“ Quelle femme, avec toutes les finesses et toutes les intelligences, a jamais pu comprendre ce phénomène de dédoublement qui permet à un homme d’études de se remettre, les larmes aux yeux, le cœur serré, à des recherches de l’ordre le plus froidement technique ? ”
Dédoublement
Définition et enjeux
Le dédoublement désigne un phénomène de division intérieure, où l'esprit ou la conscience se fragmente entre états contraires. Paul Bourget y voit une capacité paradoxale de l'esprit à passer de l'émotion à la froideur technique, tandis qu'Augustin Filon évoque une décadence spirituelle liée à l'indifférence. Sénèque, lui, explore l'équilibre instable entre espoir et crainte, et Lucrèce questionne le vide cosmique comme métaphore de la dualité.
Le Collectif, dans La Revue hebdomadaire, dépeint un vide psychique troublant, illustrant le dédoublement comme état de fragmentation existentielle. Ce phénomène, analysé par des auteurs variés, révèle des tensions entre rationalité et émotion, ou entre désirs et réalités, soulignant sa complexité philosophique et psychologique.
Citations sur “dédoublement”
Louis Besson,
L'Année d'expiation et de grâce…
(1872)
“ Vous ne vous apercevez pas que la catastrophe que vous appréhendez ne sera pas autre chose que l'ouvrage de vos mains! C'est votre indifférence qui la rend possible, c'est votre découragement qui la rendra affreuse et peut-être irrémédiable. ”
Auguste Rodin,
Les Cathédrales de France
“ La justesse des proportions et l’équilibre des volumes harmonieusement balancés, la solidité des plans, la richesse des lumières et des ombres, la logique des rapports qui constituent le caractère d’une figure, dans la vie comme dans l’art, et son adaptation à son but, voilà, pour lui, les conditions de la volupté. ”
Augustin Filon, Gui Patin : sa vie, sa correspondance… (1863)
“ Nous aussi, nous entendons répéter autour de nous que tout menace ruine ou s'est écroulé, que la décadence est dans l'art, dans la littérature et dans les moeurs. Toutes ces voix moqueuses ou sinistres jettent dans l'âme un profond et stérile découragement. ”
Sénèque le Jeune,
Œuvres complètes de Sénèque le Jeune
“ Pèse donc ton espoir et ta crainte, et si l’équilibre en somme est incertain, penche en ta faveur et crois ce qui te flatte le plus. As-tu plus de probabilités pour craindre, n’en incline pas moins dans l’autre sens et coupe court à tes perplexités. ”
Lucrèce,
De la nature des choses
“ Il n’est pas de milieu dans le vide sans fin. Mais prenons qu’il existe : à quoi bon ? Quelles causes Près ou loin de ce centre auraient fixé les choses ? Qu’est-ce que l’infini ? Le lieu de l’univers ; Les poids, les mouvements, circulent au travers ; Au centre comme ailleurs l’espace reste libre. Quel point pourrait forcer les corps à l’équilibre Et les soustraire au poids, leur souverain moteur ? Non. Le vide partout cède à la pesanteur ; Partout les pressions mesurent sa retraite. Je ne vois nulle part l’attraction secrète Qui fait tout converger vers un milieu fatal. ”
Collectif, La Revue hebdomadaire
“ On espère que cela va finir... on est arraché hors de soi comme par une vague de fond... mes pauvres os sont creux, légers comme des plumes ― au-dedans et au-dehors il n’y a que du vide ― oui ! tout est vide et flottant, hors de cette affreuse tête de plomb. J’essaie de me tromper moi-même, de rêver que je m’endors, que j’oublie, que je glisse... ”
O. V. de L. Milosz,
Ars magna
(1924)
“ Là, la multiplication et la division à l’infini s’efforcent en vain de remplir une noire et atroce éternité de terreur, et un rythme insatiable, sacrilège, infernal vous emporte comme fétu de paille, dans le tourbillonnement et le fracas du chaos de l’expiation. ”
Théophile Gautier,
Portraits contemporains
“ À des instants de plus en plus rapprochés, une balle invisible siffle, et un vide se lait dans les rangs, vide qui ne sera pas rempli, car qui se soucie aujourd’hui des idées dont nous étions enflammés jusqu’à la folie ? ”
Eugène Aubert, Littérature Française (Première Année…
“ Qu'attendons-nous pour nous convertir? Et quelle dureté est semblable à la nôtre si un accident si étrange, qui devrait nous pénétrer jusqu'au fond de l'âme, ne fait que nous étourdir pour quelques moments? ”
Edmont Dutemple, En Turquie d'Asie (1883)
“ Chaque seconde est pour moi un siècle, tant mes souffrances sont horribles. Chose étrange ! je ne puis faire le moindre geste, en aucune façon je ne puis remuer, et cependant je possède une entière lucidité, une perception très nette de toutes choses. Je sens la vie diminuer, s’éloigner graduellement, je me sens mourir, et mes pensées semblent, à mesure, augmenter en étendue et en rapidité. ”
J.-H. Rosny aîné,
Le Termite
(1889)
“ Mais voilà que le supplice s’évanouit ; un bien-être miraculeux, une joie merveilleuse montèrent de ses entrailles vers son cerveau telle une brise d’été sur des falaises. Ses colères, son pessimisme, tout se consuma dans une gloire de la chair : le « calcul » avait dû passer ! ”
Antonin Artaud,
Le théâtre et son double
“ Et ce souffle nous le localisons, nous le répartissons dans des états de contraction et de décontraction combinés. Nous nous servons de notre corps comme d’un crible où passent la volonté et le relâchement de la volonté. ”
Henry Maret, Le tour du monde parisien
“ Longtemps encore après le coup fatal, qui avait détruit tant d’illusions, au milieu des débris de toutes les fois, qu’aucune foi n’avait remplacées, le doute et le désespoir envahissaient les nobles âmes. ”
George Sand,
Lélia
(1839 (2e version))
“ Après ces longs combats où s’épuisait ma raison, je tombais dans le découragement et je me demandais, en riant de moi-même avec mépris, si ma vie était une chose assez importante pour la défendre ainsi, et pour en promener les débris au milieu de tant d’orages. ”
Charles Dickens,
Vie et aventures de Martin Chuzzlewit
“ Un jeune homme dans la plénitude de sa vigueur, luttant avec cette énergie du désespoir, eût offert un spectacle terrible ; mais un vieux corps recroquevillé, doué d’une force extraordinaire et, à chaque mouvement de ses membres et de ses jointures, donnant un démenti à son apparence caduque, c’était un spectacle vraiment hideux. ”
Urbainie Faydit de Terssac, À travers l’Inde en automobile
“ Un découragement intense étreint le cœur et paralyse l’imagination. Il n’y a rien à tenter, rien à faire, qu’à attendre le jour, peut-être une intervention secourable, improbable, du reste, si nous n’allons la quérir nous-mêmes. ”
Léon Lefebvre, Revue des Deux Mondes
“ S’il a connu quelques instans, très rares et bien explicables, de découragement, on chercherait en vain, à un moment quelconque de son existence, cette mortelle fatigue de vivre, qui est un des traits caractéristiques du doute et du dilettantisme contemporains. ”
Émile Faguet,
En lisant Nietzsche
“ De plus, au milieu de cette décadence, au milieu de ces déchets et détritus, il y a des symptômes de retour possible à la vie normale de l’humanité, à la vie rude, à la vie de force, à la vie guidée et menée par la volonté de puissance. ”
Jacomy-Régnier, Histoire des nombres et de la numération mécanique
“ Ils le voient, ils le savent, et cependant la vue des souffrances qui les attendent n'a rien qui les effraie, les sublimes fous à qui le génie a dit: «Suis-moi contre ces difficultés qui ont stérilement fatigué les siècles; suis-moi dans le combat que je vais livrer contre l'inconnu.» ”
Lucrèce,
''Lucrèce, Virgile, Valérius Flaccus - Œuvres complètes''
“ Car alors ils dépérissent : les forces de la maturité se brisent peu à peu, et les corps ruinés tournent à la décrépitude. Plus ils ont de volume, plus ils occupent de place, quand ils cessent de croître, plus ils se dissipent de tous côtés, en tous sens, et plus ils jettent de matière. ”
Émile Laurent, La Poésie décadente devant la science psychiatrique
“ Tous les faibles d’esprit, tous les déséquilibrés, tous les dégénérés sans exception, sont attirés par le bizarre et l’étrange. Ils croient s’élever au-dessus de leurs semblables en se singularisant par leur costume, leurs attitudes, leur langage. Même tendance incontestable chez les décadents. Du reste ce goût du bizarre et de l’impossible se manifeste à toutes les époques de décadence. ”
Georges Renard, La nature et l'humanité (1925)
“ Mais dans ce mouvement, dont la marche est visible, Un rythme à qui l'observe est aisément sensible. Certe au premier regard que l'on jette angoissé Sur les vertigineux abîmes du passé, Dans un trouble chaos les siècles tourbillonnent. ”
Lucien Fabre,
Rabevel ou le mal des ardents, Volume 3…
“ Sous le désordre apparent qui effare notre esprit, sous le désagrément superficiel qui fait peur à notre instinct de conservation il y a plus de richesse, d’harmonie, de volupté, de jouissance profonde dans certaines douleurs que dans certaines joies. ”
Georges Docquois,
Le Poème sans nom
“ Quand je pense à quel point, la vie étant si brève, D’en gâcher tant de jours nous sommes insensés ! Et je crie à l’écho : « C’est assez, c’est assez ! » Et vers moi je te sais toute tendue, oui, toute ! ”
Lucrèce,
''Lucrèce, Virgile, Valérius Flaccus - Œuvres complètes''
“ Ainsi, donc les corps élémentaires s’agitent sans repos dans les profondeurs du vide. Livrés à ce mouvement perpétuel et dont la direction varie, les uns en se choquant se rejettent à de grandes distances, les autres s’écartent moins, et s’unissent même sous le choc. ”
Amélie Jottrand, Indo-Chine et Japon, journal de voyage… (1909)
“ Nous sortons de là éblouis mais fatigués, et sous l'empire du découragement que l'on ressent quand on a vu d'aussi magnifiques choses et qu'on réfléchit à sa propre impuissance, à la petitesse de son effort isolé ! ”
“ A peine je prends la plume, non seulement les idées se pressent et sont dans mon cerveau comme autrefois, mais ce que je trouvais autrefois une très grande difficulté, l’enchaînement, la mesure s’offrent à moi naturellement et dans le même temps où je conçois ce que j’ai à dire. ”
“ C’est la débâcle, je vous dis, père Passajon, une débâcle dont nous ne verrons peut-être pas la fin, vieux tous deux comme nous sommes, mais qui sera complète... Tout est pourri ; il faut que tout crève ! ”
Étienne Pivert de Senancour,
Rêveries sur la nature primitive de l’homme
“ Cette froide estimation de la valeur réelle des choses, cette triste balance rebute notre aine suspendue dans l’indolence et le dégoût ; et l’illusion à jamais détruite nous livre à l’indifférence pour toutes choses. ”
Georges Duval, Un coup de fusil (1887)
“ Pourtant, il la définissait en se considérant, non comme son ombre, mais comme sa loque. Ce n'était pas tout, car de même que les corps débiles sont soumis à des phénomènes extraordinaires, les esprits faibles offrent des particularités inexplicables dans leur confusion. ”
Jules Verne,
Voyage au centre de la Terre
“ Le sentiment du vide s’empara de mon être. Je sentis le centre de gravité se déplacer en moi et le vertige monter à ma tête comme une ivresse. Rien de plus capiteux que cette attraction de l’abîme. J’allais tomber. Une main me retint. Celle de Hans. ”
Georges Docquois,
Le Poème sans nom
“ Tu t’en plaignais sans offensante simagrée, Et tu semblais d’un vrai désespoir pénétrée. « Elle est meilleure, au fond, qu’elle ne le paraît. » Pensais-je. Quelle erreur ! Tu rien étais que pire ! ”
François Arago,
Astronomie populaire
“ En un mot, par l’introduction d’un troisième corps attractif, la plus grande complication, toutes les apparences du désordre succéderont à une marche simple, régulière, sur laquelle l’esprit se reposait avec complaisance. ”
Auguste de Villiers de L’Isle-Adam,
L’Ève future
“ Quand donc cette jeune femme fut-elle plus déchue ? Avant ou après ? ― Ne se vante-t-elle pas, même, en s’accusant d’une « chute » puisque sa façon de déplorer cette prétendue chute est plus impure que la faute ? ”
Charles Wagner,
Jeunesse
(1892)
“ Attendons-nous par conséquent à des heures obscures où la vue se trouble, où le combat oscille, où surviennent les lassitudes et le découragement, les défaillances peut-être. Ce sont les moments les plus douloureux et les plus périlleux. ”
Edmond de Goncourt,
Journal des Goncourt
“ Tous ces jours-ci, à propos de notre livre, tristesse, ennui, angoisse sourde, inquiétude, disposition à voir noir, supputation des mauvaises chances, travail d'écureuil de l'esprit dans le même cercle de pensées de doute, de défaillance, de désespérance. L'horrible vie que cette vie des lettres, où après avoir souffert du doute de l'oeuvre, on a encore à souffrir du doute de son succès. ”
Mohamed Ben Barca, Choses d'Algérie (1891)
“ Rendus à la vie civile, sans illusion désormais, ils comprennent la grande débâcle, le néant de cette organisation colossale dont ils ont été un atome, et disonsle avec tristesse, aux regrets d'autrefois vient succéder une indifférence très fâcheuse à mon avis. ”
Adolphe Franck,
Dictionnaire des sciences philosophiques
“ Un dégagement s’opéra, grâce au mouvement éternel, attribut essentiel du chaos primitif, et ce dégagement amena, comme résultats graduellement obtenus, la séparation des contraires et l’agrégation des éléments de nature similaire. ”
Ernest Daudet,
Revue des Deux Mondes
“ Je me dis que ce que mes faibles yeux ne peuvent apercevoir, d’autres plus éclairés l’apercevront peut-être. Ils découvriront dans cet état même qui me rend si malheureux des ressources que j’ignore, et, leur art secondant la nature, ils nous rendront ce cher objet de notre tendresse et de nos craintes. ”
Félix Nadar, À terre & en l'air
“ On dirait ces rêves où les poulpes gigantesques, inconnus à l'homme qui n'a jamais pénétré les insondables profondeurs qu'ils habitent, se traînent et s'enlacent dans des enchaînements sans fin...Mais l'immensité diaphane de notre globe jette son dernier éclair,—et nous nous enfonçons dans ce chaos de formes effroyables..... ”
Jules Verne,
Mirifiques Aventures de maître Antifer
“ Les difficultés furent alors plus grandes, et l’on put croire à des obstacles insurmontables. Quel indescriptible chaos d’énormes galets, de silex aux arêtes tranchantes, sur lesquelles une chute eût entraîné de graves blessures ! ”
Arthur de Boissieu,
De chute en chute : lettres d'un passant
(1872)
“ Faut-il à ces divers symptômes nous reconnaître et nous plaindre? A dire vrai, je le crains bien. Oui, chez nous, la vie diminue, le goût s'oblitère, les caractères s'effacent et l'indifférence se propage. ”
Arthur Conan Doyle,
Le Ciel empoisonné
“ Ce qui ne s’oubliera pas, ce qui continuera et devra continuer d’obséder nos imaginations, c’est la révélation des possibilités de l’univers, le coup mortel porté à notre fatuité ignorante, la démonstration faite de l’exiguité du sentier que notre existence matérielle est tenue de suivre entre deux abîmes. La gravité et l’humilité sont aujourd’hui à la base, de toutes nos émotions. ”
Delphine de Girardin,
La Croix de Berny
(1845)
“ Je me développerai cette théorie en temps opportun : il faut être calme pour philosopher. Aujourd’hui je suis obligé à continuer ma folie, en suppliant la raison de m’attendre à mon retour. Dans les ténèbres du désespoir consommé, on se précipite vers tous les horizons où quelque chose scintille, phare ou étoile, phosphore ou feu follet. ”
Charles Cros,
Le Coffret de santal
“ Par le vertige où m’ont jeté Ses lèvres tièdes, ses yeux vagues. On se demandera d’où vient L’influx tout-puissant qui m’oppresse, Mais personne n’en saura rien Que moi seul... et l’Enchanteresse. ”
Augustin Filon, Revue des Deux Mondes
“ La cruauté avec laquelle chaque trait ridicule est marqué, souligné, grossi augmente la ressemblance, loin de la détruire. Et quel mouvement ou plutôt, — car le mot de « mouvement » est trop faible, — quelle furie d’action, quelle bousculade délirante et endiablée ! ”
Jeanne Marais,
Pour le bon motif
“ Chez les nerveux, cet état de trépidation fébrile développe une étrange inspiration : leur imagination entre en ébullition, leurs idées se précipitent ; une lucidité particulière illumine ce désordre et le coordonne. ”
Pierre Drieu La Rochelle,
Plainte contre inconnu
(1924)
“ On rapproche faiblesse et finesse, force et grossièreté. Mais on ne peut expliquer seulement La Marche par ces futiles mots d'ordre. Et ses désirs ? Les premiers mouvements du cœur sont faibles, imaginaires, et tiennent au jeu de l'esprit, si vif que soit l'élan des sens. ”
