“ Et vous rangez les pleurs jusqu’au fin fond des yeux. Vous rangez le Seigneur jusqu’au fin fond des cieux. Vous rangez la brûlure au fin fond de la forge. Et vous rangez la paix jusqu’au fin fond des guerres. Et vous rangez le fer laissé dans la blessure. Vous regardez monter cette double luxure, La luxure du sang et des ruses vulgaires. ”
Lure
Définition et enjeux
Le concept de lure désigne un phénomène complexe, souvent lié à la tension entre le désir et la peur, le combat et la souffrance. Ce thème a été abordé par divers auteurs, chacun y trouvant une perspective spécifique : Charles Péguy y voit une métaphore de l'âme en quête de sens, tandis que Bitteau l'inscrit dans le contexte militaire de la guerre de 1870.
Victor Hugo et Noël Garnier, eux, en révèlent les ombres, mêlant douleur et engagement. Les textes mettent ainsi en lumière une diversité d'approches, allant de l'existentialisme à l'historique. Les thèmes associés, comme Héricourt ou Montbéliard, soulignent un ancrage géographique et historique, inscrivant lure dans un cadre concret de conflits et de mémoire partagée.
Citations sur “Lure”
Adrienne Durville, Carnets de guerre d’Adrienne Durville
“ À Lure, tout le monde descend pour la visite des papiers ; personne ne peut continuer le voyage sans être bien en règle. À la gare de Belfort, je trouve tout mon monde qui me fait fête et m’accueille avec beaucoup d’amitié, goûter plantureux en mon honneur ; je leur raconte les quelques nouvelles que je sais, et j’apprends que Renée et Julie sont allées dimanche à St Amarin pour la décoration de M. Béha. ”
Charles de Bernard,
Poésies et théâtre , par Charles de Bernard…
(1855)
“ Clairon bruyant qui nous appelle aux armes, Mon coeur blessé t'écoute avec transport. Le sang sied mieux à l'homme que les larmes, Et dans la guerre on peut trouver la mort. Ah ! lorsqu'on est plein de vie et de flamme, Mourir alors, jeune, dans un combat, Pour son pays et pleuré de sa dame, Quel rêve d'or pour l'âme d'un soldat ! On s'attendrit sur cette fleur qui tombe Avant que l'âge ait fané ses couleurs. Moi, si je meurs, personne sur ma tombe N'apportera le tribut de ses pleurs ! ”
Edmond Arnould, Sonnets et poèmes , par Edmond Arnould… (1861)
“ J'entends le vent mugir, et gronder la tempête ; J'entends le flot plaintif qui gémit sur l'écueil ; J'entends un cri mêlé de vengeance et de deuil Qui vient des monts du nord, roulant de crête en crête. C'est un peuple opprimé qui redresse la tête Et va, le fer en main, conquérir un cercueil... L'éclair de son regard a brillé dans mon oeil ; Son cri m'a rappelé que je suis né poëte. Et que puissent mes vers, enfants du sombre orage, De ceux qui vont mourir exalter le courage, Exciter les vaillants à leur suprême effort ! ”
Charles de Mazade,
Chronique de la quinzaine, histoire politique et littéraire - 14 mai 1856
“ Oh ! que la mort est belle sur le champ de bataille. Un léger nuage troublait seul ma joie de mourir en combattant, c’était de croire que j’étais blessé par derrière. Il me semblait entendre mes ennemis politiques m’accuser d’être mort d’une blessure ignominieuse. ”
Ferdinand Dugué,
Les Ressouvenirs, poésies
(1886)
“ Moi que la guerre sacrilège A séparé des miens, hélas! Aujourd'hui, par un temps de neige, Seul, errant, je vais pas à pas... A l'horizon le combat tonne Et dans un brasier qu'il sillonne L'obus éclate avec fracas!... Incendie et guerre et carnage! Le jour de fête est jour de deuil! Mais ce qui console ma rage, C'est l'espoir né d'un juste orgueil Que de cette race ennemie Le sol sacré de ma patrie Deviendra l'immense cercueil!... ”
Léopold Laluyé, Poésies (1872)
“ Tes enfants, mère, Vénèrent ta douleur et respectent ton deuil ; Quelques-uns des combats portent la trace altière, Bien d'autres ne sont plus !... Ils dorment sous la terre, Embaumes dans leur gloire, au fond d'un froid cercueil. Ne les plains pas : la mort, qui dompta leur courage, Ferma leurs yeux mourants à tes affronts derniers... Plains les vivants plutôt, plains ceux pour qui l'orage N'a ni soleil ni trêve, et qui font le voyage De la vie à travers les plus sombres sentiers. ”
Noël Garnier, Le Mort mis en croix, poèmes (1926)
“ Vous, que la terre a mis en croix. NOSTALGIE DE LA GUERRE J'ai pris ta bouche et tes seins droits D'un même baiser sacrilège. Ma peine a fondu sous tes doigts Comme, au soleil levant, la neige. J'ai l'horreur de ce vide en moi, J'ai trahi mes morts encore une fois. Ah ! courber sous mille linceuls Comme autrefois mon front en deuil, Ne pas avoir d'autre pâture Que le sang de mille blessures, Saigner, saigner, saigner autant Que mes soldats, en d'autres temps, Lorsque la guerre insatiable Emplissait ma bouche de sable, Comme au fond d'un trou sans espoir Un mort mâchant l'éternel soir. ”
Romain Rolland,
Les Précurseurs
“ Aplati par terre, tandis que les obus sifflant au-dessus de nous passent, je pense : Mourir ! Pourquoi mourir sur ce champ de bataille ?... Mourir pour la civilisation, la liberté des peuples ? Des mots, des mots, des mots. ”
Leconte de Lisle,
Poèmes barbares
(1862)
“ Tais-toi. Le ciel est sourd, la terre te dédaigne. À quoi bon tant de pleurs si tu ne peux guérir ? Sois comme un loup blessé qui se tait pour mourir, Et qui mord le couteau, de sa gueule qui saigne. Encore une torture, encore un battement. Puis, rien. La terre s’ouvre, un peu de chair y tombe ; Et l’herbe de l’oubli, cachant bientôt la tombe, Sur tant de vanité croît éternellement. ”
Jacques Normand, Le Laurier Sanglant
“ Et la Mort, galopant dans un ciel de tempête. L’homme, grisé de sang, tombe au rang de la bête ; Partout la Violence et la Terreur partout... Prise de désespoir, de honte, de dégoût, L’Humanité se voile et détourne la tête. ”
Pierre Quillard,
La lyre héroïque et dolente
“ Qui durerez de l'aube au soir, pendant dix ans,Comme le cri des flots qui heurtent les brisants,J'entends déjà clamer les corps sous les entailles. Un souffle meurtrier et pestilentielS'exhale de la mort et des chairs refroidiesSans linceul, tandis qu'aux lueurs des incendiesDe vastes lacs de sang pourrissent sous le ciel, De vastes lacs de sang où, rigides et vertes,Vont des flottes de morts convulsifs par milliers,Où s'acharnent sans peur, repus et familiers,Les vautours réjouis des cervelles ouvertes. ”
André de Guerne, Les Siècles morts
“ Le flot précipité de tes blessures neuves D’une sanglante écume empourpre l’eau des fleuves ; L’écorce des Pays est un champ dévasté Et la terre muette, en sa stérilité, Te pleure, ô Printanier, qui disparais encore ! Pleurez ! la nuit s’amasse et n’aura plus d’aurore ! Pleurez, Esprits des Dieux, vous qui me reverrez Heurter au mur de fer mes bras désespérés ! Pleurez, Esprits des Dieux ! ”
A. L***, La guerre et la paix . Chants lyriques… (1824)
“ Du haut de son orgueil, ainsi devant ta foudre, Doit tomber dans la poudre Quiconque, ô Dieu des dieux, sans ton nom régnera. Il meurt, l'impie, il meurt; tel qu'un vautour avide Qui sur les noirs déserts, en cadavre livide, Vient grossir, de son sang, les débris des troupeaux : Et toi, Héros pieux, comme un guerrier céleste, Aux seuls méchans funeste Tu venges Dieu, les rois, la paix et nos tombeaux. ”
Louis Dimier,
Vingt ans d'action française et autres souvenirs
(1926)
“ L'image du lointain champ de bataille où règnent l'épouvante et la mort, où ils avaient exercé leur courage, où ils étaient enfin tombés, où le corps de quelques-uns mêlé parmi tant d'autres ne serait jamais reconnu, n'aurait jamais de funérailles, enveloppait d'une horreur inexprimable ce deuil cuisant. ”
Johann Wolfgang von Goethe,
Œuvres de Goethe
“ Je demeure dans ma détresse, j’attends le matin dans les larmes. Creusez la tombe, amis des morts, mais ne la fermez pas avant que je vienne. Mes jours s’évanouissent comme un songe. Comment pourrai-je leur survivre ? Je veux habiter avec mes amis vers le torrent de la roche bruyante.... Lorsqu’il fera nuit sur les monts, et que l’orage passera sur la bruyère, mon ombre s’arrêtera dans l’orage et pleurera la mort de mes amis. ”
Félix Charpentier,
L'anniversaire, ou Le barde de Hradschin aux fêtes de juillet…
(1834)
“ Malheureux! buvez à vos crimes ; Buvez à notre long chagrin ; Buvez au deuil de vos victimes ; Dieu se réserve un lendemain. La torche de vos funérailles , S'allume aux flambeaux du banquet, Et me montre sur les murailles, Le doigt qui trace votre arrêt. Votre règne touche à son terme ; Méchants ! Dieu se réveillera. Nos cris iront toucher l'oreille qu'il nous ferme, A votre tour Dieu vous abaissera. En vain, vous condamnez notre lyre au silence, De vos fureurs bientôt Dieu se sera lassé, Et, pour ceux qu'aujourd'hui proscrit votre insolence, Nous chanterons encor quand vous aurez passé. ”
Eugène Manuel,
Pendant la guerre : poésies...
(1872)
“ La plaine boira, plus féconde, Le sang de tous ces nobles cœurs ; Mais un deuil qui navre le monde Vous attend, vaincus ou vainqueurs! Si vous avez des consciences Que le remords puisse émouvoir, Étouffez vos impatiences, Et pesez bien votre devoir! La guerre où vous poussez les hommes Garde plus d'un retour vengeur; La minute obscure où nous sommes Trouble pour vous l'humble songeur! La mort va faucher sur vos terres : De quel côté? nul n'en sait rien! ”
A. de Limours, Soirées d'automne : nouvelle morale en action (1841)
“ Il affronte comme en un champ de bataille ces forteresses de la mort. Partoutson cœur laisse échapper des soupirs, ses paroles consolent les plus désespérés, ses mains pansent des plaies, ou essuient des pleurs. ”
Élie Faure,
Histoire de l'Art. L'Art moderne…
(1921)
“ Voici la guerre, le sang rouge comme le ciel et l'incendie, des yeux mangés de pleurs, des cheveux noirs ou roux tordus comme des vipères, les bras d'un cadavre étendu sur les genoux d'une mourante, les chevaux reniflant la mort. ”
“ Ils étaient plein de vie nos vaillants héros qui avaient affronté la mort, bravant le feu et la mitraille, circulant au milieu de cet enfer qui faisait trembler le sol et vibrer l’air, qui se battirent parmi les blessés hurlant de douleur et trempant la terre de leur sang... ”
Auguste Brizeux,
Œuvres de Auguste Brizeux
“ Assez de guerres ! criaient des milliers de voix. Assez de sang versé pour l’ambition d’un homme ! Nos pères et nos frères sont morts sur tous les champs de bataille ! Nous, s’il faut mourir, nous mourrons en Armorique. ”
Voltaire,
Correspondance, III (1738-1740…
“ Dans des tourments sans fin, d’une angoisse mortelle, Je désirais l’instant qu’éteignant mon flambeau La mort, assouvissant sa passion cruelle, Me précipitât au tombeau. C’est par vous, propice jeunesse, Que plein de joie et d’allégresse, Des tourments de la mort je suis sorti vainqueur. ”
André de Guerne, Les Siècles morts
“ Dans les parfums et le soleil ! — Le sang comme une source au travers des murailles Filtre. La mort avide a fauché sa moisson ; Et la ville, où les corps gisent sans funérailles, N’est plus qu’un monceau noir qui fume à l’horizon. ”
Johann Wolfgang von Goethe,
Faust
“ Le soleil s’éteint, mais la bataille est toute en feu ; la nuit sombre descend enfin sur les armées. « Frères, que Dieu nous protège !... Nous nous reverrons dans un autre monde ! » De toutes parts le sang jaillit ; les vivants sont couchés avec les morts ; le pied glisse sur les cadavres... ”
Charles Arthur Gauvreau,
Captive et bourreau
(1883)
“ Le vent du malheur soufflera, et il y aura des larmes versées sur des ruines à jamais irréparables. Prends garde, jeune fille ; défie toi de l’ombre. Qui sait si le couteau qui brillera un instant aux rayons de la lune argentée, ne frappera pas ton cœur pour l’envelopper dans un long deuil ? Prends garde au sang et à l’assassin. ”
“ Le champ ; mange l’abeille et mange l’alcyon ; Sois le ver monstrueux du fruit création. Dieu ! Pourquoi créas-tu la mort ? l’homme invente ; L’eunuque bat des mains, ébloui d’épouvante. Tuez, tuez ! — Au nord, au couchant, au midi, Partout, cercle effroyable et sans cesse agrandi, La bataille repaît mes yeux visionnaires. ”
George Sand,
Journal d’un voyageur pendant la guerre
“ Des milliers d’hommes viennent de joncher les champs de bataille de leurs cadavres mutilés. Chers êtres pleurés ! une grande âme s’élève avec la fumée de votre sang injustement, odieusement répandu pour la cause des princes de la terre. ”
Louis de Lyvron, Poèmes en prose
“ « Si la mort vous appelait, que répondriez-vous à la mort ? » Les cavaliers frappent trois coups de lance sur leurs boucliers et crient tous ensemble : « Nous dirions à la mort, gaiement : « Hier déjà nous t’attendions gaiement ! aujourd’hui nous te suivrons gaiement ! » Les yeux que j’aime ont la couleur de l’airelle sauvage ; ils sont plus doux qu’un vent de mai, plus profond qu’un étang glacé et plus purs qu’un bouclier d’or. Si la mort vous appelait, que répondriez-vous à la mort ? ”
Georges Ozaneaux, Erreurs poétiques de Georges Ozaneaux… (1849)
“ Vous qui dormez aussi, mais dans le froid cercueil, 0 Rois, réveillez-vous ! Les pompes d'un long deuil, L'appareil des douleurs véritables ou feintes, Suivirent les débris de vos grandeurs éteintes. 0 Rois, réveillez-vous! sortez de vos tombeaux, Accourez, accourez sur le bord de ces eaux : Venez voir cette barque et ces guerriers farouches. Des mots blasphémateurs ont frémi dans leurs bouches : Regrettant le sommeil et leur pauvre réduit, Ils accusent le ciel, ils maudissent la nuit. ”
Johann Wolfgang von Goethe,
Théâtre de Goethe
“ EUPHORION. Entendez-vous sur la mer le tonnerre ? L’enlendez-vous retentir de vallons en vallons ? Dans la poussière et sur les flots, armée contre armée, dans la foule qui se presse, pour la douleur et le martyre.... Et la loi, c’est la mort !... Je .comprends cette fois. HÉLÈNE, FAUST et LE CHOEUR. Quelle épouvante ! quelle horreur ! La mort est-elle donc ta loi ? EUPHORION. Devrais-je regarder de loin ? Non, je partagerai les alarmes et le péril. LES PRÉCÉDENTS. Orgueil et danger ! Mortelle destinée ! Euphobion. Mais quoi ! deux ailes se déploient ! La-bas ! Il le faut ! ”
Louis Bouilhet,
Œuvres de Louis Bouilhet
“ Au pied des monts géants, pleure, et, par chaque plaie, Va roulant sa sanie au noir égout des mers. Et peut-être, ô terreur, quand du haut de la nue, La nuit verse sur nous le silence et la paix, La planète que ronge une angoisse inconnue Pousse un long cri de mort qu’on n’entendra jamais. ”
Emmanuel Vitte, Les Voix profondes, par Emmanuel Vitte (1917)
“ Quels châtiments, quels anathèmes Font ruisseler ainsi tant de pleurs et de sang, Et germer tant d'angoisse? Est-il venu le temps Des expiations suprêmes? Partout plane la mort et l'embûche est partout. Ils tombent par milliers ceux qui marchaient debout, Sous la fulgurante mitraille; Têtes, jambes et bras volent de toutes parts, Et le coeur le plus brave, à ces débris épars, D'épouvante et d'horreur tressaille. ”
Alexandre Guillemin, Lamentation sur la catastrophe du 8 mai 1842… (1842)
“ Versons les larmes du Prophète, Chantons ses lugubres accords : Un deuil sanglant couvre une fête! C'est comme la fête des morts ! VIII. La science, les arts, le barreau, l'industrie, Tout meurt sous ce fléau sans frein ! Et les soldats de la Patrie, Eux-mêmes, dont le front serein A contemplé la mort dans les champs du carnage, Crioient, dans l'épouvante, à sa nouvelle image : « Cruel feu! plus cruel que les foudres d'airain! » ”
Alfred Des Essarts, La Comédie du monde, par Alfred Des Essarts (1851)
“ Un combat dont la cause est souvent bien frivole ; Se dire que l'on est jeune, heureux, fort et beau, Et que demain peut-être en un sombre tombeau L'on descendra, passant d'une vie enchantée A la cité de deuil par la mort habitée! La vengeance, déjà savourant son plaisir, Ouvre ses mains d'acier afin de vous saisir. ”
Jean-Baptiste-Gaspard Roux de Rochelle, Les trois âges, ou Les jeux olympiques… (1838)
“ Sans espérer de vivre, il faut encor souffrir : Pleuré de ses sujets, ce guerrier va mourir; Et les flambeaux d'hymen , allumés pour sa fille, Guident vers le tombeau les pas de sa famille. Le deuil couvrit alors les murs de nos cités (21) : On vit les chevaliers, mornes, épouvantés, Déserter les tournois, et des lices funestes Brisant dans leur douleur les homicides restes, Maudire ces combats, sources de leurs regrets. Mais, semblable aux débris des antiques forêts Dont la hache et les vents épargnent les racines, L'influence des lois survit à leurs ruines. ”
Anonyme, Revue des Deux Mondes
“ UNE VOIX. Encore quelques jours de gloire terrestre, de cette pâle fumée qu’ont respirée tes ancêtres, et toi et les tiens vous périrez ! Vous périrez sans sépulture, sans les cloches qui devraient sonner votre agonie, sans les pleurs de vos parens et de vos amis. Votre mort sera, comme la nôtre, triste et terrible, sur ce même rocher de douleur où nous avons été enchaînés. ”
Émile Verhaeren,
Les Visages de la vie
(1916)
“ Mortes — depuis quels temps et sur quels échafauds ?– Quand le peuple portait des morts , comme drapeaux , Devant ses pas rués vers la conquête humaine . Egarons -nous , mon âme , en ces cryptes de deuil , Où , sous chaque tombeau , où , dans chaque linceul , On écoute les morts si terriblement vivre . Leur désespoir superbe et leur douleur enivrent , Car , au delà de l' agonie , ils ont planté , Si fortement et si tragiquement leur volonté Que leur poussière encore est pleine Des ferments clairs de leur amour et de leur haine . ”
“ Voir passer des mortels la blême et triste foule Que l’âpre mort poursuit vers la tombe, et qui roule, Pêle-mêle, étouffant ses murmures plaintifs ?... — La tempête et la mort quelquefois font silence ! ”
Daniel Lesueur,
Poésies de Daniel Lesueur
“ Plus d'étoiles au ciel, plus de feuilles aux roses,Depuis que nous restons penchés sur un tombeau?Quoi! mourir est-il donc un problème si sombre?N'est-il point de splendeur dans un couchant vermeil?Tout s'éteint, douce loi. Pendant les nuits sans nombre,Alors que nous fermions nos paupières dans l'ombre,Nous est-il arrivé de craindre le sommeil?Apprendrons-nous enfin à garder le silence,A demeurer muets devant les morts pensifs?A quoi bon tant de mots? Lorsque avec violenceLa passion en nous se déchaîne et s'élance,Nos plus informes cris sont les plus expressifs. ”
