“ Rien n’est traître comme le vin d’Espagne ; on s’imagine n’avoir affaire qu’à du sirop, tant il est moelleux ; puis, v’lan ! on est tout surpris de se trouver allumé comme si l’on avait lampé force cognac. ”
Vin d'Espagne
Définition et enjeux
Citations sur “vin d'Espagne”
Henri Lorin, Revue des Deux Mondes
“ Les viticulteurs ont créé des marques spéciales pour divers pays d’Amérique, Cuba, le Mexique ; ils ont conquis d’abord en Espagne une notable clientèle bourgeoise et maintenant produisent pour l’exportation. Le vignoble castillan de Valdepeñas n’est pas encore aussi moderne que celui de la Rioja, mais on aurait tort de croire qu’il n’a pas mieux à offrir qu’un gros vin, plat et violacé, bon tout au plus pour des coupages. L’essor de tant de richesses nouvelles invite les Espagnols à remanier et compléter le réseau, très insuffisant pour un pays actif, de leurs voies de communication. ”
Congrès national des sociétés savantes, Section d'histoire moderne et contemporaine (1964)
“ L'Espagne, c'est aussi le pittoresque des costumes, le « feutre à larges bords de forme castillane », « l'ivrogne drapé dans sa rousse guenille », « la senorita, tout en dentelle de satin », la démarche rythmique et vive, les grands yeux, la pâleur d'ambre des femmes de Castille (2) . L'Espagne, c'est le vin épais qui sent le goudron, les fèves, les oignons, les pois chiches très durs et la soupe très lourde. ”
Arthur Bonnot, Les merveilles de l'Espagne (1900)
“ Lorsque nous eûmes quitté les Pères, après avoir salué ces braves gens qui tous vinrent donner, à nous Français, de chaudes poignées de main, à peine installés dans la voiture nous ramenant à Renedo, nous nous empressâmes de goûter le vin d'honneur : il sentait fortement le bouc. Rien d'étonnant à cela : les Espagnols ont peu de tonneaux, parce que le bois est rare chez eux : ils mettent leur vin dans des outres qu'ils expédient à dos de mulet. Le vin s'imprègne d'odeur et se conserve mal. ”
Maurice Block,
L'Espagne en 1850, tableau de ses progrès les plus récents…
(1851)
“ Le vin constitue une des plus grandes richesses de l'Espagne, presque toutes les provinces en produisent, et plusieurs ont des vignobles célèbres, nous n'avons qu'à nommer ceux de Malaga, Jerès (Xerès) , Valdepenas, Alicante, Malvasia, etc., etc. Les quantités produites sont de 49,964,854 arobes, d'après le recensement de 1797 ; et en tenant compte de l'atténuation probable d'un produit aussi fortement imposé, et de l'accroissement constaté par la création des nouveaux vignobles, on peut estimer la récolte actuelle à 60 millions d'arobes, ou à 9,600,000 hectolitres. ”
Alphonse Baralle, Atlas universel, contenant la géographie physique… (1877)
“ Presque toutes les terres de l'Espagne sont favorables à la vigne; l'excédant de sa récolte en vin sur sa consommation forme une branche considérable d'exportation, dont l'importance serait beaucoup plus grande, si pour la culture des vignobles et la fabrication du vin on employait les méthodes que l'agriculture et la chimie ont perfectionnées. ”
Maurice Block,
L'Espagne en 1850, tableau de ses progrès les plus récents…
(1851)
“ Plusieurs parties de l'Espagne, mais surtout l'Andalousie, renferment une richesse qui ne prospère que sur des coteaux non susceptibles d'être arrosés : c'est le vin. Si quelques propriétaires, méconnaissant les conseils basés sur l'expérience que leur a donnée don Simon Roxas Clemente (Essai sur les variétés de la vigne qui végètent en Andalousie, page 39, etc.) , plantent des vignobles dans des plaines arrosables, leur vin perd en qualité ce qu'il gagne en quantité ; il est surchargé de parties aqueuses et manque d'alcool, de sorte qu'il ne saurait servir qu'à la consommation indigène. ”
Madame d' Aulnoy,
La cour et la ville de Madrid vers la fin du XVIIe siècle
“ Tout est si nourrissant ici, qu'un œuf vous profite plus qu'un pigeon ailleurs. Je crois que c'est un effet du climat.Quant au vin, il ne me semble point bon. Ce n'est pas de ce pays-ci que l'on boit l'excellent vin d'Espagne. Il vient de l'Andalousie et des îles Canaries, encore faut-il qu'il passe la mer pour prendre cette force et cette douceur qui le rendent bon. A Madrid, il est assez fort et même un peu trop, mais il n'a point le goût agréable. ”
Raymond Faure, Souvenirs du Midi, ou l'Espagne telle qu'elle est sous ses pouvoirs religieux et monarchique… (1831)
“ Dans quelques contrées du nord de l'Espagne , comme la Biscaye et les Asturies, le peuple boit habituellement du cidre ; mais le vin est assez commun dans le reste de ce pays, pour qu'on n'ait pas besoin de fabriquer d'autres liqueurs fermentées. Les vins d'Espagne sont généralement très forts, et. les vins rouges très foncés en couleur (34) - La Caslille, et surtout la Manche, en approvisionnent Madrid, où tout le monde, depuis le grand d'Espagne jusqu'au tondeur de mules , boit du vin de l'année, qu'on achète au cabaret voisin, chaque fois que la peau de bouc se trouve vide. ”
Henri Lorin, Revue des Deux Mondes
“ Où sont, présentement, les intérêts de l’Espagne ? Par cette question s’ouvrent toutes les controverses engagées sur les alliances ou ententes internationales. La péninsule peut produire des denrées agricoles bien au delà de sa consommation, et quelle que soit la hausse rapide de celle-ci, avec une récolte seulement moyenne, elle a des excédens de grains. Son vignoble ne peut vivre que pour l’exportation, car un très grand nombre d’Espagnols boivent peu ou point de vin. ”
Manuel de Cuendias, L'Espagne pittoresque, artistique et monumentale… (1848)
“ Les Asturiens, les Galiciens? Oh! ceux-là ne sont pas assez Espagnols pour cela : ils préfèrent le vin de Bordeaux et celui du Portugal, que leur apportent les Anglais. En Galice et dans les Asturies, les riches boivent du vin étranger. Quant au peuple, il ne boit que de l'eau et quelques gouttes de mauvais cidre par-ci par-là. Peut-être pensez-vous que les Vieux-Castillans feraient mieux de conserver leur vin vieux que de le jeter ? Ils ne le peuvent pas ! il deviendrait vinaigre avant deux mois ; car ils ne savent ni le faire ni le conserver ! ”
Ch. Davilliers, L'Espagne par le baron Ch. Davilliers… (1874)
“ Quant aux hommes, il leur arrive assez souvent de noyer leur chagrin dans quelques verres de vin, et de boire trop de copitas de aguardiente à la mémoire du défunt ; car les Gachés, – c'est le nom qu'ils donnent aux Espagnols, – leur ont fait la réputation d'avoir beaucoup plus de goût pour le vin que pour l'eau. ”
Eugène Rochetin, L'avenir économique de l'Espagne et du Portugal (1899)
“ Quelques-uns des vins récoltés ont, depuis longtemps, une réputation justement méritée. Les vins communs, d'ailleurs, donnent lieu, depuis une série d'années, à des transactions multipliées; ils constituent une des branches d'exploitation les plus productives du pays. L'énorme développement du commerce d'exportation est là pour le prouver. Il y a vingt ans, l'Espagne n'exportait que 2 millions d'hectolitres de vin environ; en 1878, ce chiffre atteignait 2672000; quatre ans après, en 4882, les exportations avaient triplé : elles étaient de 7 670 000 hectolitres. ”
Budgets espagnols : congrès des députés… (1899)
“ La classification des alcools et des eaux-de-vie aux effets du tarif de l'impôt, doit être longuement méditée. On ne peut pas faire dans notre pays les mêmes distinctions que dans d'autres, où la production des alcools provient de trois sources bien caractérisées : les distilleries de vin, les distilleries agricoles et les distilleries industrielles. La vaste extension dont jouit en Espagne la distillation du vin, et sa liaison intime avec l'industrie viticole, en font et en ont toujours fait l'objet de considérations et déménagements considérables. ”
Jacques Boucher de Perthes,
Voyage en Espagne et en Algérie…
(1859)
“ ROUTE DE SANTA-POLA. 299 sont les vignobles qui servent à faire son vin fameux, je n'aperçois pas une seule vigne ; de loin à loin, quelque figuier, quelque palmier, mais sur la terre pas une fleur, pas un brin d'herbe : le soleil a tout dévoré. C'est l'anéantissement presque complet des forêts dont le pays était couvert qui a amené cette sécheresse, et, en rendant stériles des terres autrefois fertiles, a contribué à la dépopulation. L'Espagne actuelle est bien loin de ce qu'elle était sous les Romains et même sous les Arabes. ”
Sébastien Blaze, Mémoires d'un apothicaire sur la Guerre d'Espagne… (1828)
“ De grandes outres servent à transporter le vin, d'autres plus petites et de la forme d'un sac à plomb servent à l'usage des repas. Elles sont toutes enduites de goudron en dedans, une embouchure de bois est adaptée à leur ouverture ; le vin d'Espagne a toujours un goût de résine que le goudron lui communique. ”
Washington Irving,
L'Alhambra : chroniques du pays de Grenade
(1843)
“ Il n'est pas inutile de faire observer à cette occasion combien l'eau glacée joue un rôle important dans les jouissances des Espagnols : l'ardeur du climat et la quantité de sources d'eau minérale et salée que possède le pays contribuent sans doute à entretenir cette préférence marquée que les Espagnols accordent à l'eau sur le vin même, cette richesse de leur sol. Aussi les aguadores ou marchands d'eau se rencontrent-ils partout, et la recherche est poussée si loin en ce genre, que nulle part peut-être on ne boit de l'eau plus fraîche qu'en Espagne. ”
Théophile Gautier,
Voyage en Espagne
“ Pendant le temps qu’on changeait de mules, nous courûmes au marché faire provision d’oranges et prendre des glaces, ou plutôt de la purée de neige au limon, à une de ces boutiques de refrescos en plein vent aussi communes en Espagne que les cabarets en France. Au lieu de boire des canons de vin bleu ou de petits verres d’eau-de-vie, les paysans et les vendeuses d’herbes du marché prennent une bebida helada, qui ne leur coûte pas plus cher, et du moins ne leur trouble pas la cervelle et ne les abrutit pas. ”
Pierre-Augustin Caron de Beaumarchais,
Œuvres complètes
“ Celui qui aperçoit cet étonnant phénomène de l’Espagne est tenté de douter qu’il puisse exister dans un siècle plus éclairé que les siècles d’Auguste, de Léon et de Louis XIV. Lorsqu’il voit un pays qui fournit la laine la plus fine, la soie la plus parfaite, le salpêtre le plus abondant, la meilleure soude, le fer le plus doux, le vin le plus fort, les plus excellents fruits, le plus beau blé, les olives, les citrons, la vigogne, le coton, le chanvre, le poil de chameau et de chèvre, et toutes les matières premières les plus propres aux manufactures ”
[Manuel géographique et statistique de l'Espagne et du Portugal… (1809)
“ Ils ont en général beaucoup de corps, et fournissent une bonne, eau-de-vie. Vins de liqueurs. Plusieurs cantons de l'Espagne produisent des vins de liqueurs excellens. Le royaume de Valence fournit le vin d'Alicante, celui de Grenade le vin de Malaga, celui de Séville les vins de Xeres et de Rota : les noms seuls de ces vins font leur éloge ; les plus estimés parmi ceux de Malaga sont le lagrima et le guindas. Le Murcie fournit le vin de Carthagène, qui est peu connu, et qui cependant mérite de l'être ”
Romuald Dejernon, La vigne en France et spécialement dans le Sud-Ouest… (1866)
“ On a publié et répandu que, la grande majorité des Anglais buvant une bière excellente, pendant que les basses élevées de la société affectionnaient les vins chauds et alcoolisés de l'Espagne et du Portugal, on ne parviendrait pas, au moyen d'un traité de commerce, à détruire des habitudes invétérées, qui avaient fait de profondes racines dans les mœurs ; qu'en un mot, le vin ne pouvait être pour l'Angleterre qu'un objet de luxe. ”
Théophile Gautier,
Voyage en Espagne
(1881)
“ Il fallait se remettre en route, et réellement on a besoin d'un grand courage moral pour quitter, par trente degrés de chaleur, une posada où l'on a pour perspective plusieurs rangs de jarres, de pot et d'alcarrazas, couverts d'une transpiration perlée. Boire de l'eau est une volupté que je n'ai connue qu'en Espagne ; il est vrai qu'elle y est légère, limpide et d'un goût exquis. La défense de boire du vin faite aux mahométans est la prescription la plus facile à suivre sous de tels climats. ”
Muhammad ibn Abd al-Wahhab Wazir al-Ghassani, Voyage en Espagne d'un Ambassadeur Marocain…
“ A cause de la prodigieuse consommation qu'ils en font et de la population considérable que renferme Madrid, population composée tant [Pg 82] des habitants que de ceux qui y viennent pour séjourner, se fixer ou faire le commerce, le vin s'y vend à un prix très élevé. Il est frappé, à la porte de la ville, d'un droit égal aux deux tiers de sa valeur, mais les gens n'y font pas attention, parce qu'ils ne peuvent en aucun temps se passer de vin, habitués qu'ils sont tous à en faire usage, hommes, femmes et enfants des deux sexes, grands et gens du peuple, religieux, prêtres, diacres, moines, etc. ”
Louis-François Raban, Histoire des invasions et des expéditions militaires en Espagne… (1823)
“ Long-temps on y négligea la culture de la vigne ; les habitans préféraient au vin des boissons de fruits et de grains, dont ils faisaient du cidre et une espèce de bière : par la suite ils multiplièrent les ceps en voyant que les Romains faisaient un cas particulier de leurs vins. Le gouvernement en borna quelquefois la culture, parce qu'il craignait que si les Espagnols la préféraient à celle du blé, Rome, qui tirait de l'Espagne ses meilleurs grains,' ne vînt à manquer. La plus considérable de leurs productions était l'huile, dont ils faisaient de très-abondantes récoltes. ”
Ch. Davilliers, L'Espagne par le baron Ch. Davilliers… (1874)
“ « Ils sont très-sobres chez eux, et n'ont aucune curiosité pour leur manger, disait un voyageur hollandais en 1669. Les plus grands seigneurs ont leur olla, c'est-à-dire soupe d'un quartier de volaille avec un peu de boeuf et de mouton.... Ils boivent très-peu de vin, et la table d'un honnête bourgeois de Paris est meilleure que celle d'un grand d'Espagne.... Ils se festinent rarement, et mangent presque toujours en leur particulier. » Les Espagnols ne sont pas moins sobres dans l'usage du vin. ”
Semaine nationale du vin. Compte rendu des travaux… (1922)
“ Vinifiés avec soin, nos vins de consommation courante peuvent aller à l'exportation avec ou sans coupage et soutenir victorieusement la concurrence avec les vins d'Espagne, d'Italie, de Grèce, de Turquie ou de Portugal. ”
Semaine nationale du vin. Compte rendu des travaux… (1922)
“ En regard d'une exportation active se développe aaturellement un commerce d'importation florissant. De plus, tous les Etats exportateurs de vins : l'Italie, l'Espagne, le Portugal, la Grèce, etc., ont un intérêt identique au nôtre dans la campagne de réhabilitation du vin que nous voulons provoquer. Les mesures prohibitives les atteignent durement eux aussi. Et que sera-ce si la vague de tempérance irraisonnée continue sa marche envahissante? Dans la production moyenne mondiale de 1919 à 1921, qui a été de 145.490.000 hectolitres, l'Espagne a fourni: 22.166.692 hectolitres ”
Budgets espagnols : congrès des députés… (1899)
“ La production de l'alcool chez tous les peuples de l'Europe et aux Etats-Unis, est approximativement de 15 millions d'hectolitres ; celle de l'Espagne peut être évaluée à 500.000 dont 300.000 proviennent de la distillation du vin et du marc de raisin. ”
Petr Aleksandrovič Čihačev, Espagne, Algérie et Tunisie, lettres à Michel Chevalier… (1880)
“ Quant au vin, la Vega ainsi que les hauteurs limitrophes en produisent des variétés nombreuses, dont certaines qualités, notamment celle de teinte dorée, rappelant également le goût du xérès mais beaucoup moins capiteux, constituent les meilleurs vins de table qu'on puisse trouver en Espagne, où les vins de ce genre sont lourds et par trop alcooliques, tandis que le xérès et le malaga ne se prêtent point à l'usage ordinaire. Le climat de Grenade est beaucoup plus tempéré qu'on ne serait porté à le croire, en considérant l'altitude de la ville et la proximité des montagnes élevées. ”
Auguste-F. Jaccaci, Au pays de Don Quichotte (1901)
“ La vie n'y manque pas cependant, et il y a là une des plus grandes dis- tilleries (bodegas) de l'Espagne. J'y jetai un coup d'œil sur les ouvriers déjeunant sous un clair et neuf hangar, près d'une formidable rangée de jarres en terre, dont chacune, dit-on, contient douze cents gallons de vin. En revanche, les nombreux moulins à plâtre que l'on voit ici sont tout ce qu'il y a de plus primitif : on y travaillait, à ciel ouvert, sur les aires pavées, comme au temps des Romains, des Ibères et des Mores. ”
Ch. Davilliers, L'Espagne par le baron Ch. Davilliers… (1874)
“ Ils sont d'une retenue surprenante sur le vin, ajoute un autre ; les femmes n'en boivent jamais, et les hommes en usent si peu, que la moitié d'un demy-septier leur suffit pour un jour. L'on ne sçauroit leur faire un plus sensible outrage que de les accuser d'être yvres. Bourgoing assure, dans son Tableau de l'Espagne moderne, qu'il n'est rien de si rare que de voir un homme pris de vin. Je le soutiens encore, ajoute-t-il plus loin, quoi qu'en ait dit un Allemand, qui a voyagé plus récemment que moi en Espagne, et qui prétend y avoir rencontré beaucoup d'ivrognes. ”
