“ Le seul reproche que l’on puisse adresser aux traductions de M. West, c’est que par excès de conscience il ait adopté un système de littéralisme absolu, qui fait de sa traduction un décalque de l’original. Un pareil système, toujours dangereux, même quand il s’agit de textes clairs en eux-mêmes et d’une langue coulante, l’est bien plus encore quand il s’agit, comme ici, d’une langue hérissée de conventions, et empêche le lecteur d’entrer dans le sens du texte aussi avant que le traducteur, ce qui est l’objet de toute traduction. ”
Citations sur “littéralisme”
Victor Hugo,
Proses philosophiques
“ L’expression sort comme l’idée, d’autorité ; non moins essentielle que l’idée, elle fait avec elle sa rencontre mystérieuse dans les profondeurs, l’idée s’incarne, l’expression s’idéalise, et elles arrivent toutes deux si pénétrées l’une de l’autre que leur accouplement est devenu adhérence. L’idée, c’est le style ; le style, c’est l’idée. Essayez d’arracher le mot, c’est la pensée que vous emportez. L’expression sur la pensée est ce qu’il faut qu’elle soit, vêtement de lumière à ce corps d’esprit. Le génie, dans cette gésine sacrée qui est l’inspiration, pense le mot en même temps que l’idée. ”
Ferdinand Brunetière,
Revue des Deux Mondes
“ Il n’y a de banal, au mauvais sens du mot, que les types dont le modèle a cessé d’être sous nos yeux, c’est-à-dire dont nous ne pouvons pas soumettre la vérité littéraire ou la représentation pittoresque au contrôle de l’expérience prochaine. Remarquez en passant que c’est le vice intérieur d’une certaine tragédie classique ou du drame romantique ; remarquez que c’est le vice intérieur du roman historique. Il n’importe pas que quelques grands hommes aient triomphé de la difficulté. ”
Charles de Mazade,
Revue des Deux Mondes
“ On touche de trop près encore au mouvement moral et politique. L’esprit littéraire se produit sous mille formes différentes, depuis le récit de voyage jusqu’au drame ou à la comédie, depuis la poésie jusqu’à la critique. ”
Firmin Roz,
Revue des Deux Mondes
“ Notre génie est dramatique et les personnages de nos romans sont, au sens où la critique littéraire prend ce mot, des caractères, je dirais volontiers des rôles, personæ dramatis, subordonnés à l’action et n’existant guère que dans la mesure où ils y participent. L’action, ici, au contraire, leur est subordonnée. Elle est essentiellement psychologique et intérieure ; elle se déroule lentement, avec les mille plis et replis de ces individualités complexes, dont elle épouse, en quelque sorte, les sinuosités, afin de nous conduire à travers leur dédale. ”
Jean-Baptiste Dubos,
Réflexions critiques sur la poésie et la peinture
“ Qu’on choisisse donc dans l’histoire moderne un sujet neuf où l’on ne puisse pas se prévaloir des inventions ni des phrases poëtiques des anciens, mais où il faille tirer de son génie la poesie du stile et toute la fiction. ”
Alphonse de Lamartine,
Jocelyn
“ Les auteurs, les écrivains, les poëtes, ceux, en un mot qui ont fait des poëmes, des tragédies, des comédies, des romans, étaient tous des hommes d’une condition supérieure à la nôtre, ou du moins qui étaient sortis de notre condition obscure et laborieuse pour s’élever à la société des rois, des reines, des princesses, des cours, des salons, des puissants, des riches, des heureux, des classes de loisir et de luxe, dans leur temps et dans leur pays. ”
Victor Cherbuliez,
Revue des Deux Mondes
“ En un mot, la vérité dans le roman est soumise à de tout autres conditions que dans la poésie, et voilà pourquoi nous retrouvons mieux le ton et l’esprit d’une époque dans les chefs-d’œuvre de ses grands romanciers que dans ceux de ses dramaturges, ou de ses lyriques. ”
Alexandre Thomas, Revue des Deux Mondes
“ HISTOIRE, ROMAN ET POÉSIE. Un des vices dominans de la littérature actuelle, père de beaucoup d’autres, c’est le factice et l’artificiel dans les choses de goût, dans l’expression des idées et des sentimens, dans la manière d’envisager et de reproduire le monde moral ; c’est l’absence de toute proportion vraie entre la réalité des choses et l’inspiration littéraire. ”
Anonyme, L’Art priapique, parodie des deux premiers chants de l’art poétique
“ Si le terme est impropre ou le tour vicieux ; Mon esprit n’admet point un pompeux barbarisme, Ni d’un vers ampoulé l’orgueilleux solécisme. Sans la langue, en un mot, l’auteur le plus divin Est toujours, quoi qu’il fasse, un méchant écrivain. Travaillez à loisir, quelque ordre qui vous presse, Et ne vous piquez point d’une folle vitesse. Un style si rapide et qui court en rimant Marque moins trop d’esprit que peu de jugement. ”
Charles Batteux, Les Beaux Arts réduits à un même principe
“ Enfin si par fiction on veut signifier les figures qui prêtent de la vie aux choses inanimées, & des corps aux choses insensibles, qui les font parler & agir, telles que sont les métaphores & les allégories ; la fiction alors n’est plus qu’un tour poëtique, qui peut convenir à la prose même. C’est le langage de la passion qui dédaigne l’expression vulgaire : c’est la parure & non le corps de la poësie. ”
Victor Hugo,
Proses philosophiques
“ Si, comme la vieille école de critique qui séparait le fond de la forme, vous séparez le mot de l’idée, c’est de la mort que vous faites. Comme dans la mort, l’idée, c’est-à-dire l’âme, disparaît. Votre guerre au mot est l’attaque à l’idée. Le style indivisible caractérise l’écrivain suprême. L’écrivain comme Tacite, le poëte comme Shakespeare, met son organisation, son intuition, sa passion, son acquis, sa souffrance, son illusion, sa destinée, son entité, son innéisme, dans chaque ligne de son livre, dans chaque soupir de son poëme, dans chaque cri de son drame. ”
Leconte de Lisle,
Contes en prose
“ En effet, à travers cette captivante collection de récits, on peut découvrir l’ébauche de tout ce qui sera, un jour, la pensée et le génie du poète, à savoir la passion de la nature, la passion de l’histoire, la passion et la crainte de la femme, la passion et la pitié de la créature, l’engloutissement final des désirs et des apparences sensibles dans une philosophie qui submerge tout. ”
Marguerite Du Parquet, Revue des Deux Mondes
“ Le roman, qui donne un corps aux sentimens et à la pensée pour les transmettre sous ces formes qui plaisent à toutes les imaginations, se faisant, au gré de l’inspiration du romancier et dans la mesure de sa puissance, l’interprète de tout ce qui intéresse l’humanité ”
Alexandre Thomas, Revue des Deux Mondes
“ Il y a le roman que je veux appeler vrai, parce que ce qu’il y a de fiction, loin de violer la vérité humaine, la reflète et la continue, parce qu’il offre la mesure juste et variée des combinaisons possibles de la nature morale, et il y a le roman que j’appellerai purement romanesque, parce que tout y est artificiel, les caractères comme l’action, la portion observée comme la portion imaginée. ”
Philarète Chasles,
Revue des Deux Mondes
“ Le style, l’art, une certaine force rapide, l’habitude d’écrire, la verve de la vanité, beaucoup d’observations heureuses finement dites, un coup d’œil juste, ferme, prompt, et l’éloquence de l’égoïsme mêlée au talent de l’écrivain, valurent du succès à l’œuvre ”
Recueil des discours de l’Académie française
“ La fiction, la description pittoresque, l’étude des caractères et des passions, les domaines autrefois réservés et distincts de la poésie, du théâtre, de la philosophie même et de l’histoire, — le roman envahissait tout, et quelquefois usurpait tout. Les imaginations les plus riches, les esprits les plus pénétrants, les plumes les plus heureuses, rivalisaient, en ce genre, d’invention séduisante, d’observation forte et d’éloquence passionnée. ”
Auguste de Châtillon,
Les Poésies d’Auguste de Châtillon
“ Voici un livre qui a l’avantage de ne pas être l’œuvre d’un poëte de profession, avantage immense en ce temps d’inspiration factice, où le procédé remplace le sentiment, où des rimes toutes faites viennent s’ajuster d’elles-mêmes à des idées tombées dans le domaine public. ”
Gustave Flaubert,
Correspondance de Gustave Flaubert
“ Ah ! pauvre littérature, où sont tes desservants ? Qui aime l’Art, aujourd’hui ? Personne. (Voilà ma conviction intime.) Les plus habiles ne songent qu’à eux, qu’à leur succès, qu’à leurs éditions, qu’à leurs réclames ! ”
Rodolphe Rey, Genève et les rives du Léman (1868)
“ C'est le mouvement général de la pensée, son flot continu, l'effort pour faire pénétrer l'élément moral dans la politique, l'art, la littérature, la philosophie, qui donnent tant de vertu à ses écrits. D'autres écrivains ont apporté plus d'art à colorer et à ciseler la période, sa vive et mouvante intelligence cherchait à étreindre la vérité, non à briller par des finesses de diction. Sa manière tient de l'improvisation ; chaleureuse, spontanée, mêlée de traits familiers, de saillies, d'appels au lecteur; chaque pensée jaillit directement de son âme agitée et émue. ”
Émile Deschamps,
Études françaises et étrangères
(1828)
“ On vit, chose inouïe jusque-là, une littérature moderne appliquer le goût le plus exquis à ses plus nobles chefs-d’œuvre ; la raison prévenir, assister le génie, et, comme une mère vigilante, lui enseigner l’élévation et la chasteté des sentimens, la grâce et la mélodie du langage. ”
Arsène Houssaye,
Voyage à Venise
(1856)
“ Eh bien , au lieu de prouver aux autres qu' ils se sont trompés , que ne vous trompez -vous vous-même ? Vous dites qu' ils n' ont pas d' imagination , pas de style , pas de talent ; vous qui avez l' esprit si juste , que n' écrivez - vous un roman , une comédie , un poëme ? ”
George Sand,
Le Château des désertes
“ C’est ainsi que la fantaisie, le roman, l’œuvre de l’imagination, en un mot, a son effet détourné, mais certain, sur l’emploi de la vie. Effet souvent funeste, disent les rigoristes de mauvaise foi ou de mauvaise humeur. Je le nie. La fiction commence par transformer la réalité ”
Pierre Larousse,
Grand dictionnaire universel du XIXe siècle
“ Tandis que le poète inspiré propageait, en les embellissant, les vieilles fables et les vieilles traditions, le romancier, moins sincère, s’étudiait à faire accepter les récits que son imagination avait créés. ”
L. Étienne, La Critique contemporaine en Angleterre - David Masson
“ Recueillir les traits caractéristiques d’un écrivain, d’un personnage réel ou fictif, pour apercevoir au travers non pas seulement l’attitude d’un talent, mais la physionomie d’une âme, s’attacher à ces analyses intérieures qui appellent la psychologie au secours de la critique, voilà le premier de ces procédés. ”
Société littéraire et scientifique de Castres, Procès verbaux des séances de la Société littéraire et scientifique de Castres
“ On voit à quelle forte discipline s’étaient assujettis nos grands écrivains, et par quels procédés ils ont créé cette langue forte et douce, simple et grande, énergique et souple, qui se prête sans efforts aux abstractions de la philosophie et à tous les écarts d’une poésie capricieuse, qui conserve sans contrainte la dignité de l’histoire, et laisse tout leur charme aux fictions du roman, qui s’élève aux accents inspirés de l’éloquence la plus haute, et se plie à toutes les ingénieuses évolutions d’une causerie pleine de grâce et de délicatesse. ”
Antoine-Gervais Girard, Préceptes de rhétorique, tirés des meilleurs auteurs anciens et modernes… (1888)
“ Chaque sujet a ses pensées et ses sentiments qui lui conviennent, comme aussi chaque pensée et chaque sentiment attend du goût de l'orateur ou de l'écrivain l'expression ou le style qui lui est propre. ”
“ Tous ces degrés d’être font un monde plein, que la pensée romanesque éclaire et dessine en tous ses reliefs. Ces remarques aideront à comprendre ce que c’est qu’un roman sans matière, et fait seulement de confidences. ”
Paul Alexis,
Émile Zola. Notes d’un ami
“ Où l’auteur prend la parole, il adopta hardiment lui-même cette langue des personnages du livre. Laisser-aller apparent de style, qui n’est qu’un raffinement d’exactitude ! Nouveau procédé du roman moderne, où l’écrivain s’efface le plus possible, afin de ne pas s’interposer entre l’intensité du drame et l’émotion immédiate du lecteur ! Cette forme neuve, pittoresque, fut sans doute une des causes de la prodigieuse fortune de l’Assommoir. ”
Pierre Féret,
Le pouvoir civil devant l'enseignement catholique
(1888)
“ La littérature et les arts, ces deux nobles choses appelées à être, l'une l'expression de la pure et austère vérité, l'autre l'incarnation du beau idéal, la littérature et les arts, disons-le, subissent eux-mêmes la fatale influence. ”
J. J. Weiss, L’Éducation classique et les exercices scolaires - Le Discours
“ Quels genres sont plus exclusivement littéraires que ceux-là? quels exercices pourraient mériter plus justement et plus complètement la critique capitale qu’on adresse à l’éducation classique de ne viser qu’à former des écrivains et des orateurs de profession? L’art de trouver une expression pittoresque, de rendre un effet poétique, de mettre en sa place un trait spirituel ou dramatique sans lequel il n’y a ni narration ni description, est un art de luxe. ”
Jules-Emile Alaux, Études esthétiques : l'art dramatique… (1884)
“ L'orateur, l'écrivain, le poète pense, mais sent selon qu'il pense, et parle selon qu'il sent. De là le style, original en raison du sentiment qu'il exprime : les idées peuvent appartenir à tous ; mais à qui le sentiment, qu'à celui qui l'éprouve ? Laissez les idées, et ôtez-en le sentiment : plus d'orateur ni de poète, plus d'écrivain, plus style. Faites le contraire, ôtez les idées, ou réduisez-les, et laissez le sentiment : avec le sentiment restera le style, avec le style l'écrivain. ”
George Sand,
Le Compagnon du tour de France
(1840)
“ Mais je voudrais faire l’églogue humaine, le poëme, le roman humain. En somme, vous voulez et savez peindre l’homme tel qu’il est sous vos yeux, soit ! Moi, je me sens porté à le peindre tel que je souhaite qu’il soit, tel que je crois qu’il doit être. ”
Prosper Mérimée,
Portraits historiques et littéraires
“ Tandis que dans des littératures si diverses, vous recherchiez toutes les sources du beau avec la patience et la sagacité d’un antiquaire, votre goût tout français, et votre esprit aussi fécond pour produire qu’ingénieux pour interpréter, donnaient à vos ouvrages critiques le caractère d’une œuvre originale. Le poëte s’y décèle à la vivacité de ses impressions, à des traits partis du cœur, qui vous échappent comme involontairement, au milieu même des études les plus arides. ”
Alphonse de Lamartine,
Cours familier de Littérature - Volume 03
“ Une foule d'imitateurs grimaçant des grâces, naturelles chez ces grands artistes, affectées chez vous! la platitude systématique ou innée se masquant pompeusement sous le nom prétentieux de réalisme! la poésie se dégradant au tour de force comme une danseuse de corde! les poëtes oubliant le sens pour ne s'occuper que des mètres ou des rimes de leurs compositions, et finissant par se glorifier eux-mêmes du nom de funambules de la poësie! un jeu, en un mot, au lieu d'un talent! un effort, au lieu d'une grâce! un caprice, au lieu d'une âme! ”
Justin Cénac-Moncaut, Medella ou La Gaule chrétienne… (1860)
“ Les moeurs, les caractères, la vérité morale, que la couleur et le dessin ne rendent qu'imparfaitement, le romancier peut les analyser, les fouiller dans tous leurs mystères, les représenter sous toutes leurs phases. ”
Gustave Planche,
Les royautés littéraires. Lettre à M. Victor Hugo…
“ Enfin, après cette seconde épreuve, non moins profitable que la première, la poésie pourra reprendre l’interprétation des évènemens et des hommes historiques ; elle pourra, sans crainte de trébucher, remettre dans le roman et dans le drame les personnages dont la tradition nous a légué le portrait et la biographie, achever les physionomies ébauchées, combler les lacunes des récits, expliquer les énigmes politiques demeurées obscures pour les contemporains, suppléer la science par l’inspiration. ”
Gustave Flaubert,
Correspondance de Gustave Flaubert
“ Il y a une chose que tu ferais bien, dans laquelle tu réussirais, j’en suis sûr — après ton drame, il faudra t’en occuper — c’est d’écrire un grand roman tout simple mêlé d’ironie et de sentiment, c’est-à-dire vrai. En laissant aller ton esprit de lui-même, tu réussiras à exécuter une bonne œuvre. ”
“ Ce sont là, dans tous les cas, de graves problèmes qui font oublier un moment l’intérêt de choses plus littéraires. Où en est cependant ce domaine des choses littéraires ? quels symptômes s’y révèlent ? quelle impulsion se fait sentir ? quelles œuvre nouvelle apparaît dans la poésie, dans l’histoire, dans le roman, au théâtre ? ”
N. N., Deux mots à l'impartial J*** (1832)
“ Mais non, je ne crains rien; dans son modeste écrit L'auteur sait captiver et le cœur et l'esprit; Dans ses tableaux touchants, avec sa verve habile, Il a, le cœur navré, bien exhalé sa bile, Sur sa noble héroïne il a versé des pleurs Et sut en arracher à ses nombreux lecteurs; Ses écrits ont le don de plaire à Polymnie. Quant aux tiens, ils sont froids; et la langue appauvrie, Pour la première fois, fait bâiller le lecteur, Et demande pitié pour son réformateur. ”
Jean-Baptiste Mérit, Lettres sur le beau en littérature (1871)
“ La poésie vit de fictions. Entendons-nous. La poésie vit, ne peut vivre que de vérités naturellement ou sur- naturellement connues. La fiction n'est qu'un symbole, un voile transparent ou plutôt le miroir dans lequel la vérité reflète ses traits vivants. ”
