“ Excellences me donneront-elles un petit secours...—Ah! tu mendies? s'écria Brumières. Tu es bien Romain, nous n'en pouvons plus douter. Tiens, voilà mon aumône. Fais le tour de l'établissement.—Rien ne me presse! peu à peu! reprit le bohémien en me tendant une main, tandis que, de l'autre, il mettait dans sa poche les cinquante centimes de Brumières.—Si c'est là le type romain..., dis-je à mon compagnon, quand le harpiste se fut éloigné.—C'est le type abâtardi; et pourtant cet homme dégénéré est encore très-beau; que vous en semble? ”
Brumières
Définition et enjeux
Citations sur “Brumières”
“ Brumières ne persiste pas moins à croire Grecque la belle personne qui captive son attention. C’est, en effet, un type oriental : les cils sont d’une longueur et d’une finesse inouïes ; les yeux, longs et doux, ont une forme tout à fait inusitée chez nous ”
Dictionnaire de Trévoux/6e édition…
“ On dit sur la mer que dans le temps de brume tout le monde est matelot ; parce que dans le temps d’un brouillard épais, chacun dit son sentiment pour la route. Brume. On donne encore le nom de brume à une certaine vapeur, à un certain brouillard qui s’éleve sur les cascades ou cataractes des eaux. La brume que forme la cataracte du fleuve Niagara, est si élevée, qu’on l’apperçoit de cinq lieues ; & lorsque le Soleil paroît, on voit toujours un bel arc-en-ciel dans cette brume. ”
“ Hélas ! le cri des goëlands et la voix grondante des vagues qui brisent sur les rochers, seuls me répondent : « Juliette ! Juliette ! » Et le soir vient... Des brumes s’élèvent, toutes roses et légères, noyant la côte, le village, tandis que la jetée, presque noire, semble la coque d’un grand navire démâté ; le soleil incline vers la mer son globe de cuivre enflammé qui trace, sur l’étendue immense, une route de lumière clapoteuse et sanglante. De chaque côté, l’eau s’assombrit, et des étincelles dansent à la pointe des flots. ”
Raoul de La Grasserie, Les Pensées, poésies (1893)
“ BRUMAIRE C'est brumaire, ah ! partout c'est la brume, Point d'astre dans le Sud, et point de pôle au Nord, La vapeur et la nuit montent comme une écume, C'est le temps qu'a prédit la Sybille de Cume, La terre enfantera quand l'homme sera mort. FRIMAIRE L'ombre seule est assise au sommet, c'est Frimaire, Dans la veine a passé, court, revient le frisson, La France sent froidir en son argile amère Le sol et la racine et le père et la mère, Et le Dieu, l'éternel, qui devient éphémère ”
Louis Ménard,
Le Parnasse contemporain/1866
“ Les rires et les chants dans les brumes épaisses. Dans la brume qui monte ondule un souffle lent ; Un souffle lent répand ses dernières caresses, Sa caresse attristée au fond du bois tremblant ; Les bois tremblent ; la feuille en flocon sec tournoie, Tournoie et tombe au bord des sentiers désertés. Sur la route déserte un brouillard qui la noie, Un brouillard jaune étend ses blafardes clartés ; Vers l’occident blafard traîne une rose trace, Et les bleus horizons roulent comme des flots, Roulent comme une mer dont le flot nous embrasse, Nous enlace, et remplit la gorge de sanglots. ”
P. Gault, Revue des Deux Mondes
“ Le jour croît, et lentement tout se dessine avec plus de netteté, tout s’éclaire. Une brume s’élève du fleuve, une brume au gris fin ; mais, légère et vaporeuse, elle n’obscurcit point l’horizon et n’empâte point les lignes ”
Arthur Conan Doyle,
Le Capitaine Micah Clarke
“ Parfois un rayon de soleil perçait à travers l'épaisseur du brouillard et colorait la muraille morne et grise d'une bande irisée, mais la brume l'emportait de nouveau et faisait disparaître le brillant envahisseur. ”
François Gimet, Luchon en poche : guide du touriste & du baigneur… (1874)
“ Le matin, vers cinq heures, les brumes remplissent la vallée entière ; le soleil s'élève derrière la montagne, et les brouillards montent lentement, comme un rideau de gaze épaisse, découvrant peu à peu les prairies et les champs qui forment autour de la ville un immense damier. L'eau du torrent, pressée en petites vagues, scintille aux obliques rayons de l'astre-roi et vient compléter harmonieusement l'ovale enchanteur de la vallée. ”
George Sand,
Lélia
(1839 (2e version))
“ Bien loin, au-dessous des masses grises et anguleuses du monastère, la plaine unie et morne déployait ses perspectives infinies. Le soleil, en s’abaissant, y projetait l’embrasement de ses vastes lueurs. Quand il avait disparu lentement derrière les insaisissables limites de l’horizon, des brumes bleuâtres, légèrement pourprées, montaient dans le ciel, et la plaine noire ressemblait à un immense linceul étendu sous mes pieds ; le vent courbait les molles bruyères et les faisait onduler comme un lac. ”
L. Marteau, Au gré du Vent, poésies (1931)
“ La brume, comme un crêpe, en couvrant la vallée, De ses larmes, sur l'herbe, apporte la fraîcheur ; La branche du bouleau, vers sa soeur inclinée, Semble lui conter ses douleurs. La corolle des fleurs est close, et sur la rive Du fleuve, les roseaux, l'un par l'autre portés, D'un long frisson saisis, laissent jusqu'à l'eau vive Pendre leurs frêles épillets. Un son glauque parfois, dans l'eau, puis le silence... Un silence qui pèse, où l'on perçoit le bruit De l'aile des rôdeurs, dont la chasse commence : Libellule ou grand paon de nuit. ”
Jean Mauclère, Pierre, mon ami : roman (1950)
“ La mer qui, sur trois côtés, entoure la presqu'île bretonne de ses longs bras murmurants, charge souvent de brumes le ciel armoricain. Ces brumes, à qui la Bretagne doit la douceur de son climat, et, parmi cent autres curiosités végétales, le figuier légendaire et les palmiers de Roscoff, ces brumes s'épaississent souvent, pendant le mois d'octobre, en brouillards qui éveillent au loin, sur les récifs, la voix angoissée des sirènes de brume. ”
Raoul Racinet, Raoul Racinet. 1861-1931. Reliquiae… (1931)
“ La brume est sur le lac et la ferre sommeille ; Le silence est profond. Mais une aube vermeille Annonce à l'orient la reine de la nuit. L'heure, à ce moment, sonne au palais de Minuit. Et tout, à ce signal, semble sortir d'un rêve ; Tout s'éveille, s'anime, et le ciel, et la grève, Et les tours aux toits gris, et la noire forêt ; A l'horizon de l'est, l'astre d'or apparaît ”
André Suarès,
Le livre de l'émeraude: en Bretagne
(1901)
“ Si un rayon de soleil perce le ciel gris, ils lézardent le long du mur humide où se pose la pâle clarté d’or. Ils ne parlent guère; ils n’ont plus rien à se dire. Les enfants jouent et se poursuivent à la sortie de l’école, pareils en tout aux poules sur un tas de sable...Puis, le soleil se cache; et la brume accourt, épaisse, étouffante, qui bouche l’horizon. Les hommes bâillent; et, la pipe entre les dents, ils aspirent l’âcre brouillard avec la fumée chaude du tabac. Leur esprit est confus et lourd comme la haie brumeuse, où tout se brouille. Ils ont froid. ”
Pierre Valin, Le vosgien ; [Edmonde Travers] (1889)
“ Au bout d'un instant, elle se releva et courut vers le Wissenthal. La nature alors était resplendissante; la brume, comme des voiles de tulle, recouvrait la vallée entière, tout éclairée par le soleil; seule la pointe des peupliers et des sapins paraissait noire sur cette blancheur universelle. Au loin, le brouillard semble dense, si l'on approche, ce n'est plus qu'une vapeur fine, éthérée, transparente. L'air est frais et tranquille; les feuilles des saules et des bouleaux tournent vers la lumière leur dos argenté ”
Léon Lefébure,
Étude sur l'économie rurale de l'Alsace
(1869)
“ Pendant l'hiver et l'automne, il n'est pas rare de voir la brume envelopper la plaine, des journées entières, d'un sombre et triste manteau, alors que, dans la montagne et même sur les collines, le soleil brille de tout son éclat. ”
Henriette Dessaulles,
Lettres de Fadette
“ Mais peu à peu le brouillard est monté, s’est étendu, l’a séparée de tout ce qui lui était familier, lui cachant le ciel d’où vient la lumière, et la rive où elle pourrait aborder. La brume s’épaissit et l’angoisse grandit ; elle a beau scruter l’horizon... elle est seule et ce qu’elle croyait connaître a changé de formes... l’inconnu immense où elle s’épouvante est d’autant plus dangereux qu’il est si vague. ”
Adèle Bourgeois,
Le mystérieux Monsieur de l’Aigle
“ Vers les neuf heures probablement, lorsque le soleil aura pris de la force, la brume se dissipera. Mais, Théo, finies sont les excursions aux Pèlerins maintenant ! — Pourquoi donc ? — Parce que la brume est la chose la plus dangereuse qu’on puisse imaginer, mon garçon. Sans avertissement aucun, elle se lève soudain et nous enveloppe de sa mante ouatée... Alors, si nous sommes sur l’eau, nous pouvons nous considérer perdus. — Ô ciel ! C’est épouvantable ce que vous me dites là ! s’écria Magdalena. ”
Hippolyte Taine,
Carnets de voyage
“ L’effet extraordinaire, c’est le regorgement de brouillard ; il s’en exhale du fleuve et de la terre, les brumes se gonflent, s’étendent et s’enroulent, voguant insensiblement sur la vapeur universelle, au-dessus de l’eau leur mère, qui en enfante et en enfante encore et en soulèvera toujours. ”
Jean Ajalbert, Veillées d'Auvergne
“ Les dernières brumes, comme des mousselines, s’envolent des hauteurs ; quelques-unes planent encore au-dessus de la rivière, dans le creux de la vallée ; le soleil monte vers l’espace ; des troupeaux escaladent les pentes ; les oies se répandent dans le Communal ; un roc géant, avec une forêt pour chevelure, chante à la lumière le concert des milliers de nids qu’il recèle... Dans le bourg s’enfle une rumeur de réveil, grincent les serrures des boutiques... Un char cahote sur les cailloux, le bouvier pique de l’aiguillade sa couple de bœufs... ”
Jean Léra, Tonkinoiseries. Souvenirs d'un officier… (1896)
“ Dehors la brume lourde et grise s'élève en vapeur dans l'air ; pas une étoile dans le ciel voilé, et c'est en vain que les yeux cherchent sur le sol la couche épaisse de neige, aux vastes et joyeuses ondulations, dont notre terre de là-bas se couvre comme d'une blanche robe de fiancée. ”
Dictionnaire de Trévoux/6e édition…
“ Le nom de Brumales vient de bruma, qui veut dire hiver, parce que cette fête tomboit au commencement de l’hiver : d’autres dérivent le nom de Brumales de brumus, ou bromius, qui sont des noms qu’on donnoit à Bacchus, en l’honneur de qui on célébroit les Brumales. Voyez le Calendrier des anciens Romains, Cœlius Rhodiginus, Rosinus, Lilius Giraldus, &c. La fête des Brumales fut abolie par le VIe Concile, appelé in Trullo. BRUME. s. f. Terme de Marine. C’est ainsi qu’in nomme un brouillard épais : & on appelle un temps embrumé, quand l’air est couvert de brouillars. Nebula. ”
Marius Bernard, Excursion à La Sainte-Baume : les étapes d'un touriste en France (1902)
“ Une brume légère, violacée et verdâtre, borde encore la forêt, mais la lumière oblique qui s'y glisse en large nappe éparpille ce dernier voile, éclaire ses troncs et ses branches, ressuscite ses détails, détache si bien ses feuilles qu'il semble qu'on les compterait et l'on dirait que sa large poitrine se soulève et respire, réveillée à son tour. ”
“ Fait un bruit étouffé, dans un angle du port. La brume est fauve et nul espoir n’a flamboyé, La brume en drapeaux morts pend, sur la cité morte ; Quelque chose s’en va du ciel que l’on emporte On ne sait où, là-bas, comme un soleil noyé. ”
Henri Blanvalet , Femmes-Poëtes de la France
“ Que si, nous détournant du théâtre de ces luttes, nous portons nos regards sur un autre horizon, là-bas où la brume ondoyante donne un certain vague aux objets et en adoucit les contours, nous y verrons, comme en une ronde fantastique sur les bruyères de l’Ecosse, des formes indécises, brillantes et vaporeuses à la fois. ”
Hugues Le Roux,
Les gens d'aujourd'hui : marins et soldats
(1892)
“ Il ne voit point Karl, ni ses deux autres fils, ni sa fille, ni le gendre, ni les enfants. Le sommet de la falaise par où ils ont disparu est maintenant plongé dans la brume. La brume est aussi sur la mer où des fantômes de navires s'effacent. Le vieux sent son coeur si gros, que des larmes montent dans ses yeux bleus, coulent sur ses joues. Il n'a pas la force de se lever. Il resterait là, mais le douanier qui l'a aperçu de loin est pressé de rentrer en ville. Il prend Frantz sous les épaules, il l'oblige à.se lever. ”
“ Dans la saison des brouillards, quand la brume prend possession du golfe de Portland, c’est un véritable endroit pour les mélancoliques. La tristesse y est à souhait. L’humidité froide est là pour longtemps. La brume, cette exsudation de l’hiver, est tenace dans cette baie ; elle semble s’y plaire ; elle adhère aux falaises que sa lividité molle continue. C’est du spleen dissous qui flotte. ”
Gabriel Tourdes,
Hydrographie médicale de Strasbourg et du département du Bas-Rhin
(1862)
“ Tout notre département n'est pas sous l'épais manteau de ces brumes. Quand le brouillard est léger, il s'étend seulement au-dessus du fleuve et sur la région la plus rapprochée de ses rives; quand, au contraire, il est intense, il couvre toute la vallée du Rhin, jusqu'aux montagnes. ”
R Chudeau, A travers la Mauritanie occidentale… (1909)
“ Une brume assez épaisse couvre la région et une légère brise de N.-N.-O. souffle quand nous nous mettons en marche. La plaine se continue semblable à celle de la veille, c’est-à-dire, tantôt formée de platiers rocheux avec des fragments qui roulent sous les pieds et des nodules ferrugineux qui rendentla marche difficile, tantôt de sable qui recouvre les affleurements gréseux soit sur une faible épaisseur, soit sous des amoncellements considérables ; dans ce cas, des dunes, nues et arides, plus ou moins élevées, se sont formées, que l’on doit contourner. ”
Claude Blanchard, Guerre d'Amérique. 1780-1783. Journal de campagne de Claude Blanchard… (1881)
“ La brume devint plus épaisse qu'elle n'avait encore été. A 11 heures 1/2, étant à environ trois lieues de Black-Island, petite île située à 4 lieues de Rhode-Island,. le Général fit signal, par huit coups de canon, de mouiller, ce qui fut exécuté. Le vent était frais et la brume très épaisse; cependant cette manœuvre réussit fort bien et sans accident. J'écris ceci un instant après, vers midi. Il est bien à désirer que la brume cesse et qu'enfin nous puissions débarquer. L'état de nos malades empire et un combat ne serait pas plus meurtrier qu'un plus long séjour à la mer. ”
Émile Verhaeren,
LES BRUMES D’HIVER
“ LES BRUMES D’HIVER Oh ! ces brumes, au long des torpides semaines ! Brumes quand l’aube point, brumes quand vient le soir ; Tout azur est fané, toute lumière est vaine : Voici la pluie immense et molle et l’autan noir. ”
Guy de Maupassant,
Miss Harriet
“ Et parfois des paroles basses, venues on ne sait d’où, peut-être de très loin, peut-être de très près, errantes dans ces brumes opaques, nées sur la terre ou sur le fleuve, glissaient, timides aussi, passaient, comme ces oiseaux sauvages qui ont dormi dans les joncs et qui partent aux premières pâleurs du ciel, pour fuir encore, pour fuir toujours, et qu’on aperçoit une seconde traversant la brume à tire-d’aile en poussant un cri doux et craintif qui réveille leurs frères le long des berges. ”
Marguerite Burnat-Provins,
La fenêtre ouverte sur la vallée…
(1912)
“ Il a ramassé les brumes à pleines brassées, comme la lavandière relève les draps blancs qui sèchent au pré ; il a soufflé sur la montagne bossue, sur la vallée où le charme descend et se baigne dans l'eau remuée du torrent, sur les maisons qui luisent et les champs rajeunis, sur les jardins où les pousses, pareilles à des canines, montent pour aller voir le jour à travers la croûte brune où l'on perce des trous. ”
Paul Féval, L’Homme de fer (1877)
“ À travers champs, on galopa dans la nuit sans lune. Aubry, Berthe et Jeannine furent placés dans une barque qui traversa la mer. La brume épaisse et sombre les entourait ils virent la brume rougir en devenant lumineuse, puis blanchir comme si c’eût été un léger voile de mousseline. ”
Eugène Gens, Nouvelles et souvenirs. Tome 2 (1876)
“ Je ne savais pas que les ronces fussent si belles et qu'il y eût tant de choses dans une haie ! Nous étions arrivés à Brume. Ce petit hameau, situé sur un des versants de la haute montagne qui domine le Coo, est un vrai décor de pastorale. Ses maisons éparpillées comme au hasard, et toutes à des niveaux différents, éveillent l'idée de ce bonheur calme, de ce contentement exempt d'inquiétudes et d'ambition, que de tout temps les poëtes ont attribué à la vie champêtre, et qui n'existe, en réalité, nulle part sur terre. ”
Victor Hugo,
Œuvres complètes de Victor Hugo En voyage…
“ Peu à peu le nuage s’est fendu, un rayon du soleil, plongeant par la crevasse comme un bras d’or, a emporté les brumes, et j’ai pu admirer le fond du précipice composé de collines tumultueuses. La plupart de ces collines avaient un aspect sinistre. Elles étaient couvertes de troncs de pins brûlés et noirs qui de loin se hérissaient comme les soies d’un sanglier. Il arrive quelquefois dans ce pays qu’un berger, pour faire brouter à l’aise quatre chèvres, brûle douze lieues de forêt. ”
