“ À Oun-Capan, à l’entrée du Phanar, deux chevaux nous attendent. Un coureur nous précède, porteur d’un fanal de deux mètres de haut, et nous partons comme le vent. Le sombre et interminable Phanar est endormi ; tout y est silencieux. Dans les rues où nous courons, le soleil en plein midi hésite à descendre, et deux chevaux ont peine à passer de front. D’un côté, c’est la grande muraille de Stamboul ; de l’autre, de hautes maisons bardées de fer et plus vieilles que l’islam, qui s’élargissent par le haut, et font voûte sur la ruelle humide. ”
Phanar
Définition et enjeux
Citations sur “Phanar”
Dora d’Istria,
La Nationalité hellénique d’après les chants populaires
“ Quoique les anciennes qualifications continuent d’être employées, elles sont loin d’exprimer les mêmes réalités. L’habitant de la plaine était avant la guerre de l’indépendance presque aussi isolé du monde civilisé que le klephte des montagnes, et le genre de vie qu’on menait à Stamboul et dans quelques autres centres était véritablement exceptionnel. Le Phanar, où vivaient les familles des hauts fonctionnaires et des gens riches, n’aurait guère compris la rudesse originale des sentimens qu’éprouvaient les « lions » et les « vautours » de la montagne. ”
Alcide Dusolier,
Le Parnasse contemporain/1876
“ Qui sort en frissonnant d’un bouquet de cresson : Tu désaltéreras — d’un trait — ta gorge sèche, Et puis Phanor et moi nous te ferons raison. La source, un peu plus loin, s’épanouit en flaque. Là viennent, jupe au vent et cheveux en fouillis, Les laveuses d’Aza dont le battoir qui claque Fait sauter, par moments, l’écho dans les taillis ! Dans la mare Phanor s’abattant ventre à terre Les éclaboussera d’un flot — mal à propos ; Elles crîront bien fort ! Et, pour les faire taire, Nous, nous embrasserons les belles en sabots. ”
Louis-Claude de Saint-Martin,
Poésies
“ Eleva dans les airs ses chants mélodieux ; Sut à la fois du haut de sa cime embrasée, Faire éclater la foudre, ou verser la rosée, Selon qu’elle eût à perdre ou bénir les mortels. Bien plus, Phanor, ces traits puisés sur mes autels, Toute la terre a vu leurs sources créatrices, En divisant le cours de leurs eaux productrices, Venir de mes trésors enrichir l’univers, Et répandre en tous lieux ,l’empire de mes vers. ”
Georges Eekhoud,
Les pittoresques : la guigne, Raymonne…
(1879)
“ A faits pour retirer l'homme du sein des flots. (Et ce jeune marin, c'est avec des sanglots Qu'il nous a relaté cette épique aventure, Où le chien mieux que nous honore la nature.) Phanor, l'ayant traîné, froid et sans mouvement, Mais vivant, jusqu'au bord, se coucha doucement Près de lui, le flairant, lui léchant le visage. Et, lorsqu'on emporta l'homme au prochain village, Afin de le vêtir, de le réconforter, Phanor, agonisant, Phanor put lui jeter Un cri tendre et plaintif comme un pardon encore. ”
“ Phanor, devant lequel Timon disoit cela, Lui répondit : ordonnez, me voilà Prêt à partir justement pour la ville Où vos parens fixent leur domicile, Et de vos dons bientôt jouiront vos neveux. Je le promets, Timon, j’en jure par nos dieux Et vous pouvez être tranquille. — Oh ! d’un dépôt je veux t’éviter l’embarras. Phanor, tu t’es moqué cent fois de ma croyance ; Pour tes amis, pour toi, c’est pure extravagance. Quoi ! jurer par les dieux auxquels tu ne crois pas ! ”
Maurice Souriau, Histoire du Parnasse
“ Pour eux, l’art parnassien est « une étoffe raidie par les brocarts et les orfrois, alourdie par les cabochons, et telle que peut l’aimer un roi barbare. Quelle différence avec la gaze légère, ondoyante, modelée comme une caresse sur la hanche harmonieuse d’une Vénus grecque ; l’une étonne, éblouit, mais l’autre, flottante, aérienne, laisse voir la pure beauté [3] ». Le couplet est bien joli ; mais est-ce la vérité ? Le symbolisme a-t-il triomphé du Parnasse [4] ? A-t-il vaincu Leconte de Lisle ? ”
Maurice Souriau, Histoire du Parnasse (1929)
“ Parnasse : « Barrer son cœur aux passions humaines, et demeurer, ainsi qu'il convient, le spectateur farouche et froid du drame de la vie, écrire en un style somptueux et compliqué auquel ne puisse rien entendre le Vulgaire, et s'inspirer toujours des temps et des régions énigmatiques sur lesquels flottent comme un voile divin l'Idéal et l'Ombre ; voilà le vrai critérium, le seul, le nôtre, celui de l'Hôtel du Dragon-Bleu ! Car c'est nous qui sommes les Impassibles ! Je suis, moi, impassible Indou, et je m'en fais gloire ; ce monsieur là-bas est impassible Scandinave ». ”
Louis-François-Hilarion Audibert, Histoire et roman
“ Pharan, au contraire, en a une ; Pharan ne se révèle qu’au moment où sa jalousie éclate contre le Persan Pharasmin. Tout ce qui précède est la préparation du caractère de cet Arabe, dont le cœur, ainsi qu’il le dit lui-même, est brûlant comme la pointe du rocher que le soleil dévore. Il y a dans chaque rôle, quand il est bien fait, deux à trois vers qui en sont la clef. C’est là ce qu’il faut savoir saisir. Je vous révèle un des grands secrets de mon art. Avant toute chose, quand j’étudie, je m’attache à ces vers ; quelquefois même ce n’est qu’un mot. ”
“ Le nouvel atelier de Heredia équilibre à un bout du Parnasse ce qu’était aux origines romantiques de ce même Parnasse l’atelier de Gautier, avec sa fille, la belle Judith, génial auteur du Livre de Jade, du Dragon impérial et de la Sœur du Soleil, et les deux poètes parnassiens ses gendres, Catulle Mendès et Émile Bergerat. ”
Albert Du Casse, Histoire Anecdotique de l'Ancien Théâtre en France…
“ Panard était tel qu'il s'est peint. Plus enjoué, mais aussi simple que La Fontaine, d'un caractère vrai et sans fard, sans jalousie et sans ambition; ardent ami, convive aimable, il conserva sa gaieté dans toutes les situations de la vie. Plus sage encore dans ses mœurs que dans ses vers, il n'afficha jamais cette vaine philosophie qui ne consiste que dans des paroles et dans une conduite singulière. Ce vers que M. Favart, son ami, a fait sur Panard, le caractérise très-bien:Il chansonna le vice, et chanta la vertu. ”
Etienne François de Lantier, Voyages d'Anténor en Grèce et en Asie… (1797)
“ Phanor qui couroit la ville du soir au matin, fit bientôt connoissance avec un des premiers satrapes, dont le portrait peut donner quelque notion des moeurs des assyriens. Il se nommoit Arsame : né avec de l'esprit, il jugeoit mal de tout ; entouré de maîtres dés son enfance, il ne savoit rien ; doué d'une figure charmante et d'un tempéramment robuste, à trente ans sa santé étoit délabrée, son visage flétri, et sa tète chauve; héritier d'une fortune immense, il étoit accablé de dettes ; j'adis passionné pour les femmes, il ne les aimoit plus ; avide de plaisirs, il en étoit rassasié ”
Etienne François de Lantier, Voyages d'Anténor en Grèce et en Asie… (1797)
“ Lorsque l'étranger a choisi une de ces beautés, il lui offre de l'argent , en lui disant : « J'invoque la déesse Milyta ». Et la femme est obligée d'accepter ce qu'on lui donne. Je parcourois , avec Phanor et Arsame , ces allées où sembloient respirer l'amour et la volupté. Phanor étoit dans une extase délicieuse : ses yeux s'égaroient, erroient de l'une à l'autre ; il trouvoit toutes les femmes charmantes, toutes allumoient ses desirs. ”
Maurice Souriau, Histoire du Parnasse
“ « le Parnasse, où personne n’a pensé bassement, doit être loué comme une école de travail minutieux et de respect. Des esprits nobles et libres s’y éveillèrent. Chez les plus modestes des poètes qui apprirent de Leconte de Lisle à travailler le vers..., un anthologue peut trouver le chef-d’œuvre qui sauve un nom et enrichit une littérature [9] ». ”
Maurice Souriau, Histoire du Parnasse
“ Renonçons donc à ce mot mal trouvé par un parnassien de troisième ordre ; les grands parnassiens l’ont laissé tomber, dédaigneusement, et leurs ennemis l’ont ramassé pour le leur lancer à la figure. Le sobriquet a plu aux ignorants ; l’histoire littéraire devrait le rejeter comme une erreur. Le Parnasse n’est pas froid, mais il ne livre son secret qu’aux initiés. ”
Maurice Souriau, Histoire du Parnasse
“ Tout Parnassien que je fusse, puisque j’étais du Parnasse ; il me semblait, au fond du cœur, que l’impassibilité et la bizarrerie ne valaient pas l’émotion et le naturel ; que quiconque souffrait avait bien le droit de se plaindre, et qu’on pouvait certainement découvrir dans les choses les plus familières un grain de poésie et d’idéal... ”
Maurice Souriau, Histoire du Parnasse
“ Le Rapport est encore plus singulier que le Dictionnaire : après avoir nié que le Parnasse fût une école, après avoir isolé Leconte de Lisle de ses disciples tant qu’il a pu, il pousse la « præpotenza » jusqu’à dire des Parnassiens : « leur œuvre, qu’on incline à présenter comme collective, est, au contraire, infiniment éparse et diverse. Ceux-là nous ont lus étourdiment ou sont de mauvaise foi qui ont cru ou feint de croire le contraire ». ”
Adrien Robert, Le combat de l'honneur (1864)
“ Bahrein, à deux cents brasses de profondeur, un banc de madrépores sur lequel le vieux Phangar, le plus fameux pêcheur du golfe, a trouvé dans sa jeunesse la perle noire que le prince Mescheb porte enchâssée sur le pommeau de son poignard; mais Phangar n'est jamais redescendu dans cet abîme, et il pâlit et frisonne de terreur quand il passe dans sa barque au-dessus du banc où il a trouvé la précieuse perle. — Qu'avait-il donc vu? demanda la belle Anouba avec une avide curiosité. ”
Fernand Clerget, Louis-Xavier de Ricard
“ Ce sonnet, écrit le 30 décembre 1864, marque à souhait une halte significative entre les formes parnassiennes dejà existantes mais non encore désignées, et le prochain parnasse qui, dix-huit mois plus tard, adoptera ce nom. Même l’impassibilité y est inscrite. — Cependant le poète ne stationne devant ce marbre qu’un instant ; il reprend sa marche vers le progrès humain. Ayant renoncé à l’appui des dieux, il va seul, parmi des abîmes, au milieu des hurlements, sous un ciel furieux. C’est le combat. ”
Maurice Souriau, Histoire du Parnasse
“ Décidément les poètes ont trop de ciistractions, ou de vanité, pour être des historiens exacts. Emmanuel des Essarts imagine un Parnasse où Leconte de Lisle ne serait qu’une étoile lointaine, ce monde littéraire gravitant autour de Mendès, Ricard, Coppée..., et des Essarts [41] ! ”
Maurice Souriau, Histoire du Parnasse (1929)
“ Il faut bien l'avouer : même dans le premier Parnasse les très belles choses sont rares. En dehors de Dierx, Heredia, Sully Prudhomme, Coppée, Verlaine, que nous retrouverons plus loin, que nous reste-t-il à admirer d'une admiration reconnaissante ? ”
Maurice Souriau, Histoire du Parnasse (1929)
“ Mais qu'est-ce que nos songes et nos brumes, à côté de cette Grèce lumineuse ? Les Parnassiens ne cherchent pas à rêver dans la pénombre, mais à voir clair, pour mieux ciseler leurs vers. Par ses exemples d'abord, par ses préceptes ensuite, Leconte de Lisle leur enseigne à dissimuler sous une apparente impassibilité une sensibilité très vive. Ses poèmes inspirés de l'antiquité, en particulier les pièces imitées de Théocrite, vont orienter le Parnasse du côté des descriptions plastiques6. ”
Jean de La Fontaine,
Œuvres complètes de La Fontaine
“ Je ne veux pas dire que ces derniers vous soient inconnus ; ignorez-vous rien de ce qui merite d’estre sceu par une personne de vostre rang ? Le Parnasse n’a point d’endroits où vous soyez capable de vous égarer. Certes, Monseigneur, il est glorieux pour vous de pouvoir ainsi démesler les diverses routes d’une contrée où vous vous estes arresté si peu. Que si vostre goust peut donner le prix aux beautez de la Poësie, il le peut bien mieux donner à celles de l’éloquence. ”
Maurice Souriau, Histoire du Parnasse
“ Peut-être y a-t-il dans cet éloge un peu d’ironie francienne contre quelqu’un : mettre si haut l’hellénisme de Racine, c’est probablement rabaisser le grécisant Leçon te de Lisle. Mais, au moment où nous sommes, à l’entrée de France au groupe parnassien, il n’est pas encore question d’ironies ; c’est même un très modeste compagnon : il pénètre au Parnasse par la petite porte. ”
Claudius Madrolle,
De Saïgon à Tourane. La Route mandarine du Sud-Annam…
(1926)
“ Les gens de Phanrang furent toujours vicieux, malfaisants, stupides, traîtres à tous les souverains du Champa. Sous le roi Parameçvara, ils proclamèrent prince un homme du pays. Le prince héritier mena ses troupes contre eux, les battit et s'empara des hommes, des boeufs, des buffles, des esclaves et des éléphants. Une moitié des prisonniers fut laissée dans la contrée pour la repeupler; l'autre fut distribuée entre les temples, vihâra, monastères, sâla, ermitages. ”
Jean-François Marmontel,
Contes moraux. Tome 1
(1761)
“ Une ressemblance singuliere avec le Prince avoit fait la fortune de ce jeune homme appellé Phanor : mais ils se ressembloient encore plus par le caractere que par la figure; mêmes penchans, mêmes ver- tus ; Laufus & Phanor sembloient n'avoir qu'une ame. Lausus, en partant, avoit confié à Phanor son amour & son desespoir. Celui-ci fut inconsolable en apprenant l'hymen de Lydie avec Mé- zence. Il crut devoir en instruire le Prince. A cette nouvelle la situation de cet amant ne peut se rendre; son esprit trouble, sa raison l'abandonne ”
Pierre de Bouchaud,
Considérations sur quelques écoles poétiques contemporaines
“ Quand les Parnassiens arrivèrent, ils furent reçus fraîchement par leurs aînés, un peu à la façon dont ils se conduisirent eux-mêmes à l’endroit des Symbolistes. C’est qu’une école officielle n’aime jamais à voir s’élever auprès d’elle une autre école menaçante pour sa sécurité. M. Gustave Kahn, dans sa remarquable étude sur le Parnasse et l’Esthétique parnassienne, a montré, avec la plus grande clarté, comment, au lieu de continuer l’évolution romantique, les Parnassiens l’ont arrêtée. ”
Georges Eekhoud,
Les Pittoresques
“ Je voudrais bien avoir un chien qui saute et joue... » Puis, d’un air enjôleur, recourant à sa moue : « Petit papa, Phanor est toujours ennuyeux. Est-ce longtemps, dis-moi, que les chiens restent vieux ? » De leur bébé chéri la naïve boutade Décide les parents, et dans leur embrassade Le petit sent déjà qu’il aura ce qu’il veut. « Tiens, tu sors ? dit la femme au mari. Mais il pleut. — Pour un moment... Phanor, ici... Viens avec maître. — Tu l’emmènes, vraiment ?... Pour en finir peut-être ? » L’homme ne répond pas. ”
Jean de La Fontaine,
Œuvres complètes de La Fontaine
“ Crantor d’un bras nerveux lance un dard à la beste : Elle en fremit de rage, écume, et tourne teste, Et son poil herissé semble de toutes parts Presenter au chasseur une forest de dards. Il n’en a point pourtant le cœur touché de crainte. Par deux fois du Sanglier, il évite l’atteinte ; Deux fois le Monstre passe, et ne brise en passant Que l’épieu dont Crantor se couvre en cet instant. Il revient au chasseur, la fuitte est inutile ; Crantor aux environs n’apperçoit point d’asile [53] : En vain du coup fatal il veut se détourner ”
Maurice Souriau, Histoire du Parnasse
“ De fauve, l’Orient devient rose, et l’argent Des astres va bleuir dans l’azur qui se dore ; Le coq chante, veilleur exact et diligent ; L’alouette a volé stridente ; c’est l’aurore [37] ! C’est presque la sobriété classique des tableaux de La Fontaine, et c’est en même temps un chatoîment de couleurs, de nuances exactes. Les Parnassiens doivent se dérider. Leconte de Lisle peut voir dans le sonnet Sur le Calvaire la preuve que Verlaine admire fort son Corbeau : après la mort de Jésus, le bon larron s’adresse à son complice ”
Maurice Souriau, Histoire du Parnasse (1929)
“ Le Voyage est d'un élan lyrique, d'une ouverture d'ailes d'Albatros, que je ne vous connaissais pas, crapule de génie 5 ! » Mais, à côté de cette fougue romantique, on voit apparaître la réserve parnassienne : les pièces les plus personnelles au fond sont laissées dans la pénombre : « j'ai horreur de prostituer les choses intimes de la famille6 ». On voit apparaître dans Les Fleurs certains genres qu'on croyait créés par le Parnasse, et qui sont déjà dans Baudelaire, comme les tableaux parisiens où il est supérieur à Coppée, à Mérat, et , égal à Th. Gautier 7. ”
Jean-François de La Harpe,
Abrégé de l’histoire générale des voyages…
“ Chaque rangée de fanons est un peu courbe en dedans, et prend, vers les lèvres, la figure d’une demi-lune. Le fanon est large dans l’endroit où il tient à la mâchoire, et garni de nerfs durs et blancs vers la racine ; on peut mettre la main entre deux fanons. Les nerfs blancs peuvent se manger dans leur fraîcheur ; ils ne sont pas coriaces, et se rompent facilement ; mais en vieillissant ils prennent une fort mauvaise odeur. Dans les parties les plus larges du fanon, qui sont vers la racine, il croît d’autres petits fanons, comme on voit de petits et de grands arbres entremêlés dans une forêt. ”
