“ Oui, vraiment, toute œuvre d’art est un lieu de contact, ou, si vous préférez, est un anneau de mariage du ciel et de l’enfer ; et William Blake nous dira : « La raison pour laquelle Milton écrivait dans la gêne lorsqu’il peignait Dieu et les anges, la raison pour laquelle il écrivait dans la liberté lorsqu’il peignait les démons et l’enfer, c’est qu’il était un vrai poète et du parti du diable, sans le savoir. » Dostoïevsky a été tourmenté toute sa vie à la fois par l’horreur du mal et par l’idée de la nécessité du mal (et par le mal, j’entends également la souffrance) . ”
William Blake
Définition et enjeux
Citations sur “William Blake”
Oscar Wilde,
Derniers essais de littérature et d’esthétique
“ Les hautes visions spirituelles de William Blake, le merveilleux roman de Dante Gabriel Rossetti, peuvent trouver leur parfaite expression en peinture. Chaque état d’esprit a sa couleur, chaque rêve sa forme. ”
Émile Verhaeren,
Sensations. [Avant-propos de l'éditeur…
(1928)
“ William Blake. A côté et au delà de lui, les paysagistes entraient ou allaient entrer en scène : les Crome, les Constable, les Ward, les Turner. Lui, comme une violente exception, poussée comment? et d'où? reste seul, sans ancêtres, mais non sans descendants. Car il n'est pas absurde de le Placer, là-bas, très en avant, comme tel qui sonne l'arrivée Prochaine d'une peinture d'intellectualité, dont les préraphaélites ont déterminé la réalisation. ”
Erwana Brin, Le livre anglais : trésors des collections anglaises… (1951)
“ Si les noms de William Caxton et de John Baskerville sont illustres, il en est d'autres que cette exposition mettra en lumière. Nous sommes davantage familiers avec les illustrateurs, un William Blake, un Rowlandson, un John Martin, un Cruikshank : ils sont ici représentés par de magnifiques exemplaires de leurs ouvrages. Les artistes moins connus qui leur font cortège, par leur habileté technique comme par le goût qu'ils apportent à représenter les scènes de la vie sociale, les spectacles de la nature, les oiseaux et les fleurs, contribuent à mettre à sa juste place le livre illustré anglais. ”
“ Pour les artistes et pour les hommes d’action, la question du surhomme ne se pose pas, ou du moins elle se trouve tout aussitôt résolue. Leur vie même, leur œuvre est une réponse immédiate. L’angoisse commence lorsque la question demeure sans réponse ; ou même dès que la question précède de loin la réponse. Celui qui réfléchit et qui imagine sans agir s’empoisonne, et je vais de nouveau vous citer ici William Blake : « L’homme qui désire, mais n’agit point, engendre la pestilence. » C’est bien de cette pestilence que Nietzsche meurt empoisonné. ”
Louis Grégoire, Dictionnaire encyclopédique d'histoire… (1871)
“ En 1654, il poursuivit Tictorieusement les pirates barbaresques; bloqua le port de Cadix, en 1656, lors de la guerre contre l'Espagne. s'empara de deux escadres espagnoles chargées de richesses et mourut en les ramenant à Plymouth. Blake (WILLIAM) . poëte, peintre et surtout graveur, 1757-1828, élève de Bazire, de Flaxman et de Fuseli, ouvrit un magasin d'estampes, travailla avec une ardeur soutenue, mais, dominé par une sorte d'illuminisme qui allait jusqu'à l'hallucination, il produisit beaucoup d'œuvres étrangps, parfois obscures. Blamont, ch.-l. de canton de l'arrond. et à 50 kil. ”
John Alexander Ewan, Les hommes du jour : Edward Blake
“ Il est un fait sur lequel nous devons nous arrêter. On trouverait difficilement, non seulement dans notre histoire, mais dans celle des autres peuples, un homme public éminent qui ait fait plus de sacrifices pour la politique et en ait moins retiré d’avantages matériels. Quand il arriva au pouvoir, dans Ontario, M. Blake se choisit une position sans traitement. ”
Ernest Daudet,
Revue des Deux Mondes
“ On doit refuser à l’usurpateur tout ce qu’on refuserait au souverain légitime. Tout le reste est permis et n’a rien d’immoral. Blake disait à ses gens : Mes amis, ne nous mêlons pas de ce qui se fait à Londres. C’est l’affaire de la Providence ; notre métier à nous est de nous battre contre les Espagnols [16] . Et en effet, la Providence sut fort bien se défaire de Cromwell, et les victoires de Blake demeurèrent à l’Angleterre qui révère son nom aujourd’hui un peu plus, que s’il était allé demander du pain à d’insolens étrangers. ”
Pierre Mabille, Traversées de nuit (1981)
“ Par contre, Blake affiche une orientation bien précise : il récuse la raison, attaque l'analyse et maudit la volonté qui isole l'homme, l'oppose à la nature et l'empêche d'être traversé par les courants de la vie universelle. Il considère la conscience raisonnable comme un obstacle à la pleine vision de la véritable réalité. Pour lui, un seul but est valable : la fusion dans le tout sans limites, dans le tout vivant, sans distinguer le Bien du Mal, le doux du violent, car ce sont là encore des jugements ”
“ La guerre contre l'Espagne avait épuisé ses finances, et il n'osait ni lever des impôts de sa propre autorité, ni les demander à un parlement. Les captures de Blake avaient quelquefois rempli le vide de son trésor; mais ce grand homme venait d'expirer, après avoir tenu la mer pendant trois ans sans interruption ; il mourut en arrivant à Plymouth. Républicain sincère, il combattit cependant au profit de l'usurpation de Cromwell tout en la détestant : a car notre de» voir, » disait-il à ses matelots, « est de serD vir notre pays sans nous informer de ceux » qui le gouvernent. ”
Joseph de Maistre,
Considérations sur la France
(1796)
“ Au dedans d’elle-même, l’Angleterre renfermoit un grand nombre de personnes qui se faisoient un principe de s’attacher au pouvoir du moment, et de soutenir le gouvernement établi, quel qu’il fût, pag. 239. À la tête de ce système étoit l’illustre et vertueux Blake, qui disoit à ses marins : Notre devoir invariable est de nous battre pour notre patrie, sans nous embarrasser en quelles mains réside le gouvernement, pag. 279. Contre un ordre de choses aussi bien établi, les royalistes ne firent que de fausses entreprises qui tournèrent contre eux. ”
Georges Lacour-Gayet,
La marine militaire de la France sous les règnes de Louis XIII et de Louis XIV. Tome 1…
(1911)
“ Pour la campagne de 1653, le conseil d'État d'Angleterre fit un puissant effort. Il arma tous les vaisseaux disponibles, il garda sa confiance à Blake, qui avait parlé de se retirer, et, lui donnant deux collaborateurs, Monk1 et Dean, il lui enjoignit de prendre la mer et d'aller chercher l'ennemi. Sorti de la Tamise avec soixante bâtiments, renforcé en route de vingt voiles, Blake alla s'établir en croisière dans la Manche; il attendait Tromp, qui escortait un riche convoi à destination de la Hollande. ”
Philarète Chasles,
Revue des Deux Mondes
“ Cette élimination, fort arbitraire, fort illégale, n’excite pas le moindre murmure dans le peuple, qui voit trente-huit chariots, pleins de l’argent que Blake a pris aux Espagnols, suivre triomphalement la route de Portsmouth à Londres, parcourir les rues encore assez mal pavées de la capitale, et verser enfin leur prise dans les caveaux de la Tour. Les majors-généraux, qui commençaient à exercer sur les royalistes des exactions insupportables, sont rappelés, et le protecteur est plus solide qu’auparavant. Deux ou trois assassinats ou tentatives d’assassinat ne l’ébranlent pas, au contraire. ”
Pierre Mabille, Traversées de nuit (1981)
“ Rien de semblable chez Blake ; ses facultés de voyant demeurent constantes depuis l'âge de quatre ans jusqu'à sa mort, à soixante-dix ans ; elles se sont sans doute développées dans l'ambiance favorable que constituait la secte swedenborgienne qu'il fréquentait. Les adeptes du grand mystique suédois considéraient, en effet, que l'état normal de l'homme était d'être voyant et que le fait de ne pas voir correspondait à une privation de la grâce divine ”
Léon Boucher, Revue des Deux Mondes
“ En Angleterre comme ailleurs, ces qualités deviennent assez rares pour qu’on les signale plus volontiers quand on les rencontre dans d’aussi heureuses proportions. Si M. William Black n’a pas ordinairement le tour dramatique que l’on trouve chez d’autres, s’il ne frappe pas son public par la richesse de l’intrigue ou par la variété des combinaisons, il excelle en revanche à donner à tout ce qu’il touche l’apparence de la réalité sans jamais tomber dans la platitude. ”
Ch. de Rémusat, Locke, sa Vie et ses Œuvres, dernière partie
“ L’équivoque, la métaphore, l’à-peu-près sont des défauts auxquels les plus habiles se soustraient malaisément, et l’opinion unanime des critiques nous avertit que Locke est loin de les avoir évités. Dugald Stewart et sir William Hamilton, M. Hallam et M. Rogers sont d’accord : le style de Locke est un fort bon anglais ; il est correct, simple, raisonnable, quelquefois même ingénieux et piquant, mais il est lâche et traînant, et rarement amené à cette justesse et à cette lucidité qui sont la première parure de la science. ”
Ch. de Rémusat, Locke, sa Vie et ses Œuvres, première partie
“ Elles étaient un des plus curieux exemples de ce mélange du vieux et du neuf qui fait l’originalité de l’Angleterre, et sir William Hamilton répétait il y a peu d’années au gouvernement anglais le pressant conseil de Locke. Depuis lors la réforme a commencé ; il s’est fait beaucoup de bien ; mais au milieu de singuliers abus et de préjugés non moins singuliers, le mal pouvait n’être pas aussi grand qu’il le paraissait à la raison. Les choses humaines ont heureusement moins besoin de conséquence que l’esprit humain. ”
François-René de Chateaubriand,
Atala ; René ; Le dernier des Abencérages…
(1849)
“ Blake, Aiskew, Monk et Dean, soutinrent en onze combats, depuis le 17 mai 1652, vieux style, jusqu'au 10 août 1653, l'honneur du pavillon anglais contre Tromp, Ruyter, Van Galen et de Witte. Les classes populaires que les révolutions font monter à la surface des sociétés donnent un moment aux vieux peuples une énergie extraordinaire; mais ces classes, chez qui l'ignorance et la pauvreté ont conservé la vigueur, se corrompent vite au pouvoir, parce qu'elles y arrivent avec des besoins violents et des appétits longtemps excités par la misère ”
Édouard-René Lefebvre de Laboulaye,
Locke, législateur de la Caroline
“ Locke n’avait rien inventé, il avait observé, analysé, compris. Comme étude politique, son œuvre est parfaite, c’est l’Angleterre prise sur le vif. Comme conception théorique, elle est irréprochable ; tout s’y tient, tout est calculé pour le but qu’il se propose ; c’est l’organisation aristocratique la plus forte, la plus serrée qu’on puisse imaginer. Ainsi donc, Locke et Shaftesbury avaient mis en œuvre, pour leur Constitution, tout ce que peuvent donner d’ingénieuses combinaisons, la prudence humaine, un esprit supérieur, l’habitude des affaires ”
Édouard-René Lefebvre de Laboulaye,
Locke, législateur de la Caroline
“ Shaftesbury avait distingué à la première vue le mérite de Locke, et de son médecin il avait fait son commensal, son ami, son associé dans tous ses travaux politiques. Entre l’esprit pratique et positif du comte et l’esprit exact du médecin philosophe, il y avait des rapports suffisants pour expliquer l’amitié qui les unit jusqu’à la fin. Le mauvais succès de la révolution d’Angleterre, les excès du parti puritain avaient fait de tous deux des ennemis de la démocratie qu’ils regardaient comme dangereuse pour l’État, et impuissante à rien fonder de durable. ”
Ch. de Rémusat, Locke, sa Vie et ses Œuvres, première partie
“ Sans tenter pour elle une complète réhabilitation qui ne serait ni possible ni désirable, il est difficile de n’être pas frappé de quelques sincères efforts récemment faits en Angleterre pour relever ce qu’on a appelé la philosophie nationale. On serait surtout disposé à rendre crédit et faveur à l’œuvre lorsque l’on connaît l’ouvrier, à chercher un philosophe dans les écrits de Locke lorsqu’on le rencontre dans sa vie sous des traits si nobles et si purs. ”
Édouard-René Lefebvre de Laboulaye,
Locke, législateur de la Caroline
“ Du mauvais succès du grand modèle, de l’erreur de Locke, on ne conclura pas à l’impuissance radicale de toutes les législations à priori. Considérons de plus près la tentative du philosophe anglais, et probablement, en estimant davantage l’homme et son œuvre, nous comprendrons mieux pourquoi tous deux devaient fatalement échouer, comme échoueront tous les essais semblables. ”
Albert Réville,
Un Réformateur Américain - Theodore Parker
“ C’était encore le sensualisme de Locke qui trônait dans les écoles théologiques de l’ancienne et de la nouvelle Angleterre. Comme, dans un tel système, tout vient à l’homme du dehors, il fallait donc, pour obéir aux voix intérieures qui réclament énergiquement des croyances, des devoirs et des espérances, se réfugier dans l’idée d’une révélation extérieure, miraculeuse, s’imposant à l’homme avec l’arbitraire de l’autorité absolue. ”
Anonyme, Revue des Deux Mondes
“ Mais les systèmes philosophiques suivent leur temps bien plus qu’ils ne le dirigent ; ils reçoivent leur esprit des mains de leur siècle. Au milieu du XVIIIe siècle, vers la fin de la régence et sous le règne de Louis XV, la philosophie anglaise de Locke, transportée en France et développée selon le goût du temps, y produisit une école célèbre qui long-temps domina et qui domine encore parmi nous, protégée par de vieilles habitudes, mais en contradiction radicale avec l’esprit nouveau, avec les institutions et les mœurs issues de la révolution française. ”
Édouard-René Lefebvre de Laboulaye,
Locke, législateur de la Caroline
“ Locke s’effraye d’une démocratie trop nombreuse, et, en théoricien qu’il est, réservant tout le pouvoir à la propriété, à la richesse, il commence par mettre hors la constitution la part la plus considérable de la nation, sans douter de son droit quand il établit un si formidable ilotisme. Penn, dans une ambition plus noble, veut ouvrir sa colonie au monde entier ; il n’entend rien aux privilèges, aux exclusions, à cette infériorité systématique d’une partie du peuple. Comme Locke, il a connu les excès de la guerre civile, il a vu la démocratie se perdre par ses propres excès ”
Édouard-René Lefebvre de Laboulaye,
Histoire politique des États-Unis
“ Admettez encore que la concentration du sol dans un petit nombre de familles et son immutabilité soient des faits naturels ou indifférents, la politique de Locke est sans reproches. Mais si la fin de la société n’est pas là, s’il y a dans l’État quelque autre intérêt que celui des propriétaires, si le citoyen a des droits, et des droits autres que la liberté, par cela seul qu’il est homme et citoyen, on voit que ce système est chimérique. Loin d’être une loi pour l’humanité, ce n’est pas même une description complète des phénomènes politiques qui se manifestent dans un coin du monde. ”
Édouard-René Lefebvre de Laboulaye,
Histoire politique des États-Unis
“ Pour ne pas sortir du cercle d’idées que Locke poursuivait, croit-on qu’avec deux mots de loi on abolirait l’aristocratie anglaise ? La Révolution y échoua, et de nouveaux puritains supprimeraient demain la chambre des lords, qu’à moins d’échafauds et de confiscations, il faudrait compter comme aujourd’hui avec cette noblesse, qui est maîtresse du sol ; c’est là une force vive que l’on rencontrerait à chaque pas, et à laquelle, de façon ou d’autre, dans la commune ou dans l’État, il faudrait faire une part d’influence égale à celle qu’elle possède aujourd’hui. ”
Voltaire,
Œuvres complètes de Voltaire
“ J’ai toujours été étonné que le sage Locke, dans le commencement de son Traité de l’Entendement humain, en réfutant si bien les idées innées, ait prétendu qu’il n’y a aucune notion du bien et du mal qui soit commune à tous les hommes. ”
James Mackintosh, Mélanges philosophiques de Sir James Mackintosh… (1829)
“ Si Bâcon traça le premier les règles à suivre pour le perfectionnement des sciences, Locke a beaucoup contribué à les faire strictement observer par le genre humain. Il a beaucoup fait quoiqu'en usant souvent de remèdes cachés et d'une action presqu'insensible pour la guérison de ces désordres intellectuels qui s'opposaient à l'adoption de la méthode de Bâcon ”
Édouard Laboulaye,
L'État et ses limites : suivi d'essais politiques sur Alexis de Tocqueville…
(1865)
“ Locke pense et écrit comme les philosophes français de la seconde moitié du dix-huitième siècle ; il a de plus qu'eux le bon sens et la modération qui tiennent à l'expérience, deux qualités qui, en général, ont manqué à nos théoriciens. Pour Locke, la société civile est un contrat par lequel chaque homme abandonne une part de son indépendance naturelle, afin de jouir en paix, comme citoyen, de la liberté qu'il réserve. Par conséquent, l'État n'est pas tout. ”
Collectif, Revue de métaphysique et de morale
“ En somme, Locke représenterait assez bien le type national traditionnel : un homme de vaste curiosité, sans rien du pédant ni du « professionnel », qui se livre aux recherches philosophiques simplement parce que les grands problèmes l’intéressent et qui, sans se croire obligé de presser ses idées en un système, a l’art de faire sentir tout au long de ses écrits la continuité de son propre point de vue. Il y a dans ce caractère « individuel » de la pensée anglaise des traits qui lui assurent une place de premier ordre dans l’histoire de la pensée humaine. ”
