“ « Quel beau jardin ! » s’écriat-il. De l’endroit où il avait fait halte, toute la basse Alsace étendait devant le grand Roi, de Saverne à Wissembourg, entre la ligne bleue des Vosges et le Rhin, dominés par la flèche de la cathédrale de Strasbourg, ses vertes prairies, ses champs de blé, ses houblonnières, ses vignes, ses forêts, ses routes plantées de quetschiers et de cerisiers et, ramassés dans la verdure, ses villages aux toits rougeâtres : toute sa magnificence et toute sa douceur. Ce n’est pas une vaste province, que l’Alsace. ”
Basse-Alsace
Définition et enjeux
Citations sur “Basse-Alsace”
Louis-Philippe Alphée Pichat, Géographie militaire du bassin du Rhin… (1876)
“ Telle est l'Alsace qui se divise naturellement en haute et basse Alsace : La haute Alsace se compose de hautes montagnes revêtues de vastes forêts, de collines couvertes de vignes et d'une immense plaine stérile, glaiseuse, parsemée de cailloux et de tourbières, comprise entre l'Ill et le Rhin, plaine de 20 kilomètres de largeur qu'aucune rivière n'arrose, et que traverse seulement le canal du Rhône au Rhin. ”
Frédéric Haas, Étude historique. Passé, présent… (1872)
“ Celle de la Haute-Alsace, c'est-à-dire du Sundgau, s'était assujettie de bonne heure à la maison d'Autriche et passa dans les mêmes rapports à la France ; celle de la Basse-Alsace dépendait complètement de l'empereur et de l'empire, et avait conservé son immédiateté par la paix de Munster. Pour défendre ses révoltants et scandaleux privilèges, elle était décidée à sacrifier le dernier des paysans, dont le travail seul cependant alimentait ses insatiables plaisirs de chasse et de luxurieuse débauche ; aussi forma-t-elle une ligue avec la noblesse de la Souabe, de la Franconie et du Rhin. ”
Charles Giraud,
La Réunion de l’Alsace à la France…
“ L’Alsace étant divisée en haute et basse Alsace, le nordgau et le sundgau, le landgraviat fut également divisé : celui de la Basse-Alsace sortit pendant quelque temps de la maison de Habsbourg ; celui de la Haute-Alsace y demeura toujours. C’est là que l’élection à l’empire trouva Rodolphe, qui conserva le landgraviat, quoique empereur, et le transmit à sa descendance. ”
Félicie Tourette, Le Pasteur Oberlin, ou le Ban-de-La Roche… (1824)
“ Non satisfait de nous avoir initié dans les mystères de l'administration du département et dans ses calculs de statistique, il voulut nous faire visiter la partie montagneuse de la Basse-Alsace, qui, selon lui, ne souffre de comparaison, qu'avec les plus beaux cantons de la Suisse."* Il fallait se disposer à un voyage qui pouvait être pénible pour des femmes, surtout dans une saison, où la fonte des neiges, au milieu des montagnes, n'était point encore à son terme. ”
Léon Lefébure,
Étude sur l'économie rurale de l'Alsace
(1869)
“ Maîtresse de vendre au dehors une grande partie de ses denrées agricoles, l'Alsace trouvait, dans la consommation sur place de ses produits, un débouché également considérable. De tout temps, sa population a atteint un chiffre important et a tendu à se développer. Après cette guerre de Trente ans, qui avait si fort épuisé la province, elle comptait plus de 250,000 habitants, et les mémoires du temps nous apprennent qu'avant les grandes guerres d'Allemagne le nombre des villages, familles et feux de la haute et basse Alsace montait à un tiers de plus. ”
Jacques Flach, Les Affinités françaises de l’Alsace avant Louis XIV
“ Or que nous apprend la statistique officielle de l’administration allemande ? que le type dolichocéphale existe à peine, qu’il est tout au plus dans la proportion d’un quart contre trois quarts de brachycéphales, et que partout, et en Haute et en Basse-Alsace, les yeux bruns, les cheveux bruns ou noirs dominent. L’Alsacien ne peut donc être, au regard de l’Allemand, qu’un être inférieur tel que le Français, un de ces êtres qu’on extirpe ou qu’on réduit à l’état d’ilote. ”
G. Valbert,
Revue des Deux Mondes tome 96, 1889
“ Il y a de tout en Alsace. La plaine basse qui, de Bâle à Lauterbourg, borde le Rhin sur une longueur de 200 kilomètres est en été toute jaune de moissons, et on y trouve des villes et des vallées si industrieuses qu’elles font vivre une population double de celle que pourraient nourrir ses récoltes. ”
Frédéric Haas, Étude historique. Passé, présent… (1872)
“ Cette province fut alors gouvernée par deux landgraves? dont l'un administrait le Sund gau, comprenant la Haute-Alsace, de Colmar à Bâle, et l'autre, le Nordgau, ou Basse-Alsace, de Colmar à Strasbourg et plus loin. Charlemagne apparaît; notre patrie jouit d'une tranquillité profonde. Il porta la civilisation jusqu'aux extrémités, de l'Allemagne et empêcha les barbares de pénétrer en Alsace, où les attiraient toujours la douceur du climat et la fertilité du sol. ”
Notions de géographie : cartes en couleurs avec texte en regard… (1905)
“ L'Alsace-Lorraine comprend : 17. L'Alsace, entre le Rhin et les Vosges, pays riche par ses mines, ses forêts, ses pâturages, ses vignobles et son industrie. — Les villes principales du district de la Haute-Alsace sont : Colmar (37,000 h.) , près de l'III; Mulhouse (89,000 h.) , au sud, grand centre industriel ; dans le district de la Basse-Alsace, Strasbourg (151,000 h.) ; sur l'Ill, près du Rhin, grande place fortifiée. 18. La Lorraine allemande, dans le bassin de la Moselle, est également un pays fertile, bien cultivé, dont l'industrie est active. Le chef-lieu, Metz (60.000 h.) ”
Frédéric Haas, Étude historique. Passé, présent… (1872)
“ D'après les anciennes déterminations mathématiques, elle se trouvait située entre les 24° 29' et 25° 50' de longitude E. du méridien de l'île de Fer, et entre les 47° 29' 30" et 49° 9' 30" de latitude N. On divisait ce pays en Haute-Alsace, y compris le Sundgau, et en Basse-Alsace, qui, sous les rois carlovingiens, portait aussi le nom de Nordgan. L'Alsace est un pays aussi important qu'agréable; ses productions végétales excitent la curiosité et l'admiration du voyageur ; elle contente le savant et le poète. Le terrain est généralement fertile ”
Honel Meiss, Choses d'Alsace, contes d'avant-guerre… (1920)
“ De haute et basse Alsace le plus fleffé coquin, En un mot comme en cent, un très malhonnête homme, Qui, très certainement, au plus fort de mon somme, Se lèvera tranquille, et dans un tantinet, Pick-Pocket breveté, trouvera le gousset Gonflé d'écus tout neufs et d'un billet bleu tendre ! Où fourrer mon trésor pour sûrement le rendre Invisible à ses yeux ? Sans tarder un instant. Et sans perdre le nord, en me déshabillant, (1) Le Schnorrer, en raison de ses relations même, faisait parfois concurrence au a schadschen » officiel. (а) Mot hébreu signifiant : la « Dîme ». ”
Jésuites et imprimeurs de Trévoux, Dictionnaire de Trévoux/6e édition…
“ Il est vrai aussi que dans les pays éloignés de la mer, on se règle souvent sur le cours des rivières qui les traversent, & qu’on appelle haut, ce qui approche le plus de la source de la rivière, & bas ce qui est le plus près de l’embouchure : c’est ainsi qu’on a distingué le haut & le bas-Maine, la haute & la basse-Alsace, la haute & la basse-Autriche. Enfin, il est vrai qu’on se règle aussi souvent sur la situation du pays par rapport aux montagnes, & qu’on appelle pays haut celui qui est dans les montagnes, & pays bas celui qui est dans les plaines. ”
Conférence d'Alsace-Lorraine, Procès-verbaux de la Conférence d'Alsace-Lorraine… (1917-1919)
“ Sarreguemiues et Thionville pour la Moselle, Château-Salins et Sarrebourg pour la Meurtlie. L'Allemagne a fait de l'arrondissement, le cercle, mais dans un but de germanisation par les fonctionnaires, elle a créé plus de cercles qu'il n'y avait d'arrondissements. Le district de Haute-Alsace comptait 6 cercles; ceux d'Altkirch, de Colmar, de Guebwiller, de Mulhouse, de Ribeauvillé et de Thaun. Le district de Basse-Alsace était subdivisé en 8 cercles : ceux d'Erstein, de Haguenau, de Molsheim, de Saverne, de Schlestadt, de Strasbourg-Ville, de Strasbourg-Campagne et de Wissembourg. ”
Charles Grad,
L'Alsace, le pays et ses habitants
(1906)
“ Vigoureuse et robuste comme elle l'est, la population de ce canton conserve' une certaine rudesse. Longtemps la grossièreté des habitants du Kochersberg a été proverbiale dans la Basse-Alsace, comme dans le Haut-Rhin celle du Sundgau. Cesont de braves gens d'ailleurs, sujets loyaux et fidèles; le paysan travaille, ses fils donnent de bons soldats à l'armée le curé et le pasteur moralisent la jeunesse, le maître d'école l'instruit; comme contribuable, chacun acquitte honnêtement ses. ”
Léon Lefébure,
Étude sur l'économie rurale de l'Alsace
(1869)
“ La haute plaine est sans contredit, avec le vignoble, le plus riche pays de l'Alsace; c'est aussi l'un des plus peuplés: le loess, en effet, pour une superficie de 75,600 hectares dans le Bas-Rhin, compte une population de 136,650 âmes: ce qui fait près de 2 habitants par hectare. La plaine basse. — La basse plaine, qui comprend la portion de la vallée du Rhin actuellement submer- sible, n'a pas la même importance dans les deux départements rhénans. ”
Numa Denis Fustel de Coulanges,
L'Alsace est-elle allemande ou française…
(1870)
“ Par le coeur et par l'esprit, l'Alsace est une de nos provinces les plus françaises. Le Strasbourgeois a, comme chacun de nous, deux patries : sa ville natale d'abord, puis, au-dessus, la France. Quant à l'Allemagne, il n'a pas même la pensée qu'elle puisse être en aucune façon sa patrie. ”
Charles Brainne, Baigneuses et buveurs d'eau (1860)
“ Les paysannes, blondes et indolentes, disparaissent derrière les saules, en laissant voir leurs jupes écarlates et le ruban noir à ailes de chauvesouris qui attache leur coiffure. On les accuse, à Paris, de n'avoir d'autre industrie que celle des petits balais. Elles en ont une autre. Elles font des défenseurs de la patrie. L'Alsace est une pépinière de généraux et de soldats ; la nationalité y est plus énergique et mieux sentie peut-être qu'au cœur de l'empire, et toute allemande qu'elle est d'origine et de langage, c'est une des plus françaises de nos provinces. ”
Jean Giraudoux,
Retour d’Alsace, août 1914
“ Nous gagnons une prairie isolée, d’où l’on ne voit plus le chœur gothique de l’église, où nous jouissons d’une Alsace pure de nostalgie, de souvenirs, près d’un ruisseau qui coule ; à l’ombre d’un vergne que le vent agite. Nous ne voyons que des génisses, un chien, des faneurs ; nous ne voulons prendre de l’Alsace que ce que nous aurions pris, par un semblable jour d’été, au Berry, au Nivernais, un peu de chaleur, et, pour notre tête, un peu d’ombre. Vainqueurs modestes que nous sommes, nous ne regardons point le soleil en face. ”
René Bazin,
Les Oberlé ([15e édition])
(1901)
“ Malgré la lumière triste, malgré les nuages et le vent, il trouva belle, divinement belle, son Alsace qui descendait en pente très douce devant lui, et devenait bientôt une plaine tout unie, avec des bandes d'herbes et des bandes de labours d'où les villages, çà et là, levaient leurs toits de tuile et la pointe de leur clocher. ”
Colomban René François Jos. Le Fèvre de Verville, Notice sur l'Alsace et la Lorraine… (1870)
“ Déjà, en remontant le versant rhénan de la chaîne des Vosges, la langue française devient celle du peuple, et dans la haute Alsace, c'est-à-dire dans tout l'arrondissement de Belfort, elle est, sans exception, exclusivement celle de toutes les classes de la population. Le commerce de l'Alsace n'a pas d'importance dans le Bas-Rhin; l'agriculture seule y est remarquable. ”
Auteur :, Revue des Deux Mondes
“ C’est qu’en nous décrivant l’Alsace, en nous racontant son histoire, en nous promenant à travers ses villes et ses campagnes, en nous peignant ses mœurs, M. Charles Grad nous parle de ce qu’il connaît, de ce qu’il aime, de cette patrie plus étroite que chacun de nous a dans la grande. C’est encore qu’une vieille province ou une vieille ville, comme l’Alsace et comme Strasbourg, sont presque des personnes, de longues existences, continuées d’âge en âge, un monde entier de souvenirs et de traditions accumulés. ”
Maurice Barrès,
Revue des Deux Mondes
“ De long rubans de nuages restent indéfiniment accrochés à la montagne, et l’Alsace, en bas, devient un archipel dans une mer lointaine et bleuâtre. Parfois, vers midi, notre montagne est dans le soleil, mais la plaine passera la journée sous un brouillard impénétrable. A quelques mètres au-dessous de nous, commence sa nappe couleur d’opale. Sur ce bas royaume de tristesse reposent nos glorieux espaces de joie et de lumière ! ”
Fustel de Coulanges,
L’Alsace est-elle allemande ou française…
“ La langue, c’est encore de l’histoire, c’est le reste et le signe d’un passé lointain. Ce qui est actuel et vivant, ce sont les volontés, les idées, les intérêts, les affections. L’histoire vous dit peut-être que l’Alsace est un pays allemand ”
Charles Grad,
L'Alsace, le pays et ses habitants
(1906)
“ Aimez-vous l'Alsace? C'est un beau pays, une terre bénie du ciel. Douée d'une nature généreuse, avec ses montagnes fières et riantes, ses coteaux plantés de vignes, sa plaine féconde, elle captive par son charme propre, ainsi que par les merveilles du travail humain, quiconque l'a entrevue une fois. La neige blanchit cinq mois durant les hautes cimes des Vosges, élevées comme un rempart naturel le long de sa nouvelle frontière de France, tandis que du côté allemand sa frontière ancienne, le Rhin a un cours si pressé, si rapide que les navires ne le remontent pas. ”
Charles Grad,
L'Alsace, le pays et ses habitants
(1906)
“ Plus haut encore, en face des ruines du Greifenstein, la montagne de Hohbarr montre, assis sur un piédestal de rochers gigantesques, son vieux donjon, appelé dans l'histoire VŒU de l'Alsace. Ensemble ravissant, tableau plein de grâce, de vie et de fraîcheur, souriant au soleil, sous le ciel bleu, par cette matinée de printemps. Audacieux comme l'esprit moderne, son créateur superbe, le chemin de fer traverse d'un bond les montagnes dressées comme un obstacle pour séparer l'Alsace de la France. ”
Comtesse Dash,
Keepsake des jeunes personnes
(1847)
“ Tu n'as jamais entendu parler peut-être d'un beau pays qu'on appelle l'Alsace ; c'est une province de notre France, conquise par les armes de Louis XLV et la valeur du grand Turenne. Je vais te dire un épisode de ces longues guerres, si glorieuses, mais si cruelles pour ce siècle de héros. L'Alsace est un admirable jardin ; les montagnes dont cette vaste plaine est entourée, la brillante ceinture que lui forme le Rhin, ce noble fleuve, coulant libre entre deux royaumes, font de celle immense vallée un des lieux les plus ravissants de la terre. ”
Les Droits de la France sur l'Alsace et la Lorraine… (1871)
“ La France a donc, à tous les égards, le droit de conserver l'Alsace, où les Prussiens sont abhorrés. Dans un jour de facétie, M. de Bismarck a osé dire : « Strasbourg est la clef de notre maison, » et toute l'Allemagne a répété ce quolibet insignifiant, ou, pour mieux dire, cette plaisanterie astucieuse. Est-ce qu'une ville située au delà de vos frontières, séparée de vous par un fleuve, peut être la clef de votre maison? C'est la clef de la maison d'autrui, que vous voulez dire. Vous tenez beaucoup, du reste, à vous glisser dans les demeures étrangères, et l'on sait le rôle que vous y jouez. ”
Henri Malin, Un collégien de Paris en 1870… (1898)
“ Le riche et beau pays que vous voyez là, c'est l'Alsace! Ce sont nos provinces perdues, c'est un morceau qu'on a arraché à la France ; c'est une terre qui a été à vous et sur laquelle, aujourd'hui, vous n'avez plus le droit de porter les pieds! ”
Fustel de Coulanges,
L’Alsace est-elle allemande ou française…
“ Il n’est pas ce qu’elle croit. Il constitue un droit pour les faibles ; il n’est pas un prétexte pour les ambitieux. Le principe de nationalité n’est pas, sous un nom nouveau, le vieux droit du plus fort. Comprenons-le tel qu’il est compris par le bon sens de l’Europe. Que dit-il relativement à l’Alsace ? Une seule chose : c’est que l’Alsace ne doit pas être contrainte d’obéir à l’étranger. Voulez-vous maintenant que nous cherchions quel est l’étranger pour l’Alsace ? Est-ce la France, ou est-ce l’Allemagne ? Quelle est la nationalité des Alsaciens, quelle est leur vraie patrie ? ”
Johann Wolfgang von Goethe,
Oeuvres de Goethe. Tome 8
“ De cette hauteur encore se développe au regard la magnifique Alsace, toujours la même et toujours nouvelle ; tout comme, dans l’amphithéâtre, où que l’on se place, on voit rassemblée tout entière, mais, d’une manière distincte, ses voisins seulement, il en est de même ici des bocages, des rochers, des collines, des bois, des champs, des prairies, des villages, rapprochés et lointains. ”
Alphonse Daudet,
Les Contes du lundi
“ Maintenant surtout que l’Alsace est murée, il me revient de ce pays perdu toutes mes impressions d’autrefois avec cette saveur d’imprévu des longues courses dans une campagne admirable, où les bois se lèvent comme des rideaux verts sur des villages paisibles, inondés de soleil, où l’on voit à un tournant de montagne les clochers, les usines traversées de ruisseaux, les scieries, les moulins, la note éclatante d’un costume inconnu sortir tout à coup des fraîcheurs vertes de la plaine... ”
