“ L’Opéra-Comique est un théâtre de fantaisie, le genre qu’on y exploite n’a de correspondant nulle part, ni dans la littérature ni dans la musique. Le Théâtre-Français a ses comédies, le Théâtre-Italien ses partitions ; ce qui n’est ni une comédie ni une partition, c’est un opéra comique, c’est-à-dire quelque chose qui se parle et se chante à la fois, quelque chose d’absurde qui doit vous amuser au moins deux heures. ”
L'Opéra-comique
Définition et enjeux
Citations sur “L'Opéra-comique”
“ Si l’Opéra, tel qu’il existe en France depuis Lulli jusqu’à Gluck, et depuis Gluck jusqu’à Meyerbeer, est moins un théâtre national proprement dit qu’une grande institution dramatique, qu’une véritable académie ouverte à tous les talens de l’Europe, Où les beaux vers, la danse, la musique, L’art de tromper les yeux par les couleurs, L’art plus heureux de séduire les cœurs, De cent plaisirs font un plaisir unique, il n’en est pas de même de L’Opéra-Comique. ”
“ Cela ne peut guère s’appeler un opéra, nous le savons ; il n’y a guère là que des couplets et des chœurs, point de trio, point de quatuor ; un seul duo au premier acte. Mais n’importe, la grace, la coquetterie et la fraîcheur abondent ; à cause de ses petites proportions, ce n’est pas un chef-d’œuvre, mais un bijou. Du reste, l’Opéra-Comique se prépare à de plus hautes destinées musicales ; nous croyons savoir, pour notre part, qu’on s’y occupe activement d’une œuvre qui portera sur son titre deux noms, dont un seul suffit au succès. ”
Adolphe Adam,
Derniers souvenirs d'un musicien
“ «Vous vous trompez, mon ami; votre place n'est pas ici, c'est à l'Opéra que conviennent la pompe, la grandeur, la puissance, l'énergie, toutes ces qualités que vous possédez au suprême degré; ce qu'il faut à l'Opéra-Comique, c'est la grâce, l'enjouement, la coquetterie, la légèreté, la mélodie coulante et facile, et tout cela vous manque.» ”
“ L’Opéra-Comique va reprendre le Diable à Quatre, gracieuse partition du dernier siècle, où doit briller le talent de l’une de ses jeunes actrices qui joue et ne chante pas, car il faut que vous sachiez qu’à ce théâtre il y en a qui jouent, d’autres qui chantent, beaucoup qui ne jouent ni ne chantent. Jouer et chanter à la fois leur paraît à tous un idéal qu’ils n’ont pas la prétention d’atteindre de leur vie. ”
“ En vérité, tous les théâtres de musique semblent prendre aujourd’hui à tâche de dévier de leur route naturelle. L’Opéra français, exclusivement réservé aux gloires de l’Europe, ouvre ses portes à des hommes qui n’ont pas encore commencé de bien faire, et l’Opéra-Comique, au lieu d’appeler de jeunes compositeurs et de leur prêter appui, s’amuse à reprendre les vieilles pièces de son répertoire. ”
Roger Peyre, Napoléon Ier et son temps : histoire militaire… (1888)
“ L'OPÉRA-COMIQUE donne de notre musique une idée beaucoup plus complète que l'opéra : c'est que, en dépit de son titre, l'opéra-comique a déjà toutes les formes, exprime alors toutes les passions, tous les sentiments et a tous les caractères. On y trouve la comédie à ariettes à côté du large et puissant développement orchestral d'un Chérubini et d'un Lesueur ; des fantaisies d'une verve bouffonne à côté d'œuvres brillantes, passionnées, profondément dramatiques; on y trouve même jusqu'à l'inspiration religieuse la plus haute, car le Joseph de MÉHUL est plutôt un oratorio qu'un opéra-comique. ”
Camille Bellaigue, Revue des Deux Mondes
“ Nous de même, et jamais non plus nous n’avons si vivement regretté d’entendre une partition commencer, que dis-je, se soutenir presque tout un acte comme un délicieux opéra comique, pour tourner et finir en trop facile et trop légère opérette. Mais, dira-t-on, qu’est-ce donc qui distingue l’opéra comique ? Une nuance, un rien, mais quelque chose pourtant, sinon dans la quantité, du moins dans la qualité de notre plaisir. ”
Gaston Carraud, Revue des Deux Mondes
“ Cependant les théâtres de l’Opéra et de l’Opéra-Comique font couramment ce que ferait la Comédie-Française, si elle annexait à son répertoire celui de l’Ambigu ou du Palais-Royal. Le pis est qu’ils le font avec des partitions qui possèdent l’autorité de l’âge et de très longs succès. Et la musique est un art si peu compris, — au fond, si rarement aimé, — que dans l’opinion publique ces formes inférieures prennent le pas, posent l’exemple, et font la loi. ”
P. Scudo, Revue musicale - 1er avril 1858
“ Ce qui est incontestable et ce qui frappe les esprits les moins difficiles, c’est que l’Opéra a besoin d’une réforme, et d’une réforme énergique, pour redevenir ce théâtre qui a fait pendant si longtemps l’admiration de l’Europe. Parlons un peu de l’Opéra-Comique, théâtre heureux qui n’a qu’à ouvrir ses portes pour y attirer tous les soirs une foule empressée. La troupe qui le dessert est médiocre. Il n’y a plus ni ténor, ni basse, ni même un vrai soprano. ”
Histoire du théâtre lyrique en France depuis les origines jusqu'à nos jours…
“ Quand l'opéra-comique fut créé par les petits-maîtres du XVIIIe siècle, quand la musique eût pris dans ces spectacles une importance supérieure à celle du dialogue, quand on la vit s'affiner et s'élever, il fallut bien qu'un genre plus léger vînt prendre la place laissée libre par l'opéra-comique et contenter les esprits plus frivoles et plus frustes. ”
Charles de Mazade,
Chronique de la quinzaine, histoire politique et littéraire…
“ A l’Opéra, aux Italiens, à l’Opéra-Comique, au Théâtre-Lyrique, partout où l’on chante, le rallentando règne et gouverne. Dès qu’une période musicale s’annonce pour agir dramatiquement, aussitôt le chanteur, prend ses aises, s’allonge et s’étale comme dans un sofa, ce qui, au point de vue de l’exécution, est déjà détestable, et théoriquement constitue une des erreurs les plus graves. ”
Albert Du Casse, Histoire Anecdotique de l'Ancien Théâtre en France…
“ Le sujet de l'opéra se prête quelquefois par lui-même à l'introduction du ballet ou divertissement, pour parler le langage de la fin du dix-septième siècle, plus souvent il est amené sans que l'on sache pourquoi; mais qu'importe une invraisemblance de plus ou de moins, tout n'est-il pas invraisemblance dans un opéra, dans un opéra-comique ou dans un vaudeville? Le théâtre, si l'on excepte la tragédie et la comédie, représente, comme la peinture, une nature de convention. ”
Henri Blaze de Bury,
Revue des Deux Mondes
“ J’aime l’Opéra-Comique, et je le dis tout haut, sans crainte aucune de disgrâce. Un théâtre qui dans le passé peut évoquer des maîtres tels que Grétry, Méhul, Cherubini, qui dans le présent a pour représentant Boieldieu, Hérold, M. Auber, ne saurait être renié par qui que ce soit, fût-ce au nom des plus grands principes de l’art musical. ”
Eugène Forcade, Revue des Deux Mondes
“ Quand on est l’Opéra-Comique, quand on a, comme le Théâtre-Français, un répertoire que le monde entier vous envie, on demeure en quelque sorte obligé par certaines traditions dont il convient de ne s’écarter que le moins possible. ”
F. de Lagenevais,
Revue musicale - Les théâtres lyriques
“ Des Folies-Dramatiques à l’Académie nationale, en traversant la Renaissance, la Gaîté, les Variétés, les Bouffes-Parisiens, l’Opéra-Comique, tous vont l’exploitant, tous en vivent, à moins cependant qu’ils n’en meurent comme cet Opéra-Populaire dont les grandeurs et la décadence fourniraient le sujet d’un roman picaresque. ”
Eugène Forcade — Charles de MAZADE, Revue des Deux Mondes
“ Le répertoire de l’Opéra-Comique, s’il était bien aménagé, est vraiment le plus riche que possède aucun théâtre de Paris : les chefs-d’œuvre y abondent, et il n’y a qu’à tendre la main pour trouver un joyau qui attirerait la foule à ce spectacle, heureux mélange d’esprit et de sentiment, de gaieté et de douleur, de prose et de poésie ”
Camille Bellaigue, Revue des Deux Mondes
“ Innocent et de bonne foi, l’opéra-comique ignore jusqu’à l’ironie et à l’amertume de la comédie. Plutôt que de nous reprendre et surtout de nous blesser, il se contente de nous divertir. Je sais dans le Déserteur une scène significative à cet égard, et je dirais symbolique, si rien était plus étranger, voire plus contraire que le symbole, au genre que nous étudions. ”
Edmond Vander Straeten,
Voltaire musicien : concerts, intermèdes…
(1878)
“ Quand une nation a eu un certain nombre de bons ouvrages, tout ce qu'on lui donne au-delà fait l'effet d'un second service qu'on présente à des convives rassasiés. Je vous le répète, l'opéra-comique fera tout tomber. Une musique agréable, de jolies danses, des scènes comiques, et beaucoup d'ordures forment un spectacle si convenable à la nation, que le Petit Carême de Massillon ne tiendrait pas contre lui. ”
Histoire du théâtre lyrique en France depuis les origines jusqu'à nos jours…
“ Là comme dans tout le reste de la partition, c'est la vie lyrique même qui anime et fond les scènes et les airs, qui chante à l'orchestre comme sur la scène, qui donne vraiment à certains ensembles l'expression de symphonies vocales. Je n'ai sans doute que faire de détai'ller l'œuvre : c'est le plus grand et le plus prolongé succès de l'Opéra-Comique, dont elle n'a que rarement quitté le répertoire. Il n'est rien de plus frais, dans sa simplicité cordiale, que les scènes villageoises du début, et de plus spirituel, que le duo et le trio qui suivent, entre Georges et Jenny, puis Dickson. ”
Henri Martin,
Voltaire et Rousseau et la philosophie du XVIIIe siècle
(1878)
“ Au théâtre , la musique dramatique prenait un brillant essor dans un genre nouveau, l'opéra-comique, où tout un groupe de compositeurs rivalisaient de naturel, de grâce et de passion touchante et pure. ”
Charles de Mazade,
Revue des Deux Mondes
“ Le théâtre de l’Opéra-Comique est toujours un théâtre heureux dans ses entreprises, parce qu’il répond à un vrai besoin et qu’il ne donne pas plus de musique que n’en comporte le goût de la nation. On va à l’Opéra par bienséance, pour faire comme la bonne compagnie, pour voir un grand spectacle et se montrer parmi les raffinés ”
Guide général dans Paris (1855)
“ Le succès de l'Opéra-Comique tient donc surtout à ce que son genre n'est au fond qu'un composé de nuances légères et fugitives. C'est avant tout le théâtre de la distraction et du vrai délassement. La salle de l'Opéra-Comique actuelle, construite il y a quelques années avec beaucoup d'élégance sur l'emplacement de l'ancien Théâtre-Italien, a offert la première cette innovation heureuse des loges dites à salons. ”
Félix Clément, Les musiciens célèbres depuis le seizième siècle jusqu'à nos jours… (1878)
“ La vogue des troubadours est passée ; la galanterie est devenue, à tort ou à raison, chose ridicule; la musique ne consiste plus depuis longtemps dans un heureux choix de mélodies naturelles et expressives accompagnées avec clarté par l'orchestre, sans fracas, sans étalage de science, et conçues généralement dans les tons principaux et d'après les procédés les plus conformes aux lois de l'oreille. Le genre de l'Opéra-Comique s'est modifié complètement. La partie vocale réclame la virtuosité du Grand Opéra ; l'orchestration y est devenue aussi chargée, aussi compliquée. ”
Arthur Pougin,
Adolphe Adam : sa vie, sa carrière…
(1877)
“ Du reste, on est obligé de convenir que le style de cette musique est admirablement adapté au goût de la plupart des habitués de l'Opéra-Comique; il est facile, coulant, dansant, coquet, peu original, peu distingué, semé de petites phrases, de petits traits, de petits effets que le bourgeois aime à répéter en sortant. ”
F. de Lagenevais,
Revue musicale - Les théâtres lyriques
“ Le public n’en demande point tant ; retirez ces combinaisons trop savantes, simplifiez, et de ces deux théâtres ne nous en donnez qu’un, italien ou français, mais que ce soit un vrai théâtre. L’Opéra-Comique a son système, qu’il poursuit de plus en plus au péril de ses jours. Il se perd, se ruine, il le sait, et ne continue pas moins de braver mille morts pour la plus grande gloire de l’idée. On pensera ce qu’on voudra, c’est de l’héroïsme et du plus beau ”
Alfred Bruneau,
Musiques d’hier et de demain/Texte entier
“ De même que l’Opéra, théâtre-musée, doit ou devrait garder à son répertoire les chefs-d’œuvre de la tragédie lyrique, c’est-à-dire les ouvrages qui marquent l’évolution du drame chanté, — et, pour cette cause, il était nécessaire de voir reparaître Don Juan sur ses affiches, — l’Opéra-Comique, théâtre-musée, doit ou devrait représenter, ne fût-ce que peu souvent, les chefs-d’œuvre de la comédie musicale, c’est-à-dire les pièces qui témoignent de la transformation, chaque jour plus profonde, d’un genre dont la Dame blanche est le type accompli. ”
Gustave Roger, G. Roger. Le carnet d'un ténor (1880)
“ Il y a des gens qui, sans se rendre compte de la transformation de l'Opéra-Comique, l'ont enveloppé dans leur dédain avec tout ce qui tient à l'Empire. Ils ne peuvent plus supporter le seigneur à bottes à revers qui arrive à une grille du parc, essuyant son habit marron avec un mouchoir de batiste, et vient s'asseoir sur un banc de pierre, entre deux pots d'hortensias : un tableau qui est, d'ailleurs, affreusement perruque. En attendant, la Dame blanche a bien marché ce soir. ”
“ Existe-t-il un point où le chanteur d’opéra-comique cesse, un point où le chanteur sérieux commence ? Alors, comme toutes les grandes œuvres musicales, comme toutes les partitions de Mozart, de Weber, de Beethoven et de Rossini, admettent cette variété de style dont nous parlions ; comme le Freyschütz, Oberon, la Gazza, Fidelio, se composent d’opéra-comique aussi bien que de grand opéra, il faudra donc renoncer à ces chefs-d’œuvre, ou, si l’on se décide à les exécuter, le même chanteur ne pourra suffire à son rôle ”
Charles de Mazade,
Chronique de la quinzaine, histoire politique et littéraire - 14 juin 1874
“ Soyons sérieux ; l’Opéra-Comique déserte peu à peu ses anciens pénates ; l’agréable genre qui fit la joie de nos jeunes années n’a certes pas la moindre envie de quitter ce monde ; nous l’aimons toujours, mais ne le cherchons plus à la même adresse. ”
Pier-Angelo Fiorentino, Les grands guignols. Série 1 (1870-1872)
“ Les rôles d'une longueur démesurée ne sauraient surtout convenir à l'Opéra-Comique, où c'est déjà un grand effort que de parler et chanter tour à tour. Je connais beaucoup d'acteurs de comédie et de drame, qui seraient rendus de fatigue si on les forçait de débiter seulement la prose d'un de ces ouvrages dont la musique est le but principal. ”
Eugène Forcade, Chronique de la quinzaine, histoire politique et littéraire - 14 septembre 1859
“ Du reste, le théâtre de l’Opéra-Comique est dans l’état le plus florissant, car on y chante aussi peu et aussi médiocrement que possible. Rempli des meilleurs sujets que produit chaque année le Conservatoire, où l’on fait de si beaux discours sur l’institution d’un diapason légal qui n’empêchera pas de chanter faux, parce que c’est un droit qu’en France on acquiert en naissant, le théâtre de l’Opéra-Comique, disons-nous, se rapproche de plus en plus de son berceau, qui est le vaudeville. ”
Camille Bellaigue, Revue des Deux Mondes
“ I Quelqu’un a dit qu’un opéra-comique est une pièce mêlée de paroles et de musique, et qui finit bien. C’est la vérité, mais ce n’est pas toute la vérité ; car, à ce compte-là, des ouvrages tels que Fidelio et le Freischütz en Allemagne, ou comme chez nous Joseph, seraient des opéras-comiques. ”
P.-J. Stahl,
La vie à Paris : chroniques du Figaro…
(1858)
“ L'Opéra-Comique a un grand succès qui me réjouit en raison dé la sympathie que je professe pour son directeur, et qui m'afflige en proportion de mon fanatisme invétéré pour les mélodies simples et faciles, auxquelles ce théâtre était revenu, et non sans bonheur, depuis quelques années. ”
Edmond Vander Straeten,
Voltaire musicien : concerts, intermèdes…
(1878)
“ L'Opéra est un spectacle aussi bizarre que magnifique, où les yeux et les oreilles sont plus satisfaits que l'esprit, où l'asservissement à la musique rend nécessaires les fautes les plus ridicules, où il faut chanter des ariettes dans la destruction d'une ville et danser autour d'un tombeau 2 ”
“ Les acteurs de l'Opéra-Comique imaginèrent de faire jouer par leurs orchestres des airs bien connus, et tandis que les acteurs s'agitaient et gesticulaient sur le théâtre, des hommes payés par eux chantaient dans les loges ou au parterre des couplets que souvent tous les spectateurs répétaient avec eux. Ce moyen eut le plus grand succès. Les comédiens français encore plus jaloux ou lésés dans leurs intérêts, eurent assez de crédit pour fermer la foire Saint-Laurent aux acteurs de l'Opéra-Comique. ”
Félix Clément, Les musiciens célèbres depuis le seizième siècle jusqu'à nos jours… (1873)
“ Mais la partition ne laisse pas que de porter l'empreinte des qualités qui distinguent toutes les œuvres du compositeur. Le véritable cadre qui convient à cet ouvrage est celui du théâtre de l'Opéra-Comique. C'est là, et non point à l'Opéra, qu'on peut entendre avec plaisir l'air du Charlatan : Approchez tous, venez m'entendre ; celui de : Je suis sergent, Brave et galant Et je mène tambour battant Et l'amour et le sentiment ; insi que la barcarolle en duettino : Je suis riche, vous êtes belle. ”
