“ L’instruction, longue, difficile, n’amena aucune découverte intéressante. Il était impossible de briser la muraille mystérieuse qui, de son vivant, avait entouré Forget. Personne ne le connaissait, personne n’était au courant de ses habitudes. On ne put relever aucune charge morale contre Coche, mais il fut facile, par là même, de les lui faire supporter toutes. De ce que nul ne savait les fréquentations de la victime, on concluait simplement que Coche avait fort bien pu être en rapport avec elle, sans que qui que ce soit pût en témoigner. ”
Citations sur “Forget”
Jeanne-Gabrielle, Liasse de poésies (1929)
“ Il nous met aux yeux une larme neuve, Et vient réveiller le meilleur de nous : Ce que l'on pensait depuis des années A jamais enfoui comme en un tombeau — Nos illusions, lentement fanées, Grâce au souvenir, reviennent sur l'eau ; Nous les revivons — Tout cela surnage... Car le doigt du temps n'en a rien terni, Et le souvenir, ce pieux mirage, Nous fait croire encor que rien n'est fini. Rien ! Les rêves tous, la foi, la tendresse, Le pardon des maux que l'on a soufferts — D'un coup tout cela devant nous se dresse ! Tout est éternel — tout dans l'univers. ”
Joseph Abel Guillermin, Fleurs de solitude, poésies (1898)
“ O souvenir, par ton baptême, Un objet quelconque, une fleur Devient un sacrement suprême Inventé par l'esprit, le coeur, Pour rester avec ceux qu'on aime. C'est un poème, un souvenir ! On le relit quand l'heure est sombre, Et nos bonheurs tombés dans l'ombre A l'instant reviennent en nombre ; Près d'eux, on se sent rajeunir. Se souvenir, c'est deux fois vivre, C'est rendre le passé présent ; C'est mettre sa joie à poursuivre La lecture à deux d'un beau livre Dont l'idéal nous fut charmant. Un souvenir ! ô doux mystère ! ”
Jules Barbey d’Aurevilly,
Rhythmes oubliés
“ Que ce souvenir s’ancre au plus profond de ton cœur ! Avant que tu les oublies, qu’il n’y ait plus pour ton souffle de parfums à aspirer dans la nature, ni pour ton œil d’étoiles à contempler au ciel ! ”
“ C’est que, depuis que j’ai l’âge de raison, votre souvenir vit en moi comme une lampe sainte, et continue d’éclairer toutes les choses et tous les hommes que vous avez touchés du doigt, quoique le temps ait détruit ces choses, quoique, ces hommes, la mort les ait emportés ! ”
Léontine de Villeneuve Castelbajac, Mémoires de l'Occitanienne : souvenirs de famille et de jeunesse (1927)
“ Ah! assez de remuer la cendre de vos souvenirs ! Les étincelles qui s'en échappent ne sont plus la vie. Vous-même, n'êtes-vous pas le fantôme de ce que vous avez été? Venez à nous : c'est l'heure. Voyez combien vous devenez de plus en plus étrangère à ces jeunes existences qui vous pressent de leurs flots pour vous rejeter en arrière et passent sans retourner la tête? Vous êtes une vivante morte! Votre souffle vient d'un autre monde. ”
Giacomo Leopardi,
Poésies et Œuvres morales
“ Oh ! comme il est doux, au temps de la jeunesse, quand la carrière de l’espérance est encore longue et celle de la mémoire encore courte, de se rappeler les choses passées, même tristes, et même si le chagrin dure encore ! ”
G d Aigny, Récit d'un soldat. Ma première campagne… (1872)
“ Les plus beaux souvenirs, le plus ardent amour, Le renom et la gloire, et tout ce qu'enfin l'homme Dans sa vie a rêvé va disparaître en somme, Malgré tous ses travaux, ses soins et ses tourment?, Dans l'abîme sans fond, sombre gouffre du temps, A tout moment creusé par le siècle qui tombe, Sans que son poids altère en cette vaste tombe Son silence effrayant !. ”
George Sand,
Évenor et Leucippe
(1856)
“ Est-il bon de mépriser cette tradition, ce vague souvenir peut-être d'un paradis perdu, que notre imagination se représente sous l'aspect qui plaît à chaque nature d'esprit, et où l'âme s'attache instinctivement jusqu'à se sentir navrée d'un étrange et mystérieux regret? ”
“ Pourtant le son plaintif des cordes que j’effleure, Mystérieux écho du long passé vibrant, A sans doute charmé vos tristesses d’une heure, Ou votre vaine attente, ou votre espoir mourant. Quand, présent disparu que l’avenir ignore, Ma vie aura l’attrait de ce songe effacé, Quelle main passera, frémissante et sonore, Où mes doigts oubliés auront déjà passé ? ”
“ Vous planez sur la Mort, vous planez sur l’oubli. Le Temps emporte tout, le siècle comme l’heure ; Tout se perd, tout s’écroule... et votre aspect demeure Tel qu’il le fut jadis pour maint enseveli. Vous planez sur la Mort, vous planez sur l’oubli ! ”
Jean-Jacques Rousseau,
Les Confessions
“ Cette facilité d’oublier les maux est une consolation que le ciel m’a ménagée dans ceux que le sort devait un jour accumuler sur moi. Ma mémoire, qui me retrace uniquement les objets agréables, est l’heureux contrepoids de mon imagination effarouchée, qui ne me fait prévoir que de cruels avenirs. ”
Georges Docquois,
Le Poème sans nom
“ Les premiers jours (le souvenir m’en désaltère !) , Tu n’eus d’yeux que pour moi. Comme tu m’admirais ! J’étais à ces chers yeux comme un secret tout frais, Dont il serait si bon de percer le mystère ! Nul autre n’existait pour toi sur cette terre. ”
Henry Grawitz, Revue des Deux Mondes
“ Elle n’est déjà plus qu’un lointain souvenir, Souvenir qui s’efface et dont, un jour, on tremble De réveiller le charme éphémère et secret. De peur qu’à sa douceur évanouie il semble N’être plus qu’un mélancolique et vain regret ! MENSONGES Comment, puisque aujourd’hui ton cœur n’est plus à moi. ”
Edmond Jaloux,
Le boudoir de Proserpine
(1910)
“ Dans le filtre de votre mémoire, tout aura coulé sans profit ; pas un beau souvenir ne vous embaumera. Malheureux, qu'aurez-vous fait de votre vie ? De votre vie qui glisse comme une vague et dont chaque minute s'échappe et vous fuit à jamais ! ”
Henri de Régnier,
Escales en Méditerranée
“ Il y a des jours où nous voyons les êtres et les choses avec des yeux d’oubli, où notre esprit rejette tout souvenir extérieur à nous-mêmes, où nous nous bornons à être ce que nous sommes sans vouloir rien nous ajouter. ”
Charles Des Guerrois, Depuis (1898)
“ Le jour si doux, si bref, n'est plus qu'une mémoire S'éclairant, se parant du passé ; l'heure noire Implore avec sanglots les heures d'autrefois. Heures au vol léger dans le vaste silence, Vous qui du coeur fiévreux scandez la violence, Au souvenir ému gardez un peu de voix. ”
Armand Renaud, Recueil intime/Lemerre, 1881
“ Sur l’abîme infini de mon espoir détruit. Tout disparaît, les dieux, l’allégresse, la gloire, Après quelques rumeurs ; Toi seule tu survis à l’humaine mémoire, Toi qui vois tout mourir et qui jamais ne meurs. ”
Fulgence Girard, Mystères du grand monde, par Fulgence Girard… (1880)
“ N'osant point regarder un passé dont le souvenir me torture, un présent qui m'échappe, un avenir qui m'effraie, je me jette dans l'agitation, dans le tumulte, dans le bruit, dans tout ce qui me surexcite, m'étourdit ou m'épuise, heureux encore quand je puis passer de l'exaltation à la fatigue, du vertige au sommeil. ”
Judith, Reflets d'âme, poésies inédites (1914)
“ Il passe comme un songe, Etendant derrière lui Pour cacher nos mensonges, Le voile de l'oubli. Le coeur n'oublie pas; Les ennuis et le deuil Peuvent marquer ses pas; Il veille, recouvert d'un linceul. Il veille, ses faibles battements Marquent encore la vie, Il lutte terrassé par le Temps Qui rit de son agonie. De battre il a cessé... La vie aussi se lasse Et cède à la Fatalité, Au temps vainqueur qui dit : « Tout passe. » Tout passe !... le voilà le secret De mes sombres pensées, C'est par avance le regret Des joies que tu m'as données. ”
Léocadie Penquer,
(Oeuvres posthumes). Mes nuits…
(1891)
“ POÈTE je suis seule en ma vie, où je cache L'éternel souvenir et l'éternel regret. Je suis seule devant ma pensée et ma tâche; Seule devant mon coeur, et c'est là mon secret. Mon secret, le voici : Je le confie à l'ombre, A la nuit qui m'écoute et qui m'entend pleurer; A l'heure de minuit qui résonne; heure sombre Dans laquelle je vois deux fantômes errer ! D'abord la Poésie : Une sphère, une foule, Un essaim dont le vol ne peut être arrêté; Un torrent dont le flot, qui déborde et s'écroule, S'élance avec fracas dans une immensité. ”
Charles de Mazade,
Un Roman au XVIIIe siècle, Mme de Sabran et le chevalier de Boufflers
“ Ce qui reste de ce monde, de ses mœurs, de ses passions ou de ses goûts, c’est ce qu’en disent les mémoires, surtout ces correspondances tirées de l’oubli, qui de temps à autre ajoutent une page à l’histoire ou au roman d’un siècle, qui remettent au jour des personnages à demi effacés ou à peu près inconnus, et qui en définitive, de cette société d’autrefois aux dehors décevans, montrent l’essence, le tempérament, la vérité simple et humaine. ”
T.-J. Du Wicquet Ordre, Voyage sentimental mêlé de prose et de vers… (1803)
“ Si de nos premiers ans le souvenir est doux, Du sort qui nous opprime il affoiblit les coups. Au présent le passé prête de nouveaux charmes. Hélas ! si quelquefois il fait couler nos larmes, S'il fait naître un regret, s'il arrache un soupir, La sensibilité sait encor en jouir. ”
Claude Bernard,
La Science expérimentale
“ Quelquefois un mot, un souvenir, la vue d’un événement, éveillent en nous une douleur profonde. Ce mot, ce souvenir ne sauraient être douloureux par eux-mêmes, mais seulement par les phénomènes qu’ils provoquent en nous. ”
Alfred Dèche, Mes premiers essais : études poétiques d'un jeune homme… (1838)
“ « Oui, tu peux espérer » Si tu gémis encor banni de ta patrie, Si de grands souvenirs font palpiter ton cœur, Si l'air que tu respire est contraire à ta vie, C'est que tu dois t'instruire et grandir du malheur. ”
Harriet Beecher Stowe,
La Case de l’oncle Tom
(1852)
“ L’idée, le souvenir, se firent jour lentement dans son âme. Le vague regard devint fixe, l’œil s’éclaira, une lueur illumina les traits, les faibles et rudes mains se rapprochèrent, se joignirent, et deux larmes coulèrent le long des joues. ”
Paul Margueritte,
La Faiblesse humaine, deuxième partie
“ On croit qu’on oublie, qu’on oubliera. On n’oublie rien. Il la regarda en face avec une tristesse altière où reparut le feu de son regard, ce regard incisif qu’elle n’avait jamais oublié, ce regard où il y avait de la ferveur, du respect et autre chose encore, de grave et d’infini. ”
Amable Tastu,
Poésies Complètes
“ Songes trompeurs, illusions menteuses, Dont le réveil est douloureux et prompt, L’âge a détruit vos images flatteuses, Comme il pâlit les roses de mon front ! Partout l’oubli, le deuil, le froid silence, Tous mes amis dispersés ou perdus, Et par le temps, le trépas et l’absence, Tous mes liens dénoués ou rompus ! ”
Henriette Dessaulles,
Lettres de Fadette
“ Pour la plupart, le souvenir des contes qui ravissaient notre enfance est perdu. Les rêveurs seuls, — toujours un peu poètes, — persistent à chercher dans les choses, une âme qu’ils entendent dans le silence de la campagne, et comme dans les contes, les petites âmes exquises des fleurs douces ou tragiques leur racontent leur histoire. ”
Oscar Pinard, L'histoire à l'audience, 1840-1848 (1848)
“ Joies de l'enfance, illusions de la jeunesse, rêveries du poëte et de l'amant, votre souvenir déjà ne lui appartient plus! Qu'il y a loin de nous à nous-mêmes! Entre les deux moitiés de notre existence les années creusent un. intervalle qui nous permet à peine de nous reconnaître. ”
Collectif, Le Monument de Marceline Desbordes-Valmore
“ Ton nom glorieux de poète Entré dans l’immortalité. Et quand le sombre oubli s’étend sur toute chose, Ton souvenir, du temps vainqueur, Ta mémoire, pareille au parfum de la rose, Embaume encore notre cœur. ”
Célénie Lailler Douillon, Les Mystères du coeur, poésies par Mme Célénie Douillon… (1865)
“ Dédaigneux d'imiter un Dieu juste et clément, Vous craignez d'oublier la faute d'un moment, Un seul mot pris par vous pour une grave injure, Et dont le souvenir fit naître une rupture : Qu'elle soit éternelle ! ”
Sigmund Freud,
Introduction à la psychanalyse
“ L’oubli d’impressions et d’événements vécus fait ressortir, avec plus de netteté et d’une façon plus exclusive que dans les cas d’oubli de noms, l’action de la tendance qui cherche à éloigner du souvenir tout ce qui est désagréable. ”
José Roussel-Lépine, Revue des Deux Mondes
“ L’attenté aiguë où les heures sont éternelles, où chaque bruit, chaque herbe qui bouge prend une importance dans le souvenir, une attente à la fois exaspérante et recueillie : chacun seul devant son destin, prêt à crier, sentant la douleur vive d’un doigt pénétrant jusqu’au cœur... ”
Jean Girard, Discours prononcé sur la tombe de Jean-Baptiste Roussilhe Morainville… (1822)
“ Pardonnez, si trop émus par un souvenir à-lafois si doux et si déchirant, nous ne nous sentons pas la force de continuer. Il est de ces douleurs que l'expression ne peut atteindre, et nous craindrions d'affaiblir vos regrets, en cherchant à vous retracer le tableau des vertus de celui qui les excite. ”
Gaston de Chaumont, La Fauvette de maître Gélonneur (1890)
“ Heureusement pour vous, mes jeunes lecteurs, que votre passé n’est pas encore bien long ni bien loin, et que, malgré les pensums et les retenues, vous avez plutôt jusqu’ici fait provision de gais souvenirs. Pour nous aussi, parfois, telle vision rétrospective, aimable ou risible, vient juste à point dérider notre front. ”
Comtesse Dash,
Keepsake des jeunes personnes
(1847)
“ Malgré moi, cette idée me suit sans cesse ; je me rattache à mes souvenirs, je passe de longues heures à contempler les vieilleries qui m'entourent, dans lesquelles je retrouve l'histoire de ma vie, et chacun de ces souvenirs apporte après soi des regrets ! ”
Édouard Thierry,
La Comédie française pendant les deux sièges…
(1887)
“ Ceux qui pensaient à nous du dehors, ceux qui se demandaient ce que nous devenions et qui ne le savaient pas, ceux qui souffraient de leur abondance et de notre détresse, ceux qui nous en ont envié le souvenir, se referont avec nous des souvenirs communs et n'oublieront plus que l'absence. ”
A. de Pontmartin, Revue des Deux Mondes
“ En recueillant ses souvenirs pour en faire des confidences, il en aura trouvé un, occupant dans sa mémoire et dans son passé un point culminant, éclairé au feu lointain de ces rêves de jeunesse dont rien ne remplace la douceur. ”
Anna de Noailles,
Les Forces éternelles
“ Qui contient tout l’espoir et contient tout l’oubli, Qui dit l’homme exultant ou bien enseveli Dans l’extase effrayée où les larmes abondent. Plaisir, le seul vainqueur, pied d’airain arrêté Sur tout effort humain. ”
Arsène Houssaye,
Les grandes dames
“ Dans la vie agitée, qui vous prend jusqu'aux heures de sommeil pour les mille riens dévorants des heures désoeuvrées, comment aurait-on le temps de se retourner vers le passé, d'évoquer des souvenirs évanouis, de regretter les gais compagnons ou les maîtresses disparues? On jette le passé dans l'abîme, sans vouloir se pencher pour voir s'il est bien mort. ”
Armand Silvestre,
Le Pays des roses
“ Au seuil de la maison dont vous étiez l’exemple, Nous demeurons pensifs, alors que vous partez, Alexis ! — Car, en vous, notre regret contemple L’honneur de tant de jours par des succès comptés ! Un demi-siècle est là qui garde la mémoire Des types immortels que votre âme anima. ”
Albert Wolff, La gloriole : mémoires d'un parisien (1888)
“ Ils savent que le jour où le silence commence à se faire autour d'eux, ils entrent dans l'oubli sans laisser derrière eux un autre souvenir que celui des hommes âgés, qui après boire parlent du passé. ”
“ Nous ne sommes plus à cette période de la vie où le mirage des souvenirs héroïques suffisait à nos regards et à notre esprit, que ne poursuivaient pas encore des visions d’avenir et d’horizons agrandis. ”
Paul-Émile Daurand-Forgues,
Revue des Deux Mondes
“ Aujourd’hui que je vais, — vouée à de tristes loisirs, et en attendant la fin sans doute prochaine d’une existence à demi brisée, — rassembler les souvenirs de mon enfance, tristes préludes de ceux que m’a légués ma jeunesse déjà morte, je m’étonne de retrouver si profondément empreintes en moi, si vivantes encore et si colorées, ces images d’un passé lointain. ”
Claude Farrère,
La maison des hommes vivants
“ J'écoute, et dans ma mémoire usée, effritée, d'où s'effacent et tombent en poussière toutes les empreintes du temps jadis, les paroles de l'Homme Vivant s'enfoncent et se gravent, si fortement qu'elles subsisteront, je crois, jusqu'à la fin. ”
Édouard Laboulaye,
Nouveaux contes bleus
(1868)
“ Un moment d'oubli entre de longues peines, un peu de repos au milieu du vent et de la mer, du travail et de l'ennui, voilà ce que donnent les contes et les rêves. Bien fou qui leur en demande davantage. ”
