“ Le pilote et le cocher de l’empereur. Disons quelques mots de cet empereur qui avait failli à cette haute mission de partager le monde avec Napoléon, et de ce grand duc Constantin que l’Europe tout entière, écartée du secret de famille que nous allons dire, regardait comme son successeur. L’histoire de Russie est la plus obscure de toutes, non qu’elle ne mérite pas d’être connue, mais parce que personne n’ose l’écrire. Un seul homme reçut cette mission, Karamsine, et il mourut, sans l’avoir accomplie, le 3 juin 1826, au palais de la Tauride, où le logeait l’empereur. ”
Constantin de Russie
Définition et enjeux
Citations sur “Constantin de Russie”
Léon Maccas, Revue des Deux Mondes
“ A mesure que les Alliés se relâchaient de leur sévérité, l’audace des intrigues ourdies contre eux dans les coulisses politiques d’Athènes augmentait d’autant. On fit circuler le bruit ridicule, mais destiné à encourager les germanophiles, selon lequel la Russie aurait soi-disant exigé de ses alliés, sous la menace de signer une paix séparée avec l’Allemagne, le maintien sur le trône du roi Constantin. ”
Alfred Rambaud,
Histoire de la Russie : depuis les origines jusqu'à nos jours…
(1900)
“ L'attitude de la Russie devenait chaque jour plus inquiétante pour la Porte : le second fils de Paul Ier avait reçu le nom significatif de Constantin ; on lui avait donné une nourrice grecque. La Tauride, que Catherine II avait annexée en alléguant la sécurité de l'empire, devenait entre les mains de Potemkine une position menaçante pour la sécurité des Turcs : Kherson était déjà un redoutable arsenal ; Sévastopol se bâtissait ; il y avait une flotte russe dans la mer Noire ”
Marie-Nicolas Bouillet, Dictionnaire universel d’histoire et de géographie Bouillet Chassang (1878)
“ Constantin, fils du préc. forma dès sa 1re jeunesse le projet de délivrer la Grèce. Quoique ses relations avec les Russes excitassent les soupçons du sultan, il fut, par considération pour son père, nommé hospodar de Moldavie en 1799, puis de Valachie en 1802. La Russie, dont il avait brigué la protection, stipula pour lui qu’il resterait en fonctions pendant 7 ans ; le sultan ayant voulu le révoquer malgré cette clause, il s’ensuivit une guerre. Après le traité de Tilsitt (1807) , Constantin se retira en Russie, où il mourut en 1816. ”
Alfred Rambaud,
Histoire de la Russie : depuis les origines jusqu'à nos jours…
(1900)
“ Outre les généraux, il y avait là son frère Constantin, ses ministres Araktchéef, Balachef, Kotchoubey, Volkonski ; il y avait là des réfugiés do toutes nations, des Allemands, Stem, les généraux Wolzogen, Pfuhl, le Piémontais Michaux, le Suédois Armfelt, l'Italien Paulucci. On délibérait, on discutait beaucoup. Attaquer Napoléon, c'était lui fournir l'occasion qu'il cherchait; se retirer dans l'intérieur, comme l'avait conseillé Barclay en 1807, en faisant le désert derrière soi, paraissait dur et humiliant. ”
G. Rothan, Revue des Deux Mondes
“ La question des lieux-saints tient à cœur à l’empereur, car elle a des racines dans le sentiment national ; sa politique est de ne pas laisser tomber les portes du Bosphore et du Sund dans des mains qui pourraient les lui fermer. Mais quand pourra-t-il s’en rendre maître lui-même ? Il faudra un siècle et des circonstances imprévues, car la Russie n’y est nullement préparée. Il y a dans ce vaste empire, avant qu’il puisse étendre ses limites, du travail pour trois souverains, et aujourd’hui la possession de Constantinople serait la dissolution de la Russie. ”
Maurice Paléologue,
Revue des Deux Mondes
“ Dans les milieux ouvriers, on ne s’intéresse aucunement à Constantinople. On estime que la Russie est déjà bien assez vaste et que, au lieu de verser le sang du peuple pour des conquêtes absurdes, le Gouvernement du Tsar ferait beaucoup mieux de soulager les misères du prolétariat. ”
Paul Varin, Le Rhin : à propos de la question d'Orient (1860)
“ Car ce n'est pas calomnier la Russie que de dire que depuis Pierre-leGrand, Constantinople et l'objet de ses plus ardents désirs, et que jamais le moment n'a été plus propice pour entraîner son ambition au delà de la mesure où la sagesse, sans doute, de ses princes cherche à la maintenir. ”
François Combes, Histoire générale de la diplomatie européenne… (1856)
“ In hoc signo vinces, par ce signe, tu vaincras. C'était une croisade qui allait sortir de l'auguste basilique de Moscou ; c'était le labarum sacré de Constantin-le-Grand qui allait précéder les pieux guerriers de la Russie. Le czar Pierre était un nouveau Constantin (2) venant écraser l'islamisme ottoman avec les mêmes armes dont le premier s'était servi pour abattre le paganisme romain. Toute la (1) Lévesque, t. IV. p. 380. 12) Hainmer, p. 341, t m. race grecque s'ébranla sourdement et se tint prête à passer au besoin dans les rangs de ses futurs libérateurs. ”
Fédor Dostoïevski,
Journal d’un écrivain
“ Aujourd’hui, la Russie a été longtemps en contact avec l’Europe. Elle s’est instruite, et l’essentiel c’est qu’elle est consciente de sa force et a compris où cette force résidait. Elle sait que Constantinople doit être à nous, mais non plus pour jouer le rôle de capitale de la Russie. ”
G. Valbert,
Revue des Deux Mondes
“ Pour la Russie. C’est une loi de l’histoire que tout ce qui se passe en Orient profite aux Russes, et il y parut bien, puisque peu après toute l’Europe dut se réunir pour les arrêter dans leur marche victorieuse sur Constantinople. ”
Loève-Veimars, Revue des Deux Mondes
“ Les armes ont assez fait pour la Russie en Orient, et l’Angleterre n’aurait plus à lui disputer, par une guerre, que Constantinople dont l’empereur ne s’emparerait qu’à son corps défendant. Que peut demander la Russie en effet, et quels empiétemens lui reste-t-il à faire ? ”
Anatole Leroy-Beaulieu,
La Russie et les Russes
“ Le patriarche de Constantinople, venu à Moscou pour l’érection du siège patriarcal, reçut du tsar et du clergé l’offre d’y monter lui-même en gardant le titre de patriarche œcuménique, comme si, en faisant asseoir sur leur nouvelle chaire le chef traditionnel de l’église grecque, les Russes eussent voulu transporter le centre de l’orthodoxie des bords du Bosphore à ceux de la Moskova, Le prélat byzantin, qui n’était venu chercher que des secours pour son église, refusa les offres du tsar et se contenta de ses aumônes. ”
Maurice Paléologue,
Revue des Deux Mondes
“ Toutes les personnes qui ont approché l’Empereur à Moscou lui ont parlé de Constantinople et toutes se sont exprimées de même : « L’acquisition des Détroits est un intérêt vital pour l’Empire et qui prime tous les avantages, territoriaux que la Russie pourrait obtenir au détriment de l’Allemagne ou de l’Autriche... La neutralisation du Bosphore et des Dardanelles serait une combinaison incomplète, bâtarde, pleine de périls pour l’avenir... Constantinople doit être une ville russe... La Mer-Noire doit devenir un lac russe... » ”
Adolphe d' Avril,
Les populations de l'Europe orientale
(1869)
“ Nous convenons volontiers que la Russie est assez vaste ; nous sommes sincères en déclarant que nous ne voulons pas de nouvelles conquêtes, mais nous ne serions pas fâchés d'avoir à Constantinople, dans l'Archipel, dans l'Adriatique et sur les bords du Danube, des États qui ne nous porteraient pas ombrage, qui seraient nos confédérés et un peu nos vassaux, et il nous serait fort désagréable de voir à la tête de cette confédération un autre empereur qui serait parfaitement indépendant et qui pourrait nous être hostile. ”
Ossip Lourié, La Psychologie des romanciers russes du XIXe siècle
“ Notre force, c’est notre confiance dans le colosse russe... L’Europe craint que notre vieil édifice de tant de siècles ne s’écroule, l’Europe crie : « La Russie se meurt ! La Russie n’est rien et ne sera jamais rien ! » Les cœurs de nos ennemis tressaillent de joie... Ils ne remarquent pas la chose principale : l’alliance du Tsar avec le peuple !... La corne d’or et Constantinople, tout cela sera à nous... Constantinople deviendra le centre du panslavisme... Nous pouvons nous fier à notre colosse... ”
David Urquhart, Les Catholiques et le pape. Communication confidentielle…
“ La Russie qui a tout à gagner dans un bouleversement générai de l'Europe, et qui n'attend que l'occasion d'une guerre pour s'emparer de Constantinople, ne tardera pas ensuite à faire impunément une descente sur l'Europe. ”
Arthur Desjardins,
Revue des Deux Mondes
“ Moscou remplaçait Byzance ; Maxime le Grec, l’ami de Lascaris et d’Aide Manuce, devenait le favori du prince ; le tsar correspondait lui-même avec les papes Léon X et Clément VII, avec les empereurs Maximilien et Charles-Quint, avec les sultans Sélim et Soliman. Son successeur, Ivan IV, dit le Terrible, est possédé de toutes les ambitions ; l’image de Constantin hante ses rêves ; mais ce n’est pas d’un État purement oriental qu’il veut être empereur. Il a compris tout le parti qu’il pouvait tirer de la civilisation occidentale contre ses voisins de l’Occident ”
Alfred-Auguste Cuvillier-Fleury, Voyages et voyageurs, 1837-1854 (1854)
“ Et vous croyez peut-être que c'était un sentiment de bienveillance, si ce n'est de gratitude, que les Russes laissaient derrière eux, après tout ce qu'ils avaient fait ; vous croyez qu'on leur rendait tout au moins justice. M. SaintMarc Girardin lui-même, si peu Russe qu'il soit, le croyait comme vous, et il s'en allait partout, à Jassy et à Bucharest, et par un sentiment d'équité qui l'honore, répétant que la Russie ne prétendait pas s'emparer de Constantinople et qu'elle aimait mieux régner en Turquie par influence que par conquête. ”
Émile de Girardin,
L'impuissance de la presse : questions de l'année 1878
(1879)
“ Si un empereur russe en venait un jour à conquérir Constantinople ou était forcé de l'occuper d'une manière permanente et à le fortifier de façon à le rendre imprenable, ALORS COMMENCERAIT LE DÉCLIN DE LA RUSSIE. Si je n'y transportais pas ma résidence, mon fils le ferait, et peut-être seulement mon petit-fils ; mais cela arriverait tôt ou tard, car le Bosphore est plus chaud, plus agréable et plus beau que Pétersbourg ou Moscou, et SI UNE FOIS LE CZAR RÉSIDE A CONSTANTINOPLE, LA RUSSIE CESSE D'ÊTRE LA RUSSIE. Aucun Russe ne peut souhaiter ce résultat. ”
Charles de Mazade,
Revue des Deux Mondes
“ Il est sans doute de l’intérêt de la Russie de le dire : c’est sa politique et son ambition de prédominer en Orient. Aller à Constantinople est une sorte de vocation pour elle, comme on dit dans un certain langage mystique, et c’est une vocation très compréhensible. Il y en aurait bien d’autres de ce genre dans le monde ; mais la question est de savoir si l’Europe peut voir tranquillement les progrès de cette formidable puissance, dont la disproportion est déjà si notoire avec celle des autres états, dont la protection est un péril pour ceux-là mêmes qui ont à l’invoquer. ”
Fédor Dostoïevski,
Journal d’un écrivain
“ Au nom de quel droit moral la Russie pourrait-elle demander Constantinople ? Au nom de quel principe supérieur lui serait-il loisible de l’exiger de l’Europe ? Mais au nom de sa situation de gardienne de l’orthodoxie ! Voilà le rôle auquel elle est prédestinée, rôle symbolisé par l’aigle constantinopolitain à deux têtes qui figure sur les armes de la Russie. Il n’y a rien là qui menace les différents peuples slaves dans leur indépendance ; rien qui menace les Grecs ; en un mot, aucune des nations orthodoxes. La Russie est leur protectrice naturelle à toutes, mais non leur maîtresse. ”
duc de Raguse Auguste Frédéric Louis Viesse de Marmont, Mémoires du maréchal Marmont, duc de Raguse…
“ Le peuple russe est fidèle par sa nature. La question des droits de Nicolas n'était pas complètement claire aux yeux des masses. Il y avait encore dans les esprits un fond d'inquiétude et de défiance. L'arrivée volontaire de Constantin, sa présence au sacre, expliquaient tout, confirmaient tout; aussi, dès ce moment, l'opinion la plus favorable se prononça-t-elle en faveur du jeune empereur, et, le lendemain, vingt mille individus étaient, rassemblés au Kremlin pour assister à la parade et constater par leurs yeux un fait qui les remplissait de joie et de bonheur. ”
Astolphe de Custine,
La Russie en 1839
“ Mais il me semble que pour des lecteurs intelligents, les seuls auxquels je m’adresse, les paroles ne sont rien en elles-mêmes, et que la valeur des expressions dépend du sens qu’on veut leur donner. Ce n’est pas à dire que la physionomie de ce prince manque de franchise ; non, je le répète, elle ne manque que de naturel : ainsi le plus grand des maux que souffre la Russie, l’absence de liberté, se peint jusque sur la face de son souverain : il a plusieurs masques, il n’a pas un visage. Cherchez-vous l’homme ? vous trouverez toujours l’Empereur. ”
Philippe Mazeron du Pradeix, Le Présent et l'avenir de la France… (1840)
“ L'Europe s'effraie sans doute avec raison de voir le colosse de la Russie s'avancer sur l'Orient, qu'il semble devoir écraser de son poids, en même temps qu'il met un pied sur l'Occident. Mais si jamais la Russie devient maîtresse de Constantinople, sa situation doit changer complétement. Constantinople et Saint-Pétersbourg ne sauraient rester sous la domination du même maître. Ainsi, le moment de l'occupation de Constantinople par le czar sera le moment de la division de l'empire de Russie. ”
Astolphe de Custine,
La Russie en 1839
“ Cette sotte inquiétude n’atteint point le grand-duc ; sa présence fait avant tout l’impression d’un homme parfaitement bien élevé ; s’il règne jamais, c’est par l’attrait inhérent à la grâce qu’il se fera obéir, ce n’est pas par la terreur, à moins que les nécessités attachées à la charge d’Empereur de Russie ne changent son naturel en changeant sa position. ”
Charles de Mazade,
La Russie sous le règne de l’empereur Alexandre II
“ L’idée qu’on se faisait de l’empire russe était celle d’une puissance immobilisée par une autocratie sans limite, se mouvant dans sa sphère propre, portant dans son sein une énigme et menaçant de temps à autre l’Occident de son poids, — le poids de soixante-dix millions d’hommes pliés à tous les desseins d’une grande ambition ! Trente ans de règne de l’empereur Nicolas avaient singulièrement contribué à donner à la Russie cette attitude d’une nation pervertie de servilité, de silence et de fanatisme discipliné. ”
Astolphe de Custine,
La Russie en 1839
“ Quelle terrible force que celle qui fit sortir du désert une capitale, et qui d’un mot peut rendre à la solitude tout ce qu’elle lui a pris ! Ici la vie propre n’appartient qu’au souverain : la destinée, la force, la volonté d’un peuple entier sont renfermées dans une tête. L’Empereur de Russie est la personnification du pouvoir social : au-dessous de lui règne en principe, si ce n’est de fait, l’égalité telle que la rêvent les démocrates modernes gallo-américains, Fourriéristes, etc. Mais les Russes reconnaissent une cause d’orage de plus que les autres hommes : la colère de l’Empereur. ”
Georges Gaulis, La Ruine d'un empire : Abd-ul-Hamid… (1913)
“ Tout invitait l'Allemagne à suivre de près les affaires ottomanes, que les anciens surveillants semblaient un peu négliger ou ne pouvaient plus conduire à leur fantaisie. La Russie faisait une politique de sourires à Constantinople, mais sans chances de durée, car si le tsar est le seul, en Europe, qui n'ait pas besoin de plaire au sultan et puisse se contenter de lui faire peur, il ne saurait, par contre, à aucun moment, lui inspirer une vraie confiance. ”
marquis de Astolphe Custine, La Russie en 1839, Volume IV
“ Les passions des Russes sont taillées sur le patron de celles des peuples antiques; chez eux tout rappelle l'Ancien Testament; leurs espérances, leurs tortures sont grandes comme leur Empire.Là, rien n'a de bornes, ni douleurs, ni récompenses; ni sacrifices, ni espérances: leur pouvoir peut devenir énorme, mais ils l'auront acheté au prix que les nations de l'Asie paient la fixité de leurs gouvernements: au prix du bonheur.La Russie voit dans l'Europe une proie qui lui sera livrée tôt ou tard par nos dissensions ”
J. M. J., Revue des Deux Mondes
“ Il poursuit aujourd’hui son projet favori ; la Russie veut Constantinople. Toutes ses forces sont réunies pour y arriver, et jamais elle n’a déployé un tel appareil de puissance sur terre et sur mer. Les prétextes sont faibles, disons mieux, ils sont nuls ; mais les moyens sont immenses, et ce n’est plus du droit qu’il s’agit, mais de la possibilité du succès. Cette guerre nous semble de la plus évidente injustice, mais rappelons-nous que nous discutons la question politique, c’est-à-dire, celle des intérêts. Les intérêts de la Russie sont palpables ; il reste à examiner ceux de l’Europe. ”
Gustave Oppelt, Galerie historique, généalogique et biographique des souverains européens et originaires de l'Europe… (1865)
“ Depuis longtemps, l'Europe regarde avec une juste et jalouse méfiance l'agrandissement continu de la Russie en Orient, qu'elle considère comme l'application progressive du système inauguré par Pierre le Grand et qui est dans la nature bien plus que dans des souvenirs moscovites. Ce système tend, avec toutes ses forces occultes et publiques, à la conquête de Constantinople, non pas comme à un but final, mais comme début et point d'appui d'ambitions nouvelles et plus démesurées. Ces projets de la Russie sont subversifs pour l'équilibre européen ”
