“ Maximilien. Eh bien, mettons que je le suis. Giboyer. Tu l’es ? Maximilien. Pourquoi pas ? Giboyer. Ma vie se déroberait sous moi pour la seconde fois ? (Allant à Maximilien.) Qui t’a volé à moi, cruel enfant ? Par où m’échappes-tu ? Qui t’a perverti ? Il y a une femme là-dessous ! Les femmes seules font de ces conversions-là ! Tu n’es pas légitimiste, tu es amoureux ! Maximilien. Moi ? Giboyer. Il y a ici quelque sirène qui s’est amusée à te catéchiser. Maximilien. Madame Maréchal, une sirène ! Mon seul catéchisme est un discours de son mari que j’ai médité en le copiant. ”
Giboyer
Définition et enjeux
Citations sur “Giboyer”
“ Giboyer. Bah ! une riche héritière n’est jamais assez compromise pour ne pas trouver un mari. Maréchal, abattu. Oui, quelque gandin sans fortune qui la prendra pour son argent et qui la rendra malheureuse. Giboyer. C’est vrai, vous avez raison... je ne songeais pas à ça. Un jeune homme désintéressé qui l’épouserait pour elle-même... c’est l’oiseau rare. Et puis, en supposant que vous mettiez la main dessus, voilà mademoiselle votre fille tirée d’embarras ; mais vous, non. Maréchal. Parbleu ! Giboyer. À moins que votre gendre ne fût de force à remplacer mon neveu auprès de vous ”
“ J’aime mieux Giboyer, ohé ! mais Giboyer toujours ! J’ai assez de la toge et du cothurne ! Je n’aime les Romains qu’au parterre et je crains les Grecs partout ! J’en ai entendu du romain avant Henriette Maréchal ! ”
Jean Richepin,
Discours prononcé sur la tombe d' Émile Augier…
(1889)
“ A côté de l'enrichi, du triomphateur indigne, il a montré son ennemi naturel, le déclassé, et il en a tracé un portrait impérissable. Giboyer, c'est l'homme pauvre et instruit, mourant de faim avec un diplôme dérisoire dans la poche de son habit râpé, c'est l'intelligence vassale du sac d'écus. ”
Anatole France,
La Vie littéraire
“ En ce maître charmant, en le fin poète, en cet homme d’esprit, il veut nous faire reconnaître M. Émile Augier. J’y éprouve, pour ma part, quelque peine, et j’affirme que le portrait manque de ressemblance. Ce n’est pas que l’auteur du Fils de Giboyer soit dépourvu de finesse et de mesure ; mais ses qualités essentielles sont tout autres. ”
“ Giboyer parle du peuple sans le connaître, sans l’aimer, et, par conséquent, il en parle mal. Il n’est plus du peuple et n’est pas de la bourgeoisie. Il a toutes les tares des métis. Il est sans conscience, sans probité, il se vante de ses vices, et cache, sous une incessante ironie la bassesse de ses pensées. Il croit que l’honneur coûte cher ; il se trompe ; on l’a pour rien lorsqu’on se contente du rôle qu’on peut remplir. Il y a plus de dignité à faire le métier de concierge, si on le fait de son mieux, qu’à être un insulteur à gages, même avec beaucoup de talent. ”
Charles de Mazade,
Chronique de la quinzaine, histoire politique et littéraire - 14 décembre 1869
“ L’entreprise parut au premier abord avoir un plein succès. On se souvient de la faveur bruyante avec laquelle furent accueillis les Effrontés et surtout le Fils de Giboyer. Il faut convenir qu’il y avait beaucoup de vigueur dans la conception et de vérité dans la peinture de ce Giboyer, resté comme la personnification triste et vraie de l’expérience malsaine et du talent dévoyé. ”
“ Charrier. Moi ! juste ciel ! je professe la plus profonde horreur pour cette abominable secte Le Marquis. Alors, permettez-moi de vous présenter M. Giboyer de La Mirandole, membre des classes dangereuses de la société et mon ami. Charrier, saluant. Charmé, monteur. Giboyer, saluant. De rien, monsieur. Charrier. J’ai horreur des principes, non des personnes, et quand une conviction est sincère comme la vôtre, monsieur... Giboyer, très gracieux. Mais elle ne l’est pas, monsieur. Tout ça m’est bien égal. Un Domestique, annonçant. M. de Sergine. Vernouillet, à part. Ah ! diable ! ”
“ Giboyer. Ces opinions qui te séparent de Fernande ? Maximilien. Je les exècre ! Giboyer. Tu ne te sens pas monter la rage au cœur devant ce stupide obstacle ? Maximilien. Oui ! Giboyer. Tu n’éprouves pas le besoin de te ruer dessus et de le mordre ? Maximilien. Tu as raison ! Dussé-je m’y briser les dents, je les imprimerai dans la pierre ! Jetons au destin la protestation du désespoir, la poignée de poussière du vaincu ! Allons ! Giboyer. Va prendre ton paletot. (À part.) Moi, je n’en porte jamais... c’est trop chaud ! Ils sortent. ACTE CINQUIÈME Décor du deuxième acte. ”
Émile Augier,
Théâtre complet
(1863)
“ GIBOYER . Que méditez -vous donc ? MARÉCHAL . Ne cherchez pas : vous ne trouveriez jamais . Ils sont rares les hommes qui conforment leurs actes à leurs paroles ; j' en suis un . Je suis tout d' une pièce , moi , carré par la base : ce que je pense , je le dis ; ce que je dis , je le fais . GIBOYER , à part . C' est étonnant comme je suis roué , quand il ne s' agit pas de moi . SCÈNE VI . LES MÊMES , FERNANDE . MARÉCHAL . Ma fille ... GIBOYER , à part . La voilà ! MARÉCHAL . Je te présente M. de Boyergi , oncle de Maximilien . – Sais -tu ce qu' il vient de m' apprendre ? ”
“ Giboyer, assis sur le canapé. Je ne peux pourtant pas te laisser user par la misère ! Maximilien. Penses-tu que j’accepterai encore tes bienfaits, sachant ce qu’ils te coûtent ? Ne m’as-tu pas mis en état de gagner ma vie et la tienne ? Avons-nous tant de besoins, toi et moi ? Nous connaissons la pauvreté ; reprenons-en gaiement le chemin, bras dessus bras dessous. Ne sera-ce pas charmant de vivre tous deux de notre travail dans une mansarde ? Giboyer. Charmant pour moi, oui ! Maximilien. Et pour moi donc ! Je sais qui tu es maintenant. Je suis fier de loi : j’ai lu ton livre ! ”
Maurice Spronck,
Revue des Deux Mondes
“ Giboyer en effet, — et c’est par là qu’il mérite d’attirer l’attention, — s’affirme bien comme un pur héros à la mode de 1830, moins le lyrisme naturellement, moins la poésie, moins le panache ; il s’exprime en prose au lieu de parler en vers ; il porte le vêtement moderne en place du pourpoint. Cela ne l’empêche pas d’avoir dans les veines tout le sang de Marion de Lorme ou de Triboulet. « Étrange garnement ! C’est la courtisane qui gagne la dot de sa fille », s’écrie en le désignant le marquis d’Auberive. ”
“ Giboyer. Pour le monde, mon neveu est un orphelin, et personne ne s’avisera de vérifier son état civil. Maréchal. Au fait, c’est vrai. Personne n’ira vérifier... Et puis c’est un énorme avantage d’épouser un orphelin. On n’épouse que son mari, pas de famille ! Maximilien. Pardon, monsieur, j’ai mon père. Giboyer, vivement. Peu importe ! il n’a aucun droit sur lui, ne l’ayant pas reconnu. Maximilien. S’il n’a pas de droits devant la loi, il en a dans mon cœur. Tu m’entends ? Maréchal, à Giboyer. Qu’est-ce que c’est que ce père ? Comment s’appelle-t-il ? ”
Paul Milliet,
Une famille de républicains fouriéristes…
(1915-1916)
“ Chère Bonti, écoute bien. Mon faire, prête les oreilles : j'ai vu hier la pièce d'Emile Augier : Le Fils de Giboyer !!! J'en ai rêvé cette nuit, et ce matin j'en suis encore éblouie, pétrifiée, tentée d'applaudir encore. Vous ne pouvez rien imaginer de plus beau ni de plus fort. Il tape sur les cagots d'une manière si charmante et si drue que c'est plaisir. Chacun s'étonne que la censure ait permis une telle pièce. Tous les types sont si bien tracés, si vrais. ”
Louis Ganderax,
Revue des Deux Mondes
“ De quel remède s’agit-il? Giboyer l’indiquait, et c’était le sujet de la seconde partie du commentaire. « Achevez la révolution de 89 ! s’écriait le socialiste. On a fait table rase des abus; il reste à reconstruire une société en créant une aristocratie en dehors de l’argent. — Sur quoi la fonderez-vous dans ce pays démocratique? — Sur le principe même de la démocratie, sur le mérite personnel. » C’est « le règne de l’intelligence » que Giboyer annonçait. ”
Prévost-Paradol, Revue des Deux Mondes
“ Giboyer est le véritable héros de la pièce ; mais quelques situations dramatiques et l’art touchant du comédien qui le fait vivre ne suffisent point pour cacher ce qu’il y a d’inadmissible dans les contradictions d’un tel caractère. On sent à chaque instant que cet homme n’existe pas, qu’il ne peut exister. ”
Un Lecteur de "L'Univers", M. Veuillot et Giboyer : lettre au directeur du journal "Le Progrès" (1863)
“ MONSIEUR LE DIRECTEUR, Vous lisez rarement les ouvrages de M. Veuillot, et en cela, vous faites comme tout le monde. Je serai donc certainement le premier à vous apprendre que, dans le dernier pain béni de sa fabrique, Déodat a fourré à votre adresse une fève empoisonnée. Il a fallu une chance particulière pour me faire mettre la main sur le Fond de Giboyer, et un hasard non moins fortuné pour me faire découvrir l'objet dans la pâte. ”
Gustave Droz,
Monsieur, madame et bébé (75e éd…
(1875)
“ « On n'arrête pas le cours des fleuves, » dit Giboyer. Quelquefois le désastre est plus grave, on le répare comme on peut ; mais le philosophe, qui aime ces désastres-là, se révolte et braille en se jurant de recommencer. ”
Louis Veuillot,
Les odeurs de Paris
(1867)
“ Chose singulière ! ils ne manquent pas d'une certaine feinte de pudeur. Cet académicien qui fait ce métier de vilipender sur la scène les gens garrottés et les opinions bâillonnées, choque ces journalistes ; ils sentent du moins qu'ils doivent être choqués. Mais d'un autre côté, le poète est si fort des leurs! Ils prennent soin de ne l'égratigner guère et de panser tout aussitôt la blessure. Quel esprit, disent-ils, quel style comique, quelle grâce, quel feu! Ils jurent que l'auteur de Giboyer est Aristophane ou tout au moins Beaumarchais. ”
“ Giboyer, d’une voix tremblante. S’il t’entendait, il serait trop payé ! mais laisse-le achever sa tâche ! puisqu’il a consacré sa vie à aplanir la tienne, ne lui inflige pas cette douleur, la seule qu’il n’ait jamais prévue, de devenir obstacle lui-même ; ne lui refuse pas l’amère volupté du dernier sacrifice. (À Maréchal, d’une voix ferme.) Je vous le promets en son nom, monsieur, il disparaîtra, il s’en ira... bien loin ! Maximilien. Où il ira, j’irai : c’est mon devoir, c’est ma joie. ”
Lucien Descaves,
Souvenirs d'un ours
(1946)
“ Grâce au portrait dessiné par les Goncourt dans leur Journal, je pouvais en revanche, me l'imaginer. Les deux frères reçurent un jour la visite du comédien Got, créateur du Fils de Giboyer, la pièce d'Emile Augier. Ils virent entrer « un acteur qui a fait ses classes et qui a l'air d'arriver de la campagne, avec une gaie figure de vicaire de village, au rire large et communicatif. Dans Giboyer, raconte Got, mon type vivant a été... Jean Macé, avant qu'il fût un homme rangé. » ”
Prévost-Paradol, Revue des Deux Mondes
“ Accuser les légitimistes de ne vouloir rendre de comptes qu’à Dieu, c’est donc les calomnier ou les mal connaître : quant à professer que tout pouvoir vient de Dieu, ils peuvent se tromper dans cette question subtile de vaine métaphysique, sur laquelle je me récuse de grand cœur ; mais, s’ils errent en ce point, ils s’y égarent en compagnie des souverains les plus démocratiques, qui ne dédaignent pas toujours (et pourquoi les en blâmer ?) de se déclarer les maîtres par la grâce de Dieu aussi bien que par la volonté nationale. Lorsque pourtant Giboyer s’élève, il ne s’élève pas à demi ”
Un Lecteur de "L'Univers", M. Veuillot et Giboyer : lettre au directeur du journal "Le Progrès" (1863)
“ Reste le fond, le fond du Fond de Giboyer. M. Augier, pour lequel, du reste, je n'ai pas beaucoup plus d'intérêt que pour M. Veuillot, M. Augier écrit dix lignes de plaisanteries sur Déodat. Celui-ci répond par trois cents pages. Si je vois clair, cela peint un homme, cela le juge. C'est le signe le plus manifeste de son impuissance, la marque visible qu'il ne peut rien en dehors des bas-fonds des petites polémiques. ”
Louis Veuillot,
Les odeurs de Paris
(1867)
“ TRIOMPHES DE GIBOYER. Le fils de Giboyer n'est pas un ouvrage si misérable que plusieurs l'ont -cru. Il y a mille choses là-dedans qui sont précieuses pour l'histoire. En fait d'outrage à la société, je ne connais rieai de plus cynique jusqu'à présent. Bien entendu, je ne lui maintiens pas ce rang pour l'avenir.Giboyer. ”
Léopold Lacour,
Trois théâtres : Émile Augier, Alexandre Dumas fils…
(1880)
“ II ne les voit pas d'un seul côté ; il les place sous les jours les plus différents, et n'est satisfait qu'après en avoir longtemps c aminé toutes les faces. C'est une figure d'une étonnante puissance aussi que Giboyer, le plus populaire peut-être des types créés par l'auteur des Effrontés. Quelle magnifique insouciance du bien cl du mal, quel large et gai mé¬ pris de soi-même dans ce gueux de génie, où fleurit l'amour paternel avec sa délicatesse et son dévouement! ”
Émile Montégut, Dramaturges et romanciers ; Le théâtre de Théodore Barrière… (1890)
“ Le cynisme de mœurs de Giboyer et la bonté iéelle de son cœur, le scepticisme de sa conscience pour tout ce qui se rapporte à la défense ou à l'abandon de ses opinions individuelles et la foi de son intelligence aux idées générales, sont des traits contradictoires nullement inconciliables, qui se rencontrent souvent réunis chez de tels vieux enfants malheureux, avachis par les longues souffrances et que la destinée a lassés d'eux-mêmes. ”
Victor Hallays-Dabot,
La Censure dramatique et le théâtre…
(1871)
“ L'éducation l'élève et le laisse en chemin, livré à tous les besoins, à toutes les rêveries. Les idées les meilleures luttent dans ce cerveau en ébullition avec les utopies, et finalement les nécessités de la vie l'énorvent, si elles ne le broient. Ce type moderne, merveilleusement saisi, avait été autorisé une première fois dans les Effrontés. Lorsqu'il reparut dans le Fils de Giboyer, la comédie, à côté des théories générales personnelles à Giboyer sur l'avenir de la société, entrait dans le vif des fermentations politiques du moment ”
Quelques Pages de vers et de prose sur des événements ou des personnages contemporains… (1873)
“ Leurs prétendus portraits deviennent fatigants. La verve qui soutient leur trop faible génie, Sort peu du cercle étroit de la monotonie : Sous quelque nouveau nom qu'il les faille essuyer, Je revois trop souvent les fils de Giboyer ! — 217 — Il est un autre auteur, à qui sa prud'homie Valut un des fauteuils de notre académie. Du roman à la scène il passe avec succès ; Sa prose est en honneur au Théâtre-Français : Là, prodigue des traits d'une molle éloquence, Il fait lutter la vieille avec la jeune France (1) : La première a gardé des préjugés fort sots ”
Charles Monselet,
Petits Mémoires littéraires
(1892)
“ Un beau Mariage , joué en 1 8 5 9 au Gymnase , est encore un hanneton attrapé à la fois par M. Foussier et par M. Augier ; pièce agréable et qui méritait de passer moins inaperçue . Nous touchons maintenant aux deux plus importantes comédies satiriques de M. Emile Augier : les Effrontés et le Fils de Giboyer , deux œuvres qui se suivent et se continuent non seulement parla même idée , mais encore avec les mêmes personnages , à la façon de Beaumarchais . Les Effrontés s' en prennent particulièrement aux financiers et aux journalistes ; le Fils de Giboyer attaque les nobles et les cléricaux . ”
Louis Veuillot,
Les odeurs de Paris
(1867)
“ D'Aristophane à Beaumarchais, il n'y a que la main ; le Siècle y fait à peine une différence. Un seul a l'honneur d'être totalement à son aise. Tout lui va, il approuve tout. Et je vous réponds qu'il voudrait avoir fait cela; et je vous jure qu'il en serait digne; mais il n'y arrivera pas, le pauvre Sarcey! Jusqu'à la fin, son journal, l'Opinion natiOftale, a été le héraut des succès de Giboyer. Il poussait, applaudissait, réclamait, notait les inci- dents, invectivait les siffleurs, gourmandait les préfets qui ne savaient pas assez faire applaudir. ”
Anonyme, Aventures merveilleuses de Huon de Bordeaux
“ Ne craignez rien, dit Gibouard : je vais vous donner un bon conseil. Un peu au delà de l’abbaye il y a un petit bois : je prendrai soixante chevaliers et j’irai m’embusquer dans le bois. Vous, vous irez trouver votre frère, n’emmenant avec vous qu’un écuyer, et vous lui ferez grand accueil. Le matin, avant qu’il soit grand jour, vous l’accompagnerez sur la route de France ; quand vous serez près du petit bois, soulevez entre lui et vous quelque différend. Quand nous l’entendrons vous menacer, nous sortirons du bois, nous tuerons tous ses chevaliers, et vous le jetterez dans votre prison. ”
