“ La nuit qui s'avance devient plus noire sur le château du thane; les nuages amoncelés se rassemblent à l'entour; bientôt ils seront rouges comme le sang du vaillant guerrier! Le destructeur des forets hérissera contre eux sa crête enflammée. ”
Thane
Définition et enjeux
Citations sur “thane”
William Shakespeare,
Macbeth
(1623)
“ Il a l’air — d’un homme qui a d’étranges choses à dire. ROSSE — Dieu sauve le roi ! DUNCAN D’où viens-tu, digne thane ? ROSSE De Fife, grand roi, — où les bannières norwégiennes narguent le ciel — et éventent notre peuple frissonnant. — Le roi de Norwége lui-même, avec ses masses terribles, — assisté par le plus déloyal des traîtres, — le thane de Cawdor, engageait une lutte fatale, — quand lui, le fiancé de Bellone, cuirassé à l’épreuve, — a affronté le rebelle, dans une joute corps à corps, — pointe contre pointe, bras contre bras, — et a dompté sa valeur sauvage. ”
“ Peux-tu t'étonner, mon père, que je haïsse l'espèce humaine, et par dessus tout la race qui a opéré en moi un changement aussi déplorable. La malheureuse sillonnée aujourd'hui de rides, et courbée de décrépitude, dont la rage s'exhale devant toi en malédictions impuissantes, peut-elle oublier qu'elle est la fille du noble thane de Torquilstone, dont un seul regard faisait trembler mille vassaux! ”
Charles Des Guerrois, Depuis (1898)
“ Je suis chez les vivants et l'un d'eux, il paraît, On le chuchotte ainsi. Mais qui sait mon secret ? Qui la vit cette vie où s'enferme mon moi ? Qui, l'ayant reconnu, s'incline sous mon roi ? Mon roi, c'est Thanatos, le terrible, le sombre, Celui qu'on n'attend pas, celui qui vient dans l'ombre. Les yeux en jugent mal, ma vie est de la mort, Comme là bas, là bas, pour l'Absente qui dort. ”
Georges Servières, Tannhæuser à l’Opéra en 1861
“ Tannhæuser, véritable image de l’âme humaine, aspire toujours à autre chose qu’à ce qu’il possède. Dans le royaume enchanté de Vénus, il a désiré la liberté, la vue de la nature, des vertes campagnes, le chant des oiseaux et, par un prodige miraculeux, tout cela lui est rendu dans l’instant même. ”
“ Pour chercher Tannhæser, par mont, val et prairie, Tannhæser, chez Vénus, buvait le vin charmant ; Il y doit composer de longs épithalames, Jusqu’à l’appel de l’Ange, au jour du Jugement. Il ne faut pas ainsi désespérer les âmes : Si ceux-là sont damnés, qui furent amateurs Du parler clair et du clair sourire des dames, Hélas ! le Paradis n’aura plus de chanteurs. ”
Saint-René Taillandier,
Dante Alighieri et la Littérature dantesque en Europe au xixe siècle…
“ Ce n’était pas encore assez : il a composé un dictionnaire de Dante où tous les mots employés par le poète prennent un sens diabolique. L’auteur dit le pain des anges ; lisez la doctrine sectaire. Il dit Béatrice ; lisez la foi sectaire. Il dit le souverain bien ; lisez le Dieu sectaire. À l’aide de ce léger changement, vous comprendrez la Divine Comédie. Dante décrit un arbre paré de feuilles et de fleurs, c’est un Albigeois ; un arbre mort, c’est un catholique. Il peint une forêt, il parle de l’hiver, du froid, de la nuit, de la mort ; autant d’injures contre le catholicisme. ”
Bouquet de lieder : choix de ballades… (1856)
“ Tannhäuser est ravi par de si doux accents, Un soupir inquiet s'exhale de son âme; Il contemple ces yeux aux éclairs caressants, Laisse boire sa vie à leurs rayons de flamme. Déjà dans le rocher il poursuit son chemin, Là bruit un ruisseau du milieu des violettes, Et chante au voyageur un bien triste refrain : «Arrière, arrière toi, prends garde aux bergerettes!» Tannhäuser reste sourd au généreux murmure : A d'effrénés désirs tout son coeur est en jeu; A la faveur d'un jour qu'ignore la nature, Il quiert dame Vénus en son cercle de feu. ”
“ THANATOS. Comment donc est-il encore sur la terre, et non dessous ? APOLLÔN. Parce qu’il a donné, au lieu de lui-même, sa femme que tu viens chercher. THANATOS. Et, certes ! je l’emmènerai sous terre, dans le Hadès. APOLLÔN. Prends, et va ! Je ne sais, en effet, si je pourrais te persuader... THANATOS. Quoi ? De tuer celui qu’il faut tuer ? C’est ma tâche, en effet. APOLLÔN. Non ! mais d’apporter la mort à ceux qui tardent à mourir. THANATOS. Je comprends cette raison et ton zèle. APOLLÔN. Est-il donc quelque moyen qu’Alkèstis parvienne à la vieillesse ? THANATOS. Il n’y en a point. ”
Anatole France,
L’Anneau d’améthyste
“ Le bon Hercule, aussitôt dégrisé, s’enquit seulement du lieu où l’on avait porté Alceste. Elle reposait sur la route de Larisse, hors du faubourg, dans un tombeau de marbre poli. Il y courut. Quand Thanatos, en péplos noir, vint goûter aux gâteaux arrosés de sang, déposés en offrande, le héros, qui se tenait embusqué derrière la chambre funèbre, se jeta sur le roi des ombres, le broya dans le cercle de ses bras et le força, tout brisé, de lui rendre Alceste, qu’il reconduisit voilée et silencieuse au palais d’Admète. ”
Gaston Paris,
Légendes du Moyen Âge
“ Voilà ce que le poète-musicien a trouvé dans la légende du Tannhäuser, et cette conception est émouvante, humaine et dramatique. Mais elle est étrangère à la légende. Celle-ci n’est qu’une variante – relativement assez moderne – d’un thème très antique et très répandu, l’aventure du mortel qui, grâce à l’amour d’une déesse, pénètre tout vivant dans la région surnaturelle où brille un éternel printemps, où règne un immuable bonheur. ”
Florent A. Gille, Musée de l'Ermitage impérial : notice sur la formation de ce musée et description des diverses… (1860)
“ On voit Thanatos comme un Amour dansant joyeusement, et laissant, tout-^coup, échapper son flambeau; emblème saisissant de la mort prématurée, qui frappe quelquefois les êtres humains, dans l'épanouissement de leur jeune âge. ”
Saint-René Taillandier,
Dante Alighieri et la Littérature dantesque en Europe au xixe siècle…
“ II Une fois le caractère de Dante bien connu, une fois sa doctrine politique et morale établie avec précision, la Divine Comédie ne nous offre plus de mystères. Chaque détail, éclairé d’une lumière subite, révèle l’unité logique de l’ensemble. Rappelons-nous le credo religieux et politique du poète ; il contient en germe tous les symboles de son œuvre. Cet Enfer qui a englouti tant de commentateurs, ce Purgatoire et ce Paradis, où l’on a vu tant de contradictions insolubles, vont dérouler à vos regards de lumineuses visions. ”
Ouida,
Fille du diable !
(1888)
“ Le feu se reflétait sur la tête inclinée de Thanatos, sur les yeux rieurs de Pan, sur la face froide, belle et railleuse d'Hermès, sur la majesté du dieu de la lumière accomplissant son travail dans les liens qui l'attachent aux meules, où il broie du pain pour les appétits matériels et les lèvres sans éloquence des hommes. Mais c'est à peine si elle regardait les dieux; toute son attention, comme son regard, était concentrée sur la forme humaine qui gisait devant elle. ”
Sénèque le Jeune,
Tragédies de L. A. Sénèque
“ Il a séduit mon épouse, troublé la fidélité de mon peuple, jeté le désordre dans ma maison, le doute sur la légitimité de mes enfans ; rien de certain que la haine d’un frère. Pourquoi hésiter ? à l’œuvre enfin ; remplis-toi de l’esprit de Tantale, et t’inspire de Pélops, voilà les exemples que je dois suivre ; parle, dis-moi comment je dois immoler mon ennemi. LE GARDE. Qu’il meure sous le tranchant du glaive. ATRÉE. Tu parles de la fin de son supplice, mais c’est sur le supplice même que je t’interroge. Tuer, c’est de la clémence ; je veux que sous mon règne la mort soit une faveur. ”
Paul Drouilhet de Sigalas, De l'Art en Italie : Dante Alighieri et la Divine Comédie (1852)
“ La terrible image du moyen âge, l'immense fresque du Jugement dernier, dont la conception et l'exécution prodigieuses semblent dépasser les forces humaines, est véritablement la brûlante vision de Dante, la somhre Cantica de l'Enfer, revêtue de formes visibles, de vie et de mouvement. ”
Camille Bellaigue, Revue des Deux Mondes
“ Mais quand plus d’un millier d’années douloureuses eurent passé, quand la longue peine du moyen âge eut assez pesé sur cette terre, que Dante avec un soupir avait nommée terra lagrimosa, la terre qui pleure, les vicaires de Dieu crurent pouvoir donner un peu de relâche à l’humaine misère ”
Franz Liszt,
Lohengrin et Tannhäuser
“ Tannhäuser, exaspéré par le sarcasme, la colère, la malveillance dont il se voit l’objet, l’écoute à peine, et entonne avec exaltation un chant à la louange de la Déesse païenne. « Que je vous plains ! », s’écrie-t-il à la fin « vous qui parlez d’amour, et ne savez rien de la volupté et de son âpre délire ! Allez, Allez ! auparavant la goûter au mont de Vénus !.... » ”
Dante Alighieri,
La divine comédie de Dante Alighieri
(1857)
“ CHANT II ARGUMENT. Dans le cercle des Orgueilleux, Dante s'entretient avec plusieurs Ames. L'une d'elles lui prédit qu'ayant peu il sera exilé et réduit à tendre la main comme le fier Salvani. « Notre père, ô Seigneur qui trônes dans les Cieux ! » Ton empire est partout ; mais le Ciel, à tes jeux, » Est comme un premier-né que ton amour préfère. » Que ton nom soit béni, Seigneur, de sphère en sphère ! » Bénis soient tes desseins dans leur obscurité ! » Béni soit ton pouvoir dans son immensité ! » Que la paix de ton règne à son tour nous arrive! » ”
Marcelle Tinayre,
Les Lampes voilées
“ « Il me dirait que Dante, comme la Bible, contient tout, et que « tout est signe, et signe de signe... » C’est péché mortel que de se tuer volontairement ; c’est péché mortel que de ne pas vouloir vivre... Allez prendre racine dans la forêt des Suicidés, Mademoiselle !... En attendant, je suis en retard ; ma mère prépare une scène dramatique, et j’ai mon manteau tout déchiré ; cruel châtiment pour une fille qui doit raccommoder ses vêtements elle-même... ”
Abel-François Villemain,
Cours de littérature française…
(1840)
“ Les croisades furent le premier ; le second fut la querelle du sacerdoce et de l'Empire ; toujours la religion ; la religion agissant au loin contre l'Asie mahométane ; la religion agissant au sein de l'Europe contre le pouvoir civil. Le Dante, si supérieur à ses contemporains, qu'on les a tous oubliés devant sa gloire, avait été précédé de tant de poëtes, que dans le nombre il s'en trouvait déjà du même nom que lui. Oui, ce grand nom du Dante, que l'esprit harassé des landes du moyen âge attend avec impatience, vous le rencontrez une première fois ; et vous êtes trompé. ”
Alfred Maury,
Histoire des religions de la Grèce antique…
(1857-1859)
“ Il faut voir dans ce génie malfaisant une personnification de la mort, que la poésie nous offre aussi quelquefois sous son véritable nom, ainsi que le montre ce Thanatos qui a ravi Alceste, et dont triomphe Hercule, introduit sur la scène par Euripide comme. une divinité infernale3, Les Érinnyes, qui dans le principe, s'étaient souvent offertes sous des traits calmes, et sévères, s'enlaidirent peu à peu, sous l'influence du désir où étaient les artistes d'inspirer pour elles une frayeur salutaire. ”
Benjamin Constant,
Lettres de Benjamin Constant à Madame Récamier…
(1882)
“ Je partirai et je ne verrai plus là seule créature qui me calme et me donne du bonheur. Croyez-vous que, quand je parle de Nantes, ce soit pour aller avec Prosper? Nantes est un port de mer, et le monde peut: s'ouvrir devant moi, et l'Amérique, où l'on se bat, où l'on peut se faire tuer sous le prétexte de la liberté, et ma fortune peut être à ma femme et vous pouvez être délivrée d'un malheureux sentiment qui vous importune, et je puis mourir en défendant une noble cause. ”
Judith Gautier,
Le Second Rang du Collier
“ Tannhäuser, las de chants magiques, de fantasmagories grecques et de baisers olympiens, se ressouvient de sa vieille grand’mère, de sa jeune fiancée et du son de cloche de la petite chapelle, et, invoquant le nom immaculé de Marie, il se débarrasse des étreintes de la déesse, et se retrouve en pleine campagne. La lutte du principe spiritualiste et du principe matérialiste, qui se disputent l’âme de Tannhäuser, est bien rendue par le compositeur. L’agitation sourde de l’orchestre, la déclamation hachée et haletante, les éclats de voix soudains peignent bien l’état d’esprit du chevalier. ”
Ernest Bersot,
Essai sur la Providence
(1853)
“ C'est qu'en effet nous sommes loin de cet âge où la foi qui inspirait à Dante son Enfer, également vive chez le peuple, environnait de terreur l'homme qui avait vu de si redoutables choses, et projetait sur lui comme un reflet des clartés souterraines. ”
Dante Alighieri,
La divine comédie (Nouvelle édition…
(1879)
“ Tristesses et douleurs immortelles, aspirations immortelles, la biographie de Dante est là. Ce me semble le visage le plus désolé dont la réalité ait fourni le modèle, un visage tragique et dont l'expression émeut. Il y a, pour servir de fond, la bonté, la douceur affectueuse d'un enfant ; mais ces qualités sont comme congelées sous une couche d'aigre contradiction, d'abnégation, d'esseulement, de douloureux et fier désespoir. L'âme douce et pure vous regarde d'un air si implacable, si sombre! ”
“ Et tout d’abord, quel chef-d’œuvre de conception poétique et d’instrumentation que le prélude ! La prière fervente d’Élisabeth et le sombre désespoir de Tannhæuser, la litanie des pèlerins repentants et le motif du salut s’y répondent comme dans le monologue d’une âme angoissée. Puis, tout à coup, une supplication passionnée, impérieuse de tous les instruments à cordes, qui finit en un cri déchirant. Cri de désespoir et de mort, cri d’une âme qui s’offre au martyre et d’où sortira la rédemption. ”
Henri Pirenne,
Histoire de l’Europe des invasions au XVIe siècle
“ Dante se fait accompagner par lui dans l’autre monde, et l’hommage qu’il lui rend dans la Divine Comédie — tu duca, tu signore e tu maestro — est plus enthousiaste, plus sincère et plus éloquent que tous les panégyriques des humanistes en l’honneur du poète de Mantoue. ”
Philothée O’Neddy,
Feu et flamme
“ Ce cœur loyal et bon qui t’a voué sa vie ? — Tout le jour, — sépulcral et morne, — j’ai l’aspect D’un de ces noirs damnés que nous dépeint le Dante ; D’un occulte reflet mon effigie ardente Impose à tous crainte et respect. Tout le jour je suis pâle et je baisse un œil terne. ”
Dante Alighieri,
La Divine Comédie
(1320)
“ En sortant du gouffre infernal, et le visage encore souillé par ses noires vapeurs, Dante, tout à coup, revoit la lumière : « Une douce teinte de saphir oriental, qui, jusqu’au premier cercle, nuançait l’aspect serein de l’air pur, « Rendit à mes yeux le plaisir, dès lors que je fus hors de la morte atmosphère qui m’avait contristé la vue et le cœur. « La belle planète qui invite à aimer [7] , voilait les Poissons qui la suivaient, et, par elle animé, tout l’orient souriait [8] . » ”
Apostolat de S. François de Sales à Thonon… (1865)
“ En effet, pendant que Son Altesse travailla à cette conversion , et séjourna à Thonon, son coeur , par une grâce singulière, semblait être entre les mains de Dieu : vu qu'il en suivait tous les mouvements et toutes les impressions. ... Ce prince ne se donna nul repos qu'il n'eût fait replacer de toutes parts l'arbre vivifiant de la Croix, qu'il n'eût entendu retentir les airs du chant des églises .... Je puis dire en toute confiance qu'il n'y a point eu de nos jours, en aucun endroit du monde, un si grand nombre de personnes converties à la vraie foi, avec tant de douceur et plus d'efficace. ”
Un nouveau docteur de l'Eglise… (1878)
“ Je vous confesse que le spectacle, qu'en sa grâce, Dieu me donna en songe, me paraît l'ordre d'obéir au premier signe de sa volonté. Un ange portant un glaive et une palme, le regard tourné vers le Chablais où règne l'hérésie, ne semble-t-il pas nous inviter à porter nos prédications dans cette province battue de toutes parts et presque brisée des flots et des orages. Nous irons à Thonon, avec d'autant plus de courage, que l'ennemi fait plus d'eflorts pour nous l'enlever. ”
Henri Heine,
Revue des Deux Mondes
“ « C’est ce que jamais prêtre ne doit faire, — plonger un homme dans la désolation ; quand il veut se repentir et faire pénitence, ses péchés doivent lui être pardonnés. » Comme cela est magnifique ! Déjà au début du poème nous trouvons un effet merveilleux. Le poète nous donne la réponse de la dame Vénus, sans avoir rapporté auparavant la demande du Tannhaeuser, laquelle provoque cette réponse. Par cette ellipse, notre imagination gagne un champ plus libre et nous suggère tout ce que Tannhaeuser aurait pu dire, et ce qui était peut-être très difficile à résumer en quelques mots. ”
Alphonse Esquiros,
Les Hirondelles
“ L’ange n’était plus qu’un démon. II. À son loyer, le soir, on attendit Nanette, Mais vainement ; la lune en sa chambre muette Pâlissait ; sur la rive, on reconnut ses pas Et ceux d’un étranger : on trouva sa dentelle, On vit le long du bord blanchir deux plumes d’aile, Mais elle, ne reparut pas. ”
