“ De nouveau, elle s’enferma dans sa chambre et pensa à Maurice. De son pyjama, elle ne conserva que la petite veste, largement ouverte et qui ne voilait rien de son corps énervé, de ce corps qu’elle caressait, lorsque le rêve devenait plus précis, d’un geste saccadé et convulsif. Cuisses serrées, blottie dans une énorme bergère, une à une elle compta toutes les qualités de l’amant futur, notant au passage tous les défauts du mari. ”
Pyjama
Définition et enjeux
Citations sur le pyjama
Jerome K. Jerome,
Les Trois Hommes en Allemagne
“ Vous ne distinguez pas autre chose, de votre lit, qu’un enchevêtrement confus de bras et de jambes, image frénétique d’une pieuvre empoisonnée. Si vous êtes couché en pyjama, vous sautez du lit et ne faites qu’ajouter à la confusion ; si votre toilette de nuit est moins élégante, vous restez où vous êtes et hurlez des ordres, qu’on méconnaîtra entièrement. Le plus simple est de laisser agir l’aîné. ”
“ Il était vêtu de façon ridiculement voyante aussi, attifé d’un pyjama sali à raies verticales vert pomme et orange, avec aux pieds une paire de savates déchirées, et sur le crâne un casque de liège de rebut, trop étroit de deux pointures, très crasseux et attaché au sommet de sa grosse tête par un cordon de carêt de Manille. Vous comprenez qu’un homme pareil n’a pas l’ombre d’une chance quand il s’agit d’emprunter des vêtements. ”
Marcel Prévost,
La retraite ardente
(1927)
“ Les deux pièces de son pyjama en soie paille, rayée de jaune plus foncé, pouvaient habiller valablement une de ces jeunes femmes qui prennent à l’homme sa coiffure, sa parure et son allure, ou l’un de ces adolescents sinueux, indolents et parfumés, qui poursuivent la ressemblance des femmes. Ainsi se crée, spécialement pour les lieux de plaisir des capitales et les caravansérails comme celui-ci, un tiers-sexe étrange où les hommes ressemblent, non pas exactement à des femmes, mais à des femmes qui singent des hommes. ”
Marcel Prévost,
La retraite ardente
(1927)
“ Il voulut : et sans qu’il imposât son vouloir autrement que par son rythme, la Montarena défit la courte veste du pyjama, l’envoya tournoyante s’abattre sur le divan et continua de danser, dérobant et montrant tour à tour son buste et la zébrure sanglante de ses reins. Il voulut : et dans un brusque accroupissement plein de grâce, elle laissa tomber sur le tapis rouge le large pantalon jaune et s’échappa de sa gaine légère, dans une nudité païenne. ”
Robert Fouan-Dabeaux, Suite internationale (1928)
“ Le samedi, je lave leur linge tout en relisant Mallarmé ou Claudel ; il y a si peu de choses, comme nettoyage : le pyjama russe de David, le smoking de Brâgue, les culottes et la chemise de cow-boy de Faux homme, toujours ignobles et le somptueux costume de lamé d'argent de Dahyur de Punjab. ”
Willy et Jeanne Marais, La Virginité de Mademoiselle Thulette
“ C’était la première fois qu’elle pénétrait dans la chambre du jeune homme : la senteur subtile, si personnelle, que dégage toute chambre où séjourne une existence intime la troubla. Mais, d’abord intimidée par cette pièce en désordre, avec son lit défait, ses meubles en pagaie, le pyjama jeté sur un fauteuil comme un pierrot épuisé, elle sentit presque aussitôt succéder à sa gêne l’impression d’entrer dans sa chambre conjugale, et ce fugace aperçu de son existence future, lui redonnant foi dans l’avenir, l’incita à en défendre de toute son énergie le bonheur escompté. ”
Marcel Prévost,
La retraite ardente
(1927)
“ Puis, aussitôt, elle saisit à deux mains le cadre et baisa, à travers la vitre, l’image de la bouche, longuement. L’ayant reposé, elle dilata encore ses mâchoires roses de petit carnivore, vint à la glace double de l’armoire d’acajou, ôta la veste du pyjama et, demi-tournée avec la grâce d’un geste de ballet, observa son dos. Une ecchymose bleuâtre, comme la marque d’un coup de fouet, le rayait obliquement. ”
“ Sa main gauche rencontra l’étoffe de son vêtement. Il respira d’aise. Rapidement il fit tomber son pyjama et s’apprêta à passer son pantalon. Mais il dut s’arrêter et dresser de suite une oreille très inquiète. ”
Julie Crémieux-Dunand, La Vie à Drancy [1941-1944], récit documentaire… (1945)
“ Spontanément, si vous êtes démuni de tout, on vous prête un pyjama, des lai- nages. Avec solidarité et bonne grâce on s'occupe de vous, on vous porte votre soupe, on bénéficie de l'intérêt de la nouveauté. Dès la première nuit, afin que vous soyez habitué à leurs fantaisies, leur gourmandise et leurs goûts sportifs, les puces et les punaises se disputent l'espace vital de votre corps. Des femmes, à l'épiderme sensible, furent piquées des pieds à la tête, elles étaient méconnaissables avec leur visage enflé. ”
Claude Anet,
Ariane, jeune fille russe
(1921)
“ Ariane Nicolaevna avait revêtu pour le dîner une toilette de haut goût. Elle avait mis des pyjamas de soie bleu vif, que serrait à la taille une large ceinture cerise. La veste souple était largement entr’ouverte sur la poitrine nue. Les cheveux dénoués étaient attachés à la hauteur de la nuque par un ruban bleu comme le pyjama et de là tombaient librement jusqu’à la chute des reins. Elle avait piqué dans les cheveux près de l’oreille une rose rouge sang et chaussé des souliers de bal à hauts talons. ”
U Fischer, Paul Fischer, agrégé de l'Université… (1917)
“ Quelque léger que fût ce pyjama, il n'en était pas moins de la taille de la personne pour laquelle il avait été taillé ; or il s'en fallait de plus d'un centimètre que Paul Fischer eût la stature de son ami : il se trouva littéralement perdu dans le vêtement. Des épingles tinrent les manches retroussées jusqu'aux coudes, mais l'invité demeurait si drôle encore sous l'accoutrement, que Mme d'Estournelles de Constant se saisit furtivement de sa palette, et, sur le coin d'un panneau, le prit en pochade : il est représenté de profil, dans l attitude de la lecture. ”
Henry Spont, Les Pyrénées, les stations pyrénéennes… (1914)
“ Chacune d' elles peut offrir à trois ou quatre personnes un abri confortable , propre et chaud . Une toile à voile , posée sur les brindilles de sapin , protège contre l' humidité les reins des dormeurs couverts par une épaisse couverture de laine bien empochée aux deux bouts . Les plus douillets insèrent leur pyjama dans le doux molleton du sac à dormir qui , avec son oreiller et ses coussins pneumatiques , son capuchon maintenu au-dessus de la tête par une lamelle d' acier flexible , constitue un véritable lit d' où l' on s' arrache avec peine . ”
Marie Le Franc,
L’âme maternelle
“ Et de s’esclaffer ! Se doutaient-elles qu’elles condamnaient leur propre sottise et leur propre vanité ? Au lieu de rêver la bague à trois diamants de chez Birks, elles guignent la rivière, au lieu du « set » d’écureuil vendu au rabais chez un petit marchand, elles veulent le manteau de vison chez Handerson ; la garniture de toilette doit être enguirlandée d’amours et de roses d’argent plein, art nouveau, et le pyjama pâle remplacé par des déshabillés aux malines coûteuses, dernière importation d’Ogilvy. ”
André Chandor, Princesse Nichonnette
“ Il devait être environ neuf heures et le soleil, déjà haut, entrait à flots dans la chambre de Nichonnette. Sur le lit bas, dont les draps avaient été furieusement rejetés et gisaient pêle-mêle avec les couvertures sur le tapis, deux corps étaient allongés. L’un, vêtu d’un pyjama du jaune le plus cocu qui soit, accusait par ses formes adipeuses et peu appétissantes le mâle trop gavé avant l’âge. L’autre, par contre, n’accusait pas, au contraire, il se dévoilait tout seul dès le premier regard : c’était un superbe corps de toute jeune femme à peu près entièrement nue. ”
Marcel Proust,
À l'ombre des jeunes filles en fleurs
(1919)
“ Il n’avait aucune hésitation sur l’opportunité du smoking ou du pyjama, mais ne se doutait pas du cas où on peut ou non employer tel mot, même des règles les plus simples du français. ”
William Knighton, La cour d'un rajah : souvenirs d'un européen (1888)
“ Ces pyjamas encerclaient la ceinture de ces femmes, et de serrées qu'ils étaient autour de la taille, devenaient graduellement plus larges, à mesure qu'ils descendaient jusqu'à la cheville. Un bracelet brodé attachait ces pantalons à la ceinture et autour de la jambe, ce qui rendait le costume encore plus pittoresque. Ces femmes se tenaient silencieusement derrière le fauteuil du roi sans que celui-ci leur adressât la parole ; aucun de nous, par conséquent, n'eut l'air de remarquer leur présence ; c'était là toute l'étiquette qu'il y avait à observer à la table du roi de Luknow. ”
Henry Steel Olcott,
Histoire authentique de la Société théosophique…
(1907-1909)
“ Pour lui faire honneur j'avais revêtu le costume de laine des classes supérieures du Penjab : un pyjamas, gilet sans manches à basques profondes, une longue robe ou choga, des chaussettes de cachemire et des babouches brodées d'or que je laissai naturellement à la porte. La première chose qu'il dit au Pandit Gopinath, mon interprète, fut une expression de plaisir de me voir revêtu de son costume national. On avait préparé pour lui un tapis et un coussin de dos sur une petite estrade devant laquelle nous devions nous asseoir par terre, sur un tapis. ”
Fernand Fleuret,
La boîte à perruque
(1935)
“ On l'a rasé de frais ce matin ; il a mis, Pour faire une surprise heureuse à ses amis, Un ruban violet sur son pyjama rose. Le Poète : il est devant la mer avec un ba gage, et l'on songe à l'Ecornifleur de Jules Renard : « Qu'est-ce que je pourrais bien dire de¬ vant cela ?... » La Lande, dont j'ai déjà parlé, et où l'on voit un homme inquiet et soupçonneux qui se retourne. Est-il suivi ?... Banlieue : Une rue, une boutique de modes, c'est sinistre. Voyages : un wagon où l'on dort dans une odeur empestée et dans un avachissement de consentement public. ”
Gaston Leroux,
Le Fils de trois pères
(1925)
“ Enfin, ce même jour, on constata l’absence de deux pyjamas, d’un lot de serviettes éponge et, au rayon de la parfumerie, de plusieurs flacons d’eau de Cologne à 80 degrés et d’un vaporisateur. Hardigras devenait homme du monde ! ”
Barbara Juliane von Krüdener,
Valérie
(1803)
“ La lune disparut, et on vit à travers la gaze une chambre très simplement meublée, assez éclairée pour qu’on ne perdît rien, et une douzaine de jeunes filles assises auprès de leurs rouets, ou le fuseau à la main, travaillant toutes. Leur costume étoit celui des paysannes de notre pays ; des corsets d’un drap bleu foncé, un fichu d’une toile fine et blanche qui, se roulant comme un bandeau,enveloppoit pittoresquement leur tête, et descendoit sur leurs épaules avec des nattes de cheveux qui tomboient presque à terre. ”
Alexandre Dumas,
Histoire de mes bêtes
“ Vous saurez, autant que la chose peut vous intéresser, qu’été comme hiver, je travaille sans gilet et sans redingote, en pantalon à pieds, en pantoufles et en manches de chemise. La seule différence que la succession des saisons amène dans mon costume est de changer l’étoffe de mon pantalon à pieds et de ma chemise. L’hiver, mon pantalon à pieds est de drap ; l’été, mon pantalon à pieds est de asin. L’hiver, ma chemise est de toile ; l’été, ma chemise est de batiste. ”
Louise Raymond,
Pouponne et Balthazar
“ Pour beaucoup de ces malheureux, le seul luxe qu’ils se permettaient le Dimanche, était la propreté. Ils avaient à peu près oublié l’usage des chaussures. Ils étaient tous habillés de cotonnades bleues ou jaunes, confectionnées par leurs femmes. Pendant la semaine, leur costume se composait d’une sorte de pantalon et d’une vareuse ; mais le Dimanche, la vareuse était remplacée par un gilet rond qu’ils appelaient un capot. Leurs chapeaux étaient faits des feuilles du latanier et étaient aussi l’ouvrage des femmes. ”
Michelle LeNormand,
Autour de la maison
“ Nous demandions des cahiers de modes pour nos étrennes, et nous découpions toutes les bonnes femmes qu’ils contenaient, en robes d’été, en manteaux d’hiver, en costumes de printemps ou d’automne, avec ou sans chapeaux, en robes de matin ou d’après-midi, en toilettes de bal, en costumes de bain, en chemises de nuit ! Toutes les petites filles qui avaient l’air d’avoir le même âge étaient une seule et même petite fille qui changeait de visage quand elle changeait de robe. ”
“ Les cheveux en torsade, ébouriffés, et non seulement point de crinoline, mais point de robe : une camisole légère comme les femmes alors en portaient la nuit, par-dessus la chemise longue il est vrai, mais libre et flottante sous le large et court jupon : c’était là toute sa toilette. ”
Paul Jarry, Les magasins de nouveautés : histoire rétrospective et anecdotique (1948)
“ Mais au milieu du XIXe siècle, une réaction s'était produite et loin de se baigner comme Ève, on inventa des costumes de bains, quelque peu ridicules. « Les femmes aux bains de mer, écrivait Alphonse Karr, font à la chasteté le plus grand sacrifice qu'on puisse faire à aucune vertu : elles lui sacrifient leur beauté !... Avec leur costume de laine, leur veste, leur pantalon et leur bonnet de toile cirée, elles semblent une foule de singes teigneux qui gambadent sur la plage. Obligées de se baigner au milieu des hommes, elles ont imaginé de s'entourer d'un voile de laideur ». ”
Eugène Parès, Les aventures de l'éveillé, ou Le petit fugitif… (1877)
“ Le digne hôtelier portait le costume traditionnel aux gens de son état : une culotte noire dessinant une jambe forte et musculeuse, une petite veste blanche dont le propriétaire avait depuis longtemps renoncé à joindre les boutons aux boutonnières, et, sur la nuque, un bonnet de coton, éblouissant de blancheur. ”
“ Le petit pantalon de la mignonne, collé sur les charmes qu’il enveloppe, laisse deviner d’aimables rondeurs juvéniles ; un pan de chemise, qui sort de la fente, cache encore la chair nue. Je glisse la main dans l’ouverture, palpant avec plaisir le doux satin des petites fesses dodues ; je repousse la chemise, je la roule jusqu’au haut des reins, découvrant un dos d’ivoire satiné ; dans la fente du pantalon qui s’écarte sous la pression des petits hémisphères bombés, jaillit un coin de chair blanche, qui se met à la fenêtre. ”
Paul Adam,
L’Enfant d’Austerlitz
“ Serrez votre cravate et rentrez-moi ce jabot. Je n’aime pas que vous alliez en pantalon. C’est la mode nouvelle, mais une mode bonne pour le commun, et qu’on verra promptement disparaître de la société... Il faut garder ces façons pour la chambre. Allez mettre une culotte et revenez ici partager ma collation. À ces mots, il mena son neveu dans le cabinet aux médailles. En des écrins écarlates, ces effigies perpétuaient, sous maintes vitrines, les physionomies d’empereurs byzantins coiffés de pendeloques et tenant le monde sur la dextre. ”
“ Sur la cheminée, des épingles, des allumettes, de menus bijoux en argent. Sur un guéridon, un fichu de dentelle, cachant la soie d’un parapluie, un corset noir à piqûres jaunes, une houppette ; il y avait encore un livre rouge, des romances, la photographie de Judic, un flacon coiffé de peau blanche. L’absence de l’homme, l’indifférence de la fille pour cette chambre, où elle ne faisait que dormir, s’affichait jusque sur la toilette : des serviettes sales, une natte de cheveux hérissée d’épingles, une éponge s’y affaissaient. ”
Émile Zola,
La Bête humaine
(1890)
“ Mais, en haut, à la lueur de la grosse lampe brûlant sur le coin d’une table, quand il aperçut le lit déjà défait, les vêtements de la jeune femme jetés en travers d’une chaise, et elle-même en chemise, les jambes nues, coiffée pour la nuit, avec ses cheveux épais, noués très haut, dégageant le cou, il resta immobile de surprise. — Comment ! tu t’es couchée ? ”
Alphonse Esquiros,
Revue des Deux Mondes
“ Les hommes portent une veste ou camisole de drap, une cravate à glands nouée négligemment, mais non sans grâce, des boutons d’or à la chemise, une culotte flottante à larges plis, des bas de laine noire et des sabots. ”
Gabrielle Rosenthal, Carpaccio
“ Le cadre avec sa simplicité naïve, le lit modeste, la petite image de piété donnent un caractère de familiarité ingénue où se lit une âme fraiche et presque enfantine. Un semblable accord, mais plus complet, plus exquis, plus subtil, vibre doucement dans le Sommeil de la sainte. Jamais artiste n’a exprimé avec plus de chasteté le repos d’un être pur. Sous les draps, le corps étendu se dessine gracile et comme avec pudeur. ”
Pierre Valdagne,
Les minutes parisiennes. 5, 4 heures…
(1901)
“ Je sors de ma robe de chambre pour prendre mon bain ; ça va vite, mais ça fait une fois tout de même. Je sors de mon costume du matin pour essayer chez mon couturier; ça fait deux. Je sors de ma robe de visites pour mettre ma robe de dîner ; ce qui fait trois ; je me déshabille presque tous les jours pour le bal ; ce qui fait quatre et, cette robe de bal, il faut encore que je la retire pour me coucher, ce qui fait cinq. ”
