“ En vérité, tous les théâtres de musique semblent prendre aujourd’hui à tâche de dévier de leur route naturelle. L’Opéra français, exclusivement réservé aux gloires de l’Europe, ouvre ses portes à des hommes qui n’ont pas encore commencé de bien faire, et l’Opéra-Comique, au lieu d’appeler de jeunes compositeurs et de leur prêter appui, s’amuse à reprendre les vieilles pièces de son répertoire. ”
Opéra français
Définition et enjeux
Citations sur “Opéra français”
Camille Bellaigue, Revue des Deux Mondes
“ En opposition avec le sentiment passionné qui est propre au génie de l’Allemagne et de l’Italie, l’opéra français représente la raison et l’esprit, principalement sous le rapport de la musique... Aux plus grands maîtres de l’art il appartient de tirer les élémens de leurs œuvres de l’esprit même des nations, de les assembler, de les fondre, et de les imposer au reste du monde. ”
Camille Bellaigue, Revue des Deux Mondes
“ Un Italien, Rossini, et Meyerbeer, un Allemand, en ont créé chez nous, pour nous et selon nous, les chefs-d’œuvre. Le second tiers, à peu près, du siècle dernier en a vu l’apparition et tout de suite la gloire. Voilà pour l’origine et pour le « moment, » ou l’époque, du genre. Et voici pour ses caractères : le « grand opéra français, » c’est avant tout de la musique de théâtre, de la musique de drame, de drame historique et pittoresque, et de la musique à grand spectacle. ”
Théophile Imarigeon Duvernet, Les dévotions de Mme de Bethzamooth… (1790)
“ Le Grand-Opéra lui sembla être le pays de l’enchantement et de l’illusion, du plaisir des yeux et des oreilles. Le Théâtre-Français, une école d’instruction et de savoir-vivre, de grands sentiments et de bonnes plaisanteries. ”
Charles Augustin Sainte-Beuve,
Causeries du lundi
“ Il est trois ou quatre théâtres que l’on ne conçoit pas sans protection en France : l’Opéra, l’Opéra-Comique, le Théâtre-Français et les Italiens. Ce sont des théâtres de luxe ou des écoles de goût. Je ne dis rien de l’Opéra-Italien, plante exotique, plante rare et délicieuse, qui s’acclimate chaque jour parmi nous, mais qui a besoin encore des artifices de la serre. Le Grand-Opéra est un spectacle unique. Relisez le Mondain et ce qu’en a dit Voltaire ; c’est encore vrai pour nous : l’Opéra représente la civilisation parisienne à ses grands jours, dans sa pompe et dans ses fêtes. ”
Charles Nuitter,
Les Origines de l'opéra français…
(1886)
“ XIV LES BALLETS DU ROI de lambrequins, et, sous un costume qui n'est d'aucun pays ni d'aucune époque, conduire ces étranges personnages au milieu de décors de l'invention la plus splendide, paraissant et disparaissant au sifflet du machiniste, n'est-ce pas accumuler comme à plaisir toutes les invraisemblances, mais aussi toutes les difficultés? C'est ce qu'on a appelé l'oeuvre par excellence : l'Opéra! ”
Amédée Gayet de Cesena, Le nouveau Paris : guide de l'étranger pratique… (1864)
“ Un des traits caractéristiques de cette troisième période, c'est qu'elle mit en présence, dans une lutte artistique, deux compositeurs étrangers, représentant, l'un, la musique allemande, l'autre, la musique italienne. C'est donc de cette lutte que date le caractère d'universalité de la scène de l'Opéra français, scène nationale, par la langue qu'on y parle, mais européenne par le caractère varié des œuvres et le nom des artistes qu'on y appelle de toutes les contrées où l'art a des interprètes. ”
F. de Lagenevais,
Revue musicale - L’Académie nationale de musique et l’opéra populaire
“ A l’Opéra, la musique gouverne tout; l’accord frappé commande le geste qui pour s’imposer à cette salle immense, pour agir par-dessus l’orchestre et les chœurs et dominer tout ce formidable spectacle, doit avoir une amplitude, une envergure dont la pratique des planches du Théâtre Français ne saurait donner la moindre idée. ”
P. Scudo, Revue Musicale - Les Opéras nouveaux et les Théâtres lyriques
“ L’Opéra doit viser avant tout à des succès d’ensemble, qu’on peut obtenir à moins de frais avec des chanteurs qu’on élèverait dans le sanctuaire eu les initiant peu à peu à la connaissance des chefs-d’œuvre de l’ancien répertoire. Qu’on soit bien pénétré de cette idée, qu’un virtuose qui ne connaît que la musique contemporaine ne peut jamais devenir un grand artiste. Pourquoi n’exige-t-on pas de l’Opéra ce qu’on exige très bien du Théâtre-Français? ”
Charles Nuitter,
Les Origines de l'opéra français…
(1886)
“ Le public, en effet, par son empressement à se rendre à l'Opéra, donnait raison aux novateurs en remplissant leur salle, et qu'y avait-il d'étonnant à cela, lorsqu'on lui offrait tant de séductions nouvelles : la musique mêlée à l'action du drame, la danse et les figurations amenant des tableaux gracieux et agréables, la richesse des costumes, l'ingéniosité des machines et la splendeur des décorations? ”
Charles Nuitter,
Les Origines de l'opéra français…
(1886)
“ Et pour la connaissance profonde de cet Art (Opéra) dont nous manquons en France, on ne doit faire aucun doute que ces représentations en musique ne le mettent en crédit, et n'inspirent dans les coeurs un amour pour la musique et un désir de se perfectionner dans un art si charmant, pareil à celui des peuples d'Italie, particulièrement pendant le cours de la longue et florissante paix dont notre monarque nous fait jouir. ”
Armand Boillot, Traité théorique et pratique de droit public et administratif… (1885-1894)
“ Tous les beaux-arts du monde entier peuvent venir se ranger autour de nous, et je les défie de trouver une expression de l'art lyrique comparable à celle que notre Opéra français a suscitée. Je ne suis pas de ceux qui ne veulent voir dans l'Opéra que des danseuses et des toilettes ”
Bibliothèque nationale, La Comédie-Française : 1680-1980… (1980)
“ Un grand nombre de pièces appartenant au répertoire du XVIIe siècle, – à commencer par les comédies de Molière –, nécessitaient l'intervention d'instrumentistes, de chanteurs et de danseurs. Après la fondation de l'Académie Royale de Musique, l'Opéra défendit énergiquement son privilège, et différents arrêts furent pris pour restreindre la musique et la danse sur la scène des Comédiens français. Au XVIIIe siècle, les Comédiens trouvèrent souvent, dans la troupe même, des acteurs capables de danser et de chanter au plaisir du public les divertissements des « pièces à agréments ». ”
F. de Lagenevais,
Revue musicale - L’Académie nationale de musique et l’opéra populaire
“ Dédoublez le Théâtre-Français, vous avez l’Odéon, qui joue également le répertoire et forme des auteurs et des comédiens dont profite ensuite la maison mère. Pour qu’un Opéra populaire se constitue, il faut ainsi que des rapports mutuels s’établissent entre lui, l’Académie nationale et l’Opéra-Comique. ”
Charles Nuitter,
Les Origines de l'opéra français…
(1886)
“ « Prendre les ordres de Sa Majesté, cela presse. » Ses opéras seront représentés à la Cour, le Roi fera les frais des décors et des costumes, qui, sans avoir rien coûté, serviront ensuite à Paris. L'homme d'affaires a triomphé de tous les obstacles, profité de toutes les circonstances: maintenant le compositeur va produire chaque année un de ces chefsd'oeuvre incontestés que l'on jouera pendant près d'un siècle; une ère de prospérité sans exemple commence pour son théâtre; l'Opéra est fondé. ”
Charles Nuitter,
Les Origines de l'opéra français…
(1886)
“ L'histoire des ballets de cour, ainsi que celle des opéras italiens représentés en France pendant le commencement du dixseptième siècle, est indispensable à connaître pour bien comprendre les hésitations et les difficultés qui ont retardé l'établissement de l'Opéra français. ”
Romain Rolland,
Les Origines du théâtre lyrique moderne
“ L’opéra ne peut être un genre vraiment français. — Jugement de Saint-Evremond. — Comment l’esprit français est opposé à celui de la tragédie en musique. — Caractère de la musique française. Elle est un art, plutôt qu’une langue. ”
Charles Nuitter,
Les Origines de l'opéra français…
(1886)
“ Le Dessein de l'Autheur de cette pièce, dit-il, est d'essayer si la Comédie en musique peut réussir sur le Théâtre François, estant réduite aux loix de la bonne Musique, et au goût de la Nation, et ornée de toutes les beautés dont est capable cette espèce de représentation. Il expliquera dans une seconde impression les raisons de sa conduite : du succez et du mérite de l'ouvrage le Public en jugera. ”
Jules Lecomte,
Lettres sur les écrivains français
(1837)
“ Les journaux vous disent assez ce qui se passe aujourd'hui depuis la grippe; moi je voudrais vous entretenir de choses dont les journaux ne parlent pas. Vous savez combien les voyageurs nous exaltent souvent leur Grand Opéra de Paris. Mon premier désir, ou mon premier besoin, en descendant de voiture, fut de connaître si cc jour était jour d'opéra. Je fus servi à souhait : Les Huguenots, œuvre colossale dans laquelle chante cette mer, veilleuse octave dont chaque note s'appelle, ou Nourrit, ou Levasseur, ou Falcon, ou Dorus. ”
Charles Nuitter,
Les Origines de l'opéra français…
(1886)
“ Voulons et Nous plaist, que tous les Gentilshommes, Damoiselles et autres personnes puissent chanter au dit Opéra, sans que pour ce ils dérogent au titre de noblesse, ny à leurs Privilèges,Charges, Droits et Immunitez, révoquant par ces Présentes toutes Permissions et Privilèges que Nous pourrions avoir cy-devant donnez et accordez, tant pour raison des dits Opéra que pour réciter des comédies en musique, sous quelques noms, qualitez, conditions et prétextes que ce puisse estre. ”
Ernest Thoinan, Les origines de l'Opéra français d'après les minutes des notaires… (1886)
“ Pomone. Opéra ou représentation en musique. Pastorale. Composée par M. Perrin, conseiller du Roy en ses conseils, introducteur des ambassadeurs près feu Monseigneur le duc d'Orléans. Mise en musique par Mons. Cambert, intendant de la musique de la feue Reyne. Et représentée par VAcadémie royale des opéra. A Paris, de l'imprimerie de Robert Ballard, seul imprimeur du Roy pour la musique, rue Saint-Jean-deBeauvais, au Mont-Parnasse, 1671. - Avec privilège de Sa Majesté, in-40 (Bibliothèque nationale, Y, 5496) . ”
T. Faucon, Le nouvel Opéra : monument, artistes (1875)
“ Il a eu ce qu'on peut appeler une existence heurtée; tour à tour violon dans différents orchestres de Paris, chanteur de café-concert, soldat, et ténor à l'Opéra, il est la preuve vivante que tout n'est pas rose dans la profession d'artiste. ”
Félix Clément, Les musiciens célèbres depuis le seizième siècle jusqu'à nos jours… (1878)
“ La vogue des troubadours est passée ; la galanterie est devenue, à tort ou à raison, chose ridicule; la musique ne consiste plus depuis longtemps dans un heureux choix de mélodies naturelles et expressives accompagnées avec clarté par l'orchestre, sans fracas, sans étalage de science, et conçues généralement dans les tons principaux et d'après les procédés les plus conformes aux lois de l'oreille. Le genre de l'Opéra-Comique s'est modifié complètement. La partie vocale réclame la virtuosité du Grand Opéra ; l'orchestration y est devenue aussi chargée, aussi compliquée. ”
Adolphe Adam,
Derniers souvenirs d'un musicien
“ «Vous vous trompez, mon ami; votre place n'est pas ici, c'est à l'Opéra que conviennent la pompe, la grandeur, la puissance, l'énergie, toutes ces qualités que vous possédez au suprême degré; ce qu'il faut à l'Opéra-Comique, c'est la grâce, l'enjouement, la coquetterie, la légèreté, la mélodie coulante et facile, et tout cela vous manque.» ”
“ Une soirée à l’Opéra change la destinée d’un musicien ; c’en est fait de lui, et pour toujours, s’il ne sort pas vainqueur de l’arène. C’est là qu’un homme commence ou qu’il finit. L’Opéra est comme un sommet où viennent échouer et mourir les talens médiocres et débiles qui vivotaient dans des régions plus basses, et d’où les autres, plus forts et plus hardis, prennent leur essor vers le ciel. On vous donne un orchestre magnifique, des chœurs nombreux, des chanteurs plus ou moins habiles, plus ou moins inspirés, mais, après tout, les meilleurs qui soient en France ”
Gaston Carraud, Revue des Deux Mondes
“ Cependant les théâtres de l’Opéra et de l’Opéra-Comique font couramment ce que ferait la Comédie-Française, si elle annexait à son répertoire celui de l’Ambigu ou du Palais-Royal. Le pis est qu’ils le font avec des partitions qui possèdent l’autorité de l’âge et de très longs succès. Et la musique est un art si peu compris, — au fond, si rarement aimé, — que dans l’opinion publique ces formes inférieures prennent le pas, posent l’exemple, et font la loi. ”
Delphine de Girardin,
La Croix de Berny
(1845)
“ Je ne connaissais pas la Favorite, et mon oreille ne s’ouvre que paresseusement à une musique nouvelle ; les grandes partitions exigent de l’auditeur indolent un long noviciat. J’écoutais l’orchestre et les voix avec nonchalance, et je regardais les loges avec un intérêt singulier, pour compter les petites révolutions que dix ans peuvent amener dans le personnel aristocratique de l’Opéra. ”
Guy Charnacé,
Musique et Musiciens
“ Il faut assurément, que la direction de notre Opéra, la première scène lyrique du monde, entoure son répertoire d’un certain luxe, mais ce serait le faire dévier de sa mission, de son but comme de son origine, que d’exiger que l’Opéra luttât avec les théâtres de féeries où le spectacle ne donnant rien à l’esprit et à l’âme est tout entier fait pour les yeux. ”
Camille Bellaigue, Revue musicale - 31 mai 1914
“ Or on ne saurait trouver un lieu plus antipathique à l’art musical que notre somptueux et triste Opéra. Tout y est distant, et tout y est morose. Toute œuvre, et tout d’une œuvre, l’action, les paroles et la musique, le chant et le geste, s’y enveloppe d’un voile, si ce n’est d’un suaire. ”
Jules Verne,
Le testament d'un excentrique
(1899)
“ C'est à l'Opéra enfin que les amateurs des grandes œuvres lyriques les virent se prélasser dans la loge mise à leur disposition, et tendre désespérément, aux accords de l'orchestre, leurs oreilles fermées à toute compréhension musicale. ”
non signé, Revue des Deux Mondes
“ Tant de chanteurs ont déserté notre scène lyrique, tant de nobles voix se sont éteintes, tant de belles danseuses se sont envolées, qu’il y aurait de notre part de l’ingratitude à négliger ces grands artistes qui nous restent fidèles. Une chose vraiment triste et qu’on ne saurait contester, c’est l’état de décadence où se trouve l’Opéra. Qui parle aujourd’hui de cette noble scène, où jadis la musique et la danse déployaient chaque soir leurs merveilles devant un public immense, plein d’enthousiasme et d’amour ? ”
G. d’Avenel, Revue des Deux Mondes
“ Il est au reste différentes sortes de mises en scène, ayant chacune leurs secrets et leurs exigences : celle de la comédie bourgeoise, celle du drame à grande figuration, celle du spectacle musical. A l’Opéra, la place et les mouvemens des chœurs sont motivés souvent par les accompagnemens de l’orchestre et combinés avec eux. ”
Jean Lorrain,
Poussières de Paris
“ C’est l’Opéra «modern-style» dans toute sa gloire; on ne peut pas pousser plus loin l’art tumultueux du pittoresque. C’est de la musique de peintre, tant elle rend savoureusement ce qu’elle veut dire. Les cris de Paris qui s’éveille, le duo des amants enthousiasmés et leur salut à ce Paris de joie et de boue resteront, comme tout le premier et tout le dernier acte, des pages documentaires de la musique de demain. ”
Anonyme, Revue des Deux Mondes
“ Que l’Opéra redevienne une institution nationale chargée de représenter de grandes conceptions lyriques, un spectacle magnifique qui fixe l’attention et dirige le goût de l’Europe, ou bien abandonnez-le aux caprices de la mode, et qu’il vive de sa propre vie. ”
Various, L'Illustration, No. 3669, 21 Juin 1913
“ Il épie les fautes, prend des notes, se pâme aux traits heureux, compare et commente avec passion... Il me semble qu'aux concours de violon et de piano le spectacle, pour un observateur désintéressé, est surtout dans la salle.Mais voici les grandes épreuves! Le chant, l'opéra, l'opéra-comique, la comédie! ”
Hector Berlioz,
Les Grotesques de la musique
“ Les personnes qui s’absentent de Paris pour un temps plus ou moins long sont tout étonnées, à leur retour, de la persistance avec laquelle les pâtissiers font chaque jour les mêmes brioches, les petits théâtres lyriques produisent le même opéra comique nouveau, et de l’obstination du grand Opéra à jouer les mêmes anciens ouvrages. ”
P. Scudo, Revue musicale - 1er avril 1858
“ Un répertoire usé, des chanteurs mal dirigés, des ensembles défectueux, des ouvrages d’une longueur accablante, une poétique qu’il serait temps de renouveler, une succession de tableaux fastidieux qui ne disent rien à l’esprit et au cœur une fantasmagorie continuelle qui vous hébête et vous renvoie abasourdi, tel est le triste plaisir qu’on va chercher à l’Opéra depuis plusieurs années. Ce n’est pas à l’homme d’esprit qui dirige aujourd’hui ce grand établissement qu’il faut attribuer la décadence que nous venons de signaler. ”
P. Scudo, Revue Musicale - Les Opéras nouveaux et les Théâtres lyriques
“ Nous voici enfin en pleine moisson musicale, ou du moins en pleine floraison de drames et de comédies lyriques, ce qui n’est pas toujours la même chose, car on peut écrire un opéra en trois actes, par exemple, sans y mettre une note de véritable musique. ”
