“ Les architectes élèvent des monuments saugrenus dont les parties empruntées à tous les âges constituent, dans leur ensemble, les plus serviles parodies qui se puissent voir. C’est le gâchis dans la platitude et le pastiche ; l’art contemporain se résume presque en ce misérable pot-pourri qu’est l’Opéra de M. Garnier et dans cet incohérent palais du Trocadéro qui, vu d’un peu loin, ressemble avec son énorme rotonde et ses grêles minarets à clochetons d’or, à un ventre de femme hydropique couchée, la tête en bas, élevant en l’air deux maigres jambes chaussées de bas à jour et de mules d’or. ”
Palais Garnier
Définition et enjeux
Citations sur “Palais Garnier”
Bibliothèque-musée de l'Opéra, Charles Garnier et l'Opéra : [exposition… (1961)
“ Le jury décida ensuite d'instituer un deuxième concours entre les cinq « primés ». Deux mois leur furent accordés pour cette nouvelle épreuve, mais deux concurrents : Duc, l'architecte du Palais de Justice, et le directeur de théâtre Duponchel, représenté par ses deux architectes, avaient renoncé à courir leur chance. Seuls restaient donc en ligne : Ginain, Garnaud (1) et Garnier. A l'issue de la deuxième épreuve, fin mai 1861, Charles Garnier l'emporta sans conteste. L'idée de génie avait été apportée par ce jeune Prix de Rome de 36 ans, financièrement aux abois. ”
Bibliothèque-musée de l'Opéra, Deux siècles d'opéra français… (1972)
“ La manifestation qui se déroule aujourd'hui au Palais Garnier, dans une galerie nouvelle spécialement conçue pour accueillir les expositions musicales de la Bibliothèque nationale, évoque la France de la Royauté et s'étend jusqu'à la Révolution. ”
Charles Garnier, A travers les arts, causeries et mélanges… (1869)
“ On a fait de beaux édifices , on a percé de larges voies , on a donné à tout cela parfois de belles lignes et de grands aspects : mais on lui a donné bien rarement un peu de gaieté et de couleur : si certaines constructions , comme les casernes , les prisons ou les tribunaux , doivent s' annoncer surtout par une conception grande et simple , il n' en est plus de même pour d' autres édifices . Que les églises , les palais , les musées ou les théâtres , qui s' adressent à la fois à la force et à la beauté , ne nous représentent pas ces trois grandes puissances sous un aspect trop terrible ”
E Henri Garnier, Voyages en Perse, Arménie, Mésopotamie… (1854)
“ Les maisons particulières sont belles en général, mais d'un aspect monotone et triste, car elles sont toutes peintes en jaune clair. Cependant, comme les dômes des mosquées sont en tuiles vernies en vert ou en bleu, avec des ornements jaunes, bleus et rouges, la réflexion des rayons du soleil produit un effet piquant ; le sommet des dômes est couronné par une sphère surmontée d'un croissant doré dont les pointes sont dirigées en l'air. L'édifice le plus curieux à voir est le palais des anciens rois, qui est renfermé dans une enceinte de murs de trois milles de circonférence. ”
Édouard Garnier, Les nains et les géants (1884)
“ Il existe encore dans l'ancien Palais ducal, à Mantoue, six appartements microscopiques communiquant les uns avec les autres et que l'on dit avoir été construits par un duc dont nous ignorons le nom, pour servir de logement à ses nains ; ils ont à peine six pieds de hauteur et à peu près huit de surface. Aujourd'hui ils sont complètement abandonnés, les murs sont nus, les portes manquent et les meubles ont été enlevés il y a longtemps ; il ne reste plus qu'une sorte d'escabeau à marches qui se trouve dans la cuisine ”
Pierre Bujon, Petite histoire de Paris (1887)
“ Charles Garnier édifia l'Opéra (Voir la gravure, page 313) ; Duc, la Cour de cassation et la façade du Palais de Justice sur la place Dauphine; Bailly, le tribunal de commerce ; le palais de l'Industrie avait été élevé pour servir à l'Exposition universelle de 1855. (Voir la gravure, page 297.) A la suite de l'Exposition de 1867, la butte du Trocadero devint un jardin; le nouvel Hôtel-Dieu fut commencé; la Bibliothèque nationale partiellement reconstruite ; le musée de Cluny réparé; les ponts de Bercy, d'Austerlitz, d'Arcole, an Fig. ”
Auguste Lepage, Les dîners artistiques et littéraires de Paris (1884)
“ Le comité d'admission a jugé les choses ainsi et il a été dans le vrai et le public qui a vu les reproductions photographiques du tableau a applaudi à sa décision. L'œuvre érotico-philosophique de M. Garnier n'a pas eu le succès de scandale sur lequel il comptait. Il y a des gens qu'il ne faut point froisser, et parce qu'il plaira à un peintre de faire un tableau en lisant Charlot s'amuse, il ne faut pas que ce produit d'une imagination déréglée soit exposé, de par la volonté de l'auteur, dans un palais appartenant à la nation. ”
denier du Sacré-Coeur . Extrait de Pierre Blot… (1878)
“ Seulement, Paris n'en a pas crainte, et moi, elle me fait trembler pour les autres palais et même pour les cathé- 15 PRÉFACE-ANECDOTE. drales.En ce siècle d'effrénée singerie, où la main est si preste et la pensée si lourde, quelque architecte à la suite peut introduire ses doigts dans la poche de M. Garnier et y prendre, je le redoute, un plan qui doit y être parmi d'autres chefs-d'oeuvre : le plan de la pagode de Balthazar. Veuillez me comprendre : ma volonté n'est point de dire que le talent hors ligne de l'auteur de l'Escalier soit incapable de dessiner une voûte chrétienne ”
Le Palais de l'industrie, 1855-1875… (1875)
“ Parmi les portraits, on remarque surtout ceux de - Charles Garnier, l'architecte de l'Opéra, par Baudry,le décorateur du même monument, et du baron Haussmann, par Henri Lehman. Le paysage et le genre sont représentés par le Grand Pardon et les Mauvaises herbes, de Jules BretoIl; le Harem en promenade, deGérôme ; le Conteur Arabe, de Boullanger. Mais la portion difficile du public commence à trouver que ces peintres se répètent singulièrement, de même que Toulmouche avec ses charmantes parisiennes, Tournemine avec ses perroquets et ses éléphants, etc., etc. ”
Bibliothèque-musée de l'Opéra, Charles Garnier et l'Opéra : [exposition… (1961)
“ Ce qu'on appelait alors la « Haute Société » prenait en horreur « le Napoléon III », et toutes les influences italianisantes, si chères à Charles Garnier. L'oeuvre de celui-ci subit alors une éclipse, ce qui explique la mutilation de presque toute son oeuvre (à l'exception de l'Opéra) . Aujourd'hui « les styles français » sont tombés eux-mêmes en défaveur, et l'architecture est nettement orientée vers le « fonctionnalisme » et l'« industrialisme », d'esprit international. ”
Bibliothèque-musée de l'Opéra, Charles Garnier et l'Opéra : [exposition… (1961)
“ Charles Garnier, tout en tenant compte, dans le décor, du goût et de l'esthétique de son temps, qui était celui du faste et de l'élégance, sut créer un monument qui a pris place parmi les plus significatifs de l'histoire de l'architecture française. Par l'ampleur de la composition, par la maîtrise avec laquelle les diverses parties sont distribuées dans le plan général, l'Opéra de Garnier est une oeuvre grandiose. Les documents que l'on a rassemblés permettent de mieux comprendre comment il fut édifié. ”
Paul Jamot,
A. G. Perret et l'architecture du béton armé
(1927)
“ L'Opéra de Charles Garnier est un monument, trop admiré autrefois, trop dénigré peut-être aujourd'hui, où il y a de belles parties. Ce qui fait le plus d'honneur à l'artiste, plus même que le célèbre escalier, c'est ce qu'on connaît le moins dans son œuvre, faute d'un recul suffisant : je veux dire ce haut bâtiment de la scène dont les proportions sont à la fois élancées et massives. Mais la façade est une fastueuse erreur qui a pour longtemps faussé l'esthétique rationnelle du théâtre. ”
Charles Blanc,
Les Beaux-Arts à l'Exposition universelle de 1878
(1878)
“ On se demande à quoi bon ces colonnes, et le linteau qui les surmonte, et le second arc qui surmonte le linteau, et ce que tout cela signifie, même dans une façade élevée seulement comme un simulacre d'architecture. Il y a là évidemment une réminiscence malheureuse de notre Opéra de Paris; mais au moins, dans l'édifice de Charles Garnier, l'œil est agréablement frappé de l'opposition que présentent deux ordres juxtaposés et très différents de proportion. ”
Bibliothèque-musée de l'Opéra, Charles Garnier et l'Opéra : [exposition… (1961)
“ Mais on sait bien qu'en architecture, comme en matière d'autos ou d'avions, l'idée qu'on soit parvenu à l'ultime perfection n'est qu'illusion passagère. On peut dès maintenant prévoir toutes sortes d'engouements nouveaux, y compris le retour à l'ornement et aux beaux matériaux naturels, avec une certaine tendance aux personnifications nationales. C'est pourquoi l'oeuvre de Garnier recommence à plaire, à forcer le respect. ”
Bibliothèque-musée de l'Opéra, Charles Garnier et l'Opéra : [exposition… (1961)
“ Le Casino de Vittel a fait place à un autre plus « moderne ». Le panorama des Champs-Elysées est méconnaissable, celui de la rue Saint-Honoré a été démoli. En dehors du Cercle de la Librairie, du 195, boulevard Saint-Germain, et du Magasin de décors de l'Opéra, boulevard Berthier, oeuvre simple mais qui frappe par sa haute qualité, on pourrait croire que toute l'oeuvre de Garnier s'est volatilisée, si vite changent les goûts, si vite vient l'irrespect des générations suivantes. ”
Charles Nuitter,
Le nouvel opéra
(1875)
“ Aux cinquièmes loges, ces balcons sont en marbre de Campan et en pierre de Saint-Ylie, et supportent des pots à feu destinés à éclairer la partie supérieure de cet escalier monumental. Garnier a exposé en détail dans le Théâtre les théories d'où il déduit la disposition logique qui convient le mieux à l'escalier d'une salle de spectacle; qu'elles soient admises ou non, on doit reconnaître qu'en dehors de tout raisonnement, la pratique de son art a amené l'architecte de l'Opéra à composer un ensemble d'une grande majesté et d'un splendide aspect. ”
Bibliothèque-musée de l'Opéra, Charles Garnier et l'Opéra : [exposition… (1961)
“ Je dois à la vérité de dire que plus tard, quand Charles fut invité à Compiègne, en 1867, l'Impératrice lui dit gentiment : « Avouez que j'ai été désagréable pour vous, M. Garnier, quand vous êtes venu me montrer vos plans, je le regrette maintenant » – « Madame, vous avez été odieusee ! » lui répondit Charles franchement et spontanément ; car même en 1867, il n'avait pas pris l'habitude des Cours pas plus qu'en 1861... ». Heureusement si une carrière d'architecte comporte beaucoup d'épreuves, celles-ci sont compensées par des joies profondes. ”
Adolphe Joanne,
Paris : nouveau guide de l'étranger et du Parisien
(1867)
“ Le pavillon occidental, affecté à l'entrée de l'Empereur, sera précédé d'une double rampe permettant aux voitures d'arriver sous un vestibule couvert d'où un escalier conduit à dr. à la loge impériale, à g. à un salon et à des appartements réservés. La salle reproduira la disposition delà salle actuelle, aussi belle d'ordonnance que favorable aux lois de l'acoustique. M. Ch. Garnier a cependant profité avec intelligence des progrès qu'a faitsla science depuis que l'architecte Louis employa pour la première fois cette disposition dans la salle de la rue Richelieu. ”
Charles-Lucien Huard,
Paris et ses merveilles, par L. Huard
(1890)
“ Du reste, au point de vue du monument, nous n'avons pas droit à la critique, car l'érection de l'Opéra ayant été donnée au concours, l'administration a le droit de répondre : Si nous n'avons pas fait mieux, c'est que nous n'avons pas trouvé. La direction des travaux a été confiée à un jeune architecte, qui n'était connu alors que comme lauréat de l'École des Beaux-Arts et pensionnaire de l'Académie de France à Rome, M. Charles Garnier, dont les plans furent préférés à ceux de ses 170 rivaux, au concours général. ”
Charles Nuitter,
Le nouvel opéra
(1875)
“ Les gaînes en marbre des couloirs devaient dans le principe supporter les bustes de tous ceux qui avaient, de quelque manière que ce fût, contribué aux magnificences de l'Opéra, et, en attendant qu'ils fussent tous placés, on devait provisoirement ne mettre que les bustes qui existaient à l'Opéra de la rue Lepeletier. Il y en avait là une cinquantaine qui auraient servi à la décoration des couloirs et commencé l'espèce de musée historique et artistique que rêvait Charles Garnier. ”
Charles Garnier, A travers les arts, causeries et mélanges… (1869)
“ Cependant , lors des expositions annuelles , les salles consacrées à l' architecture sont à peu près désertes ; quelques visiteurs isolés s' y aventurent parfois , ombres errantes qui font paraître plus vides et plus silencieuses ces salles délaissées . C' est que , si l' architecture occupe les masses , c' est surtout par le côté matériel ; le résultat intéresse , mais non pas la partie artistique ; on se complaît à voir édifier , on se soucie peu de l' esprit qui dirige : l' idée disparaît devant la matière . Ce n' est pas l' architecture que l' on aime , c' est la bâtisse . ”
Charles Nuitter,
Le nouvel opéra
(1875)
“ Nous pensons que Charles Garnier a résolu le problème qui consiste à donner à chacun ses aises sans que personne soit trop isolé. C'est au public à juger aujourd'hui si notre appréciation est exacte et si l'architecte a trouvé le moyen bien difficile de concilier à la fois deux exigences opposées. ”
Charles Garnier, A travers les arts, causeries et mélanges… (1869)
“ Il profite de toutes les occasions pour faire connaître ses idées au public . Si les salles d' exposition sont fermées , il ne se décourage pas , et se sert d' une boutique . C' est donc un homme très-convaincu , et c' est là une trop belle excuse pour lui en refuser le bénéfice . La cathédrale qu' il envoie aujourd'hui est toujours composée d' après ses principes ; ce sont de petites portions de coupoles qui se supportent et qui s' étagent ; on ne pourrait mieux comparer l' ensemble de cette composition qu' à la grappe de bulles de savon que l' on souffle dans un verre . ”
Georges Eugène Haussmann,
Mémoires du baron Haussmann
“ Le projet de M. Charles Garnier, alors Architecte Ordinaire de la Ville, aujourd’hui mon très aimable confrère à l’Institut, l’emporte, et quand son Opéra s’élève triomphalement au fond de la Place ménagée sur le Boulevard des Capucines, dans l’axe de l’Avenue Napoléon (maintenant, Avenue de l’Opéra) , il se trouve médiocrement en harmonie, pour ne rien dire de plus, avec le cadre préparé pour un autre monument, et l’architecture imposée à toutes les maisons voisines n’a plus de raisons d’être ! ”
George Sand,
La Coupe, Lupo Liverani, Le Toast…
“ La tranquillité de ses occupations et l'éloignement de son quartier ne lui permettaient pas de mépriser les hommes. J'ai dit, d'autre part, qu'il avait peu de dettes; il ne faisait point de vers et détestait les ours et les pintades. En outre, chose importante, il n'avait pas de maîtresse, point de gastrite et possédait un seul habit. En un mot, il n'avait de notablement commun avec le noble lord que les bras et les jambes, encore ne puis-je parler que d'une seule, Garnier étant d'une construction ordinaire et très-ferme sur ses deux larges pieds. ”
Auteur : Georges Lafenestre, Revue des Deux Mondes
“ Recherches sur les monumens des Normands et de la dynastie des Souabes. Grâce à la même protection, en vue d’une publication plus complète, en 1849, le jeune architecte Charles Garnier explora la Fouille et la Terre de Bari. Cette fois, ce fut le duc que frappa brusquement la mort. Les aquarelles de Garnier dorment, trop ignorées, dans la bibliothèque du château de Dampierre ; ses croquis, heureusement, peuvent être consultés à l’Ecole des Beaux-Arts. ”
Alfred de Champeaux, Les Monuments de Paris , par A. de Champeaux… (1896)
“ Le grand escalier qui est placé dans l'axe de la façade principale est la conception la plus heureuse de M. Garnier, qui a trouvé le moyen de surpasser celui du Grand Théâtre de Bordeaux, le principal titre de gloire de l'architecte Louis. L'escalier de l'Opéra forme un immense rectangle, dont la voûte à voussures peintes par Pils et à caissons est éclairée par un vitrage. Au premier étage sont disposées des arcades en plein cintre, séparées par des colonnes accouplées entre lesquelles s'ouvrent des balcons formant saillie. ”
Charles Garnier, A travers les arts, causeries et mélanges… (1869)
“ Cette condescendance aux exigences passagères de la foule peut être tolérée , admise même , pour les arts de plaisir et de luxe ; mais elle ne doit jamais l' être pour l' architecture , qui doit passer au-dessus des petites défaillances du goût . L' architecture est un art puissant , sérieux et sincère , qui s' impose au public , sinon toujours par sa pureté , au moins toujours par ses dimensions . C' est du caractère distinctif de l' architecture que ressort le caractère distinctif et accusé des villes et des États ”
La Cour et la Société du second Empire… (1902-1904)
“ Garnier, aux prises avec les sarcasmes et les difficultés, expia sa renommée; mais il était galant homme, d'un naturel gai, bon enfant, quoique un peu fier. Il se défendit et supporta vaillamment le choc, un peu froissé pourtant de ce que l'impératrice fût dans les eaux de Viollet-Le-Duc, un architecte agressif, un rival qui ne le ménageait pas. ”
