“ Le lierre court sur ces mines végétales, et, sous l'impénétrable abri de ces réseaux de verdure vigoureuse et de pâles ossements, un pêle-mêle de ronces, d'herbes et de rochers va se baigner dans un ruisseau sans rivages praticables. Si l'on n'était sur une grande route, avec une ville derrière soi, on se croirait dans une forêt du nouveau monde. ”
Forêt domaniale
Définition et enjeux
Citations sur “forêt domaniale”
Eugène Muller, La forêt : son histoire, sa légende… (1878)
“ Mais, ailleurs, règne presque sans partage cette même forêt noire, forêt sans bornes où toute route est pavée de troncs d'arbres, où tout village est bâti de bois, où tout habitant ne vit que du produit de la chasse ou des troupeaux, à moins que l'incendie, ouvrant une clairière, n'ait rendu possible le semis de quelques grains, la culture de quelques légumes. ”
Joseph Prades, Forêts : mélanges (1920-1921)
“ Moins bien partagée que l’espèce animale dont la mobilité traduit la vie et qui peut se déplacer pour l’entretenir, la forêt attachée à jamais au sol rachète cette infériorité par les groupements variés à l’infini de ses individus, tous spontanément adaptés à l’infinie variété des conditions géographiques. ”
Henri Jumelle, Les cultures coloniales. Plantes industrielles et médicinales (1901)
“ La forêt, — obligée de se suffire à elle-même pendant un demisiècle, un siècle et même davantage, dans les terrains généralement médiocres que l'agriculture lui abandonne, de braver les hivers rigoureux et les étés excessifs, — se constitue et se perpétue en harmonie intime avec les conditions de sol et de climat du lieu. Le second motif réside dans le caractère extensif de la culture forestière. La forêt est un bien naturel que l'homme se contente de domestiquer à son profit. ”
Joseph Prades, Forêts : mélanges (1920-1921)
“ On vit enfin, combien le déboisement était funeste, on comprit qu'il fallait ménager le peu de forêts qui restaient et même, sur certains points, en reconstituer d’autres. On comprit que la forêt qui fournit tant de produits nécessaires à l'homme, était en même temps qu’une richesse partout et surtout dans la plaine, une défense naturelle sur la frontière, une protection dans la montagne, un rempart indispensable et une source de vie pour ainsi dire dans le désert et dans la dune. ”
Lucien Boppe, Traité de sylviculture (1889)
“ Comme les autres productions de la terre, plus encore que toutes les autres, la production forestière est soumise à des lois qu'on peut méconnaître, mais qu'on ne saurait éluder sans en tarir les sources. En fait, si la forêt se développe sous la seule action des forces qui se meuvent à la surface du globe, son état de végétation est fonction des milieux qui la nourrissent; si les arbres qui la composent s'associent ou s'excluent, c'est pour obéir à des exigences physiologiques. ”
É. Souvestre, Revue des Deux Mondes
“ Partout où il s’établit, sa hache fait la place libre. Ces longues chaînes d’ombrages que le travail latent de la terre a mis des siècles à élever comme de verdoyantes montagnes, il les taille, il les entr’ouvre, il les abat à son gré ; aussi la forêt devient-elle chaque jour, dans notre vieux monde, un accident plus rare et par cela même plus curieux. J’avais traversé les grands taillis et les petites futaies qui parsèment nos provinces de l’ouest, mais il me restait à voir une oasis forestière assez vaste pour renfermer une population spéciale, créer des caractères et des industries. ”
Charles Broilliard, Le traitement des bois en France… (1894)
“ L'aspect des massifs, la végétation des arbres, les essences en mélange, les arbrisseaux et les herbes d'une forêt suffiraient à dénoncer le terrain qui la porte, lors même qu'il resterait caché aux yeux. Chaque sol a sa forêt naturelle, qu'on retrouve en retrouvant sous un même climat des roches identiques. ”
François Alluaud, Mémoire sur le reboisement et la conservation des bois et forêts de la France (1845)
“ Le nôtre agglomère tous les terrains sans distinction d'origine; il unit les intérêts, les rend solidaires, et soumet toutes les parties de la forêt à la même culture, au même aménagement. Dans l'un, la négligence des petits propriétaires multiplierait bientôt les clairières au milieu des forêts; dans l'autre, toutes les parties de la forêt seront forcément cultivées avec le même soin. ”
Joseph Prades, Forêts : mélanges (1920-1921)
“ Que les propriétaires de forêts prennent garde ! En exploitant leurs bois par le procédé barbare de la coupe rase, ils s’enrichiront peut-être, mais qu’adviendra-t-il de leurs descendants ? Il faut des siècles à une forêt pour se reconstituer lorsque la nature et la pente du sol sont favorables. A ce point de vue, les forêts n’appartiennent pas seulement à la génération actuelle. ”
Jules Clavé, Études d’économie forestière
“ Qu’importe au surplus au propriétaire d’un bois situé sur les plateaux que les rivières débordent dans les plaines, qu’elles transportent jusqu’à leur embouchure les terres enlevées sur leur passage, qu’elles entravent la navigation par leurs atterrissemens, ou forment des marais qui promènent la mort au milieu des populations riveraines ? N’écoutant que son intérêt, il n’hésite pas un instant à détruire sa forêt, s’il trouve dans cette opération le plus léger bénéfice. ”
Lucien Boppe, Traité de sylviculture (1889)
“ Peuplements purs. — A moins de remonter à ces limites extrêmes de la végétation où la rigueur du climat ne permet qu'à une seule forme de se développer convenablement, il est assez difficile de se représenter une forêt, vierge de toute exploitation, qui serait formée d'une essence unique. On comprend du reste facilement que, toutes choses restant égales d'ailleurs, plus un peuplement est jeune, plus est grande la variété des espèces qui le composent. ”
Léon Pardé, Traité pratique d'aménagement des forêts (1931)
“ Une forêt de médiocre étendue est dite un bois. Et on donne, parfois, le nom de massif à une forêt de grande étendue et d'un seul tenant. En sylviculture, où on se place au point de vue physique, nous avons défini la forêt une association d'arbres qui naissent, grandissent et meurent sur un même sol. L'idée de forêt implique quelque chose de plus vaste qu'un peuplement; on peut dire que la forêt est une association d'arbres formant un groupe de peuplements. ”
Lucien Chancerel, Traité pratique de sylviculture… (1920)
“ Il faut, dit M. Mathey, une vaste zone de pâturages au-dessus d’une non moins vaste zone de forêts continues sur nos montagnes. La prairie c’est le diadème ; la forêt c’est la couronne qui doit cercler tous nos monts. ”
Émile Cardot, Manuel de l'arbre pour l'enseignement sylvopastoral dans les écoles… (1907)
“ Enfin, le domaine agricole le plus misérable a sa grange, son étable, ses chemins de desserte, parfois ses canaux d'irrigation ou de drainage. La forêt productive a également ses lignes de division, ses chemins de desserte, ses maisons forestières, ses pépinières. Toute exploitation pastorale, pour être productive, demande également à être bien organisée, bien outillée. Ces trois principes constituent les bases de l'aménagement pastoral, plus nécessaire encore aux pâturages de montagne et surtout aux pâturages collectifs que l'aménagement forestier n'est utile à la conservation des forêts. ”
Lucien Boppe, Traité de sylviculture (1889)
“ C'est ainsi que les espèces disséminées sont toutes, ou à peu près toutes, cantonnées dans les régions de plaine; en montagne, au contraire, on rencontre surtout des espèces sociales ; parfois même, dans les stations les plus rudes, une seule forme occupe toute la forêt. ”
Charles Broilliard, Le traitement des bois en France… (1894)
“ En plantant un jardin, un verger, un parc, on y met ordinairement des arbres beaucoup trop nombreux, pour jouir plus tôt. Vingt ans passés, ils se gênent et se dégradent. De même nos plantations sont généralement trop serrées; on le voit aussi une vingtaine d'années après, souvent un peu tard. Cherchez en forêt un peuplement venu naturellement et qui n'ait pas d'avenir ; c'est chose rare. Cherchez, au contraire, une plantation qui soit parfaite. Dans les pineraies des Landes, précitées, les pins sont trop serrés dans la jeunesse et les feuillus font défaut. ”
Jean Vidailhet, Pour ceux de la montagne et des vallées… (1909)
“ C'est un mélange d'herbages pâturés et de bosquets formant cependant des masses distinctes, nettement séparées, par des clôtures artificielles ou des bordures naturelles d'arbrisseaux : les parties doucement ondulées, riches en terres végétales, sont laissées à l'herbe qui s'y développe abondante, grâce à la fraîcheur bienfaisante et à l'abri des bosquets placés sur les surfaces médiocres, tandis que la forêt, proprement dite, occupe les pentes raides, les pierrailles, les berges de torrents et les arêtes. ”
Ferdinand Goffart, Traité méthodique de géographie du Congo… (1898)
“ La forêt vierge, immense, formée d'arbres colossaux étouffant une basse futaie et des taillis épais, presqu'impénétrables même, occupe la majeure partie du territoire de l'Etat, le couvrant d'un fouillis d'arbres et de plantes d'une valeur incalculable, abritant des populations nombreuses et une faune variée. ”
Eugène Muller, La forêt : son histoire, sa légende… (1878)
“ Si nous allons vers l'Orient, elle nous conduira au Saulforest, cette immensité de végétation tropicale que toujours incendient les brutes maladives qui l'habitent, et qui, toujours, reverdit plus touffue, plus impénétrable. Le long de la mer, elle deviendra, çà et là, la forêt de palétuviers élevant, au-dessus des flots salés, ses racines arquées, qui font que le tronc de l'arbre, étalant dans l'air ses magnifiques ramures, semble le pignon prolongé de la charpente d'un dôme. ”
Congrès forestier international, Congrès forestier international… (1913)
“ Beauté de notre sol et de nos bois, richesse de notre production forestière, protection de nos arbres contre l'exploitation mal comprise et la destruction irraisonnée, amélioration dans les procédés de culture, accroissement du champ d'action sylvicole par le reboisement et aussi par la création de parcs nationaux où la nature pourra prendre la plus libre expansion et la forêt croître dans le calme et le repos. ”
Henri Jumelle, Les Cultures coloniales... 2e édition entièrement refondue… (1912-1915)
“ Vie de l'arbre en général, — essences forestières, — peuplements, — produits forestiers et industries forestières. La forêt, est un domaine complexe dans lequel les produits n’ont pas, comme en agriculture, une date d’exploitation nettement définie : le propriétaire d’une forêt doit connaître la nature des produits qu’il veut fabriquer et les formes de peuplements ainsi que les modes de traitement qu’il peut adopter dans-ce but. ”
Léon Pardé, Traité pratique d'aménagement des forêts (1931)
“ Mais, en sylviculture et en aménagement, une forêt est une futaie ou un taillis, suivant que les sujets qui la composent sont, en grande majorité, nés de graines ou bien issus de rejets de souches et drageons, et cela, quels que soient l'âge et les dimensions de ces sujets. ”
Joseph Prades, Forêts : mélanges (1920-1921)
“ Les syndicats d’initiative se sont d’ailleurs tous rendus compte du capital que représente la beauté d’un paysage, et tous émettent des voeux favorables au reboisement. Le rôle des forêts, au point de vue esthétique, est loin, comme on le voit, d’être négligeable ; les exemples que nous venons de citer le prouvent nettement. Ils feront bien comprendre, nous l’espérons, « que l’on ne doit pas voir seulement dans un bel arbre des mètres cubes de bois à vendre, sans remarquer que cet arbre est l’honneur d’une forêt, qu’il est aimé et admiré de ceux qui viennent se reposer sous son ombre ». ”
Congrès international de botanique, Actes du 1er congrès international de botanique tenu à Paris à l'occasion de l'Exposition universelle de 1900… (1900)
“ Vers l'embouchure du fleuve, la plaine est sillonnée de ravins profondément encaissés et dans ces vallées se réfugie une végétation arborescente rappelant celle de la forêt ; dans l'est, le nord-est et le sud-est, plus de ravins, le terrain est mamelonné, les grands arbres disparaissent, la végétation prend un aspect particulier : ce sont toutes de petites plantes, beaucoup de graminées, de légumineuses et quelques types rappelant la flore des régions tempérées ”
Jules Hélot, Produits agricoles alimentaires d'origine végétale (1902)
“ Il laisse chaque champ deux ou trois ans en jachère et, s'il ne possède pas pour ce mode d'exploitation assez de terres en culture, il s'empare de la forêt dont le terrain vierge est puissant et a naturellement un grand attrait pour lui. ”
Louis de Nussac, Congrès international pour la protection des paysages… (1910-1912)
“ Nos paysans ont donc bien raison de reconnaître la pureté des sources qui viennent des forêts, il n'est pas exagéré de dire qu'on ne peut espérer ni régularité ni salubrité des sources dont l'origine n'est pas protégée par la forêt. ”
Congrès international de sylviculture, Congrès international de sylviculture tenu à Paris du 4 au 7 juin 1900… (1900)
“ K Jusqu'à preuve contraire, disais-je en 1898, et en s'appuyant sur les résultats précédents et d'autres analogues, il semble qu'on puisse affirmer que dans les régions de plaines et, d'une manière générale, partout où il n'y a pas de ruissellement, la forêt contribue moins à l'alimentation de la nappe souterraine que le sol nu, et même que n'importe quelle autre culture. ”
Congrès d'agriculture coloniale, Congrès d'agriculture coloniale… (1920)
“ Le forestier suivant de près le botaniste, portera son attention, non plus sur l'arbre considéré individuellement, mais sur le peuplement ; il se rendra compte de la proportion des diverses essences dans la forêt, il supputera le volume des bois de chaque essence exploitable dans les divers massifs ; prévoyant l'avenir, il examinera les conditions dans lesquelles on devra exploiter pour assurer la pérennité de la forêt et éviter sa disparition ou son appauvrissement. ”
Léon Pardé, Traité pratique d'aménagement des forêts (1931)
“ En France, une parcelley en matière d'aménagement, est une partie de forêt sensiblement homogène au point de vue des éléments de la production ligneuse, notamment au point de vue du sol, du climat, de l'exposition, de la composition en essences et en peuplements. ”
Lucien Boppe, Traité de sylviculture (1889)
“ L'homme est intervenu demandant aux forêts l'utilité, et, à sa suite, des perturbations sans nombre se sont introduites pour interrompre le cours primitif des choses. Ainsi, les exploitations sans méthode et sans frein, le pâturage immodéré, les incendies, l'enlèvement des litières, etc., appauvrissent les peuplements et le sol, entravent la croissance et la reproduction des espèces les plus précieuses et rongent la forêt, soit en partie,, soit en totalité. ”
Paul-Amédée Foury, La question forestière au Cameroun (1935)
“ Le sol de la forêt primaire est en général net, sans sous-bois; celui de la forêt secondaire est couvert d’herbes, de broussailles, de jeunes plants d’arbres, de plantes rampantes et grimpantes, dans le fouillis desquels il est difficile de pénétrer. ”
Congrès d'agriculture coloniale, Congrès d'agriculture coloniale… (1920)
“ Les peuplements naturels de la forêt vierge primitive constituent des sortes d'associations végétales très diverses vivant côte à côte et qui sont parvenues à éliminer, par leur groupement, une foule d'autres végétaux qui n'existent qu'à l'état de rares individus isolés et généralement inféconds, disséminés à travers la forêt. ”
Louis Cros, Madagascar pour tous (1923)
“ Que faut-il entendre par forêt? Dans une forêt, certains hectares peuvent supporter 10.000 pieds de bois marchand et certains autres, parfois très nombreux, ne supportent que des végétations herbacées parfaitement inutilisables. Aux colonies, ces sortes de pelades s’étendent bien souvent à des centaines de kilomètres carrés. ”
Congrès d'agriculture coloniale, Congrès d'agriculture coloniale… (1920)
“ Puis les massifs forestiers s'épaississent, les arbres y sont de grande taille ; c'est la forêt exploitable qui commence. Mais elle n'est pas continue. D'une manière générale, on peut dire que les fleuves, les lagunes et les lacs sont bordés d'une bande de forêts plus ou moins étendue, allant de quelques centaines de mètres à plusieurs kilomètres et que le centre des régions ainsi délimitées se compose de savanes petites et grandes parsemées de bou- quets et de massifs forestiers d'étendue et d'importance très variables. ”
Maurice Rollinat,
Paysages et paysans
“ LA FORÊT MAGIQUE La forêt songe, bleue et pâle, Dans un féerique demi-jour. Tout s’y voit spectral, d’aspect sourd, Par cette nuit d’ambre et d’opale. Là, c’est un cerf blessé qui râle... Ici, d’autres, pâmés d’amour... La forêt songe, bleue et pâle, Dans un féerique demi-jour. Ailleurs, une laie et son mâle Et leurs marcassins tout autour !... Et, tandis qu’un frais zéphyr court, Venant la reposer du hâle, La forêt songe, bleue et pâle. ”
Maurice Rollinat,
Paysages et paysans
“ FORÊT BRÛLÉE On voit ce grand fond de vallée Fuligineux sous les cieux ronds : Là, terrain, herbes, rameaux, troncs, Toute une forêt fut brûlée ! D’elle, si verte et si peuplée, Qui, si fière, portait son front, Narguait le vent, raillait l’affront Du tonnerre et de la gelée, Il reste la place... raclée, Croupissante et noire, meublée D’un seul arbre, cuit tout de bon : Un paysage de charbon Dans un gouffre de la vallée ! ”
