“ Faisant signe aux canons qui vomissent les flammes, De son âme à la guerre armant six cent mille âmes, Grave et serein, avec un éclair dans les yeux. Puis, pauvre prisonnier, qu’on raille et qu’on tourmente, Croisant ses bras oisifs sur son sein qui fermente, En proie aux geôliers vils comme un vil criminel, Vaincu, chauve, courbant son front noir de nuages, Promenant sur un roc où passent les orages Sa pensée, orage éternel. ”
Grave
Définition et enjeux
Citations sur “grave”
Victor Hugo,
Œuvres complètes de Victor Hugo
“ Toi qu’à l’intérieur l’art divin illumine, Tu regardes passer, grave et sans dire un mot, Dans ton âme tranquille où le jour vient d’en haut, Tous les nobles aspects de la figure humaine. Comme dans une église à pas lents se promène Un grand peuple pensif auquel un dieu sourit, Ces fantômes sereins marchent dans ton esprit. ”
Henry Letellier, À travers mon jardin (1881)
“ Pour prétendre aux vertus, il faut être mortel. Quitte ton lit de paille et de cendres, saint homme ! Tu n'es point revêtu de la pourpre de Rome ! « Tu seras plus léger. pour voler vers ton ciel ! » En ces lieux où régnaient prière et l'espérance, Le Seigneur, de sa mort abrégea la douleur, On lisait dans ses yeux de son âme à son cœur, Les innocents regards d'un enfant qui commence. « Au long rang des tombeaux, la tombe prend son rang, « Deux bouts de bois en croix, une épitaphe absente « Gravent l'humilité. Morale indépendante ! « Vos superbes tombeaux. du monde est le néant. » ”
Jean Grave,
Le Mouvement libertaire sous la IIIe République
“ Nous n’avons ni ambition ni vanité. Nous avons repris les Temps Nouveaux à l’instigation de Grave. Il demandait qu’on le déchargeât des dettes et de toute la cuisine du journal (administration, etc.) . Guérin accepta tout, — Je m’embarquai dans la galère sans aucune espèce d’enthousiasme, Grave retardant sans cesse son retour d’Angleterre et les camarades me pressant, Guérin et moi lançâmes le premier numéro, en juin 1919 — à la grande fureur de Grave. Puis la vie continua à être impossible. ”
“ Le spectacle des marsouins barbotant dans l’eau, devait leur sembler des plus réjouissants, car l’hilarité était bruyante, le rire cristallin des femmes, perlant au dessus du son plus grave de celui des hommes. ”
Jean Grave,
Le Mouvement libertaire sous la IIIe République
“ Je ne suis pas pour la violence. J’ai lu des extraits du livre de Grave, l’Anarchie (!) , ceux qu’ont publiés les journaux dans le compte rendu du procès, il y est fait exclusivement appel à la violence, je n’approuve pas ça du tout. Je n’ai pas à faire la propagande d’idées que je réprouve, étant, moi, un homme d’évolution et non de révolution. ”
Jean Grave,
Le Mouvement libertaire sous la IIIe République
“ Tour à tour placé chez un mécanicien, un forgeron, un cordonnier, le petit Grave mène la rude vie de l’apprenti ; les brimades des camarades et l’incohérente autorité des patrons l’ont enseigné mieux que les philosophes sur les hommes ; de sens droit, il hait l’injustice et l’arbitraire et son indignation d’enfant, quand de solides lectures l’auront éclairé sur les inégalités inexpiables d’une société qui ne repose que sur des intérêts et des appétits, s’affirmera latente dès l’adolescence, pour le poser définitivement en réfractaire. ”
Augustin Savard, Principes de la musique et méthode de transposition… (1875)
“ Plus les vibrations sont rapides, plus le son est aigu; moins elles sont rapides, plus e son est grave. Les corps de grandes dimensions (les cordes longues et grosses, les grands tuyaux) donnent des sons graves ; les corps de petit volume (les cordes courtes et fines, les petits tuyaux) produisent des sons aigus. Les physiciens, partant de ce principe que les nombres de vibrations d'une corde sont en raison inverse de sa longueur, établissent le calcul des intervalles au moyen de la division du monocorde (1) . ”
Joseph-François Michaud,
Le Printemps d’un proscrit
“ Heureux, si près de vous, dans le repos des champs, Je retrouve un asile ignoré des méchans, Et si l’ormeau planté devant l’humble chaumière, Prête encore à mon deuil son ombre hospitalière ! Mais, ô trop vain espoir ! Les chagrins dévorans N’ont que trop secondé la rage des tyrans ! Je succombe, et je sens dans mon ame affoiblie S’éteindre par degrés le flambeau de la vie. Les dieux sont appaisés. Je mourrai sans regret. La tombe est un asile, et la mort un bienfait. ”
Alexandre Arman,
Notre-Dame d'Ajaccio : archéologie…
(1844)
“ Dans la tombe son corps, toujours intact, le distingue des morts, Comme dans le monde l'intégrité de sa vie le distingua des vivants. La mort, quoique aveugle, discerne les hommes de bien; Elle conserve le souvenir de la piété, loin de le détruire. ”
“ Bouzillon proposa d’abord de « passer la ronde-major », ce qui fut accepté avec enthousiasme. Tous se mirent nus, comme des vers, se passant seulement un ceinturon avec le sabre, endossant le sac, se coiffant d’un schako, et s’armant d’un fusil ; Bouzillon alla décrocher une des lanternes qui éclairait la chambrée, et, gravement, ils défilèrent dans la salle, faisant l’appel des noms, s’arrêtant à chaque lit, réveillant les dormeurs, continuant imperturbablement leur tournée au milieu des éclats de rires des uns, des grognements des autres. ”
Élie Georges Davet, Catéchisme poétique de la jeunesse (1926)
“ Les méchants trembleront et sécheront d'effroi. Près des tombeaux ouverts dans toutes les contrées, La mort épouvantée et la nature en deuil, Verront tous les humains sortir de leur cercueil, Au formidable appel des trompettes sacrées. Des Anges entouré, le Juge Souverain, Le Christ, livré jadis à l'infâme supplice, Viendra rendre à chacun la plus stricte justice, Dans sa Toute-Puissance et son éclat divin. Rien ne sera caché de toutes nos offenses; Tous nos crimes seront au grand jour dévoilés : Hélas ! ”
“ Que disent-ils ? Ah ! je le sais. Ils disent qu’ici-bas succombe Tout ce qui fut brillant un jour, Qu’au cercueil l’homme en poudre tombe, Et que le marbre de la tombe Disparaît lui-même à son tour ! ”
C.-P. Arnaud, Recueil de tombeaux des quatre cimetières de Paris
“ Une pierre attestant le nom, le sexe et l’âge, Une informe élégie où le rustique sage Par des textes sacrés nous enseigne à mourir, Implorent du passant le tribut d’un soupir. Eh ! quelle âme intrépide, en quittant le rivage, Peut au muet oubli résigner son courage ? Quel œil, apercevant le ténébreux séjour, Ne jette un long regard vers l’enceinte du jour ? Nature, chez les morts ta voix se fait entendre ”
“ Peut-être le mort enseveli à mes pieds sait-il les paroles écrites dans ce livre mystérieux, qui demeure caché non loin d’ici au fond d’une tombe royale. Par la vertu de ces paroles, les morts, reprenant la forme qu’ils avaient sur la terre, voient la lumière du soleil et le sourire des femmes. ”
Auteur :, Revue des Deux Mondes
“ Au cœur pensif ? Dans quel étroit tombeau repose votre cendre, Corps grêle et vif ? Vous êtes morte au fond de moi, vous êtes morte. Petite enfant ! C’est moi qui vous abrite, et moi qui vous emporte, Tout en vivant. Ah ! vous aviez si peur de cette ombre lointaine Que fait la mort, Et l’écartiez déjà d’une main incertaine. ”
Accurse Alix, Harmonies sociales, par Accurse Alix (1837)
“ Si les héros de son histoire , Qui dorment dans le monument, S'éveillent dans la tombe noire , Et se soulèvent un moment, Ils considèrent en silence Sous ce beau ciel tant d'indigence, Tant de crimes et tant de deuil Que, pleins d'une pitié profonde Pour les misères de ce monde, Ils retombent dans leur cercueil. ”
Victor Hugo,
Les Châtiments
(1870)
“ Sachons-le bien, la honte est la meilleure tombe. Le même homme sur qui son crime enfin retombe, Sort sanglant du sépulcre et fangeux du mépris. Le bagne dédaigneux sur les coquins flétris Se ferme, et tout est dit; l'obscur tombeau se rouvre; Qu'on le fasse profond et muré, qu'on le couvre D'une dalle de marbre et d'un plafond massif, 154 LES CHATIMENTS. Quand vous avez fini, le fantôme pensif Lève du front la pierre et lentement se dresse. Mettez sur ce tombeau toute une forteresse, Tout un mont de granit, impénétrable et sourd, Le fantôme est plus fort que le granit n'est lourd. ”
Jules Philippe, Les poètes de la Savoie (1865)
“ Je descends sous la sombre voûte, Mon cœur bat. Je vais voir sans doute Ses immobiles habitants : Espoir trompeur, vaine chimère! J'y trouve la mort solitaire Pleurant l'exil de ses enfants. La horde impie et meurtrière Troubla la tombe hospitalière Sans pudeur comme sans remords. Tombeaux, vos portes sont ouvertes, Les catacombes sont désertes, Ils ont même effrayé les morts! Sortant de ce noir sanctuaire, Que vois-je?. un spectre à l'œil sévère S'avançait du fond des dortoirs: « Viens, me dit-il, fils infidèle; « Vois ta cellule. elle rappelle « Et ton parj ure et tes devoirs. » ”
Leconte de Lisle,
Poèmes et Poésies
“ La terre était immense et la nue était morne, Et j’étais comme un mort en ma tombe enfermé ; Et j’entendais gémir dans l’espace sans borne Ceux dont le cœur saigna pour avoir trop aimé. Femmes, adolescents, hommes, vierges pâlies, Nés aux siècles anciens, enfants des jours nouveaux, Qui, rongés de désirs et de mélancolies, Se dressaient devant moi du fond de leurs tombeaux. ”
Victor-Marie Hugo,
Les Vierges de Verdun
“ Retirez-vous : rentrez dans les sombres abîmes... Ah ! que me montrez-vous ?... quels sont ces trois tombeaux ? Quel est ce char affreux surchargé de victimes ? Quels sont ces meurtriers tout couverts de lambeaux ? J’entends des chants de mort ; j’entends des cris de fête. Cachez-moi le char qui s’arrête !... Un fer lentement tombe à mes regards troublés ; J’ai vu couler du sang... Est-il bien vrai, parlez, Qu’il ait rejailli sur ma tête ? Venez-vous dans mon âme éveiller le remord ? Ce sang,... je n’en suis point coupable ! Fuyez, vierges ”
Jean-François Pellet, Le barde des Vosges . Recueil de poésies… (1829)
“ La tombe où des humains la foule va s'éteindre, De son nom que l'oubli ne saurait plus atteindre Ne sera point l'écueil, Et les siècles, de fleurs parfumant son image, D'un long tribut d'encens, d'un éternel hommage Salûront son cercueil. ”
Charles Boillet, Mort apparente et victimes ignorées… (1876)
“ De plus puissantes voix que la nôtre ont souvent dénoncé la loi sur les décès ; mais, tout entiers aux choses de la terre, les vivants ne se sont guère occupés des morts : pourtant la tombe a vu de sombres drames! ”
Jean Simon, Les Morts instruisant les vivants… (1844)
“ Glorieux triomphateur de la mort, lorsque vous mouriez sur la croix, votre sang purifiait les ames, et la puissance de votre dernier soupir déchirait de haut en bas le voile du temple, fendait les rochers, réveillait les morts dans leurs antiques monuments, et ouvrait les cieux sublimes! Protégez de votre miséricorde et des mérites de votre passion les ames et les corps des défunts : nous vous en conjurons, prosternés au pied de vos autels et dans la poussière des tombeaux! ”
Albert Lozeau, Le Miroir des jours (1912)
“ Dans le cercueil de mon cœur triste ; Je porte en pleurant ce grand mort Dont le fantôme en moi persiste. Et la nuit, je l’entends souvent Qui se réveille et se lamente Ainsi qu’un enterré vivant Qui dans sa tombe se tourmente ! ”
Jules Claretie,
Ruines et fantômes
“ Tombeaux muets, tombeaux discrets, c'est vers vous que s'en vont les blessés de la vie, ou bien encore ces fous altérés d'une liqueur tarie qu'on nomme les poëtes. Vers vous et aussi vers la fosse commune, où la douleur du moins est éloquente et serre le coeur. ”
“ « Chaque peuple a son temple ou sa colline sainte Où, près de ses héros, dorment mes preux enfants... Toute place où l’on meurt de leur sang reste teinte : Chaque ville conquise a conservé l’empreinte De leurs pas triomphants ! « O mes guerriers vaillants ! quand sous les coups je tombe, Dormirez-vous encor ?... Du sinistre étranger, Sur mon sol dépouillé, passe l’horrible trombe... Ah ! Seigneur, laissez-moi réclamer à la tombe Mes fils pour me venger ! ». . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . ”
Victor de Laprade,
Les Symphonies
“ Car on n’entend jamais, des tombeaux entr’ouverts, Sortir que des voix menaçantes.AUTRES MORTS Nous sommes les plus froids d’entre les trépassés Dormant dans la fosse éternelle ; Nul cercueil n’a reçu nos cadavres glacés... Mais ton âme les porte en elle. ”
Robert-Alphonse Gautier, Études et symboles (1841)
“ Ta colère avait fui ; ton ressentiment même ; La Voix t'avait parlé dans le tombeau secret ; Et par ton calme saint tu confirmais toi-même La grandeur du Très-Haut dans son sage décret. Hélas ! le ciel pleurait sur ta tombe fouillée ; Ton génie accouru repleurait sur ton sort ”
Ernest Renan,
Essais de morale et de critique
“ Vos tombes verdissent là-bas, sous le vieux if du cimetière. Quand les souffles humides du couchant murmurent entre les hautes herbes, on dirait des esprits qui gémissent. Époux de la mort, est-ce vous qui tressaillez sur votre couche mystique ? ”
Louis Fréchette,
La Légende d’un peuple
“ Et, penché sur la tombe, il méditait encore De sublimes enfantements ! Vain héroïsme ! Un soir, la mort, la mort brutale Vint le heurter au front de son aile fatale ; Vaincu par l’âge, hélas ! ce mal sans guérison. ”
Émile Verhaeren,
Les Visages de la vie
“ LA MORT Égarons-nous mon âme, en ces cryptes funestes, Où la douleur, par des crimes, se définit, Où chaque dalle, au long du mur, atteste Des meurtres d’or, à toute éternité, Broyés, sous du granit. Des pleurs y tombent sur les morts, Des pleurs, sur des corps morts Et leurs remords, y tombent ”
Alfred de Montvaillant, Le Livre de Job : mis en vers français… (1898)
“ Nul cœur infortuné que ta pitié n'exauce, Sur tes enfants tes yeux sont sans cesse attachés, Du manteau du pardon tu couvris mes péchés, Et tu sauvas mon corps de l'horreur de la fosse. 18 Car le tombeau, Seigneur, ne peut te célébrer, Et la mort ne peut pas entonner ta louange, Des œuvres de tes mains la beauté sans mélange Est cachée au sépulcre, il ne peut la louer. ”
Victor Leroux, Les Voix du siècle, par Victor Leroux (1836)
“ GABRIEL. Malheur! Malheur ! Malheur !— Partout où va mon œil, La terre n'est, hélas! qu'un immense cercueil ! L'univers est ici dans ce blanc cimetière , Qui toujours agrandit son osseuse barrière Depuis la fin du sol jusqu'au seuil infernal ! — Pourquoi donc siégez-vous à votre tribunal, Seigneur? — Pourquoi Satan au milieu de ce gouffre , Apparaît-il derrière un nuage de soufre? ”
“ Quand la Mort, l’indomptable et terrible Coursière, Vous aura remportée au pays des Élus, Quand vous ne verrez plus, quand vous n’entendrez plus, Quand la tombe sur vous aura muré sa porte, Je vous le dis encor, vous ne serez pas morte ! ”
Félix Debuire-Bouchardon, Le 24 février (1879)
“ Que de tombes sans croix ! que de tertres là bas ! Sachons pleurer nos morts sans trouble, sans faiblesse, Honorer nos vivants sans blesser leur pudeur; Ils portent sur le front leurs titres de noblesse Le blason du courage et le sceau du malheur ! ”
Antoni Deschamps,
Le Parnasse contemporain/1869
“ Et de ton froid tombeau rejette enfin la pierre. Laisse ta fausse mère en proie à ses remords, Enfant, laisse dormir les morts avec les morts ! Laisse ton corset d’or, laisse tes pierreries, N’emporte que ton cœur & va par les prairies. ”
Théophile Gautier,
Œuvres de Théophile Gautier
“ Savez-vous si la mort n’est pas une autre vie, Et si quand leur dépouille à la tombe est ravie Les aïeux sont contents ? Ah ! vous venez fouiller de vos ongles profanes Nos tombeaux violés, pour y prendre nos crânes, Vous êtes bien hardis. ”
“ C’est le ciel que la tombe, aube obscure, reflète ; Le gouffre a pour barreaux les côtes du squelette ; On entend, comme ceux qui songent sur un bord, Bruire l’infini dans le vide du crâne ; Et le Dieu qui pardonne, et le Dieu qui condamne Luit dans les deux yeux de la mort. La clarté du cercueil, pour nous fils des désastres, O nuit sombre, est égale à la clarté des astres ; Comment devant les morts s’aveugler et nier ? Ce qui vécut est plein du mystère sublime ; L’immensité rayonne étoile dans l’abîme Et cadavre dans le charnier. ”
Alfred Duquesnay,
A mes paroissiens, seize instructions sur la nature et les devoirs de la charge pastorale…
(1855)
“ Si vous n'en possédez rien, si vous êtes des cadavres marchant dans la mort, oh I je suis siir que vous sentez en vous le creux de la tombe, un vide affreux où vous jetez en vain les plaisirs, les richesses, l'amour des créatures. ”
Alexis Pierron, Histoire de la littérature grecque (1850)
“ Et son tombeau et ses enfants sont renommés parmi les hommes, et les enfants de ses enfants, et sa race dans la postérité. Sa noble gloire ne périt jamais ni son nom ; mais, quoique étant sous la terre, il demeure immortel... ”
