“ L’ennemi, vaincu par mer et par terre, a changé sa pourpre contre un sayon lugubre. Il gagne la noble Créta aux cent villes, avec des vents contraires, ou les Syrtes battues par le Notus, ou il est emporté au hasard sur la mer. Enfant, apporte de plus profondes coupes et des vins de Chios ou de Lesbos, ou mesure-nous le Cæcubium afin d’éviter les nausées. ”
Syrtes
Définition et enjeux
Citations sur “Syrtes”
Benito Pérez Galdós,
Doña Perfecta
(1886)
“ Les syrtes ne sont plus de fabuleuses divinités, mais des écueils, les sirènes sont des phoques, et dans l’ordre des personnes, Mercure est un Manzanedo; Mars est un vieillard sans barbe, comme le comte de Moltke ”
Jean le Rond d’Alembert,
L’Encyclopédie, 1re éd.
“ Ce n’est pas tout, ils nomment aussi Syrtes les campagnes arides & sablonneuses de la Lybie qui s’avancent dans les terres, & où l’on ne peut voyager qu’avec de grandes incommodités. C’est dans ce dernier sens que Claudien & Virgile ont pris le nom de Syrtes, quand l’un a dit, stant pulvere Syrtes getulæ, & l’autre, hunc ego getulis agerem, si Syrtibus exul. Horace dit pareillement, sive per Syrtes iter oestuosas facturus, soit qu’il traverse les sables brûlans de l’Afrique. Prudence place le temple de Jupiter Ammon dans les Syrtes, c’est-à-dire, dans des campagnes sablonneuses ”
François de Malherbe,
Œuvres poétiques
(1863)
“ Mais quoi ? ma barque vagabonde Est dans les Syrtes bien avant ; Et le plaisir la décevant Toujours l'emporte au gré de l'onde. Bellegarde, les matelots Jamais ne méprisent les flots, Quelque phare qui leur éclaire : Je ferai mieux de relâcher, Et borner le soin de te plaire, Par la crainte de te fâcher. L'unique but où mon attente Croit avoir raison d'aspirer, C'est que tu veuilles m'assurer Que mon offrande te contente ; Donne-m'en d'un clin de tes yeux Un témoignage gracieux ; Et si tu la trouves petite, Ressouviens-toi qu'une action Ne peut avoir peu de mérite, Ayant beaucoup d'affection. ”
René Pinon, Revue des Deux Mondes
“ II Tout le long des rivages des deux Syrtes, la stérilité et la mort résultent de l’impuissance naturelle de ces terres, sans eau et sans humidité, à nourrir les plantes et les animaux. Au contraire, dès qu’en longeant les côtes, on a aperçu les blanches murailles de Benghazi et le plateau de Barka, l’aspect du pays change ; si les ports sont peu fréquentés et les terres peu productives, c’est que l’activité de l’homme, sur ces bords où s’élevèrent les « cinq villes » de la Cyrénaïque, ne répond plus aux faveurs du climat et à la fertilité du sol ”
Amand Biéchy, Vie de Saint Augustin ; par Amand Biéchy… (1867)
“ Au sud de l'Atlas, resserrées entre les montagnes et l'océan de sables, s'étendent, depuis les Syrtes jusqu'à l'extrémité occidentale de l'Afrique, des plaines et des steppes dans lesquelles ont de tous temps erré des peuples nomades et cavaliers; pays sauvage, riche en bétail, et qui nourrit dans ses pâturages de nombreux troupeaux de bœufs, de chevaux et de chameaux, et aussi, sans doute, un fort grand nombre de bêtes féroces. ”
Conrad Malte-Brun,
Précis de la géographie universelle…
(1862)
“ Les petites villes qui bordent les deux Syrtes, obscures dans la géographie moderne comme dans l'ancienne, semblent disparaître aussi rapidement que les collines de sable mobile qui les cou ronnent. Les villages populeux du mont Garéan sont en partie composés de grottes taillées dans les rochers ; les tombeaux se trouvent quelquefois placés au-dessus des demeures des vivants. Tripoli exporte de la laine venant de Barca, de la poudre d'or, des plumes d'autruche et des esclaves venant de l'intérieur de l'Afrique, du séné, de la cire et du maroquin. Le climat est des plus désagréables ”
Jean-François Jolibois, Dissertation sur l’Atlantide (1846)
“ Remarquons que Shaw semble reconnaître dans une petite île qui est dans le lac Sibkah (1) l'ancienne Chéronèse dont parle Diodore (2) , bâtie par les Amazones, et l'île Phlé d'Hérodote (3) . Et qui sait si les deux Syrtes n'étaient pas les deux bras d'un même fleuve ou canal, par lequel s'écoulait dans la Méditerranée cette mer intérieure, et qui renfermait ainsi un delta immense de neuf degrés de largeur? Par-là serait concilié le sentiment de Pline avec celui de Strabon qui voit dans la grande Syrte l'écoulement du lac Triton. ”
Camille Flammarion,
La planète Mars et ses conditions d'habitabilité…
(1892-1909)
“ Coloe Palus est toujours très marqué. La Grande Syrte présente bien la forme lowellienne ; seulement le lac Moeris avance plus profondément dans les terres qu'en ces dernières années. La Libye affecte une forme anormale, présentant une pointe vers le Sud-Ouest et un léger golfe vers le Sud. Syrtis Parva très marquée à gauche, et il en est de même de Hellas au bord sud, dont la blancheur n'est pas cependant frappante. Le pont observé le 10, séparant la Grande Syrte des estompages au Sud, est facile à reconnaître. — Canaux : Amènthes, très facile. — « Nasamon » et Nilosyrtis avec Protonilus. ”
E. Roudaire, Revue des Deux Mondes T.3, 1874
“ Il n’y a plus une seule ville importante sur les bords de la Syrte, et l’on ne trouve autour des lacs que quelques rares oasis. Le retrait des eaux de la mer paraît donc avoir profondément modifié le climat de ces régions florissantes où les sables du désert, charriés par les vents du sud à travers le lit desséché des chotts, sont venus porter la désolation. ”
Victor Baudot,
Au pays des turbans : Grèce, Syrie…
(1896)
“ La route de Syrie descend vers Rhodes, à travers le groupe des Sporades : nous la décrirons ailleurs. La route de Grèce court droit au sud-ouest, et nous mène à Syra. Il fait nuit, mais le jour approche. Nous passons en dormant la ligne imaginaire qui coupe l'Archipel en deux sections, l'une grecque, l'autre turque. Au-delà de cette frontière liquide, nous entrons dans les Cyclades. Les îles se pressent autour de nous comme pour nous souhaiter la bienvenue ; le soleil les dore de ses feux naissants, la mer est calme, le ciel admirablement pur. ”
Edmond Jurien de La Gravière,
La marine d'autrefois : souvenirs de la navigation à voiles…
(1882)
“ II ne venait pas, comme les autres pilotes, de Milo; nous l'avions trouvé à Syra, où, la paix faite, il avait juge à propos de dresser sa tente. I1 était marin jusqu'au bout des ongles, n'ayant guère, depuis son enfance, vécu ailleurs que sur mer. II parlait peu de ses aventures ; mais il n'y avait pas dans la Méditerranée une crique dont il n'eut connaissance : ce n'était pas sous Ganaris seulement qu'il avait gagné ses éperons; les côtes de Sardaigne et de Corse, le golfe de la Syrte, celui de Naples, auraient pu nous dire quelque chose de ses hauts faits. ”
Gérard de Nerval,
Voyage en Orient
“ La vaste rade de Syra nous entourait comme un croissant. Je vis depuis ce matin dans un ravissement complet. Je voudrais m’arrêter tout à fait chez ce bon peuple hellène, au milieu de ces îles aux noms sonores, et d’où s’exhale comme un parfum du Jardin des Racines grecques. Ah ! que je remercie à présent mes bons professeurs, tant de fois maudits, de m’avoir appris de quoi pouvoir déchiffrer, à Syra, l’enseigne d’un barbier, d’un cordonnier ou d’un tailleur. Eh quoi ! ”
M. le baron de Krafft, Le Tour du monde
“ Nulle part dans toute la longueur de l’Afrique septentrionale, le grand désert ne s’avance aussi près de la mer : la digue de l’Atlas, qui depuis l’océan Atlantique protége contre les flots arides du Sahara une lisière assez large de terrains fertiles s’abaisse et va s’effaçant après le golfe de la petite Syrte [2] ; et le grand fleuve de sable, que rien ne contient plus, vient étaler ses vagues jaunes tout autour de la grande Syrte, rongeant les derniers sommets submergés qui forment comme un chapelet de petites oasis. ”
Collin de Plancy,
Dictionnaire infernal
“ Les marins disent avoir entendu le sifflement de la syrène : ce mot, chez eux, indique cette faculté de la nature par laquelle l’air pressé rend un son ; elle existe dans le ciel, sur la terre, dans les mers ; elle produit l’harmonie des sphères, le sifflement des vents, le bruit des mers sur le rivage. Le peuple se représente la faculté dont il s’agit comme une espèce de génie auquel il applique la forme d’une femme, d’une cantatrice habitante des airs, de la terre et des mers. De là les syrènes des anciens ; ils leur donnaient la figure d’une femme, et le corps d’un oiseau ou d’un poisson. ”
Camille Allard, Souvenirs d'Orient. Les Échelles du Levant… (1864)
“ Après avoir traversé les eaux du cap SaintAnge et du golfe de Messénie, nous arrivâmes à Syra, la plus importante des Cyclades, l'ancienne Syros. La ville, située à l'est de l'île, ressemble à un grand triangle de craie appliqué sur des rochers gris et rouges. C'est le piédestal d'une église dont la silhouette blanche semble s'élancer dans le ciel bleu. La ville est propre, inondée de lumière, sans grand caractère d'ailleurs. Les costumes grecs y font seuls un charmant effet. ”
Alfred Croiset,
Histoire de la littérature grecque
“ Moins heureuses, les provinces grecques de Syrie et d’Asie Mineure, fort appauvries aussi par les guerres, semblent avoir perdu pour quelque temps leur vie propre. C’est seulement vers la fin du ier siècle, sous les Flaviens, que les écoles de Smyrne, d’Éphèse, de Pergame recommenceront à sortir de leur obscurité. Celles de Syrie ne grandiront qu’à partir du second ou du troisième siècle. Pour le moment, ces provinces se contentent d’envoyer à Rome ce qu’elles produisent d’hommes actifs, intelligents et ambitieux. ”
Gérard de Nerval,
Voyage en Orient
“ En descendant de Syra la vieille à Syra la nouvelle, bâtie au bord de la mer sur les ruines de l’antique Hermopolis, il a bien fallu me reposer à l’ombre de ces moulins, dont le rez-de-chaussée est généralement un cabaret. Il y a des tables devant la porte, et l’on vous sert, dans des bouteilles empaillées, un petit vin rougeâtre qui sent le goudron et le cuir. Une vieille femme s’approche de la table où j’étais assis et me dit : — Κοκόνιτζα ! καλί !... On sait déjà que le grec moderne s’éloigne beaucoup moins qu’on ne le croit de l’ancien. ”
Pierre d' Ailly, Ymago Mundi, de Pierre d'Ailly… (1930)
“ On dit que ce pays est ainsi appelé du nom d'un certain indigène nommé Syrus. La Syrie forme un étroit territoire qui s'étend sur une io grande longueur. Elle est bornée par l'Euphrate à l'orient ; par notre mer et par l'Egypte à l'occident ; par le Septentrion elle touche à l'Arménie et à la Cappadoce et au Midi elle touche au Golfe Arabique. La Commagène, première province de Syrie, tire son nom de Commage, métropole 15 d'autrefois. Au Septentrion de cette province se trouve l'Arménie ; à l'orient la Mésopotamie ; au Midi la Syrie et au Couchant la Grande mer. ”
Eugène-Melchior de Vogüé,
Journées de voyage en Syrie
“ Dans ce site gracieux, une petite forêt en miniature d’acacias et d’arbustes épineux, que les Arabes appellent doums ou nabkas, masque d’un voile riant les solitudes de Juda et de Moab. Le ruisseau qui s’échappe d’un bassin naturel fait aussitôt sourire la verdure, les lianes et les herbes ; les mignonnes tourterelles de Syrie, au plumage gris-cendré relevé d’un collier brun, l’emplissent de vie et de bruit ; à la nuit qui monte dans le ciel redevenu serein, les grillons et les rainettes se mettent à chanter entre les pierres humides, et nous donnent l’illusion du printemps revenu. ”
S… de D., Revue des Deux Mondes
“ Aussi s’est-elle prodigieusement accrue, et elle compte aujourd’hui quarante mille habitans, tandis qu’il y a six ans elle en avait quatre ou cinq mille au plus. Tout le commerce de la Grèce se fait maintenant à Syra ; de l’Europe, de la Turquie et de l’Égypte, c’est là qu’il vient aboutir ; et comme la guerre a presque complétement détruit en Grèce toutes les ressources de subsistances, Syra est devenue l’entrepôt de celles qu’on apporte du dehors pour nourrir la Grèce. Je parlerai plus loin de l’organisation de piraterie qu’on avait étendue avec tant d’audace sur tout le Levant. ”
Edmond Jurien de La Gravière,
Les marins du XVe et du XVIe siècle…
(1879)
“ Emporté par des grains impétueux au large de la Crète, il ne se laisse pas affaler dans le golfe de la Syrte; il s'allège d'une partie de sa cargaison, se débarrasse d'une portion de ses dromes et tient obstinément le travers. ”
Camille Allard, Souvenirs d'Orient. Les Échelles du Levant… (1864)
“ Le sol de l'île de Syra est généralement aride. Aussi la population ne se composait-elle autrefois que de quelques milliers d'individus qui, ne faisant aucune espèce de commerce, étaient confinés dans ce qu'on appelle aujourd'hui la ville haute, où ils vivaient misérablement. Durant la guerre de l'indépendance, Syra, protégée contre les entreprises de la flotte turco-égyptienne par les escadres de la France et de l'Angleterre, devint le refuge de tous les Grecs de l'Archipel qui purent fuir la vengeance turque. ”
Jean Froissart,
Les Chroniques de Sire Jean Froissart
“ Là leur remontra-t-il comment un sire devoit être aimé, craint, servi, honoré et obéi de ses hommes, petits et grands, et comment ils avoient fait le contraire ; et aussi comment il les avoit tenus, gardés et défendus contre tout homme ; et comment il les avoit tenus en paix et en profit et en toutes prospérités depuis qu’il étoit sur terre, et ouvert les passages de mer, qui leur étoient tous clos, en son joyeux avénement. Et leur remontra plusieurs points raisonnables, que les sages entendoient et concevoient bien clairement que de tout il disoit vérité. ”
Alfred Jacobs, L'Afrique nouvelle, récents voyages… (1862)
“ Hérodote raconte que des jeunes, hommes du peuple des Nasamons dans la Syrte, poussés par l'esprit d'aventures, se hasardèrent à pénétrer dans l'intérieur de l'Afrique, et qu'après avoir traversé une vaste région habitée seulement par des bêtes féroces, ils parvinrent à une contrée marécageuse peuplée de petits hommes noirs, arrosée par un fleuve où ubondaient les crocodiles et couverte d'arbres fruitiers. ”
Victor Baudot,
Au pays des turbans : Grèce, Syrie…
(1896)
“ Bientôt notre navire est à l'ancre dans le gracieux port de Syra. Nous sommes au cœur de l'Archipel, au centre même des Iles de marbre. Syra est une île de médiocre grandeur, presque dépourvue d'eau douce, et cependant très florissante. Avant la guerre de l'Indépendance (1827) , elle comptait à peine cinq mille habitants ; elle en a aujourd'hui plus de trente mille. Cet énorme accroissement de population s'explique par la fondation de la ville d'Hermopolis, due aux réfugiés grecs qui vinrent dans ce port neutre chercher un asile contre les armes ottomanes. ”
De Ségur Dupeyron, Revue des Deux Mondes
“ Syra, rocher nu et aride, n’a qu’un port et de l’eau. Rien, par conséquent, qui puisse attacher l’homme au sol, ni le jardin, ni le champ héréditaire. L’intérêt commercial peut seul y retenir les exilés que Syra accueillit dans un temps de désolation. Si donc un jour l’intérêt commercial était déplacé, on aurait à redouter le déplacement de la population. Cette réflexion doit être sans cesse présente à l’esprit du gouvernement hellénique. Déjà, dit-on, quelques symptômes d’émigration commencent à se manifester parmi les Sciotes qui habitent Syra. ”
Charles-Émilien Thuriet, Traditions populaires de la Haute-Saône et du Jura (1892)
“ Le sire se leva aussitôt et s' en alla par la nuit dans la prairie , à la clarté des étoiles . Et comme , sur le matin , les bergers furent revenus avec leurs troupeaux , les bœufs , les vaches et les moutons tombèrent sur leurs genoux en un certain lieu des prés , ainsi que chaque jour il leur arrivait de le faire ; puis le sire , avec grand ébahissement , entendit en son cœur une voix qui répétait ces paroles : « Délivrez -moi et vous aurez merci ! » Alors le sire fit creuser la terre en cette même place par ses bergers et lui-même les aidait avec le fer très acéré de son épée . ”
C.-F. Volney,
Voyage en Égypte et en Syrie - Tome 1
“ La Syrie partage avec l'Égypte, la Perse et presque tout le midi de l'Asie, un autre fléau non moins redoutable, les nuées de sauterelles dont les voyageurs ont parlé. La quantité de ces insectes est une chose incroyable pour quiconque ne l'a pas vue par lui-même: la terre en est couverte sur un espace de plusieurs lieues. ”
Antonin-Dalmace Sertillanges,
Recueillement : dix minutes de culture spirituelle par jour…
(1937)
“ Le point de vue de Sirius nous éloigne du réel et ne nous fait point accéder à l'idéal. L'idéal authentique n'est pas loin; il est intime à toute âme et à toute chose, étant Dieu même en l'une des formes de sa pensée créatrice et rectrice proposée à notre recherche. Et l'idéal authentique est infiniment loin, plus loin que Sirius, en ce que sa perfection le rend à jamais inaccessible en sa plénitude. On peut seulement marcher à sa lumière. L'hôte de Sirius se dégage des grossissements passionnés et des désirs éphémères : c'est un bien partiel ”
