“ Le mouvement de la bataille du moyen-âge, de la bataille aux armures de fer, aux grands chevaux cuirassés et aux larges blessures, est on ne peut mieux exprimé ; c’est un duel de vingt mille hommes, où les coups retentissent comme sur une enclume, avec un tapage infernal ; l’encombrement du pont, le saint Louis exterminateur, le cheval éventré, le crâne fendu du soldat, le page criant après son maître renversé, et les efforts des hommes d’armes, accourant au secours, barbottant et hurlant dans l’onde, tout vous remue et vous secoue profondément. ”
Battage
Définition et enjeux
Le terme « battage » désigne, dans un contexte militaire, le déploiement intense de forces armées en combat, souvent marqué par des descriptions épiques de conflits et de mouvements tactiques. A. B. évoque les bruits et les images chaotiques des batailles médiévales, tandis qu’Émile Driant célèbre le fracas des assauts héroïques.
Fénelon, dans une lettre à Louis XIV, souligne la fragilité des victoires, et Albert Néret poétise la défaite comme une « terrible fête ». Ces perspectives, tirées de textes historiques et littéraires, révèlent une diversité d’approches pour explorer la violence et la dynamique des combats, mêlant récits épiques et analyses stratégiques.
Citations sur “battage”
“ Jean Tapin Ce grand mot de bataille, qui résonne comme un coup de clairon, évoque, j’en suis sûr, à vos yeux, mes enfants, des images de mêlées gigantesques, de flots humains roulant les uns contre les autres et s’entrechoquant avec fracas ; d’assauts héroïques livrés sous la poussée des musiques et les cris des chefs. En le lisant, ce mot, vous voyez en imagination des régiments de cavalerie se chargeant avec rage ; des pièces de canon emportées par des cohues de fantassins, accourant baïonnette haute ; des vaincus fuyant dans toutes les directions et poursuivis l’épée dans les reins. ”
Fénelon,
Lettre de Fénelon à Louis XIV
“ Pendant que vous prenez, dans un rude combat, le champ de bataille et le canon de l’ennemi, pendant que vous forcez les places, vous ne songez pas que vous combattez sur un terrain qui s’enfonce sous vos pieds, et que vous allez tomber malgré vos victoires. ”
A. A., Revue des Deux Mondes tome 95, 1889
“ Concentrée pour le combat, avec des élémens dispersés pour la découverte, cette cavalerie s’ébranle. Qui peut s’opposer à sa marche ? Les forts d’arrêt, les bataillons avancés ? Adversaires inertes, cloués au sol, fixés en leurs positions de résistance, ils sont l’immobilité, et elle est le mouvement. Entre les deux, la lutte est inégale. Si elle ne peut les attaquer, les renverser d’un coup de boutoir, elle les tournera, et au prix même de sanglans sacrifices, pénétrera jusque sur la ligne des corps de bataille, y sèmera le désordre et le trouble, en rapportera la lumière. ”
L’Encyclopédie/1re édition/Tome 2
“ Battement d’épée, en Escrime, est une attaque qui se fait en frappant avec la lame de son épée celle de l’ennemi. Les battemens d’épée se font toûjours de pié ferme, en dégageant ou sans dégager, sur les armes ou sous les armes. Battemens d’épée en dégageant, se font comme les battermens simples, excepté qu’on commence par dégager. Voyez Battement d’épée. Battement d’épée de tierce, sans dégager sur les armes ou sous les armes. Il se fait en frappant d’un coup sec du fort du faux tranchant sur celui de l’épée de l’ennemi, en faisant un mouvement en avant comme quand on part ”
Édouard Papot, Souvenirs d'un volontaire de 1870… (1871)
“ La bataille dura toute la journée. Jamais je n'oublierai ce spectacle : deux ou trois villages en feu, de longues files de blessés, le bruit épouvantable de l'artillerie et le sinistre crâlement des mitrailleuses. Ce fut le seul jour où j'éprouvai une certaine émotion. Etions-nous vainqueurs ou battus? Telle était la question que nous faisions constamment à nos officiers, qui, armés de longues-vues, examinaient les péripéties de la bataille. Enfin le soir, vers sept à huit heures, nous montâmes nos tentes; nous étions sans vivres. ”
A. Chalamet, Guerres de Napoléon (1800-1807… (1895)
“ Chaque chef parvenu sur le revers du défilé et prêt à entrer dans la plaine, fait ranger sa division en bataille. Alors notre ligne présente un front formidable. A mesures que les pièces d'artillerie arrivent, elles sont mises en batterie et vomissent la mort à bout portant sur les ennemis épouvantés. Ils reculent; leur immense cavalerie charge en masse avec furie; mais la mousqueterie, la mitraille, la baïonnette l'arrêtent court; un de leurs caissons saute en l'air; l'effroi redouble; le désordre naissant se cache dans la fumée; les cris du vainqueur augmentent leur terreur ”
Joseph Anglade,
Les Troubadours, leurs vies, leurs œuvres…
“ Nous verrons à l’entrée de la bataille trancher et rompre masses d’armes, épées, casques de couleur et boucliers ; nous verrons maints vassaux frappés ensemble et les chevaux des morts et des blessés errer à l’aventure ; qu’au moment de l’assaut tout chevalier ne pense qu’à briser bras et têtes, car il vaut mieux être mort que vaincu. ”
Albert Néret, Les damnations ; suivies des "Chants révolutionnaires" et de quelques pièces fugitives (1881)
“ Défaite Et la bataille était votre terrible fête. Quand la mêlée affreuse en sa course entraînait Vos rudes légions; quand la charge sonnait ; Sur la Sambre ou le Rhin, quand il fallait se battre ; Et quand il fallait vaincre un contre trois ou quatre, Malgré le feu vomi sur vos rangs foudroyés, Vous couriez à l'assaut; fougueux, les reins ployés, La victoire excitait vos hordes conquérantes ; Les clairons vous jetaient des notes enivrantes ; Les canons ennemis, sur les coteaux placés, Mêlaient aux larges vents leurs souffles embrasés. ”
Jean Féron,
La revanche d’une race
(1924)
“ Vous pouvez dès à présent vous faire une idée assez juste de ce qu’est la bataille là-bas ! ! En effet, au bruit presque assourdissant des grosses pièces d’artillerie et des explosions d’obus qu’apportaient jusque-là les échos mornes du matin, on eut juré que le front n’était pas à plus de deux ou trois kilomètres. ”
Basile Moreau,
La Vendée : poëme en douze chants
(1861)
“ Bonchamp, le sabre en main, éperdument s'y jette, Les balles, en sifflant, n'arrêtent point Charette; L'armée en masse est là, pesant sur chaque front, Et le bloc mayençais cède enfin et se rompt ! La redoute est forcée : alors change la scène, Et le champ de bataille est une affreuse arène. On se mêle, on fusille, on tue à bout portant, On se frappe, avec rage, et corps à corps luttant, A coups de baïonnette, et de crosse et d'épée : Le carnage est hideux, la terre en est trempée, Dans la fange sanglante on trépigne, au milieu De cris, de juremens, et d'une mer de feu ! ”
Alfred de Chaumont, Les Rayons d'or de la vie des enfants… (1860)
“ Une fois sur le champ de bataille, où l'on se tue d'une affreuse façon, où le canon tonne, où la fusillade vomit la mort, où la cavalerie charge, où, sur un immense espace, le carnage, la boucherie, une indescriptible boucherie, se fait, où les éclairs de l'artillerie déchirent difficilement les épais nuages de fumée, je me sens moins brave... Je me retire sur les derniers rangs, pour m'isoler un moment, car la peur produit sur le corps de tristes effets, à l'heure d'affronter le fer, le feu, la mort, dans une bataille. ”
Joachim Ambert,
Les cinq épées : Bessières, Radetzky…
(1884)
“ Au milieu des morts et des blessés, sous une grêle de balles et de boulets, au bruit formidable de l'artillerie, enveloppé d'un voile de fumée, les pieds sur un sol tremblant, la tête dans la fournaise de la bataille, les autres ne voient que la gloire ou le désespoir, la fortune ou la ruine. ”
“ Mieux vaut la fin inattendue qu’on rencontre sur un champ de bataille ; mieux vaut la balle aiguë, mieux le coup de sabre hasardé dans la galopade et le ventre à terre ; mieux l’obus qui nous enlève dans une gloire de poussière. ”
Benoît Joseph Jullien, Les mémoires du capitaine Jullien… (1874)
“ Ce combat est atroce : on y voit des hommes se coupant la figure, se traversant la poitrine, s'ouvrant le ventré, tombant de cheval, les chevaux marchant sur les blessés, des chevaux et des cavaliers tombant les uns sur les autres; on y voit quelques officiers se servant de leurs revolvers, des hommes à terre se servant de leurs fusils ou de leurs pistolets, en un mot, toutes les horreurs de la plus ignoble destruction! ”
Roger de Beauvoir,
Les armes et le duel. [précédé de Notice sur l'auteur…
(1864)
“ Ainsi le battement emporte la main, le croisé encore plus ; vous seriez donc sans ressource, si par prévoyance, ou même par hasard, votre adversaire vous a trompé; rien de plus nécessaire que les faux-temps, puisqu'ils donnent les moyens de n'être pas surpris. On peut considérer les engagements comme des attaques à l'épée. En voici les raisons : L'engagement s'empare de l'épée ennemie, la maîtrise; sous ce rapport, on peut dire qu'elle l'attaque. On fait d'ailleurs les engagements en battant le fer ennemi si on le juge à propos. ”
Auguste Charles Lucien Pelecier, Un raid de cavalerie, épisode de la première bataille de la Marne (1921)
“ Mais c'est donc en vain que, depuis la fin des guerres du premier Empire, on a reconnu la superbe inutilité des passes d'armes et des tournois épiques, des chevauchées épuisantes et stériles mettant hommes et bêtes sur les dents, non sans gloire, certes, mais sans profit pour la bataille, la vraie bataille, celle qui conclut tout et qui, pour tout conclure, doit frapper fort, et, pour frapper fort, a besoin de tous ses marteaux? ”
“ La bataille est une succession de combats singuliers, coupés de repos et de repas, entremêlés de défis et dialogues, à la façon des héros d’Homère. Les spectateurs jouissent des passes d’armes ; on dirait une représentation de gladiateurs ; c’est un jeu, mais un terrible jeu. Les horions de tomber en grêle ; les guerriers, autant de bûcherons au travail dans un taillis d’hommes. Superbes coups de hache, charmantes feintes, élégants écarts, gracieuses passes et ripostes, beaux donnés et beaux rendus ! Les femmes d’applaudir, les femmes dont la présence est tenue pour indispensable. ”
Dick de Lonlay,
Nos gloires militaires
(1901)
“ Ceux d'entre nous qui n'ont pas encore vu le feu sont heureux de pouvoir enfin gagner leurs éperons. Nous avançons à travers des champs de blé ravagés et foulés aux pieds des chevaux. La bataille prend des proportions colossales et se déploie sous nos yeux, simple et sublime. Des arbres verts, de grandes plaines avec leurs buissons, des coteaux verdoyants, des chaumières çà et là, puis au milieu de l'amphithéâtre de longues colonnes d'infanterie, des escadrons serrés, des chariots, des canons, les cris des combattants, le sifflement des balles et le ronflement des boulets. ”
“ «Quand la bataille commence, il pousse un hurlement terrible, arrive, frappe, disparaît et revient comme l'éclair. En un instant il emporte et pille le camp assailli. Il combat de près avec le sabre, et de loin avec une longue lance dont la pointe est artistement emmanchée.» ”
Charles Le Beau,
Histoire du Bas-Empire. Tome 04
(1836)
“ Le champ de bataille était jonché de morts, de mourants, de blessés. Cet affreux spectacle animait encore la rage des combattants; comme s'ils reprenaient de nouvelles forces dans le sang de leurs camarades, ils ne se lassaient ni de porter ni de recevoir des coups; et la fin du jour les surprit encore affamés de carnage. ”
Jean Giraudoux,
Lectures pour une ombre
(1917)
“ Parfois l’un de nous, le bâton levé, se précipite sur une meule et la bat; c’est un éclat qui enflamme une gerbe, et, ignorants, au lieu de prendre en souvenir ce que les obus laissent de plus léger, leur aluminium, leur fusée, nous reviendrons vers le village chargés des éclats de fonte eux-mêmes. A la lorgnette nous voyons derrière nous les convois arrêtés, observant une limite qui est celle de la bataille; ils sont en cercle, nous livrons une bataille ronde; nous voyons leurs chevaux qui mangent, nous voyons un adjudant en bras de chemise sur un pliant lire un journal, nous voyons la paix. ”
Les Cavaleries étrangères. La cavalerie allemande… (1892)
“ Tout champ de bataille présente aujourd'hui comme autrefois, les suites inévitables d'un combat opiniâtre, qu'elles dégénèrent en désordre, en déroute, en fautes tactiques ou d'inattention, ou que les forces de l'infanterie soient tombées dans une apathie complète par suite de l'effet meurtrier, tant au physique qu'au moral, d'un combat à longue portée. ”
Charles Besson, Histoire d'un bataillon de mobiles… (1872)
“ Dans la lutte hommes contre hommes, si l'on reçoit des balles, on a la consolation d'en envoyer; il y a l'animation du combat, le bruit de la fusillade, l'odeur de la poudre; le soldat se grise en combattant. ”
Gustave Planche,
Revue des Deux Mondes
“ C’est une bataille où l’on se bat, une bataille où le sang coule, où l’épée entame la chair, et cet éloge, qui semble vulgaire, est bien rarement mérité. Que de compositions décorées du nom de bataille devant lesquelles se pâment d’aise les spectateurs ennemis de toute mêlée tumultueuse! On peut trouver que les masses sont trop confuses, que les figures du premier plan ne sont pas dessinées avec assez de précision; mais il faut rendre justice à l’énergie de l’invention. ”
Louis Gensoul, Un bataillon de mobiles pendant la guerre de 1870-71… (1879)
“ Je ne connais pas de situation plus pénible que cette inaction forcée au milieu d'un champ de bataille! Il vaut cent fois mieux prendre part à la lutte et se battre franchement qu'attendre ainsi toute la journée un ordre de marche, l'arme au pied. ”
Jésuites et imprimeurs de Trévoux, Dictionnaire de Trévoux/6e édition…
“ Battre, signifie aussi, défaire des troupes assemblées en un corps. Fundere, cædere, profligare. Les petites armées battent bien souvent les grandes. Samson battit les Philistins avec une mâchoire d’âne. ☞ Battre, signifie encore en termes de guerre, attaquer avec de l’artillerie. Quatere, verberare. Une armée que le canon bat en flanc est bientôt défaite. On a battu Rhodes avec cent pièces de canon. ”
Léonia Sienicka, Au delà du présent
“ Plus de cent cinquante canons jouaient cette bataille, semant partout la destruction et la mort. La vapeur, la fumée, la poussière aveuglent; l’effroyable grondement des projectiles déchire les oreilles; en un mot, le combat est une orgie inouïe et sauvage! ”
César-Pierre-Thomas Lavelaine, Les évolutions de ligne, par bataillons en masse… (1852)
“ Une bataille ou combat s'engage de deux manières : ou l'affaire se commence par des attaques d'avant-garde, ou par des attaques de tirailleurs, lorsque les deux partis ont pris chacun une position; supposons cette dernière: les dispositions prises, les ordres donnés, l'artillerie des ailes se porte à 300 ou 400 pas en avant sur les côtés de la ligne, choisit une position, de manière à prendre d'enfilade les pièces ennemies, à tirer en écharpe sur les masses, ou à canonner un village défendu, pour en chasser l'ennemi. ”
John Milton,
Le Paradis perdu
(1847)
“ Dans les nues opposées, deux armées se rangent en bataille; de chaque avantgarde les cavaliers aériens piquent en avant, se précipitent la lance en arrêt, se heurtent; jusqu'à ce que les épaisses légions se mêlent, s'entre-choquent, et par le fracas des armes, de l'un à l'autre bout de l'empyrée, le firmament s'embrase. ”
François-René de Chateaubriand,
Les Natchez
“ Soudain des guerriers se jettent à l’écart, se groupent, s’entremêlent, se déploient, se rassemblent encore ; la balle saute à petits bonds sur leurs raquettes jusqu’au moment où un bras vigoureux, la dégageant du conflit, la reporte au centre de l’arène. ”
Jésuites et imprimeurs de Trévoux, Dictionnaire de Trévoux/6e édition…
“ Donner, livrer bataille. Prælium committere, conserere, dare, miscere. ☞ Les Vocabulistes, d’après l’Académie, disent que la bataille est un combat général de deux armées ennemies. Ce dernier mot est inutile ; le reste n’est pas exact. Combat n’est pas un terme générique. Le mot d’action est le genre dont bataille & combat sont les espèces. Celui de bataille, comme nous l’avons dit avec M. l’Abbé Girard, est une action plus générale, & ordinairement précédée de quelque préparation : celui de combat exprime une action plus particulière, & souvent imprévue. ”
Jean-Baptiste Charles, Ma méthode
“ Le sort d’une bataille dépend parfois d’une charge bien menée ; eh bien, le cavalier qui connaîtra à fond les mouvements dont je parle, pourra certainement combattre avec avantage et assurer ainsi le succès de la bataille ; car les coups simples se font avec tous les tireurs. Moimême, dans le cours de ma carrière, lorsqu’il m’est arrivé parfois de toucher mon adversaire, je n’y suis jamais parvenu que par un coup droit, un dégagement ou un une-deux, précédés d’un battement ; car il y a beaucoup de tireurs qui étant en garde. ne se couvrent pas complètement dans la ligne où ils sont engagés ”
Les Batailles célèbres des armées françaises… (1882)
“ Dans cet instant la bataille est générale. Deux cent mille hommes, avec 700 pièces de canon, semant la mort dans un espace que l'œil peut facilement embrasser, présentent un de ces spectacles terribles et heureusement rares dans l'histoire. ”
Jean-Baptiste Charles, Ma méthode
“ Si le tireur auquel vous avez affaire est plus grand que vous, il faut, au contraire, lever la main de façon à lui couper la ligne haute, vu qu’il est bien placé pour forcer votre fer et vous surprendre par des coups droits ou des coups d’arrêt. Il faut autant que possible précéder son attaque d’un battement. Vous ébranlez ainsi la poignée de votre adversaire, tout en chassant la lame de la face du corps. ”
