“ Oui, la torture. Écoutez. Un sbire, Bruno, attache les accusés la tête entre les jambes jusqu’à ce qu’ils avouent. Un autre sbire, Pontillo, les assied sur un gril et allume du feu dessous ; cela s’appelle « le fauteuil ardent ». Un autre sbire, Luigi Maniscalco, parent du chef, a inventé un instrument ; on y introduit le bras ou la jambe du patient, on tourne un écrou, et le membre est broyé ; cela se nomme « la machine angélique ». Un autre suspend un homme à deux anneaux par les bras à un mur, par les pieds au mur de face ; cela fait, il saute sur l’homme et le disloque. ”
Sbire
Définition et enjeux
Citations sur “sbire”
Boudot-Challaye, Doléances et voeux manifestés par les élections de 1869 (1870)
“ Montrez-nous un infortuné paysan a genoux en face d'un sbire qui tient a la main la pièce de conviction de son crime, un morceau de pain, tombant sous les balles en présence d'une femme et d'enfants accablés de douleur et de désespoir. ”
Alphonse de Lamartine,
Fior d’Aliza
(1863)
“ Me promettez-vous, m'a-t-il, si cette grâce du mariage in extremis avec celle que vous aimez plus que le ciel et qui vous aime plus que sa vie vous est accordée, me promettez-vous d'embrasser le chef des sbires de bon coeur, et de bénin vos bourreaux, au lieu de maudire en mourant vos ennemis? ”
Anonyme, Le Livre des mille nuits et une nuit
“ Alors elle prit le sabre, vint à moi et s’arrêta en face de moi. Alors, moi, jaune de terreur, je lui fis un signe négatif avec mes sourcils (pour la prier d’avoir pitié) et mes larmes coulaient le long de mes joues. Alors elle aussi me cligna de l’œil ; mais elle dit à haute voix : « C’est toi qui es la cause de tous nos malheurs ! » Alors, moi, de nouveau je lui fis signe avec mes sourcils, et de ma langue je lui dis des vers à double sens (que l’éfrit ne pouvait bien comprendre) : Mes yeux savent assez te parler pour que ma langue devienne inutile ! ”
Fédor Dostoïevski,
Les Frères Karamazov
(1923)
“ Il a tout vu, le cercueil déposé devant Lui, la résurrection de la fillette, et son visage s’est assombri. Il fronce ses épais sourcils et ses yeux brillent d’un éclat sinistre. Il le désigne du doigt et ordonne aux gardes de le saisir. Si grande est sa puissance et le peuple est tellement habitué à se soumettre, à lui obéir en tremblant, que la foule s’écarte devant les sbires ; au milieu d’un silence de mort, ceux-ci l’empoignent et l’emmènent. Comme un seul homme ce peuple s’incline jusqu’à terre devant le vieil inquisiteur, qui le bénit sans mot dire et poursuit son chemin. ”
Gustave Toudouze,
Le démon des sables (1798)
(1905)
“ Plus de soleil qui vous tape sur le crâne à vous le cuire comme un œuf, en quelques minutes ! Plus de sable où on enfonce jusqu'aux genoux! Plus de faces féroces vociférant des injures à travers des créneaux qui crachent des balles, des boulets, de la mitraille! Plus de dégelées de coups de sabre, de ces sabres qu'ils ont et qui vous coupent un chrétien en deux morceaux, le temps de crier ouf!. Ah bien! tout de même, on trouve du plaisir à vivre, à fumer une bonne pipe, à boire frais, à se reposer tout le long du jour, sans penser à rien, sans remuer pieds ni pattes!. ”
Delphine de Girardin,
Œuvres complètes de Delphine de Girardin
“ Le sabre, l’épée, le pistolet, peu m’importe ! c’est ton sang qu’il me faut, misérable !... j’ai soif de vengeance. Mais je veux t’insulter, t’avilir, avant de te tuer... je veux ta honte aussi, malheureux ! ”
Prosper Levot, Récits de naufrages, incendies… (1867)
“ Lorsque le sommeil, plus fort que toutes les douleurs, venait fermer leurs paupières, les femmes et les enfants s'amusaient à les pincer jusqu'au sang, à leur arracher les cheveux et les poils de la barbe, à jeter du sable sur leurs plaies ”
Maurice Leblanc,
Ceux qui souffrent
“ Des plaintes d’abord, et les cris ensuite, des cris rauques, des cris perçants, des cris sauvages, des appels, des supplications, des blasphèmes, et plus affreux que tout, des petits gémissements humbles, doux, à peine balbutiés. Lui écoutait, témoin fatalement impassible. Chaque cri le frappait a la tête et s’y enfonçait. Et il savait si bien l’enchaînement des sensations éprouvées et la sorte de douleur exprimée par chacun de ces cris, qu’à son tour il souffrit en son cerveau comme elle souffrait en ses entrailles. ”
Octave Mirbeau,
Chez l'illustre Écrivain
(1919)
“ Ce ne fut que vers le matin , lorsque le gaz s' éteignit , qu' il remua un peu ses jambes , raidies par l' immobilité , et qu' il recula , contre la muraille , ses épaules meurtries et ankylosées ... Je le vis alors , je vis son visage , si tant est qu' on puisse dire de cette face humaine que ce fût un visage : des yeux las et comme voilés , une peau fripée et jaune , une courte barbe , terne et rare , qui ressemblait plutôt à une maladie dartreuse qu' à une barbe . Lui aussi me vit , du moins il me regarda ; il me regarda longtemps et fixement , sans que j' eusse la sensation qu' il me vît . ”
Maurice Barrès,
Revue des Deux Mondes
“ Par la blessure le sang gicle avec force, en décrivant une parabole, comme le vin d’un tonneau par le trou de la vrille. La tête penche de plus en plus, puis le corps s’incline, puis, brusquement, la chute. ”
Pétrus Borel,
Champavert, contes immoraux
“ L’un lève le bras et brise sa lame sur une pierre du mur, l’autre lui cloue la sienne dans la gorge. Sanglants, tailladés, ils jettent des râlements affreux, et ne semblent plus qu’une masse de sang qui flue et se caille. ”
Octave Mirbeau,
La Pipe de cidre
“ Mais le sang coulait ; les tendons du cou, des mains et des jambes s’allongeaient et vibraient comme des cordes de violon ; une effroyable expression d’agonie tordait ses yeux ; toute sa chair humide de sueur et de sang palpitait, horriblement remuée ; et je vis les muscles se fondre sous la peau dans le creux des os décharnés, les côtes saillir et cercler le thorax, les cheveux se coller au crâne qui verdissait. ”
Donatien Alphonse François de Sade,
La Nouvelle Justine
“ Près de sa main droite était un cordon de soie, qu’il pouvait mouvoir à sa guise ; l’agitait-il avec violence ? le spectre tenant le sabre coupait net et fort vite la tête offerte à ses coups ; tirait-il le cordon doucement ? le sabre tailladait, et ne déchirait plus qu’avec lenteur les ligamens du cou, ce qui remplissait bien également le but, mais de manière à ne faire souffrir qu’en détail la malheureuse victime dont le sang coulait dans le bassin rond, environnant l’échafaud, comme nous l’avons dit tout-à-l’heure. ”
Octave Mirbeau,
Le Jardin des supplices
“ Un coup de fouet leur enveloppa les reins et ne les fit même pas se redresser contre la douleur. Il semblait que de leurs nerfs débandés toute sensibilité eût disparu. Leurs genoux, de plus en plus ployés, de plus en plus tremblants, s'entrechoquaient. Ce qui leur restait de muscles sous la peau écorchée se contractait en mouvements tétaniques... Tout d'un coup, l'un d'eux, à bout d'épuisement, lâcha les liens, poussa une petite plainte rauque, et, portant les bras en avant, il tomba près du cadavre, la face contre le sol, en rejetant, par la bouche, un flot de sang noir. ”
Octave Mirbeau,
Le Jardin des supplices
“ En observant, sur le corps, tous ces déplacements musculaires, toutes ces déviations des tendons, tous ces soulèvements des os, et, sur la face, ce rire de la bouche, cette démence des yeux survivant à la mort, je compris combien plus horrible que n’importe quelle autre torture avait dû être l’agonie de l’homme couché quarante-deux heures dans ses liens, sous la cloche. ”
Herbert George Wells,
L’Île du docteur Moreau
(1896)
“ J’entendis derrière moi un cri aigu, une chute, et, me tournant, je vis arriver, droit sur moi, une face effrayante, ni humaine ni animale, mais infernale, sombre, couturée de cicatrices entrecroisées d’où suintaient encore des gouttes rouges, avec des yeux sans paupières et en flammes. ”
Eugène Scribe,
Piquillo Alliaga
“ À sa première pâleur avait succédé un rouge pourpre ; tout son sang, qui d’abord s’était porté au cœur, était remonté à la tête avec une telle violence, qu’il chancela et retomba dans le fauteuil comme frappé d’apoplexie. ”
Émile Verhaeren,
Les Villes tentaculaires, précédées des Campagnes hallucinées
“ Le sabre en bel éclair sous le soleil. Masque d'airain, casque et panache d'or; Et l'horizon, là-bas, où le combat se tord, Devant ses yeux hallucinés de gloire! Un élan fou, un bond brutal Jette en avant son geste et son cheval Vers la victoire. Il est volant comme une flamme, Ici, plus loin, au bout du monde, Qui le redoute et qui l'acclame. Il entraîne, pour qu'en son rêve ils se confondent, Dieu, son peuple, ses soldats ivres; Les astres mêmes semblent suivre, Si bien que ceux Qui se liguent pour le maudire Restent béants: et son vertige emplit leurs yeux. ”
Albert Laberge,
Visages de la vie et de la mort
“ Sa figure et ses mains déchirées étaient maculées d’un sang coagulé, noirâtre. Couvert d’une barbe noire, rude et drue, d’un quart de pouce de longueur, le visage avait, dans la mort, une hallucinante expression de folie ou de désespoir. ”
“ Et le fer dont sont armés vos petits bras fait des blessures atroces dans une chair plus vivante, plus sensible que la vôtre, et vos coups redoublés sur ces blessures béantes ont des cruautés exceptionnelles, et son sang, quand il coule, ne coule pas comme le sang d’un autre. ”
Octave Mirbeau,
Le Jardin des supplices
“ Il était affreusement contracté, les muscles en sursaut, la peau toute en houles violentes, ici creusée, là boursouflée, comme par une tumeur. On sentait que le supplicié s’était longtemps débattu, qu’il avait vainement tenté de rompre ses liens et que, sous l’effort désespéré et continu, liens de corde et lanières de cuir étaient entrés peu à peu dans la chair où ils faisaient maintenant des bourrelets de sang brun, de pus figé, de tissu verdâtre. ”
Louisa Siefert,
Le Parnasse contemporain/1876
“ Je sens encor le froid du fer dans ma blessure, La pourpre de mon sang a teint les buissons verts. Que dirais-je à l’écho qui demande des vers Quand ma force est usée et ma défaite sûre ? Je sens encor le froid du fer dans ma blessure. ”
Claude Boringe, Revue des Deux Mondes
“ Alors, armés de petits sabres grossiers, instrumens du miracle, ils se portent en cadence des coups tranchans sur le crâne. Les minces filets rouges s’écoulent sur les faces convulsées, sur la blancheur terne des beurnouss. A la contagion des cris, succède la contagion du sang. Braver, exorciser la douleur, n’est-ce pas déjà voir les lumières ? Chaque sensation extérieure leur apparaît comme le corollaire d’une vision intérieure. ”
“ Des convulsions s’emparent de tout le corps et crispent tous les muscles de la face. De la poitrine sortent des cris horribles, inimaginables, ne ressemblant à rien, — des cris qui n’ont plus aucun rapport avec la voix humaine. ”
Pierre-Jean De Smet,
Voyages aux Montagnes Rocheuses
“ Il est d’usage parmi elles de se déchirer le visage, de se faire des incisions dans les bras et les jambes, et de répandre leur sang sur les pierres en faisant retentir en même temps les airs de leurs cris et de leurs lamentations. ”
Pierre-Félix Vidalin, Traité d'hygiène domestique rédigé d'après les principes de la doctrine physiologique… (1825)
“ Les cris sont encore une modification de la voix ; le cri porte la terreur et l'effroi dans l'esprit de celui qui en est frappé. Le cri est le langage de la douleur et de toutes les passions tristes ; le cri exerce le poumon d'une façon excessivement active. Pendant les rapides et laborieuses inspirations et expirations qu'il nécessite, le cerveau s'engorge , les jugulaires se distendent, le visage se gonfle et se violasse. On a vu souvent des cris prolongés occasionner des syncopes ou des attaques d'apoplexie. ”
Achille Segard, Le Mirage perpétuel
“ Que de fois des amants après tes jeux lascifs, Pâles et secoués de spasmes convulsifs, S’éloignèrent, baignés d’une sueur ardente ! Tu les railles. Tu sais des rites qui rendront Aux muscles épuisés des souplesses nouvelles, Et toi, recommençant tes caresses cruelles, Du signe de la mort tu marqueras leur front ; Comme d’une Circé ta puissance est magique ! ”
Félix Lazare, Louis Lazare , Dictionnaire administratif et historique des rues de Paris et de ses monuments
“ À peine a-t-elle fait un pas hors de l’enceinte, qu’un premier coup de sabre fait jaillir le sang de sa tête, elle se soutient encore un moment, puis un second coup la fait rouler aux pieds de ses bourreaux !... ”
Arnold de Costa, Abraham Pinedo, docteur d'Amsterdam… (1833)
“ Le soleil est chaud et brûle ta plaie ; chaque instant, ta douleur devient plus insupportable : je le vois à tes bras qui se raidissent, à tes mains, qui, convulsives, s'enfoncent dans le sable, à tes traits qui s'altèrent. ”
Herbé, Traité physiognomonique de la tête… (1840)
“ La voix, forte et glapissante, pousse des cris affreux ; les cheveux et les poils se hérissent, la raison se perd, et la colère survient avec le désespoir. LE DÉSESPOIR. PI. 6, fig. 6. Les sourcils tendus à l'excès vers le nez rident sa racine en travers et le front en hauteur; l'œil est en feu et plein de sang; la prunelle égarée se cache sous le sourcil, ou s'agite entre ses paupières enflées et livides ; les narines s'écartent, le bout du nez s'abaisse, tout le visage gonflé se noircit par le sang qui abonde dans les veines ”
Jésuites et imprimeurs de Trévoux, Dictionnaire de Trévoux/6e édition…
“ Cuire se dit hyperboliquement d’une chaleur ou douleur excessive qu’on souffre. Uri. Le soleil est si ardent en cette saison, qu’on cuit dans cette campagne. Ceux qui souffrent une grande migraine, disent que la tête leur cuit. Cuire, se dit aussi en passant des plaies, des excoriations, fluxions, inflammations, &c. pour causer une douleur semblable à celle que cause le feu qui touche quelque partie. Urere, dolorem afferre, creare. Une plaie qui est exposée à l’air cuit davantage, que quand elle est bandée. Quand le pus se forme dans une plaie, cela cuit beaucoup. ”
Léo Byram, Petit Jap deviendra grand !
“ Je suis aveuglé et en même temps criblé sur le visage, sur les mains, sur tout le corps d’une infinité de piqûres vives. Je sens battre et s’incruster sur ma peau moite d’innombrables petites ailes me recouvrant tout entier comme d’une écaille visqueuse et qui palpite. ”
Charles Silvestre,
Le vent du gouffre
(1937)
“ Ils vous insultent; ils fouillent dans vos saintes plaies. Ils y font couleur leur boue, et votre Sang ruissellera pour eux jusqu'à la fin des siècles. Il n'en faut qu'une goutte, reçue humblement, pour que leur âme soit sauvée. ”
José Roussel-Lépine, Revue des Deux Mondes
“ Presque tous portaient des blessures au sabre ou à la baïonnette. Sous leurs larges vêtemens de toile bise, ils grelottaient, la nuit, de fièvre et de froid. Leurs lèvres décolorées avaient d’étranges tons de terre brûlée, et les bords de leurs blessures étaient noirs comme leurs lèvres. ”
Basile Moreau,
La Vendée : poëme en douze chants
(1861)
“ Quel homme ! quel soldat ! le sabre est sa raison, Sa loi, sa foi, son dieu : tel qu'un ardent tison, Dans sa terrible main le sabre nu flamboie, Et, comme le tonnerre, il surprend, il foudroie : La terreur et la mort, au milieu des éclairs, Accompagnent ses coups et volent dans les airs. ”
Edgar Allan Poe,
Histoires extraordinaires
(1856)
“ Il n’a pas eu grand’peine à l’ouvrir, parce qu’elle était à deux battants et n’était verrouillée ni par en haut, ni par en bas. Les cris ont continué jusqu’à ce que la porte fût enfoncée, puis ils ont soudainement cessé. On eût dit les cris d’une ou de plusieurs personnes en proie aux plus vives douleurs ; des cris très-hauts, très-prolongés, — non pas des cris brefs, ni précipités. Le témoin a grimpé l’escalier. En arrivant au premier palier, il a entendu deux voix qui se discutaient très-haut et très-aigrement ; — l’une, une voix rude, l’autre beaucoup plus aiguë, une voix très-singulière. ”
Voltaire,
La Pucelle, poème en vingt-un chants…
(1842)
“ La barbe dure , et la main forcenée, Le corps hideux, le bras noir et sanglant, Semblent donner la mort en caressant, Et qu'on prendrait, dans leurs fureurs étrange: Pour des démons qui violent des anges ! ”
Jean Léra, Tonkinoiseries. Souvenirs d'un officier… (1896)
“ Leurs visages sont terreux et vieillots, les yeux caves, aux reflets de vieil ivoire jauni, regardent indifférents, et les cheveux mal noués grisonnent de vermine. Ils geignent, exhalant des plaintes ininterrompues, en montrant au sous-lieutenant des plaies hideuses et noires et des vêtements maculés par toutes les souillures du corps. ”
Comtesse de Ségur,
Un bon petit diable
“ Les bras tendus, les yeux hagards, les cheveux hérissés, elle resta un instant immobile ; puis elle poussa un cri qui ressemblait à un rugissement plus qu’à un cri humain, et tomba tout de son long par terre. ”
“ On se resserre instinctivement en se bousculant en avant, toujours en avant; la plaie, dans notre foule, se referme toute seule. L’adjudant s’arrête, lève son sabre, le lâche, et s’agenouille; son corps agenouillé se penche en arrière par saccades, son casque lui tombe sur les talons, et il reste là, la tête nue, face au ciel. La file s’est fendue précipitamment dans son élan, pour respecter cette immobilité. ”
