“ Deux jours après, le Roi et la Reine de Prusse sont venus aussi à Tilsitt ; ils étaient logés dans la maison d’un meunier, et venaient tous deux, tous les jours, chez l’Empereur des Français et l’empereur de Russie, pour dîner avec l’empereur Napoléon. Un jour, à dîner, l’empereur Napoléon disait au roi de Prusse : « N’est-ce pas, monsieur le Roi de Prusse, Votre Majesté n’aime pas la guerre, car Votre Majesté n’est pas heureuse dans la campagne qu’elle vient de faire ? » Le roi de Prusse lui répond : « Oui, Sire, Votre Majesté le sait mieux que moi ! » sa tête toujours baissée. ”
Reine de Prusse
Définition et enjeux
Citations sur “Reine de Prusse”
Élias Regnault,
Histoire de Napoléon : ornée de gravures sur acier dessinées par Raffet et De Rudder…
(1846)
“ En effet, la reine de Prusse était à l'armée, habillée en amazone, avec l'uniforme de son régiment de dragons ; et la présence de leur souveraine, dans tout l'éclat de la jeunesse et de la beauté, excitait chez les Prussiens un enthousiasme diflicile à décrire. ”
Germaine de Staël-Holstein,
Dix années d'exil
(1861)
“ L'infortunée reine, de Prusse, victime innocente des calomnies d'un homme qui, sur le trône du monde, se plaisait à insulter à la beauté et au malheur, la reine de Prusse disait qu'elle était souvent obligée de suspendre la lecture de Corinne, parce qu'elle se sentait l'âme déchirée, non pas tant par la douleur que par cette privation d'espérance qui lui rappelait son propre sort. ”
M. Paléologue, Revue des Deux Mondes
“ I C’est par sa beauté que la jeune princesse Louise de Mecklembourg-Strélitz, future reine de Prusse, se produisit pour la première fois sur la scène du monde, au mois de mars 1793. Elle venait d’arriver à Francfort. Malgré la tristesse des temps, la ville électorale était aussi animée qu’aux grands jours des couronnemens impériaux, car la coalition y avait rassemblé une foule de princes allemands, et la présence momentanée du roi de Prusse était l’occasion de fêtes brillantes. ”
Marie-Nicolas Bouillet, Dictionnaire universel d’histoire et de géographie Bouillet Chassang (1878)
“ LOUISE-AUGUSTE-WILHELMINE-AMÉLIE, reine de Prusse, fille du duc de Mecklembourg-Strélitz et de Caroline de Hesse-Darmstadt, née en 1776, m. en 1810, épousa en 1793 le prince héréditaire de Prusse (depuis Frédéric-Guillaume III) , et lui inspira le plus tendre attachement. ”
Adolphe Thiers,
Histoire du Consulat et de l'Empire…
“ Elle arriva le 6 juillet à Tilsit. Une heure après son arrivée, Napoléon la prévint en allant lui rendre visite. La reine de Prusse comptait alors trente-deux ans. Sa beauté, autrefois éclatante, paraissait légèrement ternie par l'âge. Mais elle était encore l'une des plus belles personnes de son temps. Elle joignait à beaucoup d'esprit une certaine habitude des affaires, qu'elle avait contractée en y prenant une part indiscrète, et une parfaite noblesse de caractère et d'attitude. Cependant le désir trop vif de réussir auprès du grand homme dont elle dépendait, nuisit à son succès même. ”
Taxile Delord,
Les célébrités du jour : 1860-61
(1860)
“ Ministre sans portefeuille au département du foyer domestique, sans viser précisément à jouer un rôle politique et à dominer son mari, la reine de Prusse s'en fait écouter souvent : l'élévation de ses sentiments et de son intelligence, son instruction, lui donnent pleinement, assure-t-on, le droit de dire son mot sur les affaires. Elle le fait avec mesure, en femme qui sait se tenir à sa place. ”
Arthur Lévy,
Napoléon et la paix : suite de "Napoléon intime"
“ Il paraît que ce qu'on a dit de la reine de Prusse est vrai ; elle était ici pour souffler le feu de la guerre ; c'est une femme d'une jolie figure, mais de peu d'esprit, incapable de présager les conséquences de ce qu'elle faisait. Il faut aujourd'hui, au lieu de l'accuser, la plaindre, car elle doit avoir bien des remords des maux qu'elle a faits à sa patrie et de l'ascendant qu'elle a exercé sur le Roi, son mari, qu'on s'accorde à représenter comme parfaitement honnête, qui voulait la paix et le bien de ses peuples. ”
Colonel Rimbert, Les gloires du drapeau (1897)
“ Par ce traité, et par égard plutôt pour l'empereur de Russie que pour les supplications et les coquetteries de la reine de Prusse, qui, par le jeu de ses charmes personnels et sa beauté, cherchait à faire oublier le rôle qu'elle avait joué dans cette nouvelle coalition, Napoléon rendait à la Prusse : la Poméranie, le Brandebourg, la Vieille-Prusse et la Silésie, moins Dantzig qui devint ville libre, et la forteresse de Magdebourg qui resta entre nos mains. ”
Gustave Ducoudray, Histoire générale de 1610 à 1875… (1883)
“ Ni les Russes, ni les Autrichiens ne savaient combattre : aux Prussiens seuls, aux vétérans, aux élèves de Frédéric II il appartenait d'arrêter les succès des Français, et d'en remontrer aux jeunes maréchaux d'un tout, jeune empereur. La cour de Prusse retentissait de cris de guerre et ne semhlait plus qu'un camp. La reine Louise, célèbre par sa beauté, donnait le ton et l'exemple, paradait aux revues, excitait le roi et les généraux qui se décidèrent, dans leur aveuglement, à braver une puissance que l'année précédente, ils n'avaient point osé braver avec la Russie et l'Autriche. ”
Adolphe de Lescure,
Napoléon et sa famille, 1769-1821…
(1868)
“ La reine de Prusse, vaincue dans ses regrets et dans ses espérances, dans ses affections et dans ses charmes, essaye en vain de réparer la faute de ses conseils en mettant une héroïque eoquelterie au service du salut d'un peuple. Elle n'arrache pas même à la courtoise réserve de Napoléon cette galanterie de la cession de Magdebourg, et se retire, la mort dans l'âme, de cette inutile visite, où la femme et la reine ont essuyé une double déception, une double défaite. ”
Jules Marnier, Le Mouchoir de la reine de Prusse… (1851)
“ Vous concevez à présent mon culte pour ma pauvre petite cassolette, souvenir précieux de la main royale qui laissa tomber à Tilsitt le mouchoir vénéré ! Cette belle Majesté bénit maintenant du haut des cieux la nation et la dynastie prussienne. Dieu rende à cette ame d'élite, fille de son paradis, le bien qu'elle sut prodiguer en reine de la charité à toutes les souffrances de ce monde, à toutes les plaies de notre pauvre humanité. ”
M. Paléologue, Revue des Deux Mondes
“ Il a fallu d’abord un concours singulier de mémorables événemens : la suprématie de la Prusse a été fondée et l’empire d’Allemagne restauré par le propre fils de celle qui avait vu sa patrie vaincue à Iéna et démembrée à Tilsit. Là est la raison première, la raison véritable et profonde du mouvement qui, de nos jours, porte les esprits à idéaliser la reine Louise. ”
Décembre-Alonnier, Les Prussiens en France, histoire complète de la monarchie prussienne depuis sa fondation… (1868)
“ On a même pensé que le roi de Prusse avait insisté jusqu'alors pour que sa femme se tînt à l'écart, par suite d'un sentiment de jalousie qui, suivant Napoléon, n'était pas sans quelque fondement. L'Empereur des Français aimait peu que les femmes s'ingérassent dans la direction des affaires politiques. Cependant il a avoué lui-même que si la reine de Prusse était venue au commencement des négociations, elle eût pu influer beaucoup sur leur résultat. ”
Saint-René Taillandier,
Les Souvenirs du conseiller de la reine Victoria
“ La Prusse, — je n’abrège plus, je traduis littéralement, — la Prusse, placée au milieu des grandes puissances de l’Europe beaucoup plus par la faveur des circonstances que par sa force intérieure, ressemble trop encore dans sa politique à un parvenu toujours disposé à se surfaire ou à se déprécier lui-même, comme à surfaire ou à déprécier les autres. ”
M. Paléologue, Revue des Deux Mondes
“ « La reine de Prusse est réellement charmante, elle est pleine de coquetterie pour moi ; mais n’en sois pas jalouse : je suis une toile cirée sur laquelle tout cela ne fait que glisser. Il m’en coûterait trop cher de faire le galant. » ↑ Les commentaires, en effet, allèrent leur train. A Saint-Pétersbourg l’entourage de la princesse Narischkine, dont le tsar commençait à se détacher, tint les propos les plus désobligeans sur la reine Louise. ”
Edmond Bonnal de Ganges, La reine Louise de Prusse : origines de la revanche prussienne (1891)
“ Votre grande victime, fausse légende, la reine Louise fit négocier secrètement avec l'Angleterre et avec la Russie malgré les traités qui liaient la Prusse à Napoléon, prix des bienfaits de ce souverain à la paix de Lunéville. Le baron Bignon, témoin redoutable comme ministre diplomatique résidant en Allemagne, a écrit que les conversations de la Reine devinrent, dès 1805, des hymnes de guerre et causèrent une guerre de passion où la légèreté des femmes le disputa à la présomption comme aux rêves orgueilleux de la jeunesse militaire. ”
baron de Jean-Baptiste-Antoine-Marcelin Marbot, Mémoires du général baron de Marbot…
“ Il y fut reçu avec enthousiasme par la Reine, le prince Louis et les partisans de la guerre contre la France. Le roi de Prusse lui-même, circonvenu de tous côtés, se laissa entraîner en mettant toutefois pour condition (d'après les conseils du vieux prince de Brunswick et du comte d'Haugwitz) que son armée n'entrerait pas en campagne avant qu'on eût vu la tournure que prendrait la guerre sur le Danube, entre les Austro-Russes et Napoléon. Cette adhésion incomplète ne satisfit pas l'empereur Alexandre, ni la reine de Prusse; mais ils ne purent pour le moment en obtenir de plus explicite. ”
P. Christian, Histoire de la guerre avec la Prusse et des deux sièges de Paris… (1872)
“ Cent quarante mille Prussiens coururent aux armes, et le cabinet de Berlin s'unit à l'Angleterre et à la Russie. Napoléon essaya vainement de représenter que le territoire d'Anspach avait toujours été traversé, dans les dernières guerres, par les armées belligérantes, et qu'il était impossible d'admettre que l'armée française fût seule exclue de cette tolérance. Le roi de Prusse, entraîné par sa noblesse et peut-être aussi par l'esprit belliqueux de la jeune reine, repoussa tout accommodement. Mais la nouvelle du désastre des Autrichiens sous les murs d'Ulm tempéra bientôt cette effervescence. ”
Armand Lefebvre, Revue des Deux Mondes
“ S’arrachant à ses habitudes féminines, la reine donnait l’impulsion aux sentimens guerriers, et poussait le roi à prévenir l’invasion des Français en se jetant audacieusement au milieu de leurs corps épars en Franconie. Cependant la Prusse, n’ayant pas saisi, en 1805, l’occasion favorable de faire la guerre à la France, la prudence lui commandait de combiner son plan d’opérations avec les Russes, de manière à éviter la faute qu’avait faite l’Autriche dans la dernière guerre, et à ne point se trouver seule aux prises avec les armées de Napoléon. ”
Jérôme Delandine de Saint-Esprit, Histoire de l'Empire, 1804-1814 (1843)
“ La reine de Prusse avait aussi stimulé la noblesse à prendre les armes contre Napoléon ; ce dernier écrivit à Ber- thier : « On nous donne un rendez-vous d'honneur, jamais un Français n'y a manque ; et puisqu'une belle reine veut être témoin des combats, soyons courtois, marchons sans nous coucher pour prendre la Saxe. » Aux porter de Berlin, et de son quartier-général de Postdam, il adressait la proclamation suivante ”
Saint-René Taillandier,
Revue des Deux Mondes
“ Toute la Prusse fut entraînée. La reine, les princes Henri et Guillaume, frères du roi, le prince Louis-Ferdinand, le prince d’Orange, les généraux Rüchel et Blücher, des hommes même d’un caractère plus modéré, Jean de Müller par exemple, n’étaient pas satisfaits de l’annonce et des préparatifs de la guerre ”
Edmond Bonnal de Ganges, La reine Louise de Prusse : origines de la revanche prussienne (1891)
“ La Prusse ne semblait plus appartenir par son isolement et son bonheur à l'Europe des batailles, elle dont la guerre est l'industrie nationale ! La reine Louise, a dit Goethe, était descendue dans la cour de Berlin comme une apparition céleste, ceci explique tout. Le témoignage de cet homme de génie ne sera pas démenti par d'autres contemporains. Pendant dix années d'une paix continue le roi et la reine goûtèrent tous les bonheurs, leur popularité s'en accrut. Le roi avait les vertus de sa maison : l'économie et le travail ”
Edmond Bonnal de Ganges, La reine Louise de Prusse : origines de la revanche prussienne (1891)
“ Ce dernier côté de la question, voilà ce qu'ont oublié à dessein les créateurs de la légende prussienne de la reine Louise depuis un siècle. L'histoire n'a-t-elle pas d'autres devoirs ? Les conséquences des Traités de Vienne, si favorables à la Prusse dont ils doublèrent la population et les territoires, n'ont-elles pas plus que réparé une destruction passagère ! De cela, on ne dit mot parce que 1815 réduirait à néant toutes revendications. C'est donc par un mensonge qu'on trompe les esprits et qu'on entraîne les imaginations, puis les convictions. ”
Emmanuel de Las Cases,
Mémorial de Sainte-Hélène
(1823)
“ « La Reine de Prusse, disait l'Empereur « avait certainement des moyens, beauco « d'instruction et une grande habitude ; « régnait véritablement depuis plus de quin « ans ; aussi, en dépit de mon adresse et de tous « mes efforts, se montra-t-elle constamment « maîtresse de la conversation, la domina « jours, revint sans cesse à son sujet, peut-être « trop, mais, du reste, avec une grande con « venance, et sans qu'il fût possible de « fâcher ; et il est vrai de dire que l'objet et « important pour elle, le temps précieux « court. » ”
Edmond Bonnal de Ganges, La reine Louise de Prusse : origines de la revanche prussienne (1891)
“ L'histoire de la société allemande après Tilsitt, en 1808 surtout, redit l'exaltation du patriotisme prussien devenu la passion universelle du moment, des universités aux comptoirs, des ateliers aux fermes rurales. La cause nationale eut surtout les femmes pour âme des cercles patriotes. Elles voulurent venger leur reine que poétisaient ses malheurs et sa consomption lente, cause de sa fin. L'armée les occupa beaucoup et à côté des Hetz et des Prochaska, des Früger, des HützowAhlefeld et des Fichte, on ne devra pas s'étonner de trouver la fille de Scharnhorst. ”
Chronique de la guerre franco-allemande…
“ Dans l'espace de quelques années, l'Allemagne et particulièrement la Prusse se sont vues deux fois dans le cas d'apprécier l'organisation qui fait naître une noble rivalité d'abnégation et de bienfaisance. Quand les hommes sont appelés à seconder cette œuvre, c'est le devoir des femmes d'y participer, et en vérité les femmes de notre Allemagne font voir que le dévoûment est la belle part qui leur appartient. En demandant à Dieu une paix durable, qui doit être le but de nos grands sacrifices, nous nous sentons soutenus par la sympathie de l'association de la CroixRouge. Berlin, le 6 août 1870. ”
Madame de Rémusat,
Mémoires de madame de Rémusat…
“ Avec l'aide de Dieu, en peu de jours cela aura pris un caractère bien terrible, je crois, pour le pauvre roi de Prusse, que je plains personnellement, parce qu'il est bon. La reine est à Erfurt avec le roi. Si elle veut voir une bataille, elle aura ce cruel plaisir. ”
Just-Jean-Étienne Roy, Histoire de Marie-Thérèse d'Autriche… (1878)
“ Au printemps de l'année 1757, la grande confédération formée contre le roi de Prusse se disposait à agir. Cent mille Français étaient réunis sur le Rhin, et formaient trois corps d'armée commandés en chef par le maréchal d'Estrées. L'armée d'exécution se rassemblait en Allemagne ; vingt mille Suédois se préparaient à descendre dans la Poméranie, et cent mille Russes, commandés par le feld - maréchal Apraxine, postés sur les frontières de la Livonie, n'attendaient qu'un signal pour fondre sur le royaume de Prusse. ”
Jules Marnier, Le Mouchoir de la reine de Prusse… (1851)
“ Une troupe dorée se meut au sommet de la montagne ; elle se composait d'environ cent cinquante hommes a cheval ; déjà nous atteignions les jardins et nous pouvions ouvrir le feu sans perdre un seul coup de fusil mais la consigne! ! Nous entrons dans les bosquets..., tout fuit devant nous, plusieurs cavaliers attardés nous échappent ; mais deux d'entr'eux richement vêtus demeurent mes prisonniers. L'un me répond en bon français qu'il appartient a la maison de la reine de Prusse , laquelle se dirige au moment même sur Veymar avec les gentilshommes de sa cour ”
Henri Martin,
Histoire de la Révolution française de 1789 à 1799…
(1882)
“ Une autre lettre de Merci, du 1er mars, annonça à la reine l'adhésion de la Prusse au plan de l'empereur. L'Autriche et la Prusse devaient fournir chacune cinquante mille hommes et non plus quarante mille. Le roi de Prusse avait posé en principe le remboursement des frais de cet armement par la France, et l'on invitait Louis XVI à désigner les personnes qui arrangeraient l'affaire avec les puissances. ”
Edmond Bonnal de Ganges, La reine Louise de Prusse : origines de la revanche prussienne (1891)
“ C'est ce parti qui a créé en Allemagne la légende de la reine Louise, puis celle des provinces perdues à reprendre comme ayant été un vol à main armée. Les géographes prussiens publièrent une nouvelle carte de France qui montrait déjà notre patrie dépouillée de ses provinces, notamment de celles que nous appelons les frontières naturelles. Le duc représenta à l'Empereur russe que la France ne manquerait pas de reprendre l'épée à la première occasion car les autres puissances doublaient ou triplaient leur population et leur territoire ”
