“ Et tout autour du pauvre diable qui passe, des paroles perfides sont prononcées ; l’argot prodigue, d’un bout à l’autre de la place, ses trompeuses métaphores. En vain veut-on se roidir, la fascination opère ; on achète, on troque. ”
Pauvre diable
Définition et enjeux
Citations sur “pauvre diable”
Aimée Roger de Beauvoir, Confidences de Mlle Mars (Nouvelle édition… (1862)
“ On eût dit que te diable avait été le seigneur suzerain de l'endroit : non pas te diable que nous connaissons tous, parfumé, ganté, homme ou femme, bon ou mauvais, selon le désir et l'occasion; ou bien encore le pauvre diable à l'habit râpé, à la mine piteuse, grelottant de froid, mourant de faim à la porté de Véfour ou de Chevet, et cachant son coeur sous ses haillons : le diable dont je parle est un horrible diable, qui sent le soufre d'une lieue, porte griffes, cornes et pied fourchu, et ne marche que suivi d'un cortége de vieilles damnées ”
Jules Girardin, Les Théories du docteur Würtz
“ Quant à ses ricanemens, je dois l’avouer à ma confusion, ils n’avaient jamais existé que dans mon imagination. Le pauvre diable avait tout simplement la bouche trop fendue avec les coins relevés; qu’il fût gai ou triste, il montrait toujours toutes ses dents sans le vouloir. ”
Bab, La lanterne du diable : divagation d'un fantaisiste (1868)
“ Je ne suis décidément qu'un pauvre diable qui en sera pour ses frais de voyage. Depuis mon arrivée parmi les mortels, je n'ai pas encore eu l'occasion d'acheter une âme : elles sont toutes vendues! Ah! mes bons amis, quel dévergondage et quelle désillusion pour moi. Le métier de diable ne vaut décidément plus rien, par cette raison que nous cherchons tous à jouer un peu le rôle du diable. Et les diablesses? oh! ne m'en parlez pas, avec leur air de sainte-N'y-Touche, on ne sait plus reconnaître les courtisanes des honnêtes femmes ”
Jules Bois,
Le Satanisme et la magie
(1895)
“ Et comment voulez-vous que les pauvres diables les approchent ? les pauvres diables vont au diable, qui est pauvre, qui est laid, qu’une cour d’adulatrices et d’adorateurs ne défend pas d’un cerne infranchissable. Il leur fallait un saint aussi misérable qu’eux, aussi désuet, aussi calamiteux, dolent, équivoque, un saint d’en bas, un saint de ténèbres, trop mal frusqué pour entrer à l’église, un saint sans feu ni lieu, un saint bohème et mendiant. ”
Adolphe Orain,
Curiosités, croyances, superstitions…
“ Le pauvre diable n’en pouvait plus, et la sueur lui coulait sur le visage. — Tu sembles bien fatigué, mon brave homme, lui dit le seigneur Dieu, tu n’as donc pas d’âne à ton service ? — Hélas ! je suis trop pauvre pour cela. ”
“ Pauvre diable ! Je le vois encore arrivant le matin, hâve, blême, enveloppé dans sa maigre et luisante redingote de professeur infortuné. Comme il était très doux et très triste, ses élèves — dont moi — le jugeaient extrêmement ridicule et ne manquaient pas une occasion de le rendre malheureux, en bons petits bourgeois que nous étions déjà, cruels et lâches. Mâtin ! qu’il faisait froid cette année-là ! Et, malgré la pluie, le vent, la neige, notre professeur arrivait simplement vêtu de sa maigre et luisante redingote dont il relevait le col. Pourtant, au retour des vacances du jour de l’an, le pauvre diable entra le matin à la classe enveloppé dans un pardessus... ”
Jean-Marie Déguignet,
Mémoires d’un paysan bas-breton
“ Je vis bien alors que celui que j’avais été sur le point de prendre pour un diable déguisé était en effet un bien pauvre diable. Nous avons appris plus tard que c’était un vieux vagabond, qui avait été enfant de chœur dans sa jeunesse ; après, il n’avait jamais voulu travailler. Il s’était procuré ce vieux bouquin, pensant peut-être trouver là sa fortune ; mais, après avoir vainement essayé toutes les recettes que le livre contenait, il voulait les faire essayer aux autres moyennant finances. ”
Adolphe Badin, Une famille parisienne à Madagascar avant et pendant l’Expédition
“ Faites comme il vous plaira. Seulement je vous préviens que je me lave les mains de ce qui pourra arriver. Avant huit jours, le pauvre diable retombera plus bas que jamais, mais c’est lui et c’est vous qui l’aurez voulu. ”
Joaquim Maria Machado de Assis,
Quelques Contes
“ Le pauvre diable sortit de là mortifié, humilié, sans pouvoir digérer la réception méprisante, s’efforçant de l’oublier, de l’expliquer ou de l’excuser, pour qu’il ne demeurât dans son cœur que la mémoire du bienfait. ”
“ Tu le verras : le pauvre diable est plus triste et plus sombre que jamais ; il est bien changé. J’ai cependant fait avoir une pension à la veuve de Berthelin ; mais rien ne peut le guérir de son chagrin, il est mordu au cœur. ”
“ On dit encore une force de Diable, un esprit de Diable, un courage de Diable. Un homme franc, ouvert, est un bon Diable! Un homme qu'on plaint, un pauvre Diable! Un homme divertissant, a de l'esprit en Diable! ”
François-Noël Le Roy de Sainte-Croix, Les quatre Cardinaux de Rohan… (1880)
“ Le dîner marcha cependant très bien, et le brave chevalier croyait déjà qu'il avait été oublié, lorsque l'entretien se tourna sur un point théologique. Tout-à-coup le cardinal, visant le chevalier, lui demande à brûle-pourpoint combien des diables il connaissait. L'hôte fut loin de se déconcerter : — Ventre-saint-gris, Éminence, j'en connais trois. — En vérité ? Et quels sont ces trois diables ? — Éminence, il y a un pauvre diable, un bon diable et un mauvais diable. Le pauvre diable, c'est moi, qui trouve à manger chez un bon diable, qui est Votre Éminence. ”
Charles-Marie Leconte de Lisle, Poèmes barbares (Édition définitive… (1889)
“ Dieux ! LE CORBEAU 271 — Ne t'en réjouis pas, rebut de la géhenne ! Dit le Moine. Aveuglé par l'envie et la haine, Tu n'as pu voir, maudit, dans l'univers ancien, Que les oeuvres du mal et non celles du bien, Et tu ne regardais, ô bête inexorable, La pauvre humanité que par les yeux du Diable! — Hélas! je crois, Seigneur, en y réfléchissant, Que l'homme a toujours eu soif de son propre sang, Comme moi le désir de sa chair vive ou morte. C'est un goût naturel qui tous deux nous emporte Vers l'accomplissement de notre double voeu. Le Diable n'y peut rien, Maître, non plus que Dieu ”
Alain-René Lesage,
Le diable boiteux. Tome 1
“ On est surpris de voir ces éternelles louanges dans la bouche d'un démon, et l'on finit par ne plus s'intéresser à ce pauvre diable, qui paraît exclusivement préoccupé de jouer des tours de page et de se faire des protecteurs à la cour. ”
“ Et ce diable que vous oubliez, ce diable qui a fait le proverbe, qui en est, on peut le dire, le chef et l’âme, croyez-vous donc qu’on puisse l’omettre ?... Remarquez que le proverbe ne dit pas tirer l’existence par la queue ; tirer l’argent, la destinée, le crédit, la misère par la queue ; il dit le diable... le diable, Monsieur ; entendez-vous ? Comment ce diable ne vous a-t-il pas sauté aux yeux ? Quoi ! une jeune fille travaille du matin au soir, et est citée comme un ange de résignation et de sagesse ! Il est vrai qu’elle est très-pauvre ”
Amélie Bosquet,
La Normandie romanesque et merveilleuse
“ À peine avait-il prononcé je ne sais quelle formule sacramentelle, que le diable se présenta devant lui, non point sous un déguisement de circonstance, propre à donner le change à l’effroi du conjurateur, mais avec la figure et les attributs horribles qui caractérisent l’éternel bourreau des damnés. Le pauvre domestique, rempli d’épouvante, tenta de s’enfuir. ”
M***, Une persécutée au XIXe siècle (1866)
“ Les hommes sont si méchants, et parfois le diable se cache derrière la croix. Madame B. se prit à rire. — Que l'on vienne donc, continua-t-elle d'un ton un peu moqueur, que l'on vienne donc m'affirmer que ces pieuses associations ne sont pas d'une immense utilité. — La police ne ferait pas mieux. — Un pauvre diable s'en va cacher ses peccadilles, dignes des galères, il est vrai, à une couple de cent lieues., il se croit oublié, perdu dans la foule et l'obscurité; mais un bon chrétien s'attache à ses traces, il le surveille, il lui enlève son masque avec toute la charité d'un recors. ”
George Sand,
Le Diable aux champs
(1857)
“ MAURICE. — Le diable ? Ma foi, je ne sais pas. Il fait donc toujours partie de la troupe, lui ? En lui ôtant ses cornes, ça nous ferait un nègre. EUGÈNE. — Nous en avons déjà un ! Tiens, le voilà, ce pauvre Lipata, un bon petit moricaud très-gai, très-gourmand, qui montre toujours ses dents blanches pour rire ou pour manger. MAURICE. — Voyons !... Nous avons... trente, trente-deux... trente-trois acteurs, en comptant le diable... C’est un compte impair. Au diable le diable ! ÉMILE. — Ah ! ce serait dommage ! Une troupe de comédie sans diable, c’est impossible. ”
Charles Delon, Notre capitale Paris (1885)
“ Plus d'un aussi, au lit de mort, doucement, irrésistiblement sollicité par le confesseur, ou bien peut-être se rappelant la scène du portail, et le grand diable d'enfer... — le diable, vous gavez, n'était jamais bien loin, au moyen âge ! — « pour sa pauvre âme assurer » léguait une somme. ”
Georges Bernanos,
Journal d’un curé de campagne
“ Le pauvre diable qui bouscule sa bonne amie sur la mousse, un soir de printemps, est tenu par vous en état de péché mortel, et le tueur de villes, alors que les gosses qu’il vient d’empoisonner achèveront de vomir leurs poumons dans le giron de leurs mères, n’aura qu’à changer de culotte et ira donner le pain bénit ? ”
William Shakespeare,
Œuvres complètes de Shakespeare…
“ — Si tu veux maudire, que ce soit ton père, — ce pauvre déguenillé qui, dans une boutade, s’est adjoint — à quelque mendiante et t’a créé — pauvre diable de naissance. ”
Joseph Philippe Faury, Saboly : étude littéraire & historique avec un examen du manuscrit conservé à la bibliothèque… (1876)
“ On dirait une troupe d'enfants allègres et lutins, marchant à cloche-pied et narguant un pauvre diable d'homme, gueux, boiteux, mauvais sujet, qui ne peut se défendre contre cet essaim d'enfants terribles. C'est, du reste , partout cet accent de raillerie tapageuse, lorsqu'il s'agit du Diable. Ailleurs il faut entendre encore les bergers lui jetant avec un pied de nez ces notes moqueuses : fa, fa., fa, sol, la, mi, la., tandis qu'un de la troupe, en de sonores couplets, chante le portrait même du Diable. ”
François Rabelais,
Les Œuvres de François Rabelais
“ Ha ! (dist Tripet) puisque tu est pauvre diable, c’est raison que passes oultre, car tout pauvre diable passe partout sans peage ny gabelle ; mais ce n’est de coustume que pauvres diables soient si bien monstez. ”
Eugène Le Roy,
Jacquou le Croquant
(1899)
“ Avec ça, il était d’un caractère jovial, aimant à rire et à plaisanter, et il avait toujours à son service une quantité de vieux dictons ou sentences proverbiales dont il lardait son discours : À un malheureux il disait : Le diable n’est pas toujours à la porte d’un pauvre homme. ”
“ Un autre homme, irrité contre sa fille, qui mangeait trop avidement une écuelle de lait, et qui était excusable puisqu'elle n'avait que dix à douze ans, eut l'imprudence de lui dire:—Puisses-tu avaler le Diable dans ton ventre! La jeune fille sentit aussitôt la présence du démon; et elle en fut possédée jusqu'à son mariage [157] . Un mari de mauvaise humeur donna sa femme au Diable. Au même instant, comme s'il fût sorti de la bouche de l'époux, le démon entra par l'oreille dans le corps de cette pauvre dame, et s'y campa solidement. ”
Adolphe Orain,
Contes du Pays Gallo
“ Malgré les cris et la résistance du pauvre homme, le diable le fourra dans son sac qu’il chargea sur ses épaules. En passant à travers une pâture, Satan se rappela qu’il avait affaire à une noce, et déposa son fardeau sous une touffe de genêt, avec l’intention de venir le reprendre. ”
Clémence Robert,
Le Pauvre diable, par Clémence Robert…
(1847)
“ Pour peu que le mari soit actif, intelligent ( et vous êtes tout cela, je n'en doute pas) , quelque pauvre qu'on se trouve en entrant en ménage, le moment ne peut manquer de venir où le diable se lasse d'habiter la maison... ”
Étienne Georges, Coup d'oeil sur les progrès de la langue français en Champagne… (1863)
“ Ce vidame, pour rerw-er dans sa charge dont il avait été dépouillé par son évêque, s'était donné au diable ; il exhale sa douleur, il se reproche sa folie, il gémit du malheureux sort qui l'attend et qu'il n'a que trop mérité, il peint le triste état de sa pauvre âme qui aspire au ciel et qui est dévouée à l'enfer ; tout cela, dans l'idiome naïf des âges de foi, intéresse par des détails pleins de naturel. ”
“ Malheureuse, quand nous te marierons à quelque pauvre diable, tu te briseras les os, en retombant sur la terre. ”
“ On a déjà vu qu'une jeune religieuse fut possédée du Diable, pour avoir mangé une laitue sans dire son benedicite. Il est probable que ce mot est terrible aux démons.Une nonne était si véhémentement tracassée par le Diable, qu'elle excitait la pitié de toutes les sœurs. Ce n'était point de ces espiégleries qui ne font qu'exercer la foi et la patience, c'étaient des tourmens insupportables: l'esprit immonde se jetait impudemment sur le lit de la pauvre nonne, la serrait dans ses bras, et lui faisait toutes sortes de violences. On avait inutilement consulté les experts ”
“ Le Diable, qui sans doute avait pris ce pauvre jeune homme en amitié, ne se retira point d'abord; mais, sans plus mettre de conditions à son bienfait, il ouvrit la main de l'écolier, et lui donna une petite pierre, en lui disant:—Tant que tu tiendras cette pierre dans ta main, tu sauras tout ce qu'un homme peut savoir. ”
Abbé Blin, Vie de M. Jean Hue,... membre de la Congrégation des Missions étrangères… (1875)
“ « Elle a vu « le diable ce soir », me dit-on, « et depuis ce moment elle éprouve « des contorsions effroyables ». J'arrive, la pauvre fille ouvrait deux grands yeux qui effrayaient. Elle avait la figure enflée et la bouche tordue, et ne répondait rien aux exhortations que je lui faisais, sinon ces mots : « Le diable est ici ». J'approchai le crucifix pour le lui faire baiser. Elle ne pouvait en supporter la vue et voulait reculer. Je lui donnai l'eau bénite et fis réciter des prières : aucun changement. ”
“ Au dessus de la ligne : faux. ' Au dessus de la ligne : le diable. �� � UNE SAISON EN ENFER 247 VOUS avez fait mon malheur et vous avez fait le vôtre. Pauvre innocent ! — L'enfer ne peut attaquer les païens. C'est la vie encore ! Plus tard, les délices de la damnation seront plus profondes. Un crime, vite, que je tombe au néant, de par la loi humaine. ��Tais-toi,^ mais tais-toi! C'est la honte, le reproche, ici: Satan qui dit que le feu est ignoble, que ma colère est affreusement sotte. — Assez !... Des erreurs qu'on me souffle, magies, parfums faux, musiques puériles. ”
Ch. Louandre, Le diable. — Sa vie, ses mœurs et son intervention dans les choses humaines
“ Cette antique et sombre légende du diable est peut-être le symbole le plus amer de la tristesse infinie qui est dans tous les temps et dans toutes les choses, des semences du vice, de l’obscur instinct du mal qui est au fond de toutes les ames, et, malgré sa folie, son impiété même, elle a exercé sur le passé une influence utile. ”
“ «Voici la chose en deux mots, répondit le démon; ils vont tard aux offices, et en sortent de bonne heure; ils dorment la grasse matinée, et ils s'occupent la nuit de pensées charnelles; ils mangent plus qu'ils ne doivent, quand ils sont au réfectoire; ils se disputent dès qu'ils peuvent parler, et jasent comme des pies dans les momens de silence. A des gens moins fins que vous, on dirait que tous ces défauts sont de l'essence de l'homme; mais vous autres théologiens, vous savez que c'est le Diable qui fait tout cela, et qu'il tente partout, hormis la chapelle et le confessionnal [123] .» ”
George Sand,
Le Diable aux champs
(1857)
“ C’est encore nous qui nous rebutons le moins de leur faire un peu de bien. Tous les gros sous qu’ils jettent aux fétiches, nous les ramassons pour les leur rendre en assistance ; et voilà un diable qui n’est pas plus vilain que bien des anges dont la sculpture primitive a orné nos églises ; voilà un diable qui n’a fait de mal à personne, et qui me rapportera de quoi donner, cet hiver, du pain et des sabots à plusieurs chrétiens rafalés. ”
George Sand,
Le Diable aux champs
(1857)
“ MAURICE. — Enfin, je vous le demande ? sommes-nous méchants par nature, ou bien y a-t-il un principe de méchanceté répandu dans notre atmosphère, qui nous bouscule l’entendement ? EUGÈNE. — Grave question, messeigneurs ! Moi, je crois au diable sous une figure palpable : une bouteille de Champagne ou la belle Myrto. Voilà les principes sataniques qui flottent dans nos atmosphères ! DAMIEN. — Ce grand esprit vient d’éclairer la question ! Le diable est dans les êtres qui nous entourent, donc il est en nous aussi, à moins que nous soyons des anges. (À Émile.) ”
