“ Le seul poète latin qui ait éprouvé vraiment une sorte de curiosité émue devant les grands problèmes de la vie, le plus sincère, le moins soupçonné d’artifice ou de déclamation, est précisément celui qui devient l’interprète passionné de la plus triste et de la plus mal famée des doctrines antiques. ”
Poète latin
Définition et enjeux
Citations sur “poète latin”
Jean-Baptiste Dubos,
Réflexions critiques sur la poésie et la peinture
“ Il est plus aisé de composer harmonieusement en latin qu’en françois. Les regles de la poësie latine gênent moins le poëte que les regles de la poësie françoise. Enfin l’observation des regles de la poesie latine jette plus de beautez dans des vers, que n’y en jette l’observation des regles de la poesie françoise. Exposons sommairement ces quatre veritez. En premier lieu les mots latins sont plus beaux que les mots françois à deux égards. Les mots peuvent être regardez, ou comme les signes de nos idées, ou comme de simples sons. ”
Charles Batteux, Les Beaux Arts réduits à un même principe
“ C’est une de ces définitions qui ne sont ni toutes vraies ni toutes fausses, & qu’on employe quand on veut fermer la bouche à ceux qu’on ne daigne pas réfuter sérieusement : & c’étoit précisément le cas où se trouvoit le poëte latin. ”
non signé, Revue des Deux Mondes
“ J’essaierai surtout de mettre en relief ce sentiment si vrai des réalités de la vie, que la poésie latine exprime avec un accent profond et réservé en même temps qui va au cœur, tremulo scalpantur ubi intima versu, comme dit Perse. À Rome le poète n’est plus, comme en Grèce, un prêtre et un législateur, il est tout simplement un artiste, mens divinior, qui redit sous une forme meilleure les voix que nous entendons en nous. ”
Franc̜ois Xavier de Feller, Biographie universelle, ou Dictionnaire historique des hommes qui se sont fait un nom par leur génie… (1847-1850)
“ Les principaux sont : des poésies latines, qui, sans être d'un mérite distingué, offrent de bons vers, quelques pensées heureuses, et une latinité assez pure. On les trouve dans Dëliciœ poetarum Üalorum; un Dictionnaire poétique, en latin; des Questions latines sur les livres des Rois et des Paralipomènes, Rome, 1553, in-4. ”
Eugène Despois,
Les Écrivains à Rome
“ Quelles que pussent être alors sur chacun de ces écrivains les influences locales, origine, traditions, souvenirs d’enfance, toutes influences si puissantes pourtant sur des âmes de poète, on conçoit qu’elles aient pu, au temps des césars, être combattues par l’éducation toute latine des écoles semées dans les provinces et par le prestige plus étendu de la grandeur romaine. Mais ce fait apparaît au début même de la littérature latine ; ses premiers écrivains sont presque tous des étrangers, moins que des étrangers même : quelques-uns sont des esclaves. ”
Anatole France,
La Vie littéraire
“ Le latin, ce n’est pas pour nous une langue étrangère, c’est une langue maternelle ; nous sommes des Latins. C’est le lait de la louve romaine qui fait le plus beau de notre sang. Tous ceux d’entre nous qui ont pensé un peu fortement avaient appris à penser dans le latin. ”
C. Martha, La Poésie d’aujourd’hui
“ Tout est net, précis, palpable, compréhensible, rien n’est donné au rêve ou à la fantaisie. Quel poète s’écoute plus lui-même qu’Horace, et pourtant y a-t-il un poète plus romain ? Ses odes sont la peinture de sa vie privée ou les échos inspirés du sentiment public. Ses satires et ses épîtres renferment toute l’histoire des opinions, des doctrines, et la chronique de Rome. Chaque vers des Géorgiques, tout poétique qu’il soit, offre un fond si solide que l’on discute les opinions de Virgile comme celles des agronomes. ”
G. Valbert,
La Réception d'Ernest Renan à l'Académie française
“ Les Romains le savaient, les poètes sont des devins ou des voyans ; ils entretiennent de sourdes intelligences avec les destinées, ils causent avec l’invisible, ils lisent couramment dans l’âme des bêtes, des hommes, des peuples et des dieux. La nature et l’histoire ne nous montrent que des surfaces, le poète a la science infuse des dessous. Que sera-ce d’un poète savant, passé maître dans l’étude des langues sémitiques et capable de déchiffrer des inscriptions phéniciennes ? ”
Gaston Paris,
Revue des Deux Mondes
“ Mais, si nous comparons les autres langues romanes, nous voyons que toutes, comme le français, emploient le verbe d’une façon absolue et lui donnent le même sens. Il suit de là que ces deux changemens dans l’emploi de tornare, si restreint en latin classique, s’étaient produits dans le latin parlé déjà sous l’Empire. Il y a une sémantique, comme il y a un vocabulaire, du latin vulgaire ; des rapprochemens de ce genre, — que le dictionnaire fait d’ailleurs souvent lui-même, — permettront de la constituer. ”
John Ruskin,
"Præterita": souvenirs de jeunesse
“ Sans parler de la perte irréparable qu'il y aurait pour vous à ne pas jouir des admirables écrivains qui ont écrit dans cette belle langue, le latin est le complément nécessaire de la culture d'un gentleman et il a, en lui-même, une valeur intellectuelle trop haute pour qu'on y renonce de gaieté de cœur. ”
Joseph Bard,
Derniers mélanges de littérature et d'archéologie sacrée
(1847)
“ Les Heures en langue vulgaire, interdites expressément à Rome, doivent être aussi sévèrement proscrites que les cantiques pendant la sainte messe, les vêpres, les saluts. Le latin est la langue de l'église, et le cœur du peuple, par une merveilleuse intuition, un secret instinct tout providentiel, semble en deviner le sens. — Ah! qu'on ne me parle pas de l'ignorance où le peuple est de la langue latine; d'abord : que les paroles s'adaptent à la musique ou au rlain-chant, elles ne cessent pas d'être latines. ”
Jean-Baptiste Dubos,
Réflexions critiques sur la poésie et la peinture
“ On ne substituë souvent les faux brillans, et les pointes au sens et à la force du discours, que parce qu’il est plus facile d’avoir de l’esprit que d’être à la fois touchant et naturel. Virgile, Horace, Ciceron et Tite-Live ont été lûs avec admiration tant que la langue latine a été une langue vivante, et les écrivains qui ont composé cinq cens ans après ces auteurs, et dans les tems où le stile latin étoit déja corrompu, en font encore plus d’éloge qu’on n’en avoit fait du temps d’Auguste. ”
Abel-François Villemain,
Cours de littérature française…
(1840)
“ Que dire des poèmes nés dans la décadence de la littérature latine ? Tous furent également des oeuvres d'imitation, et non des monuments de génie. Ce qui, pendant une longue suite de siècles, ne s'était pas reproduit, le poëte épique, qui sait tout ce que savent ses contemporains, et élève tout ce qu'ils pensent à la plus haute puissance d'imagination et de génie ; cet homme, qui avait manqué au monde depuis Homère, a-t-il pu, a-t-il dû se retrouver dans le moyen âge ? ”
Armand Silvestre , Le Conte de l’Archer
“ Je vous le dirai bien, moi, en vous rappelant son but dans l’ensemble des conceptions divines, lequel est de procréer des races de plus en plus belles progressant en intelligence comme aussi bien en plastique perfection. Car le proverbe latin est le plus vrai du monde qui dit : mens sana in corpore sano, et c’est une conséquence de la logique éternelle des choses que l’enveloppe soit digne de son contenu. ”
Anatole France,
La Vie littéraire
“ En réalité, le déclin des études latines est terriblement rapide. Les rhétoriciens de mon temps lisaient couramment Virgile et Cicéron. Ils écrivaient en latin, j'entends qu'ils faisaient effort pour exprimer dans cette langue morte leur pensée encore mal éveillée. C'est tout ce qu'on pouvait leur demander. On me dit de toutes parts et je vois qu'il n'en est plus ainsi. Il y a encore à la tête de chaque classe quelques jeunes gens amoureux des lettres latines. Mais on les compte déjà pour les derniers humanistes. Le grand nombre se désintéresse de plus en plus des choses classiques. ”
Un Membre du Tiers-Ordre de Saint-François, Vie de saint Pierre d'Alcantara… (1860)
“ La décadence prévue du bel idiome dont il fut l'un des plus harmonieux échos, attriste le Poëte romain, et lui arrache ces mélancoliques gémissements qui sont restés dans toutes les mémoires. Il compare les mots à la feuille qui tombe : ce qu'il y a de plus fragile dans la nature est à ses yeux un symbole à peine suffisant de la fragilité de la parole humaine. ”
Ferdinand Brunetière,
La Question du latin
“ Les Latins, les vrais classiques latins, dans les genres les plus différens, Virgile ou Cicéron, Horace ou Tite Live, Térence ou César, sont immédiatement compris de tout homme qui pense. Ils sont cosmopolites, et de tous les temps comme de tous les lieux. Un philosophe pourrait dire qu’ils observent, qu’ils composent et qu’ils écrivent en dehors et au-dessus des catégories de l’espace et de la durée. ”
Guglielmo Ferrero,
Revue des Deux Mondes
“ A quoi on ajoute encore que le latin qui, jusqu’au siècle dernier, restait une langue à demi vivante, s’est définitivement éteint au XIXe siècle, étouffé par le luxuriant développement des langues et des cultures nationales, enseveli sous les ruines de la puissance politique de l’Eglise, laquelle, pour l’idiome comme pour tant d’autres choses, avait continué l’Empire romain. N’est-il pas évident que la mort de la langue latine marque pour Rome le début d’une nouvelle, suprême et irréparable décadence ? ”
Société littéraire et scientifique de Castres, Procès verbaux des séances de la Société littéraire et scientifique de Castres
“ Lorsqu’il sera obligé d’écrire en latin, au lieu de demander au secours toujours ingrat et rebutant du dictionnaire, des idées qu’il n’a pas et des mots qui lui manquent, il n’aura qu’à recueillir ses souvenirs, et chacun des grands écrivains de Rome viendra docilement lui apporter un tribut précieux. Il se servira d’eux comme de son bien propre, il se nourrira de leur substance, et se parera sans effort de leur richesse. ”
Élie Faure,
Histoire de l’art/L’Art antique
“ De là d’abord les voies dallées, les ponts, les aqueducs, ensuite les théâtres, les thermes, les cirques : le sang, la viande après la marche et l’eau. L’idéal romain, au long de l’histoire, a l’uniformité et la constance d’une règle administrative. A Rome, le vrai artiste c’est l’ingénieur, comme le vrai poète c’est l’historien et le vrai philosophe le juriste. Le Romain imposera à la famille, à la société, à la nature, la forme de sa volonté. ”
Michel Bréal, Revue des Deux Mondes
“ Le latin, qui avait commencé avant Rome, a continué d’exister longtemps après la chute de l’empire romain, et l’on peut dire en un sens qu’il existe encore aujourd’hui, grâce aux langues romanes qui en sont la transformation. Mais la difficulté même où l’on est de marquer le commencement et la fin des langues aurait déjà dû montrer combien toute comparaison tirée d’un être vivant est trompeuse. ”
Oliveira Lima,
Machado de Assis, Son Oeuvre Littéraire
“ Le génie latin rayonne sur le monde. En vain les puissances de ténèbres voudraient le replonger dans la tombe: il crée tous les jours plus de liberté, plus de science et plus de beauté, et prépare une justice plus juste et des lois meilleures. ”
Émile-Auguste Bégin, Le Moyen-âge et la Renaissance… (1849)
“ Jusqu'au douzième siècle, on avait donc presque toujours chanté en latin, faute d'un autre idiome qui se prêtât aux conditions du rhythme et de la mesure; si le peuple chantait dans son langage vulgaire qui n'était pas fixé et qui n'avait jamais été écrit, ses Chants étaient sans écho et sans durée ; mais, à partir du douzième siècle, une langue nouvelle se forme et succède bientôt aux vagues et barbares tâtonnements de la langue franque : cette langue romane des trouvères et des troubadours, qui va rivaliser avec la langue latine, est merveilleusement propre à la poésie ”
Jean-Marie Guyau,
Éducation et Hérédité
“ On n’apprend pas le latin pour parler en latin, ni pour écrire la langue pure d’une seule époque : il y a, là une simple gymnastique. C’est moins le résultat qu’il faut considérer que l’effort d’arrangement, de composition et d’expression. Les vers latins sont meilleurs encore : c’est une initiation, imparfaite sans doute, mais très utile, au langage de la poésie, à ses associations d’images, à son harmonie et à son rythme. ”
A. Geffroy, Revue des Deux Mondes
“ On sait qu’après la chute de l’empire romain, pendant que le latin savant persistait dans les couvens et dans les écoles, le latin vulgaire, jusque-là presque inaperçu, se développa chez les divers peuples de la domination romaine selon des lois communes qui n’empêchaient pas de certaines variétés. ”
Charles Louandre, Revue des Deux Mondes
“ À de rares exceptions près, le latin du XIXe siècle est une langue tout à fait à part, qui n’est ni antique ni moderne, et qui se compose en général de centons empruntés aux écrivains de la vieille Rome et de périphrases péniblement contournées. ”
Friedrich Max Müller,
La science du langage : cours professé à l'Institution royale de la Grande-Bretagne en l'année 1861…
(1876)
“ Dire que le latin est mort en donnant naissance à sa fille, c'est encore faire de la mythologie, et on pourrait facilement prouver que le latin était encore une langue vivante quand depuis longtemps déjà l'italien avait appris à voler de ses propres ailes. ”
“ Il serait moins téméraire, et peut-être m’y risquerai-je, de tirer de l’étude du génie romain dans les lettres, de l’art dans les grands écrivains, en un mot du vrai dans l’éloquence latine, soit quelque principe nouveau, soit la confirmation de quelque principe connu, qui serve, non à former de grands écrivains, mais à entretenir dans le pays le goût général qui les forme. ”
Guglielmo Ferrero,
Revue des Deux Mondes
“ Car la grande littérature latine ne fut pas une distraction de riches seigneurs oisifs et curieux, mais l’organe le plus noble de la puissance romaine, le véhicule élégant qui propagea à la fois la connaissance de la langue latine, le goût des belles-lettres et les doctrines morales et politiques auxquelles l’aristocratie romaine croyait, chez les nouvelles élites qui de génération en génération se formaient dans les provinces de l’Occident et en Afrique, émergeant de la confuse égalité des vaincus. ”
Paul Monceaux, Revue des Deux Mondes
“ Le latin d’ouvrier et de paysan, relégué aux champs, à l’atelier, au bouge, à l’office, absolument rebelle aux leçons des maîtres d’écolo, poursuivit son évolution naturelle, d’autant plus rapide que plus rien ne le retenait. Le latin savant, façonné par des artistes en phrases, habillé à la dernière mode hellénique, toujours soucieux d’éviter le contact du patois des vilains, se drapa avec un orgueil de parvenu dans son manteau grec, trop riche pour lui. ”
Charles Louandre, Revue des Deux Mondes
“ Au moment même où la renaissance semble vouloir le ramener à sa pureté primitive, les réformés le bannissent de leurs temples, les gouvernemens de leur diplomatie et de leurs lois. C’est l’âge de fer qui commence pour la langue latine. La science elle-même, en se vulgarisant, la chasse de ses livres, la poésie remplace par la rime ses dactyles et ses spondées, et seul le catholicisme, dans son immobilité surhumaine, lui garde toujours au fond du sanctuaire un inviolable asile. Nous ne discuterons point ici la thèse, tant de fois débattue, de la nécessité ou de l’inutilité des études latines. ”
Adolphe Granier de Cassagnac,
Histoire des origines de la langue française
(1872)
“ Langue officielle et sacrée du catholicisme occidental, c'est-à-dire langue des saintes Écritures, des conciles, des Pères, du droit canon et de la liturgie, le latin a profondément pénétré nos sociétés modernes, à l'éducation desquelles il préside , et auxquelles il ouvre le sanctuaire vénérable. des lettres antiques. Les philologues romains avaient naturellement et les premiers étudié le génie de la langue latine; et tous, Ennius, Varron, Denys d'Halicarnasse, Quintilien, Festus, Macrobe, Diomède, avaient unanimement constaté son étroite parenté avec le grec. ”
L. Delestrée, Recueil de compositions françaises pour préparer au discours latin les candidats au baccalauréat ès-lettres… (1872)
“ Pour la majorité des candidats le latin est dépourvu de charmes, parce qu'il n'est pas toujours intelligible à première vue, soit à cause de la longueur des périodes, soit à cause de la finesse des pensées. ”
Paul Barbe, La vérité sur la langue d'O : précédée de considérations historiques… (1873)
“ Partant de ce point, ils recherchèrent dans les auteurs latins les mots, condamnés par le beau langage , qui pouvaient offrir plus ou moins d'analogie avec les mots usités en roman et desquels on eût pu contester la provenance ; et comme ils en trouvèrent un grand nombre, ils en tirèrent cette conclusion qu'il avait dû exister un latin populaire, fort peu ressemblant du reste au latin littéraire ou classique, mais qui en aurait été le développement naturel et normal. ”
Friedrich Max Müller,
La science du langage : cours professé à l'Institution royale de la Grande-Bretagne en l'année 1861…
(1876)
“ Tâchons seulement de voir clairement ce que nous entendons par le latin. Le latin classique est un des nombreux dialectes parlés par les habitants aryens de l'Italie ; c'était le dialecte du Latium, dans le Latium le dialecte de Rome, à Rome le dialecte des patriciens. Il fut fixé par Livius Andronicus, Ennius, Naevius, Caton et Lucrèce, et poli par les Scipions, les Hortensius, les Cicéron ; ce fut la langue d'une classe limitée, d'un parti politique et d'une école littéraire. ”
