“ Même sans apprendre le latin, ils seraient conduits, par la comparaison systématique du français et du languedocien ou du provençal, à entrevoir, à reconnaître le fonds commun de latinité d’où émanèrent le dialecte du Nord et le dialecte du Midi. Des siècles d’histoire s’éclaireraient en lui et, penché sur cet abîme, il entendrait le murmure lointain des sources profondes. Et tout ce qui donne de la profondeur à la vie est un grand bien. Aussi le sens du mystère qui est pour une grande part le sens de la poésie, s’éveille dans l’âme. ”
Latinité
Définition et enjeux
Citations sur “latinité”
Théodore Pavie,
Revue des Deux Mondes
“ Ce qu’il prend pour l’idiome classique, ce qu’il veut imiter n’est en réalité que la basse latinité, toute remplie elle-même de mots étrangers, destinée à disparaître et à se fondre dans les dialectes qui vont surgir de toutes parts. Au XIe siècle, la langue romane a fait un grand pas : ce n’est encore qu’un patois; mais regardez de près cet idiome informe : il est vivant comme la chenille qui se tord sur le sable; comme elle, il possède les appendices qui plus tard se développeront et donneront à la langue en voie de formation ce qui lui manque pour se mouvoir avec aisance. ”
Frédéric Ozanam,
Œuvres complètes de Frédéric Ozanam…
“ Car, disent-ils, qui croira jamais à la latinité si étroite et si pauvre, que chaque mot n’ait qu’un sens et qu’un emploi, quand on compte douze genres de latinité, et que chacune a plusieurs grammaires ? ”
Lenormant et Charles Louandre, Revue des Deux Mondes
“ Il est vrai que ce juge sévère s’imagine toujours, à propos de mon latin, que definire fontem veut dire en français définir une source, et qu’il trouve monstrueux haurire narrationem, après qu’Horace a dit haurire prœcepta, Cicéron haurire calamitates, etc... Ces grands précepteurs de notre âge en savent plus sur les lois de la bonne latinité que les anciens eux-mêmes. ”
Franc̜ois Xavier de Feller, Biographie universelle, ou Dictionnaire historique des hommes qui se sont fait un nom par leur génie… (1847-1850)
“ Les principaux sont : des poésies latines, qui, sans être d'un mérite distingué, offrent de bons vers, quelques pensées heureuses, et une latinité assez pure. On les trouve dans Dëliciœ poetarum Üalorum; un Dictionnaire poétique, en latin; des Questions latines sur les livres des Rois et des Paralipomènes, Rome, 1553, in-4. ”
Jean-Etienne Boulet, De la véritable Manière d'enseigner et d'apprendre le grec et le latin… (1865)
“ Les élèves d'un talent et d'une application ordinaires feront deux classes par an, de manière qu'à la lill de la troisième année, ils aient terminé leur cours de latinité. 1 -- -. - - L - 1- .-- --- I.- 1 --- 2. < Rien n'est plus absurde que le prix que l'on attache, dans les écoies. à faire des vers latins : c'est faire dépendre la réputation d'un ecolier d'un talent naturel que ne peut donner aucun travail.. (GUIZOT.) On peut en dire autant de l'épreuve du discours latin à l'examen du baccalauréat. Un thème, soit ! ”
Gaston Paris,
Revue des Deux Mondes
“ Mais, si nous comparons les autres langues romanes, nous voyons que toutes, comme le français, emploient le verbe d’une façon absolue et lui donnent le même sens. Il suit de là que ces deux changemens dans l’emploi de tornare, si restreint en latin classique, s’étaient produits dans le latin parlé déjà sous l’Empire. Il y a une sémantique, comme il y a un vocabulaire, du latin vulgaire ; des rapprochemens de ce genre, — que le dictionnaire fait d’ailleurs souvent lui-même, — permettront de la constituer. ”
“ Ce serait un paradoxe qui ne manquerait pas de quelque vérité de soutenir que le français est en un sens antérieur au latin, je veux dire au latin réformé sur le modèle du grec que nous trouvons dans les écrivains classiques de Rome. Il est sûr du moins que ce n’est pas cette langue savante et littéraire qui a survécu dans l’usage, et qui est venue jusqu’à nous comme idiome parlé, sous le nom de français, d’italien, d’espagnol : c’est la langue du dessous, la langue sans grammaire, moins riche en désinences, traînante dans sa syntaxe, écourtée dans sa prononciation. ”
Honoré Chavée,
Revue de linguistique et de philologie comparée
“ Le latin, le vrai latin, le latin des beaux siècles ne vit pas s’opérer en son organisme cet étrange dédoublement du pronom : il n’eut pas ce monstrueux parasite si familier aux Grecs. Mais toutes les formes du latin vieillissant et se gâtant, c’est-à-dire l’espagnol, l’italien, le portugais, le français, le provençal et les autres patois romans se taillèrent un article dans l’étoffe du pronom dérivé ille, illa, illum, illam, illi, illæ, illos, illas et de là leur il et leur el, leur lo ou la et leur le, leur li ou gli et leur los, leur le et leur las, etc. ”
Gaston Paris,
Revue des Deux Mondes
“ Le français, comme je l’ai déjà dit, n’est que le latin parlé, sans aucune solution de continuité, ni rien qui ressemble à la génération d’un individu par un autre. Quand un mot appartenant au vocabulaire du latin parlé a passé jusqu’à nous par une tradition orale ininterrompue, le ramener à sa forme latine n’est pas en faire à proprement parler l’étymologie, c’est remonter plus haut dans l’histoire de l’évolution qu’il a décrite. ”
Joseph Bard,
Derniers mélanges de littérature et d'archéologie sacrée
(1847)
“ Les Heures en langue vulgaire, interdites expressément à Rome, doivent être aussi sévèrement proscrites que les cantiques pendant la sainte messe, les vêpres, les saluts. Le latin est la langue de l'église, et le cœur du peuple, par une merveilleuse intuition, un secret instinct tout providentiel, semble en deviner le sens. — Ah! qu'on ne me parle pas de l'ignorance où le peuple est de la langue latine; d'abord : que les paroles s'adaptent à la musique ou au rlain-chant, elles ne cessent pas d'être latines. ”
J.-J. Ampère,
Revue des Deux Mondes
“ Ce n’est pas ma faute, après tout, si César a conquis les Gaules ; si le christianisme les a trouvées latines ; si les barbares ont été forcés de dépouiller leur propre idiome pour balbutier d’une voix rude l’idiome des vaincus ; si l’unique culture du pays que nous habitons jusqu’au xiie siècle a été latine ; si le moyen-âge, même après l’introduction de la littérature vulgaire, a continué en beaucoup de genres à conserver l’usage du latin ; si à la Renaissance l’Europe a été encore une fois latine ”
Frédéric Ozanam,
Œuvres complètes de Frédéric Ozanam…
“ Le latin, qui a ainsi façonné les langues modernes, n’est pas le latin de Cicéron, ni même le latin de Virgile, si étudié qu’il ait été au moyen âge, c’est le latin de l’Église et de la Bible, le latin religieux et populaire dont je vous ai fait l’histoire. ”
Étienne-Jean Delécluze,
François Rabelais, 1483-1553 ; par M. Delécluze
(1841)
“ Le latin, au contraire, la langue sacrée, religieuse, l'idiome répété dans les prières par ceux mêmes qui ne le comprennent pas, le latin fut longtemps pour l'Europe la seule langue au moyen de laquelle toutes les transactions intellectuelles s'accomplissaient. Religion, poésie, philosophie, sciences, arts, diplomatie, tout se traitait en latin, et la force de cet usage fut tel, qu'après avoir été général depuis le IXe siècle jusqu'au XVIIe, il subsiste encore, tout affaibli qu'il soit, dans les grandes universités d'Europe. ”
Ferdinand Brunetière,
L’Érudition contemporaine et la littérature française au moyen âge
“ Et s’il est, — comme il l’est, — par les mots, plus voisin de ses origines que notre langue du xviie siècle, ou par la syntaxe, d’une régularité de structure plus logique aux yeux du linguiste que la plus belle prose de la grande époque, c’est justement que ni la grammaire ni le vocabulaire encore n’ont pu parvenir à se dégager du latin. Ils s’agitent pour en sortir, mais ils n’y réussissent pas. ”
Gaston Paris,
Revue des Deux Mondes
“ L’idée d’en recueillir les mots ne vint pendant longtemps à personne. On s’attendrait du moins à trouver alors des dictionnaires latins où les mots seraient expliqués par leurs correspondans vulgaires. Nous ne nous représentons pas aujourd’hui l’étude d’une langue, surtout d’une langue morte, sans l’aide d’un dictionnaire. Le moyen âge toutefois s’en passa longtemps. Les enfans apprenaient le latin, à force de coups, en le parlant, en le lisant, en s’essayant à l’écrire. ”
Frédéric Ozanam,
Œuvres complètes de Frédéric Ozanam…
“ Ainsi se formait le latin de l’Église, idiome étrange, à la fois ancien et nouveau, souvent sublime dans sa rudesse, qui eut aussi sa grâce, ses ornements et ses grands écrivains, assez riche pour tous les besoins de la liturgie, de la scolastique, du droit canonique et féodal, assez familier pour servir aux affaires, à l’enseignement, à l’éducation des barbares, et assez fécond pour produire toute la famille moderne des langues néo-latines. ”
René Pichon, Revue des Deux Mondes
“ Mais tous ceux qui ont quelques connaissances et un tant soit peu de force de pensée, les clercs, les docteurs, les érudits, tous les « intellectuels » du moyen âge, se servent du latin, qui demeure pour eux et par eux une langue vivante en même temps qu’une langue savante. ”
Charles Maître, L'Esprit français constitutionnel assiégé par les jésuites et les doctrinaires… (1846)
“ Mais tout cela n'est encore que niaiserie, il faut au collége apprendre en latin le langage fleuri d'un homme bien élevé, comment on confectionne un discours, un récit, dans quelles situations ils est besoin de pathétique et de mouvement, et dans quelles autres il faut de la sensibilité et de la grâce. S'il se trouvera jamais dans le cas d'en faire usage, s'il aura jamais besoin de ces talens superbes et s'il aura jamais autre chose à faire que pavaner, louanger, solliciter et singer, il n'en est point question. ”
Marcel Prévost,
Revue des Deux Mondes
“ Pour des Français et des Françaises, j’estime que ce doit être le latin. Vous trouverez partout les raisons de cette préférence ; contentez-vous de celle-ci qui est forte : savoir le latin est le moyen le plus court de savoir le français. C’est plus court que d’enseigner en détail pourquoi « immense » ne veut pas simplement dire « très grand ; » comment le verbe « douter » a donné l’adjectif « indubitable, » etc. En outre, le latin est un excellent type de langue étrangère, pour étudier la méthode générale d’apprentissage. ”
Gustave Le Bon,
Psychologie de l’Éducation
“ On ne saisit pas du tout l’influence que pourraient exercer quelques notions de grec et de latin sur les rapports que sont appelés à écrire de modestes bureaucrates, mais on saisit très bien, et ceci justifie ce que j’ai voulu démontrer, que, devant des préjugés aussi tenaces, les réformes sérieuses sont totalement impossibles. La force du latin réside, on le voit, dans le prestige qu’il exerce sur une foule de braves gens dont beaucoup n’en ont d’ailleurs jamais retenu un seul mot. La corporation des épiciers tient cette langue en haute estime et veut absolument que ses fils la connaissent. ”
Michel Bréal, Revue des Deux Mondes
“ Le latin, qui avait commencé avant Rome, a continué d’exister longtemps après la chute de l’empire romain, et l’on peut dire en un sens qu’il existe encore aujourd’hui, grâce aux langues romanes qui en sont la transformation. Mais la difficulté même où l’on est de marquer le commencement et la fin des langues aurait déjà dû montrer combien toute comparaison tirée d’un être vivant est trompeuse. ”
Anatole France,
La Vie littéraire
“ Le latin, ce n’est pas pour nous une langue étrangère, c’est une langue maternelle ; nous sommes des Latins. C’est le lait de la louve romaine qui fait le plus beau de notre sang. Tous ceux d’entre nous qui ont pensé un peu fortement avaient appris à penser dans le latin. ”
Adolphe Mazure, Dictionnaire étymologique de la langue française… (1863)
“ Cependant, tous savent du latin, et plus qu'ils ne pensent. Il leur en reste assez pour voir que nous tenons tout du latin : nos usages, notre civilisation, nos lettres; que ces Latins ont laissé des monuments littéraires admirables ; que chacun de nos mots n'a de valeur, de substance, que par le latin; qu'enfin nos langues, pour une grande partie, sont un reflet de celles de l'antiquité. Ils n'ont pas été si longtemps sur les bancs des classes sans recueillir au moins un fort grand nombre de mots latins. ”
Marcel Boulenger,
Lettres de Chantilly
“ A LA GLOIRE DE CARDUCCILes races latines, le sang latin, qu'est-ce que cela signifie? s'écrieront les ethnographes. Il y a du celte, de l'anglo-saxon, du slave, du sémite, parfois du turc, et souvent de l'arabe dans ce qu'on nomme les races latines. C'est là surtout une expression géographique. Elle ne correspond à rien de rigoureux, au contraire. Et quand les Latins se flattent d'une prétendue hérédité, d'on ne sait quelle finesse du goût, comme d'une aisance charmante ou d'une qualité d'esprit qu'ils doivent à leurs ancêtres, ils s'en font beaucoup accroire. ”
John Ruskin,
"Præterita": souvenirs de jeunesse
“ Sans parler de la perte irréparable qu'il y aurait pour vous à ne pas jouir des admirables écrivains qui ont écrit dans cette belle langue, le latin est le complément nécessaire de la culture d'un gentleman et il a, en lui-même, une valeur intellectuelle trop haute pour qu'on y renonce de gaieté de cœur. ”
Adolphe Granier de Cassagnac,
Histoire des origines de la langue française
(1872)
“ Langue officielle et sacrée du catholicisme occidental, c'est-à-dire langue des saintes Écritures, des conciles, des Pères, du droit canon et de la liturgie, le latin a profondément pénétré nos sociétés modernes, à l'éducation desquelles il préside , et auxquelles il ouvre le sanctuaire vénérable. des lettres antiques. Les philologues romains avaient naturellement et les premiers étudié le génie de la langue latine; et tous, Ennius, Varron, Denys d'Halicarnasse, Quintilien, Festus, Macrobe, Diomède, avaient unanimement constaté son étroite parenté avec le grec. ”
Émile-Auguste Bégin, Le Moyen-âge et la Renaissance… (1849)
“ Jusqu'au douzième siècle, on avait donc presque toujours chanté en latin, faute d'un autre idiome qui se prêtât aux conditions du rhythme et de la mesure; si le peuple chantait dans son langage vulgaire qui n'était pas fixé et qui n'avait jamais été écrit, ses Chants étaient sans écho et sans durée ; mais, à partir du douzième siècle, une langue nouvelle se forme et succède bientôt aux vagues et barbares tâtonnements de la langue franque : cette langue romane des trouvères et des troubadours, qui va rivaliser avec la langue latine, est merveilleusement propre à la poésie ”
René Doumic,
Revue des Deux Mondes
“ Ou plutôt sous les mots et dans les tours, ce qui vit c’est l’esprit même d’une race. Passant de la langue à la littérature, il ne nous sera que trop aisé de montrer que l’esprit latin a véritablement façonné toute notre littérature. ”
Paul Monceaux, Revue des Deux Mondes
“ Le latin d’ouvrier et de paysan, relégué aux champs, à l’atelier, au bouge, à l’office, absolument rebelle aux leçons des maîtres d’écolo, poursuivit son évolution naturelle, d’autant plus rapide que plus rien ne le retenait. Le latin savant, façonné par des artistes en phrases, habillé à la dernière mode hellénique, toujours soucieux d’éviter le contact du patois des vilains, se drapa avec un orgueil de parvenu dans son manteau grec, trop riche pour lui. ”
Paul Lacroix,
Le Moyen-âge et la Renaissance…
(1848)
“ Le latin, durant le Moyen Age, était à la fois la langue de l'église, la langue littéraire, celle de la science, et enfin l'idiome commun des nations chrétiennes. Ces considérations expliquent facilement pourquoi, de tout temps, le latin fut employé, à l'exclusion des dialectes vulgaires, dans les anciennes universités, les collèges et les grandes écoles. Mais lorsque peu à peu l'esprit moderne eut ouvert à l'entendement humain comme un monde nouveau ”
Émile Durkheim,
L'évolution pédagogique en France…
(1938)
“ Il s'agissait donc, en réalité, d'un tout autre latin qu'au moyen âge ; c'est le latin comme langue morte qui, pour la première fois, entrait dans l'enseignement. Et c'est pourtant de cette langue morte qu'on allait faire le modèle d'après lequel devrait être formée la pensée des vivants. ”
Friedrich Max Müller,
La science du langage : cours professé à l'Institution royale de la Grande-Bretagne en l'année 1861…
(1867)
“ Dire que le latin est mort en donnant naissance à sa fille, c'est encore faire de la mythologie, et on pourrait facilement prouver que le latin était encore une langue vivante quand depuis longtemps déjà l'italien avait appris à voler de ses propres ailes. ”
Augustin Pellissier, La langue française depuis son origine jusqu'à nos jours… (1866)
“ L'histoire de la langue romane c'est donc l'histoire des transformations du latin vulgaire importé en Gaule par les soldats romains, sous l'influence des idiomes celtiques rencontrés par la conquête de César, puis des idiomes germaniques importés par la conquête des Francs. 2. La langue latine, depuis Auguste, avait tout naturellement suivi la marche décroissante de la fortune romaine. Tout se précipitait vers la ruine : lettres, arts, politique, force militaire; car l'empire, dans sa longue durée, n'a été qu'une longue agonie de la société ancienne. ”
