“ C’était le camp de Châlons qui flambait depuis deux jours, incendié par ordre de l’empereur, pour sauver des mains des Prussiens les richesses entassées. La cavalerie d’arrière-garde avait, disait-on, été chargée de mettre le feu à un grand baraquement, appelé le magasin jaune, plein de tentes, de piquets, de nattes, et au magasin neuf, un immense hangar fermé, où s’empilaient des gamelles, des souliers, des couvertures, de quoi équiper cent autres mille hommes. Des meules de fourrage, allumées elles aussi, fumaient comme des torches gigantesques. ”
Camp de Châlons
Définition et enjeux
Citations sur “Camp de Châlons”
Auguste Boulanger, Le camp de Châlons en 1860 : esquisse anecdotique (1861)
“ Un certain mouvement règne toujours au camp de Châlons; mais c'est surtout lorsque l'Empereur doit y venir que chacun redouble d'activité pour recevoir dignemeut le vainqueur de Solferino. Il faut voir alors avec quel soin, avec quel zèle chaque soldat nettoie ses effets, astique son fourniment, frotte ses armes. Tous les corps rivalisent d'activité C'est à qui l'emportera sur ses voisins par sa belle tenue, à qui se fera le plus remarquer par la décoration de ses tentes. La joie anime tous les cœurs rayonne sur tous les visages. Le camp tout entier prend un air de fête. ”
François-Charles Du Barail, Mes souvenirs (12e édition) (1898)
“ Le camp de Châlons naissait. De vastes étendues de terrain entre Châlons et Reims, sur les bords de la Suippe, et dans des espaces à peu près improductifs, avaient été achetées pour y établir un camp permanent de manœuvres. Obéissant à cette pensée fort juste, que la guerre n'est que l'intelligente application des exercices pratiqués et expérimentés pendant la paix, Napoléon III voulait que les troupes qui venaient de s'illustrer sur les champs de bataille allassent les premières se retremper aux sources de l'instruction militaire, qui ne s'acquiert que par des manœuvres d'ensemble. ”
Alfred Quesnay de Beaurepaire,
De Wissembourg à Ingolstadt (1870-1871…
(1891)
“ Les baraques rangées sur la pelouse évoquaient en nous les souvenirs du camp de Châlons ; elles étaient dominées par les talus gazonnés des remparts et les arbres qui les ombrageaient; des cuisines de campagne abritées par de petits revêtements en planches complétaient l'illusion d'un camp français. Mais, ce qui lui donnait son vrai caractère c'était l'animation particulière à nos soldats, leurs cris familiers, leurs jeux favoris ”
Charles Alexandre Morin, Le camp de Châlons en 1858 au point de vue hygiénique et médical… (1858)
“ Dans l'installation du camp de Châlons, qui doit devenir, dans la pensée de Sa Majesté l'Empereur, une école permanente d'instruction pour l'armée, c'est aussi l'hygiène qui est venue présider à son installation ; et le baron Larrey, si digne héritier du grand nom qu'il porte, a été consulté dans toutes les questions relatives au campement, à l'habillement, à la nourriture. Ses avis sages et éclairés ont toujours été, dans toutes les circonstances, adoptés avec empressement par le chef de l'État. ”
Auguste Boulanger, Le camp de Châlons en 1860 : esquisse anecdotique (1861)
“ J'en ai dit assez sur les marchands du camp. Au rond, ils ressemblent beaucoup à tous les marchands du monde, même à ceux qui vendent dans les boutiques splendides de la capitale. Indépendamment des individus que la spéculation appelle journellement au camp de Châlons, il y a aussi les visiteurs attirés par la curiosité. Ceux-ci sont assez nombreux les jours de grandes manœuvres; mais c'est surtout le dimanche qu'il y a affluence a cause de la messe et du défilé, qui présentent un attrait tout particulier, et auxquels je consacrerai des articles spéciaux. ”
Louis Sacré, Histoire de l'invasion, deuxième Empire… (1875)
“ Le camp de Châlons, situé au nord de la ville, entre les villages de Mourmelon, Grand-SaintHilaire, Suippes et la Cheppe, occupe une superficie de 12.000 hectares qui égale trois cents fois celle du Champ-de-Mars. Une voie ferrée relie cette plaine à la ville de Châlons, dont la population est de 20.000 habitants. De vastes constructions y ont été élevées ; on y trouve des magasins d'armes, d'équipements et de vivres, une manutention, des hôpitaux, et tout un corps d'administration ; enfin on y avait élevé des baraques qui pouvaient abriter une division d'infanterie ”
Auguste Boulanger, Le camp de Châlons en 1860 : esquisse anecdotique (1861)
“ Chaque jour amène des améliorations au camp de Châlons, qui tend à devenir un établissement militaire complet. Déjà existent, pour l'artillerie, un beau polygone et trois poudrières, construites à une assez grande distance des troupes pour prévenir les accidents. On édifie en ce moment un arsenal, près du Petit-Mourmelon, et avant peu, une bibliothèque, située vers le centre du camp, permettra aux militaires studieux d'occuper utilement leurs loisirs. ”
Adolphe Guérard, Camp de Châlons : Attila, roi des Huns… (1858)
“ CAMP DE CHALONS. La vie des camps a, de tout temps et à toute époque, été l'école du soldai. Les Romains, qui savaient par expérience combien les délices des villes étaient préjudiciables aux armées , ne considéraient la paix, dit Napoléon III, que comme un exercice, la guerre comme une application. D'une extrémité à l'autre de l'empire, et principalement sur les frontières, ils avaient des camps fortifiés dont les vestiges subsistent encore aujourd'hui. La discipline militaire s'y maintint quelque temps, tandis que les prétoriens livraient Rome à l'anarchie. ”
Alfred Duquet, Guerre de 1870-1871. Châlons et Beaumont… (1912)
“ Le maréchal de Mac-Mahon ne survint que plus lard (2) . L'Empereur prend donc le premier la parole en demandant au général Berthaut son avis sur la garde mobile parisienne et sur le camp de Châlons. LE GÉNÉRAL BERTHAUT. Je répondrai à Votre Majesté que le camp de Châlons est un camp d'études, de manoeuvres, mais qu'il ne peut être considéré comme une position défensive ; qu'il n'est pourvu d'aucune fortification, qu'il risque d'être enveloppé de tous côtés, qu'enfin c'est une position très dangereuse. ”
R de M, Mémoires de l'armée de Chanzy… (1871)
“ Je ne sache pas qu'aucun lieu, où un grand nombre d'hommes se rassemblent pour quelque objet grave, ait jamais présenté un contraste aussi complet du plaisant avec le sévère, du gai et du sinistre, que le camp de Châlons pendant les trois premières semaines d'août 1870. A quatre heures du matin, tambours et clairons battant et sonnant le réveil nous annonçaient la fin d'une nuit glaciale : car l'immense plaine qui s'étend sur plus de vingt. cinq lieues, entre Reims et Troyes, est toujours, même au fort de l'été, balayée par les vents les plus froids ”
Auguste Boulanger, Le camp de Châlons en 1860 : esquisse anecdotique (1861)
“ En temps de paix, on forme aussi des camps, dits de manœuvre, pour occuper les troupes, les tenir en haleine et leur apprendre l'art de la guerre. On a beau être avec ses voisins dans les termes les plus pacifiques, il est prudent de prendre ses précautions; on ne sait jamais ce qui peut arriver. Il était impossible d'asseoir un camp permanent sur un emplacement disposé plus avantageusement que cette vaste plaine, située à quelques kilomètres de Châlons-sur-Marne, où le redoutable Attila vint jadis installer ses innombrables cohortes. ”
Gustave Thomas, Metz : guerre de 1870 (1871)
“ Strasbourg, Neufbrisach, Schelestadt, Belfort, Toul et toutes nos forteresses de l'Est coupaient les routes et ralentissaient la marche de l'ennemi qui, laissant sur son flanc droit cette imposante armée, devait aussi s'attendre à rencontrer de nouvelles forces au camp -de Châlons. ”
Auguste Antoine Grouard, L'armée de Châlons, : son mouvement vers Metz… (1885)
“ Mais sans jouer son va-tout dans une seule bataille, on pouvait, par d'habiles manœuvres, menacer ses flancs, tomber sur ses corps avancés; en un mot, retarder sa marche en défendant le terrain pied à pied. « Il n'y aurait pas d'art de la guerre, dit Gouvion-Saint-Cyr, si une armée, parce qu'elle est inférieure en nombre, devait toujours céder le terrain sans offrir de résistance nulle part. » C'était déjà bien assez d'avoir reculé jusqu'au camp de Châlons sans avoir essayé de profiter de tous les moyens de défense qu'on aurait pu trouver sur la Moselle et sur la Meuse. ”
Ferdinand Quesnoy, Campagne de 1870. Armée du Rhin… (1872)
“ Il avait été annoncé, au camp de Châlons, qu'un officier de la maison de l'Empereur devait y venir préparer les logements; naturellement, on en avait tiré la conséquence que la retraite du maréchal de Mac-Mahon avait amené la nécessité d'une concentration des troupes sur la Meuse et que le quartier impérial serait au camp de Châlons. Ces suppositions se fortifièrent, le 8 au matin, par l'arrivée de M. le capitaine Favrot, écuyer de l'Empereur, avec une partie des équipages. ”
Papiers secrets et correspondance du second Empire… (1873)
“ L'intention de l'Empereur est de disperser les bataillons de garde nationale mobile qui se réunissent au camp de Châlons et ont déjà fait preuve d'esprit détestable. On pourrait les répartir entre les places de Belfort, Thionville, Longwy, Phalsbourg, la Petite-Pierre, Marsal, Verdun, Toul, Bitche, Mézières, Sedan, Soissons, Langres, etc., et en laisser deux au camp de Châlons. ”
François-Charles Du Barail, Mes souvenirs (12e édition) (1898)
“ Ce que je dis là n'est pas pour nier l'importance des services qu'a rendus le camp de Châlons, et qui sont considérables. Dans ces vastes solitudes, les manœuvres se développaient sans encombre, les chefs prenaient l'habitude de manier des masses, et les troupes, de leur côté, dans ces grands mouvements d'ensemble, comprenaient mieux le rôle réservé à chaque arme pour concourir au but commun. Malheureusement, on laissait de côté une science délicate, conséquence nécessaire de cette règle essentielle : se diviser pour vivre et se concentrer pour combattre; la science du cantonnement. ”
Charles Durand de Beauregard, Etude et revue de l'histoire de l'empereur Napoléon III… (1903)
“ En l'année 1857 fut créé le camp de Chàlons, — 118 — qui sert si utilement encore de nos jours aux troupes, et dont l'importance comme champ de manoeuvres pour les masses de cavalerie et comme champ de tir pour l'infanterie et l'artillerie, ne fait que s'accroître. ”
Auguste Boulanger, Le camp de Châlons en 1860 : esquisse anecdotique (1861)
“ Mais cette stérilité même a dû faire préférer cette région à toute autre, puisqu'elle permet d'étendre au loin les opérations militaires sans nuire aux travaux de l'agriculture; ce motif est sans doute un de ceux qui ont déterminé le choix de l'Empereur. La contrée où est situé le camp de Châlons a de 45 à 50 kilomètres de circonférence. Le sol n'est pas uniformément plat. On y trouve des monticules et une infinité de petits bois de pins qui en varient l'aspect. ”
Auguste Antoine Grouard, L'armée de Châlons, : son mouvement vers Metz… (1885)
“ A d'autres points de vue encore, il eût été avantageux de rester un peu plus longtemps au camp de Châlons. On pouvait profiter de ce délai pour achever l'organisation de l'armée, qui était loin d'être parfaite. Il convenait notamment de se débarrasser des régiments de marche qui ont compté au 1er et au 12e corps, et qui n'avaient pas la consistance suffisante pour participer à une opération difficile. Il valait mieux les laisser dans la région du camp, où ils auraient au moins rendu le service, en attirant l'attention de l'ennemi, de la détourner de la direction que nous devions suivre. ”
Émile-Cyprien Driant, Filleuls de Napoléon : histoire d'une famille de soldats… (19..)
“ La ligne d'horizon était barrée par des centaines de petites tentes alignées, car les corps, venus du camp de Châlons situé à quelques kilomètres, campaient là avant de s'embarquer pour Metz. On n'entendait plus un mot dans la vaste plaine crayeuse, où de maigres bois de sapins aux formes géométriques essayaient de donner l'illusion de la verdure, et la voix du greffier du. Conseil de guerre, lisant le jugement, s'éleva dans ce grand silence des hommes et des choses. ”
Auguste Nicaise, Châlons-sur-Marne et ses environs (1861)
“ Le terrain militaire renferme douze mille hectares, compris dans un périmètre de quarante-huit kilomètres ; on a calculé que le Camp de Châlons est trois cents fois plus grand que le Champ-de-Mars, et que les parcelles de terre qui le composent, découpées par bandes de trois mètres de largeur, feraient le tour de la terre. La demeure de l'Empereur, au Camp, est un pavillon très-simple, construit légèrement en bois, et qui se compose d'une antichambre, d'un cabinet de toilette, d'un salon et d'une chambre à coucher. ”
Papiers secrets et correspondance du second Empire… (1873)
“ Camp Châlons, le 10 août 1870. Votre Excellence n'ignore pas que beaucoup d'isolés, malades ou blessés, sont dirigés sur le camp de Châlons. Je continue à n'avoir ni marmites ni gamelles, et ils sont dépourvus de tout. Mon devoir est de vous en informer. Nous n'avons ni sacs de couchage, ni assez de chemises, ni assez de chaussures. 56. Major général à Intérieur. — Paris. Metz, le 10 août 1870. L'Empereur est allé visiter les cantonnements de l'armée. Depuis quarantehuit heures les approvisionnements affluent sur les points de concentration. Le matériel d'artillerie augmente chaque jour. ”
Maxime Du Camp,
Souvenirs d’un demi-siècle
“ L’armée de 100 000 hommes, reformée au camp de Châlons par le maréchal duc de Magenta, venait de recevoir une destination où elle devait se perdre et jeter la France à travers de formidables complications. Dans la pensée de l’Empereur, dans celle du général Trochu, dans celle de Mac-Mahon, cette armée, composée de recrues nouvelles et de soldats démoralisés par la défaite de Wœrth, était destinée à se masser sous Paris, de façon à retarder l’investissement et à ménager aux contingents que l’on réunissait le temps de se grouper derrière la Loire et la Garonne. ”
Auguste Boulanger, Le camp de Châlons en 1860 : esquisse anecdotique (1861)
“ Depuis 1856, il s'est opéré, au camp de Châlons, des changements et améliorations considérables. Dans le principe, ce n'était guère qu'un bivouac, où toute la troupe couchait sous des tentes portatives. On y a construitplus tard 250 baraques ou plutôt habitations en pierre, recouvertes d'ardoise, dans lesquelles 10,000 hommes peuvent aisément se loger et où ils pourraient passer l'hiver. Ces baraques sont saines et l'intérieur en est bien distribué. Celles situées dans la partie qui borde le camp sont pour les officiers; elles sont bâties en long ”
Adolphe Guérard, Camp de Châlons : Attila, roi des Huns… (1858)
“ Sous la République, la vie des camps fut la grande école, l'école austère où se formèrent les guerriers les plus illustres de la Révolution, semblable à celle qui donnait à Rome les Fabricius et les Camille pour la gloire et le salut de leur patrie La position du Camp de Châlons se prête merveiileusement aux grandes manoeuvres. Elle occupe le vaste plateau qui s'étend entre la Marne, l'Aisne et la vallée d'Argonne, pays peu accidenté, coupé de petites rivières, très favorable au déploiement des grandes armées. C'est le champ de bataille classique. ”
Charles de Mazade,
La guerre de France : 1870-1871…
(1875)
“ « Je me rends au camp de Châlons, où il est vraisemblable que va se passer un* singulier drame. » C'était en effet le commencement d'un véritable drame qui allait se passer, non plus entre Metz et Paris, mais entre Paris et Châlons, avant de se dérouler entre Châlons et la Meuse, — qui se nouait dès le matin du 17 au camp, dans un conseil de guerre où assistaient l'empereur, le prince Napoléon, le maréchal de Mac Mahon, le général Trochu, le général Schmitz, le général Berthaut, commandant des mobiles parisiens. ”
Auguste Boulanger, Le camp de Châlons en 1860 : esquisse anecdotique (1861)
“ Un beau matin, je me dis en m'éveillant : Tout le monde n'a pas eu, comme moi, l'occasion de visiter le camp de Chàlons. Il est même certain que la plupart dé- mes concitoyens n'ont aucune idée de la chose. Eh bien! je veux leur en faire le tableau. Tel est le projet que je réalise en ce moment. Je n'écris ni pour les militaires, ni pour les savants, ni pour ceux qui ont déjà visité des camps de plaisance, et savent à quoi s'en tenir. Je m'adresse aux nombreuses personnes de la classe bourgeoise qui, n'ayant jamais vu rien de semblable, désirent se former une opinion à cet égard. ”
Louis-Jules Trochu, L'Empire et la défense de Paris devant le jury de la Seine… (1872)
“ Je crois qu'on est dans le vrai en se mettant en retraite. Et j'ajoutai a Puisque Votre Excellence veut bien me consulter, je prends sous ma responsabilité de lui déclarer que l'armée qui est en voie de formation au camp de Châlons est exposée aux plus grands désastres. Il est absolument urgent, en outre, de délivrer, le camp des éléments de désordre qui s'y trouvent réunis. Il y a sept à huit «îille isolés qui courent à travers le camp, n'appartenant à aucune troupe, et sont une cause permanente de désordre; il y a la garde mobile de Paris qui n'est pas contente et qui n'est pas armée. » ”
