguste de Morny ne se repose guère. Nous ne disons pas qu'il médite sans trêve : mais tout le réveille, tout lui fait signe, et si l'on nous passe une telle image, tout lui sonne un boute-selle. ”
Marcel Boulenger,
Le duc de Morny, prince français
(1925)
“ Morny ne pouvait empêcher non plus que la cour, que la meilleure compagnie, que toute la société bourgeoise enfin ne baignât dans une sorte de niaiserie diffuse, trop clairement perceptible à quiconque lit les mémoires du Second Empire. A coup sûr, il y eut alors une élite, comme toujours. Cependant la moyenne, dans les classes appelées « dirigeantes, » semble n'avoir témoigné que bien peu d'imprévu, et moins encore de malice en sa façon d'entendre la vie. ”
Marcel Boulenger,
Le duc de Morny, prince français
(1925)
“ Morny tenait certainement à l'Empire, qu'il avait tant contribué à faire, et dont la France s'était jusque-là bien trouvée. Il estimait prudent de concéder aux démocrates quelques avantages sans grand danger, plutôt que de dresser contre cette marée montante un mur tôt ou tard submergé. En homme énergique, à l'intelligence désencombrée, claire, on sait qu'il n'hésitait guère à porter le couteau dans la plaie, dès qu'il avait jugé l'opération indispensable. ”
Frédéric Loliée,
Le duc de Morny et la société du Second Empire…
(1909)
“ La mère comme le fils eurent souvent la vaste illusion d'accepter de magnifiques croûtes ainsi que des perles d'art. Leur goût très excité par l'imagination n'était ni très informé, ni très sûr. Morny, leur descendant, eut à la fois un discernement plus juste du beau et des ressources plus larges pour y satisfaire. Ses amis ne se lassaient point d'admirer ses Watteau, ses Rembrandt, ses Metzu, ses rerburg, ses Greuze et surtout de le lui dire, usant d'un moyen qu'ils savaient sûr de lui plaire. ”
Marcel Boulenger,
Le duc de Morny, prince français
(1925)
“ Chaque printemps, à cette occasion, les trains et les paquebots versent chez nous un peuple d'étrangers, dont les dollars, les livres sterling et les pesetas pleuvent sur la capitale. On a cependant fait disparaître, répétons-le, le nom de Morny, tant à Longchamp qu'ailleurs. Il y eut une rue de Morny naguère (rue La Boétie) : on l'a débaptisée. Paris pourrait rendre au moins une politesse à l inventeur du Grand Prix et de son hippodrome. On ne se montre vraiment pas très bien élevé. ”
Frédéric Loliée,
Le duc de Morny et la société du Second Empire…
(1909)
“ Il sera rapporté, en outre, et de la même source, que Morny avait eu l'avertissement de la disgrâce qui le menaçait, qu'il n'aurait eu rien de plus pressé, à son retour de Russie, que de courir à Plombières, plein de trouble et le visage altéré, pour avoir avec son frère et maître une conversation longue, mais, qu'ayant mis beaucoup d'éloquence à blanchir ses torts, on le verrait sortir du cabinet de Napoléon, l'air radieux d'avoir gagné sa cause et conservé son fauteuil présidentiel. ”
Frédéric Loliée,
Le duc de Morny et la société du Second Empire…
(1909)
“ L'expérience, à peine commencée, menaçait de donner raison, une fois de plus, à cet axiome politique que le premier usage qu'un peuple fait de sa liberté reconquise, c'est d'en abuser. Les langues se délièrent et ce ne fut point pour chanter d'abord des hymnes de reconnaissance. Des descendants de la liberté, posteri libertqlis, qu'on croyait disparus ou perdus, recommencèrent à faire parler d'eux. Pour les combattre avec leurs propres armes, Morny s'avisa d'une tactique aussi habile qu'imprévue : ce fut d'aller conquérir des alliés dans l'intérieur même de leur camp. ”
Marcel Boulenger,
Le duc de Morny, prince français
(1925)
“ L'État, sous le Second Empire, accordait seul les autorisations de créer les sociétés à capital élevé, décrétait les grands travaux publics, dont il passait les marchés avec les entrepreneurs, etc. On devine qu'un personnage haut placé se trouvait singulièrement apte à seconder les belles initiatives. Et plus celles-ci étaient audacieuses, plus on avait recours à lui. La phrase « Morny est dans l'affaire » passa vite en proverbe. Sur le boulevard, c'était une ironie, une perfidie. Rien, en somme, n'oblige à croire que les malveillants eussent absolument tort. ”
Frédéric Loliée,
Le duc de Morny et la société du Second Empire…
(1909)
“ Heureux Morny! « Heureux comme un bâ- tard !», murmurait une princesse étrangère en le voyant traverser les salons de son pied léger et sûr. Sur tout le reste dénué d'illusions, il continuait d'être celui qu'il avait été, naguère, lorsqu'il préludait à la haute vie : fàcile à ses penchants, indulgent à la conduite d'autrui et très accommodant sur les principes par la raison simple qu'il n'en avait point. ”
Arsène Houssaye,
Les confessions : souvenirs d'un demi-siècle…
(1888-1891)
“ « Les réponses qu'il fait sur-le-champ effacent les discours les plus étudiés. » Morny, homme d'action, homme d'État, homme d'esprit, était aussi mieux armé par la parole que par la plume ; la plume a des habitudes trop tempérées même dans ses emportemens ; la parole, quand elle lance l'idée et le mot, dévore le tems et l'espace. * Morny dit un jour à Louis-Napoléon : « Donnez-moi donc une copie de ce beau portrait de la reine Hortensc? — Pourquoi? » demanda le futur Empereur d'un ton glacial. Morny furieux dit à Persigny : a C'est lui qui n'est qu'une copie, moi je suis l'original. » ”
Frédéric Loliée,
Le duc de Morny et la société du Second Empire…
(1909)
“ On remarqua de la gêne et de l'incertitude sur la physionomie de quelques-uns, d'Emile Ollivier en particulier'auquel sa situation nouvelle, oscillant entre la gauche et la droite, rendait sa contenance trop difficile, en l'absence de Morny. Toutefois des inquiétudes sérieuses ne s'étaient pas encore fondées ni chez lui, ni au dehors. Très récemment, une joyeuse animation régnait dans un bal donné par la maréchale Randon. La duchesse de Morny y prenait part. Et comme Mme AYalewska (nous le tenons d'elle-même) lui demandait des nouvelles de son mari. ”
