“ Sans doute, les Sirènes suspendirent leurs concerts, et Thalie déposa sa lyre mélodieuse aux accents de ta voix, de ta voix dont la douceur contagieuse lance dans l’âme des malheureux qui t’écoutent tous les traits de l’Amour. Mon cœur, frappé par toi, saigne d’une blessure profonde que l’acier même ne peut guérir : mais que tes lèvres calment par un baiser mes cruelles souffrances ; ce bienfaisant dictame est seul capable de dissiper les maux que j’endure. ”
Thalie
Définition et enjeux
Thalie, figure mythique liée à la comédie et aux arts du spectacle, incarne l'inspiration poétique et la grâce théâtrale. Depuis l'Antiquité jusqu'au XVIIIe siècle, elle a inspiré des auteurs comme Petronius, qui la présente comme une muse émouvante, ou Thomas Corneille, qui la place au cœur des réflexions sur le théâtre.
Voltaire, dans ses lettres, la célèbre comme une muse protectrice, tandis que Sainte-Beuve la définit comme la beauté liée à l'harmonie des formes. Ces approches, mêlant mythologie et réflexion artistique, soulignent sa place centrale dans la tradition littéraire.
Citations sur “Thalie”
Thomas Corneille,
Poèmes dramatiques de Thomas Corneille
“ Thalie. Avec succès je croi que chacun s’en acquitte ; Si par hazard la chose est autrement, Le zéle tient lieu de mérite, Et le public qui de l’orgueil s’irrite, Aux modestes acteurs se prête bonnement. Quoi qu’il en soit, faites-les moi connoître, Je prétens les encourager ; Et, suivant ce qu’ils pourront être, Je m’engage à les protéger. Crispin. N’est-ce pas trop vous engager ? Thalie. Non, qu’ils viennent. Crispin. ”
Voltaire,
Correspondance, II (1736-1738)
“ Vous me connaissez bien peu, discrète et ingénieuse Thalie. L’enfant que je vous ai fait m’est toujours cher ! Vous avez voulu qu’il parût dans le monde, et vous avez craint que je ne l’envoyasse pas à sa mère ! Vous avez grand tort : il est parti, et vous devez l’avoir [2] . Disposez-en ; mais je vous demande en grâce d’y laisser les petites plaisanteries que vous y trouverez ; que la supériorité de votre goût s’accommode un peu à la gaieté du parterre : il veut du plaisant plutôt que du fin. ”
Charles Deulin, Les Contes de ma mère l’Oye avant Perrault
“ À la fin, il arriva à la chambre où Thalie était comme enchantée. Au premier coup d’œil, le roi crut qu’elle dormait et il l’appela ; mais il ne put la réveiller, quoi qu’il fît. Comme il s’était épris de sa beauté, il la porta à bras le corps sur un lit [1] .., la laissa couchée et s’en retourna à son palais, où il ne tarda pas à oublier toute cette aventure. ”
Charles Augustin Sainte-Beuve,
Portraits littéraires, Tome II
“ Des trois Grâces, dit-il, la première étoit nommée Aglaé, la seconde Thalie, et la tierce, Euphrosyne. Aglaé signifie splendeur, qu’il faut entendre pour celle grâce d’entendement qui consiste au lustre de vérité et de vertu. Thalie signifie la verde, agréable et gentille beauté : à savoir celle des linéaments bien conduits et des traits, desquels la verde jeunesse est coutumière de plaire. Euphrosyne est la joie que nous cause la pure délectation de la voix musicale et harmonieuse. ”
Voltaire,
Correspondance, II (1736-1738)
“ Il vient un temps, aimable Thalie, où le goût du repos et les charmes d’une vie retirée l’emportent sur tout le reste. Heureux qui sait se dérober de bonne heure aux séductions de la renommée, aux fureurs de l’envie, aux jugements inconsidérés des hommes ! Je n’ai que trop à me repentir d’avoir travaillé à autre chose qu’à mon repos. ”
Claude Boyer, Les Amours de Jupiter et de Sémélé
“ C’est savoir se connaître, et c’est par cette adresse Qu’étant faible on se fait honneur de sa faiblesse. THALIE. Selon vous tout est faible, à moins d’être en fureur. Guérissez votre esprit d’une si longue erreur : Je viens vous détromper et non pas vous combattre : Ne me disputez plus la gloire du Théâtre ; Votre Règne est passé, le mien vient à son tour ; Vous êtes du vieux temps et de la vieille Cour ; Tout le monde aime à rire, et j’en sais la méthode : Vos tristes entretiens ne sont plus à la mode ; Louis m’aime en un mot, j’ai pour lui des appas. ”
Jean-François Marmontel,
La neuvaine de Cythère
(1879)
“ Le faune se met à table avec Vénus et l'Amour; les Graces prennent leur lyre. Aglaé peint l'enfance de l'Amour et ses conquêtes, les amours d'Antiope et de Pasiphaé, etc., etc. Thalie chante et danse un dithyrambe en s'accompagnant du tambourin ; mais son chant est si animé et si expressif, qu'un vertige soudain s'empare de tous ceux qui écoutent, et on se livre aux plus bruyants transports. ”
Thomas Corneille,
Poèmes dramatiques de Thomas Corneille
“ Crispin. On fait tout ce qu’on peut pour plaire, Et l’on est fort content quand on a réussi, Thalie. Arrive-t-il souvent que l’on y réussisse ? Et pendant mon absence... Crispin. Et pendant mon absence...On s’est passé de vous, Et pour peu qu’on nous applaudisse, Nous redoublons nos soins ; enfin nous sommes tous Fort contens de Paris, quand Paris l’est de nous. Thalie. De bons acteurs la troupe est-elle bien fournie ? Crispin. ”
Émile Montégut, Dramaturges et romanciers ; Le théâtre de Théodore Barrière… (1890)
“ Une Thalie plus franchement garçonnière est bien mieux le fait des sanguins et des musculeux comme lui. Qu'ont besoin ceux-là de sortir de la réalité? Ils sont assez forts pour s'en défendre, assez bien équilibrés pour n'en être pas attristés, assez sains pour s'en guérir, si elle les infecte, assez bien armés pour s'en venger et pour en venger autrui. Elle est le domaine que la nature leur a donné à exploiter, et ce n'est pas une preuve médiocre de bon sens à M. Augier que de l'avoir compris. ”
Voltaire,
Correspondance, II (1736-1738)
“ Lorsque deux personnes qui ont autant de goût et d’esprit que vous et M. d’Argental jugent si unanimement, sans s’être communiqué leurs idées, c’est une espèce de démonstration pour moi, ma charmante et judicieuse Thalie, qu’il ne faut pas appeler de cet arrêt. ”
Tristan Bernard,
Auteurs, acteurs, spectateurs
(1909)
“ Le visage de Thalie et celui de Melpomène disparaissaient, en effet, sous des couches renforcées de blanc gras et de rouge. Leurs traits étaient noyés, leurs muscles faciaux jouaient à peine : Melpomène et Thalie n’avaient plus figure humaine. ”
Voltaire,
Correspondance, III (1738-1740…
“ Thalie, qui gouvernez Melpomène, parmi les Mahomets, les Warvick et les Alméides, ce que vous savez trouvera-t-il sa place ? Vous en aviez vu l’ébauche ; je l’envoie avec quelques coups de pinceau, qui sont le fruit de vos judicieux conseils ; il m’est venu de si terriblement beaux sujets dans la tête que j’ai peur de ne plus rien faire que des pièces de théâtre. ”
Charles Deulin, Les Contes de ma mère l’Oye avant Perrault
“ LE SOLEIL, LA LUNE ET THALIESOLE, LUNA E TALIAPentamerone, journée v, conte 5. Il y avait une fois un seigneur qui eut une fille nommée Thalie. Il fit venir les savants et les devins du royaume pour tirer son horoscope. Ceux-ci tombèrent tous d’accord que l’enfant serait un jour en grand péril à cause d’une écharde de lin. Pour éviter ce malheur, le père défendit qu’il entrât dans la maison ni lin, ni chanvre, ni rien de pareil. Quand Thalie fut grandelette ; un jour qu’elle était à la fenêtre, elle vit passer une vieille qui filait. ”
Thomas Corneille,
Poèmes dramatiques de Thomas Corneille
“ Crispin. Allons, gaiement ; la Muse est gaillarde & folâtre, Et le comique est son emploi. ENTRÉE DES ACTEURS & actrices qui viennent saluer Thalie.Thalie. Vos acteurs, à ce que je vois, Ont presque tous du talent pour la danse ? Crispin. Fi donc, vous vous moquez, je crois, Ce n’est pas là danser, c’est marcher en cadence. Thalie. Quelqu’un de vous n’a-t-il pas de la voix ? Crispin. Pour chanter, non ; il est vrai que par fois Ils vous prennent un ton tendrement énergique. ”
Jean-Baptiste Dubos,
Réflexions critiques sur la poésie et la peinture
“ Le poëte comique nous entretient donc des avantures de nos égaux, et il nous présente des portraits dont nous voïons tous les jours les originaux. Qu’on me pardonne l’expression : il fait monter le parterre même sur la scene. Les hommes toujours avides de demêler le ridicule d’autrui, et naturellement desireux d’acquerir toutes les lumieres qui peuvent les autoriser à moins estimer les autres, devroient donc trouver mieux leur compte avec Thalie qu’avec Melpoméne : Thalie est encore plus fertile que Melpoméne en leçons à notre usage. ”
Voltaire,
Correspondance, II (1736-1738)
“ Je ne demande point l’amitié du sieur Guyot de Merville ; je demande seulement que vous lui fassiez connaître par un mot (et un mot de vous porte coup) , qu’il ne doit point farcir ses préfaces d’injures inutiles contre des personnes qui ne lui ont jamais nui ; rendez-le, si vous pouvez, honnête homme et bon auteur, et sans qu’il vous en coûte qu’un petit conseil donné à propos. Vous savez obliger aussi bien que plaisanter, et je sais que Thalie est un honnête homme. ”
Charles Deulin, Les Contes de ma mère l’Oye avant Perrault
“ Thalie fut enchantée de les envoyer. Ce cœur de Médée commanda alors au cuisinier de les égorger et de les accommoder à diverses sauces pour les faire manger à son pauvre mari. Le cuisinier avait l’âme bonne. Lorsqu’il vit ces deux belles pommes d’or, il en eut compassion et les donna à sa femme pour les cacher ; à leur place, il accommoda deux chevreaux de vingt façons. Quand le roi arriva, la reine se fit un plaisir d’envoyer quérir les plats et, voyant qu’il mangeait de grand appétit, elle lui dit : — Oh ! comme cette fricassée est bonne ! ”
Lucien Métivet,
Jean-qui-lit et Snobinet
“ Thalie, classe de comédie, et Melpomène, classe de tragédie ; la farouche Melpomène se grandit par les hautes semelles de ses cothurnes tandis que la souriante Thalie porte comme Perrette « cotillon simple et souliers plats ». Terpsichore, la ballerine « qui se réjouit aux danses ». La sévère Polymnie « qui aime les chants héroïques » et qui doit être frileuse car on la montre toujours enveloppée jusqu’aux oreilles dans son grand manteau. ”
Simon-Pierre Mérard de Saint-Just, Lettre en prose et en vers, à Madame Julie D. Ch… (1794)
“ Avec raison Thalie est indignée Du froid jargon du petit Marivaux, Adroit brodeur sur toile d'araignée, Et le moins froid encor de ses rivaux. Le tems du marivaudage paraît renaitre , et pire : c'est la même afféterie , ce sont les mêmes fausses grâces et son affectation grimacière. ”
Louis Étienne, La Comédie contemporaine
“ La comédie aime les hommes faits, et Thalie ne devait pas être la plus jeune des neuf sœurs. L’autre, qui professe le culte de la fantaisie et qui recommande d’avoir toujours vingt ans, même à soixante, aurait volontiers arraché les cheveux gris du poète à mesure qu’elle aurait vu venir ces promesses de l’âge mûr. M. Augier a fait ses preuves dans l’étude et l’expression des réalités sociales : peut-être est-il allé au-delà de ce que lui demandaient les partisans de l’observation et les amis de la peinture des mœurs ; on a pu croire que les lauriers de M. Dumas fils l’empêchaient de dormir. ”
Casimir Delavigne,
Oeuvres de C. Delavigne. Tome 2
(1833-1845)
“ ESTELLE, à Floridore Auriez-vous, par hasard, retenu quelques vers? FLORIDORE. De très bons... je pourrais les citer de travers : J'ai lu rapidement. BELROSE. Mais moi, je me rappelle (à Granville.) Cette tirade... Eh ! oui. GRANVILLE, à Belrose. Je ne sais pas laquelle. ( aux comédiens. ) Ma muse aux grands sujets se monte sans efforts; Mon style n'est pas gai, messieurs, mon style est fort : Thalie a dans mes vers un air tout romantique, ACTE II, SCENE VII. 207 Et donne même un peu dans la métaphysique. ”
Ferdinand Bac,
Napoléon III inconnu
(1932)
“ Comme elle se décrit dans ses « Mémoires », elle se peint à l'huile, silhouette blanche et diaphane, une âme qui cherche une âme... « Pauvre persécutée errant dans le parc solitaire. » Après les fêtes de Terpsichore, c'est Thalie qui monte sur le plateau avec son masque et sa guirlande de lierre. Elle-même se met à jouer sur la scène avec des émigrés dont un grand nombre est répandu dans toutes les Allemagnes. Elle entraîne jusqu'à l'austère Lebas et son épouse, la fille du menuisier Duplay ! Il leur faut apprendre des rôles, figurer sur la scène avec les aristocrates. ”
François de Nion,
Bellefleur: Roman d'un comédien au XVIIe siècle
“ Cela se peut, reprit M. Tanbeau; mais je ne saurais prendre sur moi de vous unir.Angélique, en ce moment, nous interrompit pour protester à l'abbé que j'avais définitivement, et pour toujours, renoncé à Thalie, et qu'il pensait bien que, demoiselle comme elle était, elle n'irait point se commettre à épouser un histrion. ”
Théodore de Banville,
Odes funambulesques
“ Thalie, amante des grands cœurs, Voix éloquente et vengeresse, J’ai bu les amères liqueurs : Prends mes chansons, bonne Déesse. Berce-les au bruit des grelots ! Muse au beau front, nymphe homérique, De ta lèvre coule à grands flots Notre inspiration lyrique. Ton rire, comme un clair soleil, Épanouit les gaîtés franches, Pourpre vive, rosier vermeil, Éblouissement de dents blanches ! Que de fois, chancelant encor Sous le mal dont je suis la proie, Tes accents de cristal et d’or M’ont rendu la force et la joie ! Oh ! que de fois j’ai mendié L’enthousiasme et l’ironie Sur le théâtre incendié ”
Voltaire,
Correspondance, III (1738-1740…
“ Je n’avais qu’une seule copie des corrections de Mahomet ; je l’envoie à M. de Pont-de-Veyle, pour ne pas grossir le paquet ; j’espère qu’il vous montrera des étrennes qui ne vous déplairont pas. Je suis à vos pieds, adorable Thalie. ”
Edmond Rostand,
Cyrano de Bergerac
“ En m'insultant, Monsieur, vous insultez Thalie !CYRANO (très poli) : Si cette Muse, à qui, Monsieur, vous n'êtes rien, Avait l'honneur de vous connaître, croyez bien Qu'en vous voyant si gros et bête comme une urne, Elle vous flanquerait quelque part son cothurne. ”
Johann Wolfgang von Goethe,
Hermann et Dorothée
“ CHANT TROISIÈME. — THALIE. Les Bourgeois. Le modeste Hermann s’était ainsi dérobé à ces violents reproches. L’irritation, néanmoins, continuant comme elle avait commencé, l’hôtelier dit : « Ce qui n’est pas dans le cœur de l’homme n’en saurait sortir, et je verrai difficilement se réaliser le plus cher de mes vœux, c’est-à-dire que mon fils n’égale pas seulement son père, mais même le surpasse ! ”
Jean le Rond d’Alembert,
L’Encyclopédie, 1re éd.
“ Thalie appuyée contre une colonne, & tenant un masque de la main droite, fait rire le public du tableau de ses propres mœurs. Quelquefois même, l’art dramatique s’éleve, & peint les passions des belles ames. On voit dans Constance & dans Dorval, que la vertu est capable de sacrifier tout à elle-même. ”
Pierre-Claude Nivelle de La Chaussée, Œuvres de monsieur Nivelle de La Chaussée
“ Thalie. C’est un fait.Il est faux. Melpomene. C’est un fait.Il est faux.Ce n’est pas moi. Thalie. C’est un fait.Il est faux.Ce n’est pas moi.C’est elle. Melpomene & Thalie ensemble. Oh ! parlez donc toujours, babillarde éternelle. Momus. Courage ! On n’a raison qu’autant qu’on fait de bruit. Ma foi, c’est une médisance, Quand on dit que l’on peut dormir à l’audience. Thalie. Eh ! bien, jugez-nous donc. Momus. Eh ! bien, jugez-nous donc.Vous avez donc tout dit ? Melpomene. On m’attribue à moi certaine Comédie... Thalie. On prétend que j’ai fait la Fausse Antipathie. ”
Germain-François Poullain de Saint-Foix, Oeuvres complettes de M. de Saint-Foix… (1778)
“ Sur la Retraite de Mademoiselle Dangeville. Vous me demandez mon sentiment, Monsieur, sur un tableau auquel vous travaillez. Il représentera, dires-vous, Thalie éplorée qui fait tous ses efforts pour retenir une Actrice qui veut la quitter. Je ne doute point dé l'habileté de votre pinceau ; je vous dirai feulement qu'il y a des objets qui font moins du ressort de l'imagination que du sentiment. Je fuis persuadé que Thalie aura l'attitude & toute l'expression convenable ”
Ernest Alby,
L'Olympe à Paris ou Les dieux en habit noir
(1867)
“ Je m'appelle Thalie, et je suis lingère. — Vous êtes lingère?. C'est bien!. Après?. — Après!. Je m'ennuie à la boutique. monsieur ! — Et vous voudriez la quitter? — Dam, je n'ai pas l'esprit à la couture. Les reprises me désolent, les ourlets me crispent.; il faut que ça change. ou je me périrai. — Que voudriez-vous faire ? — Je voudrais jouer la comédie. — Qui vous a conseillé d'embrasser cette carrière, ma belle petite amie? — Personne, monsieur Apollon. C'est une voix qui me crie au fond du cœur : —Petite, laisse-là tes chiffons et va apprendre à jouer la comédie. ”
Mathieu Marais, Contes et nouvelles de La Fontaine (1863)
“ Vous qui par vos attraits, à peine encor fournis. DE M. DE LA FONTAINE. XLIX Tant mieux, j'en suis fort aise, Nous le demandons tel. Je ne vois rien qui plaise, En matière d'amour, comme les gens outrés. Thalie fait un portrait très-recomioissable de notre poëte, qui s'est peint ici lui-même : Sire, Acante est un homme inégal, à tel point, Que d'un moment à l'autre on ne le connoit point. Inégal en amour, en plaisir, en affaire; Tantôt gai, tantôt triste; un jour il désespère; Un autre jour il croit que la chose ira' bien. Pour vous en parler franc, nous n'y connaissons rien. ”
Casimir Delavigne,
Oeuvres de C. Delavigne. Tome 2
(1833-1845)
“ On boit à vos succès, on vous fête, on vous rit; Voilà ce que j'appelle exploiter son esprit. Mais vous voulez fronder! et qui donc? l'hypocrite, L'orgueilleux, le menteur, le fat, le parasite? 234 LES COMÉDIENS. Ces travers surannés dont vous vous courroucez , Thalie en fait justice et les a terrassés. Tout va-t-il déclinant dans ce siècle prospère ? Et trouvez-vous le fils plus méchant que son père ? VICTOR. Les hommes d'aujourd'hui valent bien leurs aïeux; Mais je puis les railler s'ils ne valent pas mieux. Le ridicule manque ! Ah ! qu'il naisse un Molière ”
