André Gide,
Les Nourritures terrestres
“ Combien de ce matin délicieux, de cette brume et de cette lumière, de cette fraîcheur aérée, de cette pulsation de ton être, la sensation te donnerait plus de délices encore, si tu savais t’y donner tout entier. Tu crois y être, mais la meilleure partie de ton être est restée ; ta femme et tes enfants, tes livres et ton étude la détiennent et te la dérobent à Dieu. Crois-tu pouvoir, en cet instant précis, goûter la sensation puissante, complète, immédiate de la vie, — sans l’oubli de ce qui n’est elle ? L’habitude de ta pensée te gêne ; tu vis dans le passé... ”
