“ Le bazar a gardé son cachet. Dans des boutiques sans devanture et pareilles à des alcôves qui s’ouvriraient sur la rue, les tailleurs, les brodeurs, les passementiers travaillent accroupis, nattant la soie et l’or, cousent les chalvars, les akhoulas, les tchekmettes, les béchemettes, non loin des armuriers et des vendeurs de fruits ; des porteurs d’eau passent, transportant leur marchandise dans des outres immenses auxquelles l’allure de l’âne ou du cheval ployant sous la charge donne une espèce de vie convulsive. ”
Citations sur “bazaar”
Alphonse de Lamartine,
Voyage en Orient
“ Là sont à l’ancre des multitudes d’embarcations et de bricks de commerce de toutes les nations. Ils mouillent en face de la maison ou des magasins de l’armateur, et souvent un pont jeté du pont du brick à la fenêtre de la villa sert à transporter les marchandises. Une foule d’enfants, de marchands de légumes, de dattes, de fruits, circulent sur ces quais ; c’est le bazar du village et du Bosphore. Des matelots de tous les costumes et de toutes les langues y sont groupés au milieu des osmanlis, qui fument accroupis sur leurs tapis, auprès de la fontaine, autour du tronc des platanes. ”
Notes de voyage aux Indes, en Chine et au Japon… (1887)
“ De loin, quelques maisons semblent tout en verre ; d'autres tout en briques, d'autres en bois. Quelques boutiques du bazar sont remarquables par leur devanture de bois sculpté et leurs piliers. Deux grands bassins au milieu de l'esplanade où hommes et femmes plus ou moins noirs et nus viennent se laver et se frotter avec fureur. Il règne là un tel mouvement qu'on dirait par moment un sabbat venant vous surprendre en plein soleil. La ville native a été tracée par les Anglais et bâtie par des natifs : c'est ce qui lui donne son caractère étrange. ”
Charles Normand, Le vignole des ouvriers. Troisième partie… (1864)
“ Un bazar est un lieu disposé pour réunir les marchands de tous genres, pour offrir dans son intérieur tout ce qui peut flatter et engager le public à satisfaire ses goûts et ses plaisirs, et en même temps servir de promenoir à couvert. Le bazar en lui-même n'est pour ainsi dire que la montre des magasins, dont il n'offre qu'une sorte d'échantillon. Ce ne sont donc point des boutiques proprement dites qui doivent y être disposées, mais bien des emplacements suffisants pour exposer les résultats de l'industrie. ”
“ Les marchands se réunissent dans d’immenses bazars, où, jusqu’à midi, ils débitent leurs marchandises, c’est-à-dire leurs fruits, leurs légumes et leurs quartiers de viande ; car tout autre commerce est inconnu chez les Indiens, chaque famille tissant et confectionnant elle-même ses vêtements et les objets, meubles ou ustensiles de ménages qui lui sont nécessaires ; puis, lorsque le soleil est arrivé à la moitié de sa course, les bazars se ferment et les Indiens marchands, qui tous habitent la campagne, sortent de la ville pour n’y rentrer que le lendemain avec des denrées fraîches. ”
Louis Bunel, Jérusalem, la côte de Syrie et Constantinople en 1853… (1854)
“ Les bazars sont tous voûtés, munis de ciels-ouverts qui les éclairent, et garnis de deux rangs de boutiques. Plusieurs quartiers sont divisés par des colonnes qui forment une voie au milieu et deux bas-côtés. L'effet produit est agréable à l'oeil. Dans cette ville, toute dévouée au commerce, une foule considérable se presse, s'anime, et à la foule des promeneurs se joint celle des acheteurs. Chaque branche de commerce a son quartier : il y a le bazar des chaussures, le bazar des soiries, le bazar des orfèvres, le bazar des porcelaines, le bazar des armes. ”
Puschkler-Muskau, Revue des Deux Mondes
“ J’ai visité aujourd’hui quelques bazars, qui, depuis plus leurs années, sont devenus très communs, et qui offrent beaucoup de commodités aux acheteurs ; le bazar que l’on nomme Horse Bazar est bâti sur la plus grande échelle, et rassemble tous les jours une foule immense. Il se compose de plusieurs longs bâtimens, où sous des galeries et des salles sans fin, on trouve d’abord des centaines de voitures et de véhicules de toute espèce, vieux et nouveaux, mais tout fraîchement peints. ”
Eugène de Groote, Au Caucase (1891)
“ Dans le bazar couvert, ce sont des visions plus tranquilles, plus doucement atténuées, en un clair-obscur suggestif. Des nattes tendues au-dessus des ruelles les protègent des chaleurs extérieures et mettent de l'ombre et de l'obscurité en tout le bazar. Seulement, d'espace en espace, une ouverture est ménagée et par elle la lumière entre brusquement, éclatante, mettant sur le sol une tache de feu, répandant tout autour sur les soies et les tapis une chaleur dégradée jusque vers les ombres. ”
Félix de Rocca, De l'Alaï à l'Amou-Daria, par Félix de Rocca… (1896)
“ Il y a aussi le bazar, où règne une obscurité ménagée par les nattes et les tapis dont les ruelles sont recouvertes. A l'abri des rayons du soleil, assis sur leur séant dans de misérables échoppes, artisans et marchands persans vous offrent des collections d'articles les plus variés de leur industrie et commerce, depuis les pierres précieuses, les turquoises surtout, les tapis, les feutres, les fourrures et les bonnets de mouton, jusqu'aux instruments de musique et aux armes les plus bizarres. ”
Lucien Augé de Lassus,
Voyage" aux sept merveilles du monde…
(1906)
“ Le bazar abrite ses galeries sous des toiles ou des planchettes légères ; il ne présente aucun intérêt spécial, et l'industrie locale ne produit rien qui mérite une mention. Ce sont les mêmes boutiques basses, les mêmes entassements de marchandises, les mêmes marchands indolents, les mêmes petits cafés, les mêmes chiens fauves étendus au milieu de la chaussée, que nous avons vus dans toutes les villes de l'Orient. ”
Claude Farrère,
L'homme qui assassina: Roman
“ Tout de même, il faut parfois aller au bazar, les jours d'emplettes indispensables. Le Bazar est alors une ressource unique. Nos grands magasins d'Occident contiennent beaucoup moins de marchandises hétéroclites et M. Carazoff lui-même n'est pas aussi bien monté en turqueries.Hier, j'ai passé deux heures au Bazar; il s'agissait d'acheter de quoi rendre habitable ma maison du quartier de Kara-Goumrouk; des rideaux en soie de Brousse, un paravent de moucharabi, deux lampes de mosquée à cinq mèches et un mangal de cuivre pour y faire du feu; l'hiver est proche, et voilà deux jours qu'il bruine. ”
Albert Millaud,
Voyages d'un fantaisiste : Vienne…
(1873)
“ N'allez jamais au Bazar à Stamboul avec un guide, il partage avec le marchand. N'en prenez pas un au Bazar, c'est la même chose; tàchez d'être seul dans la boutique avec le marchand, éloignez tout le monde, refusez d'acheter énergiquement en tout autre cas : — vous aurez chance de ne pas être volé ; ou bien, ce qui vaut le mieux, faites-vous conduire au Bazar par un habitant du pays dans lequel vous avez le droit d'avoir quelque confiance. ”
Alfred Jacobs, La France et l’Angleterre à Madagascar
“ De loin en loin s’ouvrent quelques jardins où la passion des habitans de l’Ile-de-France pour les fleurs se manifeste par d’admirables produits. Non loin du lieu de débarquement se tient le marché, véritable bazar où sont accumulés les produits du monde entier. Il occupe deux larges carrés recouverts et coupés chacun par une grande rue. Dans l’un sont accumulés les fruits, les végétaux, les oiseaux les plus variés et les plus riches de la création, tous les légumes, ceux de France, de l’Inde et du Chili. ”
David-Léon Cahun,
Les aventures du capitaine Magon
(1891)
“ Au centre de la ville, et communiquant directement avec le port par une rue large et droite, est le marché. C’est l’entrepôt de l’argent en lingots qui vient des mines de l’intérieur. On y vend aussi des murènes salées en barils, qu’on pêche et qu’on apprête dans ces parages, des chats de Tarsis [1] excellents pour la chasse du lapin, un peu de fer qui vient de la côte nord, et généralement toute espèce de marchandises et de curiosités. ”
Carla Serena,
Hommes et choses en Perse
(1883)
“ Les boutiques du bazar sont des loges carrées, dans lesquelles on voit les marchands rester accroupis tout le jour sur un bout de tapis, et les ouvriers à l'œuvre, sans s'occuper le moins du monde des passants. ”
Pierre Giffard,
Les grands bazars : Paris sous la Troisième République…
(1882)
“ Nous avons étudié de près ces peuplades inconnues des commis et des demoiselles de magasin, des flâneurs, des voleuses, responsables ou non, des acheteuses et des vendeuses, toute cette agglomération sédentaire et flottante, bourdonnante et babillante qui emplit le grand bazar, qui bruit aux oreilles du passant et qui produit par sa mélopée grondante un effet direct sur le cerveau du promeneur, accoudé sur quelque balcon des halls. L'impression ressentie par le cerveau est telle, du reste, que vingt fois par jour, vous entendrez dire aux portes des grands bazars : Est-ce curieux ! ”
René Bujon, Téhéran Saint-Pétersbourg ; Un hiver à Téhéran… (1900)
“ Le bazar s'ouvre, et c'est un spectacle singulier que celui des boutiques, toutes de même forme, compartiments séparés par des cloisons de bois d'un vaste bâtiment couvert en tuiles arrondies, où tous les corps de métier travaillent au grand jour sous l'œil des passants, bouchers, grainetiers, marchands de fruits et de poissons, d'étoffes, de chaussures, de toques, forgerons et bijoutiers, confiseurs, libraires. ”
Jean de Pontevès de Sabran, Notes de voyage d'un hussard, un raid en Asie… (1890)
“ Mais, nous voici enfin au grand bazar. Théophile Gautier en a fait un tableau tel que j'ai été passablement désillusionné. Evidemment, ces interminables voûtes percées de petites coupoles vitrées, permettant tout juste au jour d'y pénétrer ; ce damier de ruelles sombres, semé de places et de carrefours ; cet immense labyrinthe quasi souterrain, où chaque industrie a son quartier, étonnent et saisissent le voyageur qui, pour la première fois, pénètre en Orient. ”
X. Marmier, Revue des Deux Mondes
“ Le Gastinoi-Dvor, immense bazar plus vaste encore et plus riche que celui de Pétersbourg, est le point central d’une population active, laborieuse, qui a le génie du négoce et l’instinct de toutes les spéculations. À voir les sombres galeries de cet édifice, ses boutiques étroites, ses magasins sans luxe et sans étalage, on croirait volontiers que ce bazar n’est ouvert qu’à quelques modestes trafiquans en détail, et il renferme des entrepôts où les marchandises les plus précieuses s’entassent par tonnes et par quintaux. ”
Louis Deville, Excursions dans l'Inde, par Louis Deville (1860)
“ Nous parcourons la rue du bazar, longue de quatre kilomètres au moins. Les boutiques, d'apparence assez misérable, contiennent beaucoup de clinquant qui forme des parures brillantes et peu coûteuses. Sur une immense place les tentes des marchands présentent l'aspect d'une foire dans nos pays. On remarque une vaste mosquée et un large caravansérail plein de chameaux et de voitures de toutes espèces. Nous franchissons la porte de la muraille d'enceinte, côtoyons les tombeaux de riches musulmans et nous voici dans la campagne. ”
Mag Dalah, Un hiver en Orient... Préface de M. Éd… (1892)
“ Le bazar pour nous, c'est la boutique à cinq sous, où l'on trouve de tout ; pour les Orientaux, c'est un quartier où se trouvent réunis les marchands qui font le même commerce. Toutes les boutiques se touchent et présentent à peu près exactement le même aspect. Il y a le bazar des cotonnades, avec ses piles d'étoffes voyantes; le bazar des soieries, mieux protégées contre la poussière; le bazar des parfums, où l'on voit, sur les rayons, des rangées de bouteilles pleines d'essences variées, dont le parfumeur vous frotte les mains pour vous faire apprécier sa marchandise, tandis qu'au- ”
Pierre Giffard,
Les grands bazars : Paris sous la Troisième République…
(1882)
“ Paye-t-on plus cher au grand bazar que chez le petit boutiquier? Ceux qui les exploitent à outrance, et fort honorablement, s'arrêteront-ils en si beau chemin? Le jour ne viendra-t-il pas, où par la force des choses, grâce à des capitaux sans cesse utilisés, la ferblanterie et la victuaille, les vins et les comestibles auront leur rayon spécial au grand bazar, tout comme la soierie, les tapis et la toile ? ”
Augustin Baudoz, Histoire de la guerre de l'Espagne avec le Maroc… (1860)
“ Le bazar nommé El Kalsseri, offre un long rang de boutiques ou d'échoppes couvertes contre l'injure du temps et divisées en compartiments. On y vend de la soie, des châles, des mouchoirs venant de la ville de Fez; des tapis venant de la province Ducaïla, des habits, du linge, des armes, du thé et du sucre importés par les marchands de Londres ; de beau blé, du foin de la province de Schragna, des dattes très-douces de Tafilet; une grande quan- lité de bottes, de pantoufles, de sel, de poteries grossières, de nattes de cordes et des broderies fort belles en or et en argent. ”
Gaston Richard,
La femme dans l'histoire : étude sur l'évolution de la condition sociale de la femme
(1909)
“ Du marché rural, de l'humble marché aux fruits et aux légumes, est sorti par une lente évolution le bazar, le marché corporatif que l'on peut observer encore dans les villes de l'Orient et du bazar est sorti, sous l'impulsion de la technique scientifique, la grande ville commerçante et industrielle moderne. L'échange tacite était plutôt une alternance de services qu'un commerce véritable. ”
J. Desvoges, Lumière et joie d'Orient : impressions de voyage (1908)
“ Les bazars sont de longues rues commerçantes très étroites, sombres, voûtées parfois par des treilles de raisins — il y fait frais — et je suis étonnée de la bonne mine et de la propreté de ces gens qui nous regardent passer sans nous incommoder de leurs offres de service. Les boutiques sont achalandées de produits de toutes espèces et le marchand de soieries ne croit pas déroger en se plaçant près d'un vendeur de melons ou de poils d'angora. ”
George Perrot, Souvenirs d’un Voyage en Asie-Mineure
“ Là au contraire où l’on peut se procurer aisément chaque jour, au fur et à mesure des besoins, tous les objets-nécessaires, comme cela maintenant arrive chez nous, on ne réserve point ses achats pour une époque éloignée, et les foires, excepté celles où se vendent les grains et les bestiaux, n’ont plus de raison d’être ; mais les foires d’objets fabriqués comme celle-ci, comme autrefois notre foire de Beaucaire, correspondent à un état de société imparfait et troublé comme l’était le moyen âge, comme l’est encore pour l’empire turc le XIXe siècle. ”
Gaston Deschamps,
Revue des Deux Mondes
“ L’autre marché, plus accessible celui-là aux familles vertueuses, c’est le bazar ou, comme on dit là-bas, le tcharchi, vaste et bruyante cité de trafic, propice au bavardage et à la flânerie, chère aux artistes curieux d’impressions rares et aux bourgeois avides de bibelots. ”
Émile Verhaeren,
Les Villes tentaculaires, précédées des Campagnes hallucinées
“ C’est un bazar, au bout des faubourgs rouges : Étalages bondés, éventaires ventrus. Tumulte et cris brandis, gestes bourrus et crus, Et lettres d’or, qui soudain bougent, En torsades, sur la façade. Chaque matin, on vend, en ce bazar, Parmi les épices, les fards Et les drogues omnipotentes, À bon marché, pour quelques sous, Les diamants dissous De la rosée immense et éclatante. Le soir, à prix numéroté, Avec le désir noir de trafiquer de la pureté, On y brocante le soleil Que toutes les vagues de la mer claire Lavent, entre leurs doigts vermeils, Aux horizons auréolaires. C’est un bazar, avec des murs géants ”
Jo Ginestou, Djibouti. Au seuil de l'Orient… (1932)
“ Voici le bazar, étonnante et sonore cohue, de bruns et olivâtres marchands de sel, de bétel, de bananes, de guirlandes de fleurs, tous accroupis sur le pavé; de vendeurs d’étoffes clinquantes et de bijouterie ruisselante de pierreries et d’ors, commerce prospère, richement achalandé et très recherché des Hindous. Manou a dit : « Si une femme n’est pas brillamment parée sa vue ne réjouira pas son époux et le mariage sera stérile. » Cliché E.-A. Famechon, Nimes. Chandernagor. — Pagode Joswanyghat. ”
Edmond About,
La Grèce contemporaine
“ Le bazar est peut-être l’endroit le plus fréquenté de la ville. Le matin, tous les citoyens, quel que soit leur rang, vont eux-mêmes à la provision. Si vous voulez voir un sénateur portant deux rognons dans une main et une salade dans l’autre, allez au bazar à huit heures du matin. ”
J. Courregelongue, Race bovine bazadaise
“ Une demi-journée lui rapportera autant qu’autrefois un jour entier. Sa santé et celle de son bétail seront moins en danger, les engrais mieux conservés, et il pourra plus convenablement disposer de son temps. C. Foires. — De même qu’un peuple a des institutions et une industrie en rapport avec ses mœurs et sa civilisation, de même aussi un commerce particulier réclame des créations spéciales propres à son développement. C’est ainsi que, dans le Bazadais, les foires ou marchés sont très multipliés. Bazas à une foire chaque mois et cinq foires extraordinaires dans le courant d’une année. ”
