“ Et c'est bien naturel qu'on recherche la société de Momus; il est si gai, si fin conteur et en même temps si réservé dans ses gauloiseries! Il vous dit les choses les plus raides avec une naïveté telle, qu'on finit par les trouver toutes naturelles. ”
Momus
Définition et enjeux
Citations sur “Momus”
“ Son âge? personne ne le sait, il l'ignore peut-être lui-même. Tout rasé, comme il convient à «l'ami des artistes», portant perruque, Momus se lève invariablement à six heures, il se met au travail à sept; à neuf heures il déjeune d'un œuf à la coque et d'une tasse de thé. Et à partir de midi, commence le défilé des auteurs, artistes, journalistes et autres gens, touchant à l'art de quelque côté.A six heures et demie, Momus s'habille et va dîner en ville, car notre vieil ami a trois cent soixante-cinq invitations par an. Il ne dîne jamais chez lui. ”
Alphonse Duchesne,
Le Roi des enfants
(1863)
“ Momus? —Est mort, mon oncle, répondit Raoul. Le lendemain de notre arrivée, Baptiste l'a conduit à la ville, et en traversant un chaume, à ce qu'il dit, Momus a reçu dans le flanc la charge d'un fusil détourné de sa direction. Il y a des chasseurs si maladroits ! — Mille millions d'obusiers! Quoi? Momus tué ! tué par la faute de ce butor de Baptiste ! Oh ! il me paiera cher un tel malheur ! — Il ne faut pas lui en vouloir, mon oncle, dit Hippolyte ”
Pierre-Marie Quitard, Dictionnaire des proverbes
“ Ce Momus, couvert d’un habit emplumé, collé sur le corps, était accompagné de tous les animaux que les anciens lui donnaient pour symboles. Il avait au devant de lui des momons qui chantaient et dansaient grotesquement, et, dans les haltes de la procession, ridiculisaient les spectateurs contre lesquels il y avait à gloser. Parmi ces momons étaient entremêlés des troubadours, appelés par le peuple les farceurs, qui, en langage rimé, s’attachaient à dire aux gens leurs vérités les plus cachées, d’où est venue cette expression proverbiale commune en Provence : Dire son vers à quelqu’un. ”
Jean-François Regnard,
Le Panthéon populaire illustré…
(1852)
“ Jusqu'au jour de votre union Ma maîtresse consent d'être sa favorite : Mais ce n'est qu'à condition Que, l'hymen fait, elle vous quitte. ÉRASTE. Elle peut demeurer autant qu'il lui plaira : Je n'ai de son pouvoir aucune défiance; Et je prévois que sa présence , En nous divertissant même, nous servira, CRISPIN. Avec Momus la voici qui s'avance. Joie, honneur, salut, et silence. ( Marche fo, t courte pour Momus et la Folie.) SCÈNE IV. MOMUS, LE CARNAVAL, LA FOLIE, AGATHE, et les acleurs de la scène précédente. MOMUS. Cette foule qui suit nos pas Est moins folle qu'elle ne semble. ”
Paul Hazard,
Giacomo Leopardi
(1913)
“ Ils parcourent, en Afrique, d'immenses espaces vides d'hommes : Prométhée explique à Momus, incrédule et chargé de représenter le bon sens, qu'il faut en attribuer la cause à la sécheresse, quand on voit des forêts toutes trempées d'eau; aux inondations, quand on ne voit pas de mer ; aux tremblements de terre qui ont arrêté la vie, quand cent espèces d'animaux se présentent aux yeux des voyageurs. ”
Érasme,
L'Éloge de la folie, composé en forme de déclamation par Érasme…
(1877)
“ Momus qui jadis avait coutume de les traiter de la forte. - D'abord pris au sérieux comme un divin censeur, Momus est devenu chez Lucien & dans lespolygraphes de la décadence le railleur de l'Olympe, une forte de Ménippe céleste. — Précipité sur la terre avec Até. — Até, déesse de l'égarement & de la punition aussi, nous représente un des plus anciens personnages mystiques. Elle nous est désignée par Hésiode (Théogonie., v. 250) , comme la fille d'Eris (la Discorde) , & citée par Homère à deux reprises. ”
Alfred Delvau,
Histoire anecdotique des cafés et cabarets de Paris
(1862)
“ Effectivement—continue Champfleury—les bohèmes ne revinrent plus. La société des clers d'avoués reprit possession de l'estaminet. Momus était tout joyeux, lorsqu'un jour il frémit dans son comptoir, en apercevant dix de ses anciens habitués qui montaient à l'estaminet, comme si rien ne s'était passé. Le philosophe apparut tout d'un coup avec six nourrices. ”
Emmanuel Kant,
Anthropologie d’un point de vue pragmatique
“ Quiconque cependant fera attention à la conduite des hommes, non simplement dans l’histoire ancienne, mais encore dans la moderne, ne sera pas souvent tenté de jouer la misanthropie d’un Timon dans ses jugements ; il sera bien plus porté à prendre le rôle plus vrai de Momus, et trouvera plus de folie que de méchanceté dans le trait caractéristique de notre espèce. ”
Antoine Houdar de La Motte,
Fables
“ Ce qui me paroît vrai, vous semble erreur extrême ; En rien nous ne sommes d’accord : Mais comment, s’il vous plaît, prouvez-vous que j’ai tort ? En disant : j’ai raison. Je vous le dis de même : La confiance est notre fort. Qui de nous est l’opiniâtre ? Je ne me rends point ; cédez-vous ? Je le répete encor ; nous nous ressemblons tous : De son opinion chacun est idolâtre. Jupin un jour, en pointe de Nectar, Voulut faire un présent à la nature humaine. Momus en est porteur. Sur un rapide char Des airs il traverse la plaine. Venez, s’écria-t-il, venez heureux humains ”
Pierre Alexandre Gratet-Duplessis, Un million d’énigmes, charades et logogriphes
“ Ne peut manquer de plaire à tous les gens de goût. De l’enfant de Momus je double l’allégresse, Et jamais dans son cœur n’entrera la tristesse, Si, fidèle à mon culte et soumis à ma loi, Il sait braver l’amour pour n’obéir qu’à moi. Mon chef à bas, tu vois la science profonde Qui te fait admirer les merveilles du monde. 360. Charade. La Fable au rang des dieux a placé mon premier ; À ton pied, cher lecteur, se trouve mon dernier ; Demande à ton tailleur le nom de mon entier. 361. Énigme. Tant de gens ! tant de paix et de tranquillité ! ”
Émile Debout, Esquisse de la phrénologie et de ses applications exposées aux gens du monde… (1843)
“ Celui-là n'avait pas raison qui se plaignait autrefois de ce que la nature n'avait pas mis une fenêtre au-devant du cœur,'pour voir les pensées et les desseins des hommes, car la nature y -a pourvu par des moyens plus certains que n'élit été cette étrange ouverture que Momus s'était imaginé. ”
Jonathan Swift,
Le Conte du tonneau
“ Les Modernes ont bien de la peine à s’accorder sur le choix de leurs Commandans ; ils en conviennent à la fin, les noms de leurs Généraux. Les Chefs des Anciens. Juipter assemble le Conseil des Dieux, consulte le Livre des Destinées, & fait descendre sur la Terre les Genies Exécuteurs de ses Ordres. Momus Protecteur des Modernes vole vers le Palais de la Déesse Critique. Description de cette Divinité, de son Palais, & de ses Courtisans ; Harangue de Momus, pour animer la Déesse à la défense des Modernes. ”
Louis Baudet, Mythologie de la jeunesse
“ Il trouva que les cornes du taureau étaient mal plantées, et qu'il aurait fallu qu'elles fussent placées plus près des yeux, pour frapper plus sûrement, ou des épaules, afin de donner des coups plus violents. Quant à l'homme, il aurait dû avoir une petite fenêtre au cœur, pour qu'il fût possible de voir ses pensées les plus secrètes. Enfin, la maison lui parût trop massive pour être trans- portée en cas de mauvais voisinage. Momus critiqua aussi la chaussure de Vénus; mais s'arrêter à la chaussure, et se taire sur le reste, c'était rendre hommage à la déesse. ”
Les petites Distractions de nos grands hommes ou le Côté plaisant de la politique… (1821)
“ Momus , en personne ! De sa marote , il me fit signe de le suivre; j'obéis : nous arrivâmes au Rocher de Cancale ; là mon guide m'introduisit invisiblement dans un joli salon, où trois inconnus expédiaient un ample déjeuner. Le plus âgé des trois , espèce de Don Quichotte., au moins pour le physique, portail un antique habit bourgeois dont les basques étaient retroussées comme celles d'un uniforme ; deux larges épaulettes à graines d'épinards , et un chapeau à cornes décoré d'une énorme cocarde complétaient son costume ”
Charles Sorel,
Le Berger extravagant
“ S’imagine t’on que moy qui faisois vivre les autres avec si peu d’ambition et d’avarice, j’aye eu regret de perdre mon royaume, et ne void-on pas que je me devois tirer des affaires du monde, pour jouyr de la tranquilité dont j’avois fait jouyr les autres ? Tandis que Saturne disoit cecy, Momus qui sçavoit qu’il ne mesprisoit la royauté que parce qu’il ne la pouvoit avoir, alloit faire mille grimasses derriere luy, et eust bien voulu luy respondre, mais il en fut empesché par un grand éclat de risee qui se fit au bout d’en bas. ”
Marc-Antoine-Madeleine Désaugiers,
Chansons choisies de Désaugiers
“ Car nous en faisons tous autant [1] . ↑ Ce dernier couplet embarrassa d’abord les convives des soupers de Momus ; mais bientôt leur modestie leur inspira l’idée de changer le dernier vers, et ils chantèrent en chœur : Condamnons (ter) le pénitent Car nous n’en faisons pas autant. ”
Gabriel Naudé,
Jugement de tout ce qui a esté imprimé contre le cardinal Mazarin…
(1650)
“ Les fables disent que Jupiter ayant fait l'homme au moins mal qu'il pouuoit, Momus y trouva tant de choses à redire, que tous les Dieux fe refolurent de contribuer tous ensemble, ce qui seroit de leur pouvoir, de de leur in¬ dustrie, pour former cette Pandore tant renommée dans les Metamorphoses ”
Théophile Gautier,
Mademoiselle de Maupin
“ Et le public, voyant que les feuilletonistes aboyaient au moyen âge, se prit d'une belle passion pour ce pauvre moyen âge, qu'ils prétendaient avoir tué du coup. Le moyen âge envahit tout, aidé par l'empêchement des journaux: — drames, mélodrames, romances, nouvelles, poésies, il y eut jusqu'à des vaudevilles moyen âge, et Momus répéta des flonflons féodaux.À côté du roman moyen âge verdissait le roman charogne, genre de roman très agréable, et dont les petites-maîtresses nerveuses et les cuisinières blasées faisaient une très grande consommation. ”
Jean-François Champollion,
Précis du système hiéroglyphique des anciens Égyptiens
“ Cette momie reparaît vers l’extrémité opposée du rouleau, couchée dans une espèce de sarcophage ou de cercueil, sur lequel repose l’image symbolique d’une âme mâle (l’épervier à tête humaine barbue) ; à côté de la momie et de l’âme sont une enseigne sacrée, et un de ces grands et longs éventails portés en signe de suprématie autour des dieux et des rois figurés sur les bas-reliefs égyptiens. À côté, et sur un riche piédestal en forme d’entre-colonnement, est couché un schacal noir, emblème ordinaire du dieu Anubis, un des ministres d’Osiris son père dans l’Amenthès ou enfer égyptien. ”
Théophile Gautier,
Le Roman de la momie
“ C’était cette forme d’une gracilité encore enfantine et possédant déjà toutes les perfections de la femme que l’art égyptien exprime avec une suavité si tendre, soit qu’il peigne les murs des syringes d’un pinceau rapide, soit qu’il fouille patiemment le basalte rebelle. Ordinairement, les momies pénétrées de bitume et de natrum ressemblent à de noirs simulacres taillés dans l’ébène ; la dissolution ne peut les attaquer, mais les apparences de la vie leur manquent. ”
Élisée Reclus,
L’Homme et la Terre
“ Les premières momies traitées suivant les procédés classiques, celles des nécropoles de Memphis, sont masque d’or de la reine tianoires, sèches, cassantes, tandis que celles de Thèbes ont un reflet doré et présentent une certaine élasticité ; le pied d’une momie au Musée Guimet semble une pièce d’ivoire poli. Aux basses époques, elles redeviennent noires, lourdes, informes, l’habitude d’embaumer les corps n’était plus qu’une vaine pratique, la foi s’étant évanouie. Même évolution dans le décor des tombeaux. ”
Legrand, La Terre des Pharaons, tableau de l'ancienne Égypte… (1888)
“ On donnait aux bras de chaque momie une position réglée par l'usage et par la loi : on croisait les mains des femmes sur le ventre ; les bras des hommes restaient pendants sur les côtés ; quelquefois la main gauche était placée sur l'épaule droite, le bras faisant écharpe sur la poitrine. Ainsi enveloppée de langes et d'un linceul retenu par des bandelettes en croix, la momie, où toute apparence de cadavre et de préparation avait disparu, était placée dans un cercueil en bois, en granit, en basalte ou autre matière, et enfin déposée clans la tombe. ”
Adolf Erman,
La Religion égyptienne
(1907)
“ Maintenant au nouvel empire, il doit affecter, ce qui est assez peu naturel, la forme même d'une momie ; car déjà, aux yeux des générations de ce temps-là, la forme de la momie tient du merveilleux et du sacré, et elle doit même conserver cette forme dans les cas où, pour cause d'une protection plus efficace, la momie est enfermée dans plusieurs cercueils, le cercueil extérieur en granit devant accuser déjà par sa forme l'objet de son contenu. ”
Adolf Erman,
La Religion égyptienne
(1907)
“ La momie en pied porte des sandales sur le dessous desquelles sont représentés des prisonniers enchaînés ; comme Osiris, le mort doit fouler ses ennemis sous ses pieds. La partie inférieure de ce genre de momie est parfois figurée en forme de temple qui est visible sous les soles des pieds dessinées en sanctuaire, - Dieu sait quelle idée a pu présider à cette invention ! Il arrive quelquefois que la momie affecte la forme du corps dans ses vêtements, alors les mains et les bras sont parés de bijoux ou soutiennent une petite guirlande de roses. ”
Dr Lortet, Les momies animales de l’ancienne Égypte
“ A Sakkara et à Abousir, lieux de sépulture pour les bœufs, ces squelettes, entourés de nombreuses bandelettes, présentent la forme d’un bœuf vivant, la tête haute, les jambes de devant repliées sous le ventre ainsi que celles de derrière. C’est la position des énormes taureaux de marbre qui couronnent les hautes colonnes de Suze. Un seul animal n’est pas renfermé dans une de ces momies factices, qui contient ordinairement les ossemens plus ou moins complets de cinq à huit individus. ”
Louis Reybaud,
La Syrie, l'Égypte, la Palestine et la Judée…
(1839)
“ Les momies ne sont ni dans leurs caisses, ni à leur place ; elles jonchent le sol au point que le passage en est obstrué ; on marche sur elles, et comme elles cèdent sous le poids du corps, on a souvent quelque peine à retirer le pied embarrassé dans les ossemens et dans les langes. Le séjour dans ces caveaux mortuaires est très fatigant ; l'air y est chargé d'exhalaisons bitumineuses. Du reste, rien ne distingue les hypogées ordinaires de Thèbes, de ceux que l'on a parcourus dans l'Égypte-Moyenne. ”
Gaston Maspero,
Les monuments funéraires de l'Égypte ancienne
(1899)
“ Le démaillotement d'une momie est une opération qui demande plusieurs heures. Le lin est, sans exception, la seule matière des toiles de momie et des étoffes recueillies en Egypte. On n'a retrouvé aucun tissu de coton. La fabrication égyptienne était parvenue à tisser des toiles d'une finesse telle qu'elles ont pu être assimilées, par les fabricants de nos jours, à la plus belle mousseline de l'Inde, vendue 50 francs le mètre. 2. Hérodote et Diodore de Sicile disent que, pour préparer les corps à l'embaumement, on commençait par faire une incision Momie royale dans son creueil. ”
Gaston Maspero,
Guide du visiteur au musée de Boulaq
(1883)
“ Plus tard, l'idée de leur usage détermina de plus en plus la forme de leur costume : on leur mit à la main la pioche pour travailler la terre, ou le sac à grains pour ensemencer, parfois un vase à libations ou une croix ansée, signe de vie. Aux dernières époques, leur identification avec le mort est si complète qu'elles ne sont plus que des momies de petites tailles. ”
Léonor Mérimée,
Catalogue raisonné et historique des antiquités découvertes en Égypte par M. Jp-Passalacqua…
(1826)
“ Les momies les plus simples, privées de leurs intestins, les ont toujours remplacés par un asphalte, tel que celui sous le 1555, dont leurs corps sont entièrement, imprégnés et noircis, ainsi que l'est la momie développée 1547. Mais quoique des morts, de,quelque distinction soient de temps à autre embaumés de la même façon, ce ne sont que ces derniers, et surtout les plus soignés dans leurs enveloppes et dans leurs ornemens, qui ont leur ventre rempli d'une réunion de débris de bois odoriférans et de natrum, etc., ainsi que celle sous le 1554. ”
Adolf Erman,
La Religion égyptienne
(1907)
“ Les uns ont la forme de momie telle qu'elle était en usage depuis le nouvel empire ; les autres imitent ceux en forme de caisse de l'époque plus ancienne, mais tous, quelle que soit leur forme, se différencient de leurs types primitifs. ”
Emmanuel de Rougé,
Notice sommaire des monuments égyptiens exposés dans les galeries du Musée du Louvre
(1855)
“ Horus préside aux supplices avec les déesses à tête de lionne, qui sont les furies de ce tartare. Les côtés de la table sont occupés par des cartonnages de momie : c'était la dernière enveloppe; elle était à son tour recouverte par les divers cercueils et souvent par le sarcophage. Plusieurs ont la figure dorée ; lorsqu'on dorait la figure d'un homme, on en brunissait souvent la couleur par une teinte de bitume. Leur décoration se compose de tous les symboles que nous avons décrits aux boîtes de momie. Ce sont les scarabées, les béliers, les éperviers qui les enveloppant de leurs ailes ”
