“ « On ne la maltraitera plus, la pauvre petite ! fit une vieille femme à côté de moi. — Elle ira brûler en Enfer, répondit un frère mineur. » Et je ne savais ce qu’on doit penser des morts. Tandis que je demeurais sur le Rialto, abîmée dans ma tristesse, un moine, une dame ou un ouvrier s’intéressait en passant à ma figure, mais leur bienveillance ne me touchait pas, je ne répondais rien à leurs paroles et ils s’en allaient, impatientés de mon silence. ”
Rialto
Définition et enjeux
Citations sur “Rialto”
Hugues Rebell,
La Nichina
(1899)
“ Je n' en sais trop rien , me répondit le barcariol . Je crois que c' est à cause de l' Empereur qui veut faire la pluie et le beau temps dans le Milanais , et ailleurs aussi , dit -on . J' errais du Rialto à Saint-Marc , interrogeant tout le monde et ne sachant qui croire , car toutes les nouvelles se contredisaient . Les rues étaient pleines d' hommes d' armes allemands , espagnols , français , à la solde de la République . J' appris qu' un régiment seul était déjà en marche sur Milan . Le gros des troupes ne partait que le lendemain pour rejoindre l' armée pontificale dans le Plaisantin . ”
William Shakespeare,
Le marchand de Venise
(1600)
“ Votre réponse à cela ? SHYLOCK. Antonio est bon. BASSANIO. Avez-vous jamais entendu contester cela ? SHYLOCK. Oh ! non, non, non, non. Quand je dis qu’il est bon, je veux dire qu’il est solvable. Mais ses ressources sont exposées ; il a un galion en route pour Tripoli, un autre pour les Indes. De plus, j’apprends sur le Rialto qu’il en a un troisième pour Mexico, un quatrième pour l’Angleterre, et d’autres encore aventurés dans de lointaines spéculations. Mais les navires ne sont que des planches, les matelots que des hommes. ”
Gustave de Reiset,
Mes souvenirs
“ Nous combattrons plutôt que de subir cette ruine, car périr pour périr, autant vaut-il que ce soit, d’une manière honorable et en combattant l’ennemi commun que par la guerre civile. Je le dis comme italien plutôt que comme roi de Piémont, car il ne s’agit pas ici de mes intérêts, il s’agit de la ruine de l’Italie entière. Voyez ce qui se passe à Livourne, à Gênes, et dites-moi si, l’ordre étant si difficile à maintenir quand on espère une paix qui assurera l’indépendance du pays, il sera possible de résister si elle est menacée sérieusement. ”
Joseph Spillmann,
Bravoure et fidélité, roman historique…
“ Sans attendre des ordres, les Invalides abaissent alors le pont-levis, tirent la herse, ouvrent la porte. Un formidable cri de triomphe remplit les airs et, en se répercutant au-dessus de cette foule immense, se propage au même instant bien au loin dans la ville : « Victoire! victoire! La Bastille capitule ! » Et déjà à ces accents victorieux font écho, par milliers, les voix éraillées et haineuses des mégères et des lâches qui, pendant le combat, s'étaient prudemment tenus au second plan : « Vengeance ! vengeance ! Mort au Commandant ! Mort aux valets des tyrans ! mort ! mort ! » ”
Al Tirailleur, Épisodes de l'Invasion et de la Commune… (1879)
“ Vous n'ignorez pas, mon lieutenant, qu'au moment où l'ennemi envahit le sol de la patrie, il y eut une catégorie de gens qui, avant les intérêts de la France, firent passer leurs intérêts personnels, intérêts sordides qui ne se réalisent que par l'émeute, les bouleversements, les révolutions. Nos amis se faisaient tuer à Borny, à Gravelotte, à Patay; d'autres tombaient à St-Privat, à Orléans, à Champigny, tandis que ces gredins, fuyant devant l'ennemi, forgeaient des armes qui devaient cribler de balles françaises nos bataillons décimés par les obus allemands. ”
Amédée Gayet de Cesena, Campagne de Piémont et de Lombardie en 1859 (1859-1860)
“ Je vous appelle pour la cause la plus juste qui ait jamais fait tirer l'épée. Prenez en main l'arme du pays, que vous connaissez si bien, réunissez-vous en corps de tirailleurs et allez au-devant de l'ennemi à la frontière, pour la couvrir de votre fidélité et de votre courage, contre cet ennemi qui a si souvent payé de son sang la tentative de pénétrer dans vos montagnes. Contre cet ennemi, qui se fait l'allié de la rébellion contre l'autorité légitime instituée par Dieu, je confie à votre valeur les frontières de mon cher pays de Tyrol. ”
Gaston Leroux,
Le Parfum de la dame en noir
“ Rouletabille l’a dit: il faut savoir! Dans un siège aussi mystérieux, l’attaque dut être dans tout et dans rien! L’assaillant se tait et l’assaut se livre sans clameur; et l’ennemi s’approche des murailles en marchant sur ses bas. L’attaque! Elle est peut-être dans tout ce qui se tait, mais elle est peut-être encore dans tout ce qui parle! Elle est dans un mot, dans un soupir, dans un souffle! ”
Romain Rolland,
Le Théâtre de la Révolution
“ LES INVALIDES, massés auprès du pont-levis, regardent par les meurtrières, et crient : Ne tirez pas ! ne tirez pas ! Au dehors, des voix crient aussi : « Ne tirez pas ! » Un murmure : « La capitulation ! La capitulation ! » gagne de proche en proche. Des voix indistinctes discutent. — Puis, après un instant, le silence se fait. LES INVALIDES, regardant. Hoche et Hulin courent devant le peuple et abaissent les fusils... Ils comprennent. Ils s’arrêtent... Ils viennent près du fossé. BÉQUART, penché de tout son corps sur le mur, tend la capitulation au bout de sa pique, par-dessus le fossé. ”
Charles Richardot, Réfutation complète de l'opinion opposée au système de forts détachés sous les deux rapports militaire et politique… (1844)
“ Un tyran ne sera jamais possible en France. Rassurons-nous donc complètement à ce sujet; gardonsnous bien de voir des citadelles, des instruments de despotisme et de tyrannie, dans des fortifications qui au contraire sont la sauvegarde de nos libertés et de notre indépendance nationale, qui doivent au besoin et peuvent sûrement dans l'occasion garantir la capitale, sa nombreuse et brave population, des dangers d'un bombardement, d'un siège en règle, d'un blocus. ”
Louis Tirel, La république dans les carrosses du roi… (1850)
“ Elle s'acharna avec fureur à la destruction de la berline la Saverne, que montait habituellement le roi, en brisa les glaces à coups de crosse de fusil, détruisit les armes et le vernis des panneaux à coups de baïonnette, et s'écria : —« Ohé ! les amis, « de la paille à force, car celle-ci vaut la peine « d'être crânement chauffée! » Les ordres de cette mégère furent bientôt exécutés.— « Bien! ajonta-t-elle. Du feu maintenant, et « partons pour faire une petite promenade sur le « Carrousel et aux Tuileries. » ”
Lodovico Ariosto, Roland Furieux, tome 2 (1880)
“ La violence avec laquelle elle les a saisies en fait tomber une partie à terre, l’autre lui reste à la main. Le roi, qui se tient pour vivement offensé, lève un regard plein de courroux, et le peuple saisit les lances et les épées pour venger une injure qu’il ne saurait supporter, sans se rappeler ce qu’il lui en a coûté, quelques jours auparavant, de chercher querelle aux chevaliers errants. ”
Charles Degrandchamp, Poésies à l'armée française en Italie… (1859)
“ Comme une avalanche terrible Qui, dans son cours irrésistible, Sur son passage entraîne tout ; Ainsi nos cavaliers, dans leur course effrénée, Traversent l'ennemi qui tombe par traînée Sur le terrain sanglant, car la mort est partout. Gloire ! gloire à jamais à ceux que la mitraille Renversa mutilés sur le champ de bataille ; Italiens, gardez toujours leur souvenir, Car ce sang généreux prodigué par la France, De la liberté sainte et de l'indépendance Est l'engrais précieux pour les jours à venir. ”
Pauline de Candé, Souvenirs inédits de la Bne de Candé…
“ Le soir nous pûmes descendre à l'état-major, et là je fis part de mes craintes relativement aux blessés patriotes. A tout ce que l'humanité m'inspirait en leur faveur, je joignais le tort que ferait à la réputation des Royalistes le massacre de tous ces malheureux. Le prince riait de mon inquiétude, et m'assurait, ainsi que M. de Lyrot, qu'elle était sans fondement. Pendant le dîner, M. de Lyrot, qui était sorti un moment, rentra et dit à M. de Talmont que les soldats voulaient absolument tuer les Bleus. ”
Al Tirailleur, Épisodes de l'Invasion et de la Commune… (1879)
“ Il venait d'apercevoir entre les mains de l'officier le reçu des 5,000 francs qui lui furent versés par Marcellar pour prix des chevaux vendus à l'armée allemande. — Brûlez-le, dit Roger en le lui tendant. Il m'eût suffi pour vous faire fusiller par mes francs-tireurs. Brûlez-le, que nul ne sache que le comte de Nordens, au blason sans tache, était pourvoyeur des troupes du roi Guillaume. Le comte, avec un sourire indéfinissable, regarda brûler cette preuve de son infamie; quand il n'en resta plus que quelques cendres, il releva la tête et reprit son audace première. ”
Georges Lioret, 1814-1815 à Moret et dans les environs (1904)
“ Mais il est juste d'accorder aussi notre estime et nos louanges à ceux qui ont souffert sans pouvoir combattre; à ceux qui, restés dans leurs foyers, ont passé tant de jours d'angoisse et de nuits sans sommeil; à ceux qui ont supporté les réquisitions, l'incendie, le pillage et la brutalité des étrangers. Certes nous n'oublions pas que beaucoup de Français d'alors épuisèrent toutes les formules d'adulation en- vers Napoléon sous l'Empire et envers Louis XVIII sous la Restauration ”
Pierre Clavé, Alain Chartier, ou Le baiser de Marguerite… (1850)
“ SIR RAOUL. Et ne comptes-tu pour rien le rival que l'enfer me réserve ? Tu connais sir Arthur. SIFFROY , l'interrompant. Pourquoi trembler ainsi devant un ennemi si peu redoutable. Vous êtes trop puissant pour qu'il ose jamais troubler votre repos ; et puis, il est à l'armée et ne pourrait abandonner sa bannière à la veille d'une rencontre avec l'ennemi, sans s'exposer au plus terrible châtiment. Espérez plutôt que le lendemain , quand on ira compter les morts sur le champ de bataille, votre rival aura payé sa dette à la patrie. ”
J.-Augustin Jouin, Lettres bordelaises, ou Lettres à un habitant de Bordeaux… (1829-1830)
“ A leurs yeux, cette révolte est le mouvement d'un peuple sublime; ils veulent, disent-ils, faire entrer la terreur dans ce palais d'où elle est sortie tant de fois ! comme ils sont satisfaits de voir ces brigands soudoyés, obéir à leurs ordres! Ils croient leur victoire assurée; une armée de sans-culottes envahit les Tuileries. Que va devenir l'héritier de tant de Rois! Un canon est braqué contre son appartement, tout près sont la guillotine et l'affreuse lanterne , avec ces mots : « Justice pour les tyrans!» ”
Gustave Richardet, Quatre jours de prison sous la Commune (1871)
“ Français comme vous tous, enfant de la Bourgogne, De nos vils assassins l'ennemi le plus jure, Malgré mon sang, mon nom, ma rubiconde trogne, Je fus, comme Prussien, dans ce cachot coffré. BÉJUS, CHARLES. Je remarque, d'après la plupart des inscriptions, que tout le monde prétend être innocent. Il n'y a guère qu'un ou deux individus qui se reconnaissent coupables et repentants, et encore avec une orthographe tellement fantaisiste, que leur repentir me paraît sujet à forte caution. ”
Extraits d'une histoire inédite des guerres de la république et de l'empire… (1853)
“ Il vit seulement s'élever, par intervalles, sur les montagnes qui s'étendent vers le Tyrol, la fumée de quelques coups de fusil. D'après le plan de bataille, il devait manœuvrer de manière à se lier, par la gauche, à Liptay. Il envoya des sous-officiers, des patrouilles pour chercher des nouvelles, faire connaître son arrivée sur les hauteurs de Rivoli, engager ses collègues à tenter encore une attaque de front, tandis qu'il assaillirait l'ennemi en queue. Sous-officiers et patrouilles tombèrent la plupart entre nos mains. ”
duc d'Otrante Joseph Fouché, Mémoires de Joseph Fouché, Duc d'Otrante…
“ Cent soixante et dix mille hommes épuisés, fatigués, dégoûtés par vingt défaites, et commandés par des généraux toujours à la veille d'une disgrâce, pouvaient-ils tenir tête à plus de trois cent mille ennemis, secondés en Italie et en Allemagne par les peuples, et portés, soit par l'ardeur de la victoire, soit par le désir de la vengeance, sur les frontières mêmes de la république? ”
Louis Blanc,
Histoire de dix ans/Tome 5
“ Ici les fantassins abaissant leurs baïonnettes; là les artilleurs penchés sur leurs mousquetons et prêts à faire feu; au-dessus, et le long des remparts, le peuple se répandant en vœux pour le prince et accablant l’infanterie d’une grêle de pierres, au milieu des clameurs confuses, du roulement des tambours, du cliquetis des armes et du piétinement des chevaux. Mais tout cela fut de courte durée. C’est être vaincu, dans une insurrection, que de tarder à vaincre. Quelques coups de fusil tirés en l’air, sur l’ordre du lieutenant-colonel Taillandier, intimidèrent le peuple. ”
Louis-Joseph Lahure, Souvenirs de la vie militaire du lieutenant-général baron L.-J. Lahure… (1895)
“ Vous fusillez et canonnez nos parlementaires qui allaient à Tivoli, à Vicovaro : vous faites prisonnière de guerre la garnison française de Rieti, vous attaquez nos troupes sur les hauteurs de Terni et vous n'appelez pas cela une déclaration de guerre ? La force seule, Monsieur le Général, nous a contraints d'évacuer Rome; mais croyez (et vous le savez mieux que personne) que les vainqueurs de l'Europe sauront venger d'aussi outrageants attentats. ”
Jacques-André Jacquelin, Les Bourbons martyrs, ou Les augustes victimes… (1821)
“ Deux bataillons de Gardes nationales, qui accouraient au secours du Roi,-voyant que ce prince avait renoncé à être secouru, songèrent à leur propre sûreté : ils se réunirent aux assaillans, et dès-lors la révolution fut consommée. En vain tout ce qui est fidèle veut résister; en vain les Suisses déployent le plus grand -courage; soumis aux ordres du Roi, ils ne se servent de leurs armes que pour parer les coups. Le çanon tonne à coups redoublés; le feu embrase les bâtimens des cours, la populace pénétre dans le château et le souille du plus horrible massacre. ”
Histoire de Pascal Paoli, ou La dernière guerre de l'indépendance… (1843)
“ Croyez-vous, qu'il ne suffira pas de quelques milliers de braves pour étouffer le foyer de l'insurrection et livrer les chefs de la révolte aux rigueurs de la justice nationale? Les Anglais dont le pavillon flotte en vue de ces rivages, seront impuissants, soyezen sûrs, pour les dérober au juste châtiment qu'ils ont mérité. Quel est le bataillon français qui, appelé à marcher contre cette poignée de séditieux, ne se sente deux fois plus de courage qu'il n'en faut, pour rétablir dans toute la Corse, le gouvernement de la république ? ”
Edward Bulwer-Lytton,
Rienzi
(1835)
“ Rodolphe, lui dit-il, attention ! — pas de violence envers les citoyens. Retourne à cet attroupement, rassemble les amis de notre maison, retire-les de la bagarre ; que les Colonna ne soient pas accusés des violences d’aujourd’hui, et assure à nos clients, en mon nom, que je jure, par mon titre de chevalier reçu des mains de l’empereur, que mon épée punira Martino di Porto de son crime. Je voudrais bien aller en personne apaiser le tumulte, mais ma présence aurait l’air de l’encourager plutôt. Va, tu suffis bien à toi seul pour leur faire contre-poids. ”
Al Tirailleur, Épisodes de l'Invasion et de la Commune… (1879)
“ Les francs-tireurs poussèrent un cri de joie. Ils allaient se retrouver face à face avec ces Allemands, cause de tant de malheurs; aussi n'était-ce que combinaisons, que pièges et embûches à tendre; en somme, ils se promettaient de les accueillir le plus mal possible. Le jour commençait à poindre. Le lieutenant donna l'ordre de relever le factionnaire qui veillait au dehors; sa présence aurait pu les dénoncer aux Prussiens. — Tout le monde dans les caves, commanda l'officier, et que nul ne sorte sous aucun prétexte. Prenez du repos; ce soir peut-être nous aurons une alerte. ”
Maxime Du Camp,
Les Convulsions de Paris
“ « C’est moi, Raoul Rigault ! À bas les assassins ! » Le caporal, sans attendre d’ordre, lui appliqua le revolver sur la tête en lui disant : « Crie : Vive l’armée ! » Rigault cria « Vive la Commune » Le caporal fit feu Rigault s’abattit la face contre terre et les bras en avant ; une convulsion le retourna ”
Aristide-Michel Perrot,
Relation historique des journées mémorables des 27…
(1830)
“ Arrivé vis-à-vis la rue Richelieu, en face d'une forte barricade, formée des arbres du boulevard , et improvisée par l'ardeur patriotique de la population , il se trouva pressé de toutes parts par le peuple qui lui criait : Vous, soldats français, tirer contre des Francais! Tout-à-coup les citoyens se précipitent au milieu de leurs pelotons, et, le fusil en joue, les exhortent à se réunir à eux en criant : Vive la France! ”
Adolphe Michel, La Troisième République française… (1873)
“ Au même instant les troupes de Ricciotti arrivaient sur les lieux. Sous cette charge de cavalerie, l'ennemi hésite un instant ; Garibaldi ordonne à son fils dé se jeter sur lui à la baïonnette. Les Prussiens sont culbutés, poursuivis dans les vignes et les bois. L'artillerie cesse son feu, de peur d'atteindre indistinctement Français et Prussiens, qui, entremêlés, se battent avec rage. A la nuit tombante, nous restons maîtres du champ de bataille ; le terrain était couvert de morts et de blessés. ”
