“ Aux premières maisons de la ville, elles rencontrèrent Lafayette, qui, pressé par Gilbert, arrivait au pas de course, conduisant la garde nationale. — Vive le roi ! crièrent Maillard et les femmes levant leurs décrets au-dessus de leurs têtes. — Que parliez-vous donc des dangers que court Sa Majesté ? dit Lafayette étonné. — Venez, venez, général, s’écria Gilbert, continuant de le presser. Vous en jugerez vous-même. ”
Gilberte de Lafayette
Définition et enjeux
Citations sur “Gilberte de Lafayette”
Arvède Barine,
Revue des Deux Mondes
“ Mme de Lafayette repentie cessa d’excuser sa faiblesse, elle ne s’éleva jamais jusqu’à cesser d’aimer ce qui en avait été la cause. La victoire sur son cœur l’aurait rendue plus digne d’admiration ; abattue et impuissante, elle est plus touchante. ”
Alexandre-Ernest Billault de Gérainville, Histoire de Louis-Philippe. Tome 2 (1870-1875)
“ Lafayette avait autant d'esprit que de courage. Son tort fut de s'être infatué d'un rôle modelé sur Washington, impossible à reproduire en France. Toute sa vie il fut le jouet d'intrigants et d'ambitieux. Il eut toujours les meilleures intentions pour aboutir aux plus pitoyables résultats. Or la postérité juge moins les intentions que les résultats, et les vertus privées, à tort ou à raison, pèsent d'un faible poids dans sa balance. Au duc d'Orléans, qu'il méprisait, Lafayette donna un trône presque à son corps défendant. ”
“ Gilbert s’inclina. — Science d’autant plus remarquable, d’autant plus pleine d’intérêt, surtout, continua la baronne, qu’il paraît, Monsieur, que vous n’êtes pas un chimiste ordinaire, un praticien comme les autres, et que vous avez sondé tous les mystères de la science de vie. — Monsieur le marquis de Lafayette vous aura dit, je le vois bien, Madame, que j’étais un peu sorcier, répliqua Gilbert en souriant, et s’il vous l’a dit, je lui sais assez d’esprit pour vous l’avoir prouvé, s’il l’a voulu. ”
Alexandre-Ernest Billault de Gérainville, Histoire de Louis-Philippe. Tome 2 (1870-1875)
“ Destiné à être toujours la dupe d'hommes moins naïfs que lui, Lafayette, sans en avoir conscience, devait jouer d'un bout à l'autre de la Restauration le jeu du duc d'Orléans. Comme son coopérateur M. Laffitte, mais celui-là marchant au but sciemment, il devait plus tard se repentir amèrement de son oeuvre, en demander pardon à Dieu et aux hommes. ”
Louis Blanc,
Histoire de dix ans : 1830-1840…
(1882)
“ De son côté, M. de Lafayette demandait qu'on lui assignât imposte, ajoutant qu'il était résolu à s'y rendre à l'instant même. On se sépara encore une fois sans rien conclure, et en se donnant rendez-vous chez M. Laffitte pour six heures du matin. Mais cette séance pouvait servir à apprécier plus tard certains hommes qu'on vit parmi les triomphateurs. Lafayette fut accueilli, en sortant, par quelques vives acclamations. L'âge avait affaibli son corps, sans glacer son coeur. Ivre d'ailleurs de popularité, il était prêt au sacrifice de sa vie. ”
Louis Blanc,
Histoire de dix ans : 1830-1840…
“ « Prenez garde, Messieurs, disait avec un sourire incrédule M. de Lafayette, il n’est sorte de moyens qu’on n’emploie à certaines époques ! Que de fois, pendant notre première révolution, n’a-t-on pas calomnié ma signature ? » Voilà dans quels vains propos M. de Lafayette consumait, à l’Hôtel-de-Ville, les heures précieuses qu’on mettait si bien à profit à l’hôtel Laffitte ! Mais un incident extraordinaire vint ranimer les esprits. La porte du cabinet de M. de Lafayette s’ouvre, et on annonce tout bas au général la visite d’un pair de France. ”
L. de Lavergne, Mme de Lafayette
“ La révolution avançait à grands pas. Mme de Lafayette ne partageait pas toutes les illusions de son mari, mais elle approuvait ses opinions et elle admirait son courage. « Elle tremblait pour les suites incalculables des événemens, et implorait sans cesse la miséricorde de Dieu. » Il ne parut rien de ces inquiétudes dans sa conduite. Elle supporta avec une force incroyable les dangers que son mari avait à braver tous les jours. ”
Arvède Barine,
Revue des Deux Mondes
“ Il importait de savoir ce que Mme de Lafayette pensait là-dessus, parce qu’on avait du même coup l’opinion de Louis XIV et celle de Louvois. Victor-Amédée répondit à son envoyé : « Nous ne sommes point surpris de la réserve qu’a eue Mme de Lafayette dans la visite que vous lui avez rendue ; vous avez bien fait d’en user de même, et peut-être que dans la suite elle s’ouvrira avec vous ; vous lui en donnerez quelque lieu adroitement, car en la faisant parler, vous pourrez tirer des lumières qui nous seront utiles. » ”
Erckmann-Chatrian, Histoire d’un paysan (1868)
“ Mais alors Lafayette, qu’on avait toujours représenté comme un bon patriote, que maître Jean aimait tant et que les girondins avaient soutenu contre les montagnards, tout à coup ce Lafayette découvrit ses batteries, et l’on reconnut qu’elles étaient pointées sur nous ; qu’il tenait avec la cour et le roi et qu’il se moquait du peuple. Ce qu’il avait fait jusqu’à ce jour était en grande partie par vanité ; maintenant il rentrait dans sa vieille nature : c’était un marquis !... ”
Charles Villagre, Histoire de France, depuis juillet 1830 jusqu'à la fin de 1834… (1834)
“ A côté de ces citoyens honorables, paraissait Lafayette , Lafayette dont le nom était si populaire, qui, après avoir joué un rôle si actif dans la guerre de l'indépendance américaine et dans notre révolution de 89, était sorti pur et honoré de cette double lutte , Lafayette qui, dans ce siècle de convictions chancelantes, de caractères indécis , sans consistance et sans vigueur, conserva jusque sous les gouvernemens les plus despotiques, les opinions de sa jeunesse. ”
Joseph Pelet de La Lozère, Lafayette en Amérique et en France (1867)
“ Lafayette se tint à cheval, à la portière du roi, pendant le trajet de la barrière à l'Hôtel-de-Ville, on passa entre deux haies de gardes nationaux qui ne firent pas entendre un seul cri de « vive le roi, » mais seulement celui de « vive la nation, » que les circonstances rendaient menaçant. Le conseil de la commune reçut le roi au bas de l'escalier de l'Hôtel-de-Ville, et le conduisit dans la grande salle. Le roi le félicita des choix qu'il avait faits pour la première magistrature de la ville et pour le commandement de la garde nationale, et leur donna, pour la forme, sa sanction. ”
“ Lafayette parla et dit adieu à Lamarque. Ce fut un instant touchant et auguste, toutes les têtes se découvrirent, tous les cœurs battaient. Tout à coup un homme à cheval, vêtu de noir, parut au milieu du groupe avec un drapeau rouge, d’autres disent avec une pique surmontée d’un bonnet rouge. Lafayette détourna la tête. ”
Joseph Pelet de La Lozère, Lafayette en Amérique et en France (1867)
“ Lafayette n'était qu'à moitié satisfait du rôle qu'on lui avait fait jouer, et sans regretter le jugement rendu qui était conforme à sa générosité naturelle, il craignait que sa popularité, qui était l'idole de sa vie, ne fût affaiblie par la protection dont il avait couvert les juges. Lés éloges que lui donnait le roi pouvaient le compromettre encore davantage auprès de son parti ; aussi, en transmettant à la garde nationale les remerciements du roi, il ajouta ces mots significatifs : « Espérons qu'après avoir tout fait pour l'ordre, on fera quelque chose pour la liberté. » ”
Lady Sydney Morgan, La France en 1829 et 1830. Tome 1 (1830)
“ L'histoire de Lafayette et lui-même n'appartiennent pas seulement à la France, mais à toutes les nations civilisées. Il n'existe pas un ami de la liberté qui ne soit intéressé à sa bonne renommée. Depuis le moment où les impressions que j'avais reçues à la vue de cet homme célèbre donnèrent lieu aux observations du Quarterly Review, Lafayette a été deux fois élu membre de la chambre des députés, par la voix non achetée de l'opinion publique. ”
Sainte-Beuve,
Revue des Deux Mondes
“ Lafayette, qui s’était voué comme à une spécialité au triomphe de quelques principes généreux, a pu ne dire dans sa longue carrière et ne paraître connaître de la majorité des hommes, même après l’expérience, que ce qui convenait au noble but où il les voulait porter. ”
Louis Blanc,
Histoire de dix ans : 1830-1840…
“ M. de Lafayette avait cependant plusieurs des qualités essentielles au commandement. Ses manières présentaient comme son langage un mélange singulier de finesse et de bonhomie, de grâce et d’austérité, de dignité sans morgue et de familiarité sans bassesse. Pour les uns il était resté grand seigneur quoiqu’il se fut mêlé à la foule pour les autres il était né homme du peuple en dépit de son illustre origine. Heureux privilège que celui de conserver tous les avantages d’une haute naissance en se les faisant pardonner ! ”
Arvède Barine,
Revue des Deux Mondes
“ Les termes en usage paraissaient insuffisans pour peindre la sincérité de Mme de Lafayette. M. de La Rochefoucauld inventa pour elle une expression qui est restée. Il dit qu’elle était vraie. Du Guet lui rend le témoignage, sur sa réputation, d’être parmi les personnes « les plus déclarées contre le déguisement. » Mme de Maintenon, alors Mme Scarron, racontant à une amie sa présentation à Mme de Montespan, écrit : « Mme de Lafayette aurait été contente du vrai de mes expressions. » Mme de Sévigné déclarait de son côté qu’il fallait « la croire à sa parole. » ”
Jules Cloquet,
Souvenirs sur la vie privée du général Lafayette
(1836)
“ Lorsque Lafayette put enfin revoir sa patrie, il se retira à Lagrange, et continua de s'y livrer à ses goûts pour l'agriculture, qui s'étaient développés chez lui pendant son séjour dans le Holstein et la Hollande. Permettez-moi maintenant, monsieur, de vous dire quelques mots sur les deux compagnons de captivité de Lafayette ; vous verrez qu'ils étaient dignes de partager ses malheurs, et que, depuis leur délivrance, l'amitié qui les unissait dans leur infortune n'avait fait que se consolider avec le temps. ”
Joseph Pelet de La Lozère, Lafayette en Amérique et en France (1867)
“ Tout à coup un drapeau rouge est déployé, surmonté du bonnet phrygien, et des cris de vive la République se font entendre. Un homme s'approche de Lafayette pour lui placer une couronne de laurier sur la tête ; il la repousse, et reconnaissant qu'une émeute républicaine va commencer, il se lève et regagne, non sans peine, sa voiture pour rentrer chez lui. Mais, dans le trajet, des hommes du peuple le reconnaissent, s'attellent à sa voiture, et veulent le conduire à l'Hôtel-de-Ville. ”
Histoire de Louis-Philippe Ier… (1831)
“ Devenu libre, Lafayette se retira à Hambourg avec sa famille. Il y vécut tranquille et réduit à contempler de loin les malheurs de sa patrie livrée à la foiblesse tyrannique du directoire. Après le 18 fructidor, ce gouvernement soupçonneux ordonna la vente des biens qui lui restaient en France. Lafayette n'en continua pas moins à porter la cocarde tricolore et à défendre dans toutes les circonstances l'honneur de sa patrie. ”
L. de Lavergne, Mme de Lafayette
“ Son beau-père et son mari partirent pour l’émigration, où elle les suivit. Le tableau de sa vie n’est que l’histoire des longues souffrances qu’elle endura avec un admirable courage. Ce touchant récit vient de recevoir un complément plus intéressant encore ; c’est une vie de Mme de Lafayette, sœur de Mme de Montagu, précédée d’une notice sur leur mère, la duchesse d’Ayen. Pour comble d’intérêt, Mme de Lafayette a écrit elle-même la notice sur sa mère, et sa propre histoire a été racontée par sa fille, Mme de Lasteyrie. ”
Émile Renard, Les étudians à Paris : scènes contemporaines… (1841)
“ Vainement Lafayette conjure-t-il la foule de se retirer; sa voix est méconnue ; et lorsqu'on voit le char fanèbre se remettre en mouvement, des cris, au Panthéon, se font entendre , et le char est arrêté dans sa marche et la tombe presque livrée aux profanations. ”
Bernard Sarrans,
Lafayette et la Révolution de 1830…
(1833)
“ Quelle ne dut pas être l'émotion de Lafayette , lorsqu'il apprit, dans ce moment, que des deux amis , MM. Joubert et Levasseur, avec lesquels il s'était mis en rapport en arrivant a Paris, l'un venait d'emporter les résidences royales, et que l'autre avait été grièvement blessé en combattant pour la liberté. ”
Vie de Lafayette (1834)
“ Pourtant, dans cette assemblée, il se trouva quelques hommes qui élevèrent une voix généreuse. De ce nombre fut Lafayette. Il demanda la suppression de ces lettres de cachet, qui donnaient à tous les caprices de la haine la sauve-garde du mystère, et qui armaient les plus viles passions de la puissance de la justice. Il somma la cour de briser les portes de ces prisons d'état où tant de magistrats avaient été punis de leur probité, - tant de généraux de leur génie, où tant de maris avaient reçu le châtiment des amours adultères de la royauté. ”
Adolphe Thiers,
Histoire de la Révolution française
“ Tandis qu'il les dégage, il ordonne à sa troupe de courir au château, et demeure presque seul au milieu des brigands. L'un d'eux le couche en joue; Lafayette, sans se troubler, commande au peuple de le lui amener; le peuple saisit aussitôt le coupable, et, sous les yeux de Lafayette, brise sa tête contre les pavés. Lafayette, après avoir sauvé les gardes-du-corps, vole au château avec eux, et y trouve ses grenadiers qui s'y étaient déjà rendus. Tous l'entourent et lui promettent de mourir pour le roi. En ce moment, les gardes-du-corps arrachés à la mort criaient vive Lafayette! ”
Sainte-Beuve,
Revue des Deux Mondes
“ Le premier aspect qui s’offre, et auquel trop souvent on s’en tient dans l’histoire, est le côté extérieur, celui du rôle même avec sa parade ou son appareil, avec sa représentation. Lafayette a eu si long-temps un rôle extérieur, et l’a eu si constant, si en uniforme j’ose dire, qu’on s’est habitué, pour lui plus que pour aucun autre personnage de la révolution, à le voir par cet aspect ; habit national, langage et accolade patriotique, drapeau, pour beaucoup de gens, Lafayette n’a été que cela. Ceux qui l’ont davantage approché et entendu ont connu un autre homme. ”
Louis Blanc,
Histoire de dix ans : 1830-1840…
(1882)
“ M. de Lafayette était trop populaire pour ne pas inspirer encore plus d'ombrage. Afin de créer au général Gérard une influence dont on pût se servir au besoin, on le pressait de revêtir l'uniforme, de se montrer à la population, de visiter les barricades. M. Casimir Périer écrivait à l'instituteur de ses enfants : « Venez sans retard à « l'hôtel Laffitte, et amenez-y des chevaux. » M. Gérard hésitait ; mais on redoublait d'instances. « Vous voilà bien, vous autres mice litaires, lui disait M. Eugène Laffitte pour « l'exciter, vous ne pouvez marcher que « suivis par des pantalons garance. » ”
Auguste Vitu,
Ombres et vieux murs
(1859)
“ Il finira par être pendu (j'ai parié qu'il le serait encore avant moi, et je suis prêt à doubler la gageure) ; oui, madame, pendu, et ce qui vous paraîtra encore plus paradoxal, c'est qu'il sera pendu par ce bon peuple dans lequel il semble avoir concentré toutes ses affections. La prédiction était juste puisque la fuite a pu seule sauver Lafayette de l'échafaud. Au fait, continue Suleau, M. de Lafayette était l'homme le moins propre à diriger la force publique dans un temps de troubles et de discordes. ”
Chansonnier des gardes nationaux… (1831)
“ La famille royale était à peine au lit, que des assassins s'introduisent dans le palais, on ne sait comment, et parviennent à la chambre de la reine, qui, réveillée en sursaut, se lève presque nue; et c'en était fait d'elle et du reste de la famille, si Lafayette ne fût arrivé aussitôt avec la garde nationale : il ramena alors le roi à Paris où l'assemblée constituante vint aussi s'établir. Nous passerons sous silence la solennité du Champde-Mars, lorsque, au nom du peuple français, Lafayette prêta serment à la constitution ”
Vie de Lafayette avant, pendant et après la révolution de Juillet 1830 (1834)
“ Eloigné de la chambre septennale par les intrigues politiques, Lafayette fit en 1824, aux Etats-Unis , ce voyage mémorable où l'on vit une nation : entière rendre à un simple citoyen des hommages dont il n'y avait eu jusqu'alors aucun exemple dans l'histoire d'aucun roi. ”
Manon Roland,
Lettres de Madame Roland de 1780 à 1793
“ Les malheureux cassés se comportent à merveille : ils restent et pleurent dans leurs casernes ; mais leurs amis, leurs concitoyens vont gémir avec eux et s’indigner contre le traitement qu’ils ont enduré. Partie de la garde nationale s’émeut et frémit ; le peuple s’inquiète, les groupes se forment au Palais-Royal. Lafayette perd tous les jours la confiance qu’on lui avait accordée ; il court a l’oubli ou à la mort ; il est presque impossible qu’il se soutienne. ”
Joseph Pelet de La Lozère, Lafayette en Amérique et en France (1867)
“ Lafayette, retenu prisonnier par les royalistes à Olmutz, était redouté à Paris comme leur chef. Sa femme n'obtint d'être mise en liberté que six mois après le 9 thermidor, quand le gouvernement se crut assez affermi pour n'avoir pas à craindre une réaction royaliste, Le premier soin de Mme de Lafayette, en sortant de prison, avant d'aller joindre son mari, fut d'envoyer en Amérique son fils ainé, filleul de Washington, pour solliciter l'intervention de ce grand homme, devenu président des États-Unis, auprès des cabinets de Vienne et de Berlin, en faveur de son compagnon d'armes et de son ami ”
